Le pouvoir des sept cordes

Joseph NDWANIYE, Plus fort que la hyène, illustrations d’Anne-Marie Carthé, La Cheminante, coll. « La Cheminante Jeunesse », 2018, 61 p., 8€, ISBN : 978-2371271081

Savez-vous ce qu’est un inanga ? Ce mot aux syllabes bondissantes désigne « un instrument de musique qui ressemble à un bouclier sur lequel on aurait fixé des cordes », une sorte de cithare venue des terres rwandaises. Chaque note qui en émane s’inscrit sur la partition des temps passés, résonne dans la tradition des Anciens et diffuse des valeurs à maintenir. Un objet à ne toucher qu’avec respect et conscience. C’est aussi le cadeau que le grand-père mahanzi de Gato lui transmet à ses six ans, lors de son premier voyage au Pays des Mille Collines, et dont il lui révèle peu à peu les secrets. L’inanga devient alors le compagnon de fortune et d’infortune du petit bonhomme, un interlocuteur qui le soutient dans son quotidien : « Quand tu seras là-bas au pays des Blancs, il ne faudrait pas que tu arrêtes de jouer de ton inanga. Quand tu seras triste ou que tu auras mal, prends-le, fais-le vibrer et surtout parle-lui, il t’écoutera et te réconfortera. »

Car Gato souffre d’un mal invisible irradiant en son être : la drépanocytose, une maladie de l’hémoglobine, héréditaire et incurable. Son enfance se déroule sur un tempo qui lui échappe, son existence étant rythmée par la douleur qui fluctue et advient par crises. Mais, grâce au pouvoir des sept cordes, il sera dorénavant plus fort pour traverser, avec sa famille, les épreuves qui l’attendent. Arrivera-t-il à imposer sa cadence ?

Dans Plus fort que la hyène, Joseph Ndwaniye, écrivain et « infirmier humaniste », évoque par petites touches des problématiques intrinsèques à la maladie, ainsi que d’autres plus périphériques mais tout aussi importantes : la culpabilité liée à la souffrance des proches, le sentiment d’injustice partagé par l’entourage, l’incompréhension face à l’invisibilité du mal, etc.

En dehors de sa poésie manifeste et de sa douceur, ce conte pour enfants est intéressant par la place qu’il laisse à la puissance de la parole. Celle-ci est libératrice quand on escalade son mur de silence et qu’on partage ses maux. Parfois, elle blesse, par ignorance et maladresse, mais elle apaise aussi par des mélopées, en kinyarwanda ou dans la langue de l’amour. Elle se fait protectrice en dissipant les ombres du non-familier ou en articulant des questions poignantes sur la Vie et la Mort. Elle peut dédramatiser lorsqu’elle est juste, précise, pédagogique. La parole et la musique, des armes essentielles dans le combat contre toute maladie…