Archives de catégorie : Polar

On n’a que le plaisir qu’on se donne

Éric DEJAEGER et John F. ELLYTON, Un Orval des ors vaut, Cactus inébranlable, 2019, 126 p., 15 €, ISBN : 978-2-930659-91-6

À l’abbaye d’Orval, quelques 26664 bouteilles (soit 1111 casiers) de bière, à peine chargées sur le camion prêt à partir à destination de la France, sont dérobées lors d’un braquage expéditif. Deux moines restent sur le carreau. Un groupe terroriste revendique l’attaque, au nom de la soif des Belges : les fréquentes pénuries de la précieuse trappiste, dues à l’indécrottable refus des moines d’augmenter leur production, leur semblent un motif suffisant pour empêcher que la moindre goutte de leur breuvage favori quitte le territoire. Continuer la lecture

L’île aux ressacs

Arnaud NIHOUL, Caitlin, Genèse, 2019, 312 p., 22.50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9791094689226

Laggan, une île au petit goût d’Hébrides, modestement peuplée et, battue par les fureurs océaniques… Des entassements de roches que dominent un phare difficilement accessible et la tour d’un vieux château édifié autrefois par le clan écossais des Campbell… C’est le décor de Caitlin, premier roman publié par le Namurois Arnaud Nihoul. Décor que Ian, natif des lieux, redécouvre à l’appel de Morgan, son ami d’enfance, éternel gagnant toujours très sûr de lui et devenu aujourd’hui un écrivain de réputation mondiale dont on s’arrache les romans policiers. Vingt-trois ans plus tôt, les deux adolescents et Murray, un troisième compère, avaient accueilli dans leur bande Caitlin, une fille de leur âge, farouche et d’une « mélancolie rude », arrivée sur l’île pour vivre chez sa vieille tante Moïra. Continuer la lecture

De quelques arpents…

Un coup de cœur du Carnet

Célestin DE MEEÛS, Cadastres, Cheyne, 2019, 62 p., 16 €, ISBN : 978-2-84116-264-2

Le nouveau recueil sobre et épuré de Célestin de Meeûs est une vraie réussite ! Une belle surprise, une pépite presque, que les chercheurs d’or littéraire emporteront assurément dans leur besace. Parce que le lecteur-orpailleur est aussi un arpenteur, il emboîtera les pas de l’auteur dans le sillage des volutes de tabac qui semblent ici baliser le chemin à travers les rues des villes. Un itinéraire un peu secret que la poésie de Célestin de Meeûs dévoile par strates, par coupons citadins. Une poésie concrète, de terrain qui nous invite à scruter les lézardes laissées par le temps et les piétinements des voyageurs de passage dans un Occident qui s’épuise, comme à bout de souffle.

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Sur un air d’opéra

Paul COLIZE, Un jour comme les autres, HC éditions, 2019, 448 p., 19 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-35720-462-1

Paul Colize, roman après roman, aménage son terrain de jeu, complète la carte, ajoute des villes, des lacs, des appartements, des caches et des labyrinthes. Chaque polar est le jouet raffiné et précis que Paul Colize dispose dans l’espace laissé par ses polars précédents. Il écrit comme on collectionne. Et si le lecteur se délecte toujours, c’est aussi parce que l’auteur s’amuse.

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Noir d’Espagne

François FILLEUL, Poissons volants, Ker, 2019, 246 p., 18 €, ISBN : 978-2-87586-248-8

C’est le bout du bout du sud d’une Andalousie qui n’a que peu de rapports avec le « divin paradis que l’on dit frivole » chanté par Luis Mariano. C’est un ruban de ville qui s’étire sur l’isthme méditerranéen reliant la province de Cadix au territoire britannique de Gibraltar, séparé par une frontière devenue poreuse  (jusqu’à nouvel ordre, l’ombre du Brexit planant forcément sur le Rocher…). La ville a pour nom La Linea. On y vit assez pauvrement entre débrouille et magouilles et en faisant face plutôt mal que bien à l’invasion permanente de rats, si catastrophique qu’elle contraint même les hôpitaux publics à fermer boutique. Autre invasion plus saisonnière et mieux acceptée, celle des exocets qui fournissent une nourriture abondante mais de piètre qualité, après séchage de ces « poissons volants » accrochés comme des chaussettes aux réseaux de cordes à linge. C’est dans ce contexte andalou bien connu de lui pour y avoir vécu plusieurs années que François Filleul, Borain d’origine et professeur de français à Bruxelles, situe le polar qui lui a valu le deuxième Prix Fintro voué aux « Écritures noires ». Un cahier des charges qu’il n’a pas boudé en massacrant d’emblée au fusil d’assaut sept personnes : des couples d’amis apparemment sans histoire réunis dans une maison de week-end pour leur traditionnel rendez-vous des fêtes de fin d’année. Seuls rescapés de cette tuerie à priori inexplicable : un Belge, époux d’une fonctionnaire européenne et sa petite fille ainsi qu’une sommelière qui, retenue par son travail, est arrivée trop tard sur les lieux pour grossir le bilan macabre. Continuer la lecture

Orange givrée au Jeu de Balle !

Nadine MONFILS, Crimes dans les Marolles (Nouvelles enquêtes de Nestor Burma), French Pulp, 2019, 176 p., 15€ / ePub : 11.99 €, ISBN : 979-1-0251-0465-1

Le nouveau roman de Nadine Monfils, né d’une commande, s’inscrit dans une collection visant à redonner vie et lustre au célèbre Nestor Burma, né sous la plume de Léo Malet (auteur d’un magnifique Le soleil n’est pas pour nous) dans les années 1940. Ce dernier avait creusé le sillon d’un polar à la langue très directe, dopée par l’humour et la verve sarcastique, parcourue aussi de frémissements poétiques. Il va sans dire que beaucoup d’entre nous ont croisé la route du détective à la française dans ses adaptations en série télé (avec Guy Marchand dans le rôle-titre) et en BD (par Tardi). Continuer la lecture

Poker menteur

Stanislas-André STEEMAN, Légitime défense (Quai des Orfèvres), postface de Jean-Marie Klinkenberg, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018, 249 p., 8,50 €, ISBN : 978-2-87568-425-7

On ne l’a pas assez souligné, le roman Légitime défense est truffé de mentions relatives au jeu et au théâtre, en particulier aux jeux de cartes. Ces mentions sont purement incidentes et très disparates, de sorte qu’elles peuvent aisément passer inaperçues. Qu’on en juge. Les deux héros, l’artiste-peintre Noël et son épouse Belle habitent à l’arrière d’un magasin de jouets, dont la réserve se trouve au rez de leur logement. Les fenêtres de celui-ci donnent sur un jardin où jouent et chantent de jeunes pensionnaires. Le riche collectionneur Weyl, qui réside avenue Sémiramis – titre d’un opéra de Rossini – les reçoit deux fois par semaine pour une partie de cartes. Si Mme Weyl est absente le soir du crime, c’est pour cause de bridge chez des amis. Ayant organisé son alibi, Noël pense avoir mis « tous les atouts dans son jeu », mais éprouve « la certitude d’avoir été joué » par la mystérieuse fuyarde. À la première visite du commissaire Maria, il a juste le temps « d’escamoter son jeu de cartes ». L’arrestation erronée du pauvre Klein « brouille les cartes, fausse les règles du jeu ». En pleine enquête, le policier est surpris achetant un petit polichinelle. L’alibi de Noël s’affaiblit à cause d’un dessin animé. Tout près d’être arrêté, il éprouve « l’irrésistible et absurde envie de faire une patience »…

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