Le ripou carolo qui voulait convoler

Éric DEJAEGER, Maigros se marie, Cactus Inébranlable, 2018, 120 p., 15 €, ISBN : 978-2-930659-80-0

S’il ne s’agissait pas d’opuscules pratiquant un humour (très) gras, on pourrait dire que les aventures de l’inspecteur Désiré Maigros (on n’insistera pas sur la qualité de la référence) ne sont pas faites pour relever l’image de la police. En 2011, Éric Dejaeger, prolixe et anticonformiste auteur de textes courts, avait rassemblé les cent premières aventures de son flic préféré dans La saga Maigros (Cactus inébranlable), après les avoir distillées en feuilleton sur internet. Il a remis le couvert en 2018, à la demande pressante de ses lecteurs (selon lui) avec les cinquante épisodes supplémentaires de Maigros se marie.

L’adipeux Désiré (117 kg) est un Carolo pur jus. Né à Dampremy, légèrement attardé sur les plans moteur et cérébral, l’individu a bénéficié dès son plus jeune âge de toutes sortes de passe-droits liés aux relations de son parrain Prosper Pettauclère dans certains milieux illicites de la capitale du Pays noir, y compris pour entrer dans la police.

L‘auteur ne se fait aucune illusion : son personnage est un « con congénital ». Mais, ayant baigné depuis tout petit dans une tradition familiale fondée sur les arrangements entre amis, il réussit l’exploit de cumuler en sa seule personne la plupart des défauts imaginables. C’est un goujat : il est sale, alcoolique, dépravé, vénal, corrompu, sexiste… Il élève la paresse au niveau d’un grand art, de même que celui de l’apéritif dans son troquet de prédilection, le Lolotte’s Bar. Chacune de ses interventions de police s’accompagne de racket financier et de chantages aux privautés sexuelles avec les dames. Ses collègues, notamment sa cheffe Cunégonde O’Connell, sont du même tonneau et tout ce petit monde ne dédaigne pas de s’envoyer en l’air pour un oui ou pour un non sur les lieux de travail.

Il en va différemment avec la jeune inspectrice Anemie Snot qui exige, avant d’entamer toute relation, que Maigros l’emmène d’abord devant le bourgmestre et transforme le bouge où il vit en une demeure de qualité. Mis au pied du mur, le ripou sera aidé par le sort qui fera de lui un héritier. Le logis du couple sera rénové à temps, mais la fin reste en suspens, l’auteur proposant, au choix du lecteur, deux versions du jour du mariage…

La bonne surprise des polars d’Éric Dejaeger, c’est qu’il parvient à faire parfaitement entendre l’accent carolo de ses protagonistes et les nombreux wallonismes de leur parlure, même aux lecteurs qui ne sont pas du coin. Ce n’est pas du Racine, mais c’est souvent drôle. La moins bonne surprise, c’est le caractère souvent graveleux, scatologique et même pornographique de ses historiettes, que l’humour ne suffit pas nécessairement à rendre digestes…