Archives par étiquette : Carnets du dessert de lune

Où l’on est doucement renvoyé à sa condition d’exilé

Daniel De BRUYCKER, Maximilien DAUBER, Exode, Les Carnets du dessert de lune, 2017, 80 p., 16 €, ISBN : 9782930607818

Le pays était froid
rude à voir et sauvage
à s’endurcir le cœur

Çà et là des clartés violentes
aveuglaient sans rien éclairer
qu’un ciel d’orage au cœur de soi

Des cris d’oiseaux passaient
stridents dans la tourmente –
eux-mêmes, on ne les vit jamais

de bruycker exodeLes livres, ça peut toujours se prendre au pied de la lettre. On louperait des choses, sûrement, en les lisant, ainsi, au ras de la moquette. N’empêche. Ça peut se faire. Rien ne nous empêche d’user ainsi de la lecture. On dirait alors d’Exode, dernier livre en date de Daniel De Bruycker et Maximilien Dauber, qu’il est le fruit de deux amoureux fous du désert. Dauber y revenant sans cesse depuis des années. Photographiant, filmant, obstinément, les sables, les roches éreintées, les ocres et les bleus. De Bruycker nous livrant de petits poèmes en tercet, suivant à la trace une troupe indéfinie de gaillards et de gaillardes, une troupe marchant dans le désert, on ne sait pas trop pourquoi, une troupe faisant route vers une oasis, y parvenant en bout de course. Continuer la lecture

À la mitrailleuse

Daniel FANO, De la marchandise internationale, Les Carnets du Dessert de Lune, 2017, 84 p., 12 €, ISBN : 9782930607894

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Il y a une quinzaine d’années, Jean-Louis Massot a tiré Daniel Fano de son trop long silence éditorial. Depuis, le clavier crépite. Voici le septième opus de l’inclassable auteur d’Un champion de la mélancolie et de Comme un secret ninja aux Carnets du Dessert de Lune. On accuse les coups, et on en redemande. Jean-Louis Massot ne devrait-il pas créer une collection à part entière : écrit à la mitrailleuse ? Continuer la lecture

Prix des lycéens : les livres sélectionnés

abel prix des lyceensDécerné tous les deux ans, le Prix des lycéens de littérature est un prix littéraire dont le jury est composé d’élèves de classes terminales du secondaire en Fédération Wallonie-Bruxelles. En 2015, les quelque 3.000 élèves participants avaient élu Derrière la haine de Barbara Abel.  Continuer la lecture

En humaine compagnie

Pascal BLONDIAU, Sept Novelettes (et quelque), Les Carnets du Dessert de Lune, coll. « Demi-Lune », 2016

La Nuit porte deux valises.

Dans sa main gauche, la poignée de l’aurore, et dans la droite, la lanière des crépuscules.

À taille, dans une bourse de cuir qu’un lacet délie, les aubes.

J’en détaillerai certaines.

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Les plus courts sont les meilleurs !

Éric DEJAEGER, Courts, toujours ! 150 contes élagués, Cactus inébranlable éditions, 2015, 89 p., 7€
Sarah et Éric DEJAEGER, Poèmes mignons pour petits capons, Les Carnets du Dessert de Lune, 2016, 34 p., 8€

Court toujours cover 3Amateurs d’aphorismes, ne bougez plus ! Vous êtes au bon endroit. Vous avez trouvé votre prochaine lecture, votre nouvel auteur fétiche, peut-être même votre maitre. Mais si vous êtes un adepte du style, l’auteur de Courts, toujours ! ne vous est sans doute pas un inconnu. Tantôt poète, tantôt romancier ou nouvelliste, Éric Dejaeger nous ravit cette fois avec un style aussi court que possible. Et percutant. Continuer la lecture

File ta tute

Olga DUPRÉ, Léon le girafon, Bruxelles, Les Carnets du Dessert de Lune, 2016, 34 p., 8 €

cover léon 27.01.2016Comme les petits humains, les girafons aiment leur tétine et lorsque vient le temps de s’en séparer, ils y rechignent. C’est ainsi qu’alors que sa maman lui propose mille et une façons de se débarrasser de cet objet plus vraiment de son âge, le petit Léon trouve réponse à tout et rejette les suggestions de sa girafe de mère les unes après les autres. La fée des tétines en a déjà bien assez comme ça, elle n’a pas besoin de la sienne ; les dents de traviole, c’est trop pratique pour manger ses spaghettis… Léon préfère s’endormir la tétine au bec. Pourtant, lorsqu’un beau jour on le prend pour un bébé, Léon, vexé, décide de lui-même d’abandonner l’objet dont il était friand et, empli de fierté, se proclame devenu « grand ». Continuer la lecture

Ostende-Bangkok Express

Vincent THOLOMÉ

devauxIl y a des romans qui sont d’énormes pavés. Des fictions labyrinthiques qui emmènent dans les méandres du monde ou d’une langue. D’autres sont d’une extrême minceur. Brossent en quelques traits la trame d’une histoire. N’ont que faire des fioritures d’une langue baroque. N’ont que faire des intentions profondes et secrètes des personnages. Filent à toute vitesse de la première à la dernière page, en somme. Comme des trains express, ils ne laissent à leurs lectrices et lecteurs qu’à peine le temps de saisir une atmosphère, une couleur. Ces romans « marchent » peut-être d’autant mieux qu’ils se réfèrent à un genre très codé. Le roman d’amour, par exemple. Continuer la lecture