Archives par étiquette : Espace Nord

Le pays qu’on ne retrouve jamais

Joseph NDWANIYE, La promesse faite à ma sœur, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2019, 240 p., 8.5 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978-2-87568-412-7
Un carnet pédagogique téléchargeable gratuitement accompagne le livre

Voici que la collection Espace Nord réédite le roman de Joseph Ndwaniye, La promesse faite à ma sœur, qui était paru en 2007. L’auteur né au Rwanda et vivant en Belgique depuis plus de 30 ans y aborde de façon intimiste le génocide qui a touché le pays en 1994. Fondé tout à la fois sur des souvenirs personnels (ceux du village quitté en 1986) et sur une fiction (le retour au pays de Jean, lui aussi établi en Belgique), le récit débute par celui d’une enfance dans une famille unie, profondément ancrée dans les traditions paysannes. Écrit à la première personne, et sans doute très proche de ce qu’a vécu l’auteur lui-même, il est centré sur la vie familiale et villageoise dont les liens bienveillants sécurisent la vie des enfants. Ici, le temps s’écoule avec douceur dans une vie simple qui a le goût du bonheur. Dans le Rwanda des années 1960, l’accès à la scolarité permet aux enfants de grandir en paix et aux plus chanceux d’entre eux d’espérer faire des études supérieures, pourquoi pas à l’étranger, comme ce sera le cas de Jean qui étudiera en Belgique et s’y installera.

Continuer la lecture

Mélusine et son double

Franz HELLENS, Mélusine ou la robe de saphir, Postface de Paul Aron, Impressions nouvelles, coll. “Espace Nord”, 2019, 368 p., 9 €, ISBN: 978-2-87568-408-0 ; Le double et autres contes fantastiques, Postface de Michel Gilles, Impressions nouvelles, coll. “Espace Nord”, 2019, 318 p., 9 €,  ISBN: 978-2-87568-410-3

Espace Nord poursuit sa politique de réédition et de réimpression de textes des « fantastiqueurs » belges avec deux titres de Franz Hellens, l’un clairement fantastique, Le double, l’autre le préfigurant, Mélusine.

Dans le vaste panorama du fantastique en Belgique, Franz Hellens occupe une place originale, d’une manière qu’il a lui-même contribué à définir, par l’idée de « fantastique réel ». Le double et autres contes fantastiques est une anthologie reprenant des nouvelles publiées en fait sur près de cinquante ans, depuis Nocturnal en 1919 jusqu’à Le dernier jour du monde en 1967. L’intérêt du choix est de pouvoir saisir l’évolution du fantastique d’Hellens ainsi que ses enjeux et manières qui ont varié. Continuer la lecture

Jean-Marie Piemme. Le théâtre comme révélateur du monde

Jean-Marie PIEMMEBruxelles, printemps noir suivi de Scandaleuses et 1953, Postface de Pierre Piret, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018, 288 p., 9 €, ISBN : 978-2875681492

Comment le théâtre est-il à même de questionner l’Histoire, ses crises, ses tragédies ? Comment dresser un dispositif scénique qui la prend au piège de ses propres folies ? Dramaturge majeur de la scène théâtrale actuelle, Jean-Marie Piemme construit « un théâtre de situations » (Sartre) comme l’analyse Pierre Piret dans sa très riche postface. Créée par Philippe Sireuil, la pièce Bruxelles, printemps noir évoque les attentats qui frappèrent Bruxelles le 22 mars 2016. Pour le pire, le réel a reproduit l’imaginaire : alors qu’il avait rédigé une fiction sur le thème des attentats, ces derniers frappent la capitale, la plongeant dans un printemps noir. Jean-Marie Piemme se livrera à un travail de réécriture, produisant un texte théâtral mobile, laissé ouvert au sens où la mise en scène, le jeu des acteurs interviennent dans l’articulation des dix-huit tableaux qui la composent. Interrogeant l’irruption des forces de mort dans le tissu de la vie, la construction de la tragédie adopte un point de vue kaléidoscopique : elle combine les voix des victimes, des morts, leurs dernières paroles soufflées par les bombes, les voix des blessés, les discours entre cynisme et veine ubuesque des politiciens, des ministres, l’intervention des Parques, l’interview d’un djihadiste, la voix de la faucheuse, de la camarde,celles de l’auteur, des acteurs jouant la pièce.

