Archives par étiquette : migration

Ulysse des temps modernes

René BIZAC, Je suis un héros, Lansman, 2018, 54 p., 10 €, ISBN : 978-2-8071-0210-1

Un valeureux gaillard, Jean-Denis Coumba, petit-fils de Sibri-le-Colosse, descendant de Mamba, le chef de cavalerie du roi des Mossi, quitte l’Afrique et entreprend la traversée vers l’Europe. Un autre gars de son village, Diabaté, son presque frère, celui dont le grand-père a trahi, l’accompagne. Le petit rafiot qui les transporte coule et emporte au fond des abysses tous ses occupants, excepté Jean-Denis qui survit et nage jusqu’à Anvers. Là, le bourgmestre – un ancien gros qui cherche à redorer son blason – le prend sous son aile et lui propose de devenir lieutenant-colonel à cheval. Mais Jean-Denis s’ennuie rapidement et continue sa route jusqu’à Paris. S’il veut vivre comme un prince, c’est là qu’il doit se rendre ! L’homme ne s’en sort pas trop mal : il travaille illégalement à Rungis, aide les touristes au pied de la Tour Eiffel et se nourrit dans les poubelles du XVIème. Toutefois, un chinois, Monsieur Ping, qui a remarqué sa puissance, désire l’embaucher. À force de refuser, l’Asiatique lui colle l’inspection au cul. Diabaté fait son grand retour. L’homme a également survécu au naufrage. Les aventures de Jean-Denis ne sont pas terminées. En échange d’une promesse de papiers, il se retrouve à garder le chien de la femme du patron de Rungis. Un petit chien nerveux qui ne cesse d’aboyer et qui fera basculer la pièce dans une toute autre dimension. Continuer la lecture

La vie, par belle ou par laide

Un coup de cœur du Carnet

In Koli Jean BOFANE, La Belle de Casa, Actes Sud, 2018, 208 p., 19 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978-2-330-10935-6

In Koli Jean Bofane a fait une entrée remarquée en littérature. Auteur congolais vivant en Belgique, il a été salué d’emblée pour la qualité et la richesse narrative de ses textes, et son deuxième ouvrage, Congo Inc., le Testament de Bismarck (2014), a notamment reçu, parmi d’autres distinctions, le Prix des Cinq Continents.

Avec La Belle de Casa, son nouveau roman, il quitte les frontières du Congo à la suite de Sésé, un jeune en quête d’avenir qui a succombé au boniment d’un passeur lui promettant une place dans les cales d’un bateau et une arrivée en France, à Deauville ! Sauf que le passager clandestin est débarqué à Casablanca, loin des siens, avec toujours le même rêve. Nous le retrouvons alors que la police vient d’être avertie de la découverte du corps sans vie d’Ichrak, une belle jeune femme connue de tous et que les soupçons se tournent précisément vers Sésé, venu prévenir la police. La narration démarre sous la forme d’une enquête mais elle prend rapidement des allures de fresque multicolore alignant les personnages qui gravitaient autour de la belle. Sésé, nommé ainsi en hommage au défunt Mobutu, est à la pointe des combines qui permettent de harponner des Européennes oisives qui cherchent l’aventure exotique derrière leur écran. Il suffit de leur susurrer les mots attendus en y mettant un zeste de poésie et de mystère. Puis de leur parler le moment venu pour délier leur bourse et recevoir des « Western Union » qui permettent de voir la vie autrement. Avec son talent d’embobineur, Sésé a convaincu Ichrak, autre amatrice de mots qui récite des poèmes, de se prêter au jeu pour diversifier la clientèle. De quoi permettre à la belle d’avoir les moyens de payer les médicaments de sa mère que tenaille la folie. Et voici que cette collaboration prometteuse est déjà compromise. Continuer la lecture

Les mots sont des lucioles

Leïla HOUARI, Ni langue ni pays, L’Harmattan, 2018, 174 p., 17,50 €, ISBN : 978-2-343-14190-9

houari ni langue ni pays.jpgNous l’avions découverte, voici sept ans, dans Les rives identitaires, un « récit nomade » frémissant d’espoir et de rébellion, de joie de vivre et de détresse.

Née à Casablanca en 1958, belge d’adoption et de cœur (sa famille s’établissait à Bruxelles dès 1965), Leïla Houari, qui avait publié auparavant un roman, des nouvelles, des poèmes, une pièce de théâtre, proposait ensuite Cuisine intérieur (2014), un livre débordant de saveurs et de fantaisie, mais qui faisait la part de la mélancolie, dans le sillage de Jean-Claude Pirotte, cité en exergue : « Je ne suis ni d’ici ni d’ailleurs et sans cesse chassé de moi-même ». Continuer la lecture

Dans la maison vide

Valentine de LE COURT, Une maison bruxelloise, Mols, 2017, 160 p., 17.50 €, ISBN : 978-2-87402-237-1

de le court_une maison bruxelloiseN’est-ce pas l’enfer pour une mère que de devoir abandonner au loin ses enfants, même temporairement, pour trouver les moyens d’assurer leur subsistance ? C’est bien ce que vit Maria-Fernanda, une jeune femme brésilienne qui a pris l’avion pour la Belgique et se retrouve à Bruxelles accueillie par une connaissance de sa cousine, dans une ville et une société dont elle ignore tout. Continuer la lecture

A la crête des mots

Un coup de cœur du Carnet


Rossano ROSI, Hanska, Les impressions nouvelles, 2016, 238 p., 18 €/ePub : 10.99 €

rosiIl est un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Un temps où presque chaque jeune homme faisait son service militaire. Rossano Rosi, dans Hanska, se souvient de cette époque-là. En 1986, Scuraggio, fils d’immigrés italiens est appelé sous les drapeaux. Il raconte le béret qu’il faut porter, le départ pour la caserne, les chaussures à cirer (avec un bas panty, c’est plus efficace), les ordres du supérieur hiérarchique, et l’ennui, le terrible ennui à en bâiller. Il s’interroge aussi. Si lui fait une guerre pour de faux, quelle fut celle de son père, la vraie, dans les années fascistes de l’Italie ? De quels camps sont les hommes qu’il a peut-être abattus et que contient le cahier toilé qu’il gardait précieusement ? Continuer la lecture