Archives par étiquette : posthume

Brèves d’écritoire

Un coup de coeur du Carnet

Jacques STERNBERG, Divers faits. Contes ultra brefs (presque) inédits, Dessins de Siné, Cactus inébranlable éditions, 70 p.

Si Félix Fénéon inventa le concept des « nouvelles en trois lignes », manière de rubrique des chiens écrasés surcompressée, Jacques Sternberg a quant à lui anticipé le « conte-SMS ». C’est du moins Éric Dejaeger qui nous en convainc, dans sa présentation du recueil Divers faits.

Jacques Sternberg se redécouvre sans fin tant son œuvre est foisonnante, à tel point que dans son cas, il ne serait peut-être pas hasardeux d’oser le néologisme d’« hyperographe ». Sa production effrénée peut bien sûr s’expliquer par des raisons sociologiques (une ambition de conquérir le champ littéraire parisien) et est d’autant plus admirable qu’elle prend place dans un quotidien âpre, Sternberg s’étant épuisé en boulots abrutissants pour assurer la subsistance de sa famille. Continuer la lecture

André Dartevelle, du silence familial à la mise en images de la parole

André DARTEVELLE, Si je meurs un soir. Mémoires, Cuesmes, Éditions du Cerisier, coll. « Place publique », 2016, 277 p., 16€

André Dartevelle fut un grand reporter de télévision, ainsi que l’auteur fécond de nombreux documentaires historiques et artistiques. En 2014, il présentait ses derniers films, consacrés aux massacres de civils perpétrés par l’armée allemande en août 1914 à Dinant et en Ardenne. Atteint d’un cancer, il manifesta jusqu’au bout la ténacité et la créativité qui le faisaient vivre en parvenant à terminer ses mémoires, aujourd’hui publiés au Cerisier sous le titre Si je meurs un soir. Continuer la lecture

Alain Germoz en étrange compagnie

Alain GERMOZ, La tueuse professionnelle, 2015, Bruxelles, Traverse, coll. « Lentement », 288 p., 22 €

germozSi l’écrivain et journaliste anversois Alain Germoz, fils de Roger Avermaete, nous a quittés en juin 2013 (« décédé prématurément à l’âge de 92 ans », précise l’avis nécrologique qu’il avait rédigé lui-même… !), ses amis entendent bien garder vivant son souvenir. Ils se sont réunis pour publier un dernier texte, La tueuse professionnelle, découvert parmi les innombrables manuscrits et notes inédites qu’il laissait derrière lui. Continuer la lecture

Vendanges de la mémoire

Un coup de coeur du Carnet

Jean-Claude PIROTTE, Le silence, Paris, Stock, 2016, 96 p., 18 €/ePub : 8.99 €

pirotteLivre posthume de Jean-Claude Pirotte, disparu en 2014, Le silence est d’une rare éloquence pour exprimer l’univers de cet artiste, peintre et romancier, dont les œuvres se nourrissent d’une vision poétique omniprésente. Et pour qui la réalité du monde n’est vivable qu’à travers ce filtre voué non pas à l’embellir, mais à la transcender dans un imaginaire lui conférant sa véritable substance et, finalement, sa seule légitimité. C’est du reste l’obscure révélation de  la nature véritable de la poésie qui l’aura saisi comme une ivresse et comme une mystique dont celle du vin ne serait pas le vecteur, mais le reflet à la fois subsidiaire et opérant.  La poésie… « Je l’ai rencontrée sans trop le savoir, peut-être comme l’ermite soudain se trouve devant son dieu ». Quant au vin, il est aussi garant de la fraternité dont ce petit livre rayonne. Fraternité avec le monde et avec les compagnes et compagnons qui en fixent le décor et lui donnent son âme. « Car boire seul n’est pas notre affaire » ou encore « Notre indifférence au réel n’a d’égale que notre attention passionnée aux images entrevues  dans une lumière soudaine, qui est peut-être celle que diffusent les éclats troubles du vin bourru ». Continuer la lecture

Pour saluer Vandromme

Un coup de coeur du Carnet

Pol VANDROMME, Une indifférence de rébellion, Paris, Pierre-Guillaume de Roux, 200 p., 23 €

Dans une interview pour La Presse littéraire parue début 2008, Pol Vandromme répondait, laconique, à une question que je lui posais sur l’identité wallonne : « Je suis Belge par humilité et j’entends bien le rester. Vu mon âge, et ce qu’est déjà l’état du monde, le reste m’est indifférent. Une indifférence de rébellion. » C’est apparemment cette formule qu’il retint comme titre de l’ensemble qui constituerait son dernier recueil d’articles critiques. Continuer la lecture

Tu sais où tu vas

Robert SCHAUS, Tu sais où tu vas, Krautgarten, 2015.
Bruno KARTHEUSER, Robert Schaus memento 1939-2015, édition bilingue allemand-français, Krautgarten, 2015.