Continuer la lecture

La Belgique, pays d’intersections

Jean-Marie KLINKENBERG, Petites mythologies belges, postface de Jan Baetens, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord » n° 370, 240 p., 8 €, ISBN : 978-2-87568-409-7 

Au terme de « mythologies » employé au pluriel est associé, immanquablement, le nom de Roland Barthes qui, en 1957, s’en servit pour intituler le premier best-seller de la discipline sémiotique. Depuis, établir le catalogue des mythologies d’une société consiste à clicher, non sans distanciation ironique, les signes qui y font sens ainsi que les discours qui les colportent… Et pas seulement dans les arts majeurs, car l’esprit d’une époque se trahit mieux encore dans ses marques publicitaires, ses événement ritualisés, ses jeux populaires, ses stars, ses objets-fétiches, etc. Aujourd’hui, Barthes se délecterait sans aucun doute des performances attendues d’un boutonneux pressenti meilleur pâtissier ou dissèquerait jusqu’en ses plus minuscules fibres dénotatives et connotatives la panoplie de nos appareils portables.

Continuer la lecture

Poker menteur

Stanislas-André STEEMAN, Légitime défense (Quai des Orfèvres), postface de Jean-Marie Klinkenberg, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018, 249 p., 8,50 €, ISBN : 978-2-87568-425-7

On ne l’a pas assez souligné, le roman Légitime défense est truffé de mentions relatives au jeu et au théâtre, en particulier aux jeux de cartes. Ces mentions sont purement incidentes et très disparates, de sorte qu’elles peuvent aisément passer inaperçues. Qu’on en juge. Les deux héros, l’artiste-peintre Noël et son épouse Belle habitent à l’arrière d’un magasin de jouets, dont la réserve se trouve au rez de leur logement. Les fenêtres de celui-ci donnent sur un jardin où jouent et chantent de jeunes pensionnaires. Le riche collectionneur Weyl, qui réside avenue Sémiramis – titre d’un opéra de Rossini – les reçoit deux fois par semaine pour une partie de cartes. Si Mme Weyl est absente le soir du crime, c’est pour cause de bridge chez des amis. Ayant organisé son alibi, Noël pense avoir mis « tous les atouts dans son jeu », mais éprouve « la certitude d’avoir été joué » par la mystérieuse fuyarde. À la première visite du commissaire Maria, il a juste le temps « d’escamoter son jeu de cartes ». L’arrestation erronée du pauvre Klein « brouille les cartes, fausse les règles du jeu ». En pleine enquête, le policier est surpris achetant un petit polichinelle. L’alibi de Noël s’affaiblit à cause d’un dessin animé. Tout près d’être arrêté, il éprouve « l’irrésistible et absurde envie de faire une patience »…

Continuer la lecture

Le malin plaisir d’Asmodée

Stanislas-André STEEMAN, La Maison des veilles, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018,  320 p., 9 €, ISBN : 978-2-87568-426-4

La réédition d’une œuvre de Stanislas-André Steeman est toujours bienvenue. Elle rend aussi justice à un pionnier du roman policier moderne et à un écrivain que la critique française, rappelons-le, avait comiquement qualifié de « Simenon belge ». Une bourde porteuse toutefois d’une référence qui ne manque pas de pertinence. Continuer la lecture

Gérard Prévot : « Emmène-moi… »

Un coup de cœur du Carnet

Gérard PRÉVOT, Contes de la mer du Nord, préface de Jean-Baptiste Baronian, postface d’Élisabeth Castadot, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018, 271 p., 8,5 € , ISBN : 978-2-87568-407-3
Un carnet pédagogique téléchargeable gratuitement accompagne le livre

Relire Gérard Prévot est toujours un moment riche. Et l’on se dit que c’est une réelle injustice qu’il n’ait jamais été apprécié à sa juste valeur. Peut-être cela vient-il de sa relative marginalité et du fait qu’il a écrit dans des genres très différents : poésie, roman, nouvelles fantastiques, romans populaires ?

