Anne ROTHSCHILD, Le Buisson de feu

« L’important, c’est la vie »

Anne ROTHSCHILDLe Buisson de feu, L’Âge d’Homme, 1992

Le Buisson de feu d’Anne Rothschild conjugue toutes les ressources de la métaphore : feu inextinguible de l’amour, ardeur et souffrance de l’orgasme, présence divine, au-delà des destins indivi­duels mais entrevue dans les facettes d’un triptyque : mère, femme, ville. La ville, écrite et peinte, la cité-lumière aux ombres acérées, c’est Jérusalem, où la femme, à travers le prisme de ses larmes, re­voit l’homme pour qui seule la vie compte. L’homme est le miroir de toutes les lu­mières, le chandelier de la fête, l’allumette apprivoisée de l’enfance ; il est générateur d’une énergie incontrôlable, fatale et belle, solaire et lunaire.

Mais le miroir lui-même est muet de son énigme, comme la page blanche qui est chair et la lettre qui est jour, comme l’Orient de la cité transparente que l’homme fera basculer du côté du mirage ou de la réalité.

Alors, seules comptent la flamme et l’incan­descence du désir, conscient ou inconscient, de la quête aussi dans l’équivoque d’un re­tour vers le passé et de l’accueil des origines. Où est le temps ? se demande Sarah. Dans la ville et le buisson que rien n’altère. Il peut être aboli. Par la roche du Mur, les signes de sang de l’holocauste, le désert de Judée et d’autres paysages intérieurs dont l’austérité lumineuse parle en réminiscence au cœur depuis la nuit des temps. Anne Rothschild donne à son héroïne une vie de brisures et d’errances, lui fait subir l’initiation par des chocs successifs, celui de l’accident et de l’amour, la naissance cruelle par l’éveil à soi-même, le passage violent vers l’Orient qui rappelle les accents de L’eau du marbre et les images des Draperies de l’oubli.

La découverte de la source de lumière ne va pas sans la conscience de l’infini et de Dieu en son absence qu’évoqué aussi l’homme aimé. Le talent d’Anne Rothschild explose dans la description d’un amour qui a la pu­reté du jardin d’Eden et le goût d’absolu réel, sublime symbiose où l’homme-lumière rejoint la femme-couleur. Tout n’est pas que symbole dans ce roman d’exaltation. La double vie de l’homme est mouvance et péripéties, qu’il importe de laisser découvrir au lecteur, jusqu’au dernier virage vers l’invisible. Un monde meilleur ? La réponse est dans ce premier roman d’une lumineuse densité humaine que la poétesse Rothschild a bâti sur la métrique de l’être : esprit, corps et âme.

Danny HESSE

Le Carnet et les Instants n° 77, 15 mars – 15 mai 1993