Né à Emmels en 1939, le poète Robert Schaus nous a quittés durant l’hiver dernier. Homme riche de deux cultures (et même de trois puisqu’il fut longtemps professeur d’anglais), il a construit une œuvre double, publiant tantôt en allemand, tantôt en français. Comme l’écrit son ami Bruno Kartheuser dans un Memento qui illustre l’existence du poète parmi les siens (famille, amis, confrères) en des temps et des lieux tellement significatifs : « Dans le cadre des Cantons de l’Est, une vie de 1939 à 2015 comprend […] la guerre en 1940, le vécu de l’offensive des Ardennes et la fin de la guerre, les années de la reconstruction et de la transformation de la culture paysanne, le passage à l’autonomie culturelle dès 1970 et finalement les débuts cahotants et clopinants de cette dernière pendant quatre décennies. » Par ailleurs plasticien, Robert Schaus a publié à partir de 1972 treize recueils de poésie, dont sept en français. Continuer la lecture

François Muir retrouvé

Primaëlle VERTENOEIL

muir1Les éditions de la Lettre volée ont fait paraître, au cours de l’année 2014, deux titres posthumes du poète et romancier François Muir, décédé en 1997,  L’infamie de la lumière et Le jeûne de la vallée. L’occasion de faire connaître une œuvre jadis oubliée. Continuer la lecture

Vous avez fait votre métier de poète…

Un coup de coeur du Carnet
Mélanie GODIN

hennartCe recueil posthume paraît près de dix ans après la mort de Marcel Hennart aux éditions Rougerie. Composé de deux suites de poèmes inédits, il est préfacé par un autre auteur maison, Marc Dugardin. Dans cette précieuse petite rétrospective, Dugardin souligne avec un ton où l’on devine qu’il a bien connu l’auteur quelques éléments caractérisant la voix du poète disparu. On y apprend qu’il était passionné par l’Espagne, à l’instar de Fernand Verhesen et d’Edmond Vandercammen. La partie intitulée De jasmin et de lumière en témoigne puisqu’il s’agit d’une plongée dans l’Espagne de Federico Garcia Lorca. Sur une terre pleine de contrastes et marquée au fer rouge par la guerre civile de 1936, se mêle au sang, aux combats et aux larmes, une nature composée d’oliviers, de fenouil, de fleurs blanches, mais aussi de soleil aride et de mirages de mer : Continuer la lecture

Mon père, ce poète

Christian LIBENS

image184Rares sont les poètes dont l’œuvre intégrale est publiée.  Jean-Louis Crousse aura connu ce privilège post mortem grâce à l’admiration agissante de proches et aux bons soins de l’éditeur Jacques Flament, établi à La-Neuville-aux-Joûtes, dans les Ardennes françaises. Pareil lieu de naissance pour ce volume comptant près de six cents pages n’aurait pas été indifférent au poète, lui qui a aimé célébrer la forêt ardennaise. Car ce Bruxellois de naissance (1932) et de résidence choisissait souvent d’accorder à sa petite musique bien personnelle celle des vents de l’Ardenne et de l’Ariège, ou encore de la mer du Nord. Continuer la lecture

« Le jour sent bon le cerisier »

Francine GHYSEN

caremeL’ultime recueil posthume de Maurice Carême, Sac au dos, nous emmène sur les pas du poète, chantant les chemins buissonniers, s’émouvant des paysages, cueillant images et impressions. Continuer la lecture

Henry Bauchau, les jours et les rêves…

Un coup de coeur du Carnet

Henry BAUCHAU, Dernier journal. 2006-2012, Actes Sud, 2015, 690 p., 27, 50 €

bauchauLa fréquentation d’un journal intime constitue toujours une expérience particulière. En effet, le lecteur découvre, sans solution de continuité, le contenu événementiel d’une temporalité vécue par le diariste, alors que ce dernier, au moment de la rédaction, aura éprouvé tout différemment la dilatation des heures et des jours. Ce décalage, chronologique et qualitatif, est d’autant plus troublant quand on a affaire à un personnage de la stature d’Henry Bauchau. Continuer la lecture