Au début des années 70, il envoie à Jean-Baptiste Baronian, alors directeur littéraire de Marabout, des nouvelles qui vont constituer quatre livres. En 1986, dix ans après la mort de Prévot, Baronian rassemble onze contes tirés des différents volumes ; c’est ce choix qui est réédité aujourd’hui. Continuer la lecture

Christine Aventin : déjouer les enfermements

Un coup de cœur du Carnet

Christine AVENTIN, Breillat des yeux le ventre, postface de Christophe Meurée, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018, 160 p., 8,50 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978-2-87568-406-6

Couronné par le prix quinquennal de l’essai de la Fédération Wallonie-Bruxelles en 2017 pour sa première édition au Somnambule équivoque et aujourd’hui réédité dans la collection Espace Nord, Breillat des yeux le ventre est conçu comme un corps textuel inouï au travers duquel se conquièrent un sujet politique et un nouveau plan d’écriture. Revenant sur sa trajectoire littéraire — le coup d’envoi du Cœur en poche, la dépossession de l’œuvre, de soi, le rapt de l’œuvre par le père —, Christine Aventin tisse une machine littéraire autour d’un feu central, d’un attracteur moléculaire, Catherine Breillat. Dans un jeu de miroirs, d’interfécondation (au sens où Proust l’évoque dans Sodome et Gomorrhe), les films, les écrits de Breillat se retrouvent réengendrés dans le mouvement même où ils révèlent à Christine Aventin l’expérience d’une sororité. Breillat-Aventin en écho d’Antigone et d’une Ismène antigonisée… Continuer la lecture

Le Salon de l’éducation et du livre de jeunesse à Bruxelles

Programme SEDUC 2018 Le Salon de l’éducation et du livre de jeunesse déménage : il se tiendra cette année au Heysel du 3 au 7 octobre 2018. Au programme : des livres et des rencontres. Le Service général des Lettres et du Livre sera lui aussi présent pour l’événement.
La collection patrimoniale Espace Nord y sera elle aussi.

Continuer la lecture

Otto Ganz. Éros métaphysique

Otto GANZ, La vie pratique, postface de Caroline Lamarche, Espace Nord, 2018, 160 p., 8 €, ISBN : 978-2875681454

otto ganz la vie pratiqueNeuf cercles de l’enfer, de l’extase, neuf parts d’un festin cannibale où s’entre-dévorent les pulsions Éros dans Thanatos, Thanatos dans Éros, le tout composant une œuvre inclassable, filant une langue d’une inventivité éblouissante… Accompagné de l’éclatante postface de Caroline Lamarche, La vie pratique du romancier, poète, plasticien Otto Ganz se voit réédité par Espace Nord après sa parution aux éditions Blanche en 2001. L’écriture met en forme la faim d’absolu, la quête d’abîme, le dessous de la cartographie humaine en tournoyant autour d’un électron noir prénommé Alba-Lee. Héroïne d’un jeu de pistes métaphysiques dont le prénom fait signe vers Annabel Lee d’Edgar Allan Poe, Alba-Lee explore entre sainteté noire et érotisme sans tabou les zones loin de l’équilibre, faisant de son corps donné, offert l’instrument d’une rédemption pour ceux qu’elle appelle ses pauvres, ses clients dont elle soulage le mal-être. Continuer la lecture

Michèle Fabien. Soulèvement des corps

Un coup de cœur du Carnet

Michèle FABIEN, Jocaste, Claire Lacombe, Berty Albrecht, postface de Veronika Mabardi,  Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 176 p., 9 €, ISBN : 978-2-87568-403-5

Michèle Fabien, JocasteJocaste, Claire Lacombe, Berty Albrecht… trois femmes que Michèle Fabien arrache au silence, celui de l’Histoire des hommes, des vainqueurs, trois femmes dont elle porte la voix comme un flambeau éclairant les passions humaines et les mythes, la roue du temps et l’avènement du nouveau. Dramaturge, femme de théâtre qui participa à l’aventure de l’Ensemble Théâtral Mobile, figure majeure du Jeune Théâtre belge dans les années 1970-1990, traductrice du théâtre de Pasolini, Michèle Fabien (1945-1999) est l’auteure d’une œuvre ardente qui a renouvelé la scène du théâtre. Saluons Espace Nord de poursuivre l’entreprise d’édition des pièces de Michèle Fabien. Après Charlotte, Sara Z. et Notre Sade accompagné d’une précieuse lecture de Marc Quaghebeur, ce volume remarquablement postfacé par Veronika Mabardi réunit trois textes qui réinterrogent l’espace de la représentation, l’émergence d’un corps porté par la lettre et la réappropriation d’une vie, d’une parole, d’un nom, d’un sens. Continuer la lecture

Il y a fable et fable

Roger KERVYN de MARCKE ten DRIESSCHE, Les Fables de Pitje Schramouille, préface de Jacques De Decker, postface de Reine Meylaerts, Espace Nord, 2018, 158 p., 8 €, ISBN : 978-2-87568-402-8

Encore une de ces « bruxelloiseries » dans la lignée du Mariage de Mademoiselle Beulemans ? Eh bien non. Les Fables de Pitje Schramouille est un livre d’une autre nature, avec d’autres enjeux, témoignant d’une étonnante richesse d’invention. Mais sans doute a-t-il été mal compris. Sa relecture aujourd’hui est donc parfaitement justifiée.

Roger Kervyn est un aristocrate gantois francophone dont la famille est venue s’installer à Bruxelles. Pour se rendre au collège Saint Michel, il passe régulièrement par le quartier des Marolles. Il se prend de sympathie pour ses habitants, leurs manières d’être, leur langage si haut en couleurs. Il va dresser le portrait de ces personnages à la fois tendres, drôles, roués et finauds, dont la vie n’est pas forcément agréable mais qui témoignent de grandes qualités humaines. Continuer la lecture

La mémoire théâtrale retrouvée

Paul ARON, Une histoire du théâtre belge de langue française (1830-2000), Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018, 368 p., 11 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 978-2875683977

aron une histoire du theatre belge de langue francaiseDans l’avant-propos à la réédition de son essai qui retraçait, en 1995, Une histoire du théâtre belge de langue française (1830-2000), Paul Aron souligne « l’irremplaçable précarité » de cet art, chaque représentation étant par nature unique.

Si, en spectateur sensible, il nous livre une vision subjective de ce qu’il a vécu personnellement au théâtre, il espère que les éléments réunis au cours de ses recherches aideront le lecteur à prendre la mesure d’un patrimoine précieux, qui reste peu connu. Souhait exaucé ! Continuer la lecture

Simon Leys ou Pierre Ryckmans ?

Simon LEYS, La Chine, la mer, la littérature, Essais choisis par Jean-Luc Outers et Pierre Piret, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018, 377 p., 9.50 €, ISBN :  978-2-87568-250-5

leys la chine la mer la litteratureL’érudition, la subtilité et la vivacité du sinologue Pierre Ryckmans font des textes réédités, préfacés et postfacés par Jean-Luc Outers et Pierre Piret sous le titre La Chine, la mer et la littérature une chance pour quiconque cherche à s’initier à l’immense civilisation chinoise. Ainsi, dès les premières pages, deux traits méconnus nous en sont livrés et surtout expliqués : la « monumentale absence du passé » qui se constate dans le peu de bâtiments anciens subsistants, d’une part, et, de l’autre, la calligraphie en tant qu’« art suprême aux yeux des Chinois ». Les deux correspondent à leur conviction que la pérennité spirituelle appartient à l’écrit transmissible et métamorphosable, jusqu’aux « faux » copiés au fil des siècles, bien plus qu’à la pierre aussi orgueilleuse que soumise aux ruines du temps. La récurrence des pratiques iconoclastes dans l’histoire de la Chine, y compris sous l’action des Gardes rouges dans les années soixante du XXe siècle, en reçoit un éclairage inattendu. De même, approchant « Poésie et peinture », Ryckmans met en exergue « les vertus du vide » qui s’échangent de l’une à l’autre, blanc, silence, non-dit, ellipse du verbe, absence du sujet, et qui répondent à l’idéal du qi (esprit, souffle, énergie…), « concept central de la théorie esthétique » pour manifester la « communion avec l’univers ». Exemple splendide, ces vers de Ma Zhiyuan : Continuer la lecture

Pas de quartiers dans la révolution

Marcel MARIËN, Théorie de la révolution mondiale immédiate, postface de Laurent de Sutter, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2018, 224 p., 8,50 €, ISBN : 978-2-87568-138-6

marien theorie de la revolution immediate.jpgQuand Marcel Mariën publie en 1958, dans Les Lèvres Nues – revue qu’il a fondée en 1954 avec sa compagne Jane Graverol et Paul Nougé – la Théorie de la révolution immédiate, il en fait immédiatement imprimer un tiré-à-part, qu’il diffuse comme un petit volume, indépendant de la revue. Vaille que vaille, il assurera en Belgique et un peu en France, la diffusion de cet essai, qui se trouve aujourd’hui réédité sous cette forme dans la collection Espace Nord. Dès les premières pages, Mariën met en garde, non sans ironie, sur la portée de son texte. « Par révolution mondiale, il faut comprendre ici, très exactement, le renversement du capitalisme dans tous les pays du monde où ce renversement n’est pas accompli. » Et il ajoute, presque goguenard : « Par immédiate, il faut entendre que le programme que nous allons exposer s’inscrit dans une période fixée à un an (sic) ; délai approximatif au-delà duquel il serait oiseux d’escompter sa réussite, celle-ci étant obligatoirement tributaire d’une action intense et rapide. » Continuer la lecture

Le docteur Fernando

Giuseppe SANTOLIQUIDO, L’Audition du docteur Fernando Gasparri, postface de Joseph Duhamel, Espace Nord, 2018, 265 p., 8,50€ / ePub : 6.99 €, ISBN : 2875682679

santoliquido l audition du docteur fernando gasparri.jpg« Mais bon sang, Docteur, dans quel monde vivez-vous ? […] » En juillet 1932, Fernando Gasparri, citoyen belge dont les primes années se sont déroulées dans un petit village niché dans les montagnes du Latium, est établi à Ixelles. Son existence est régulée par la simplicité, son univers s’ancre dans la proximité. Depuis le décès de son épouse Louisa, l’absente adorée avec qui il s’entretient lors de visites régulières au cimetière, Gasparri habite avec sa vieille sœur invalide dont il s’occupe loyalement. Le médecin généraliste, quinquagénaire tout de tranquillité, se tient éloigné des questions et des tourments : il multiplie ses heures au travail, se dévoue à ses patients, s’assure du bien-être de l’unique membre de sa famille, mange bien, dort suffisamment et va à la messe le dimanche. Il se fond dans une routine absorbante et satisfaisante, et se révèle rétif à tout changement même lorsque celui-ci prend la forme stimulante d’une étude sanitaire à mener avec un ami confrère. Son âme s’aspire vers le passé, s’engloutit dans le présent et ignore le futur. Continuer la lecture