Noir de noir
Barbara ABEL, Derrière la haine, Fleuve noir, 2012
Romancière et chroniqueuse culturelle sur la chaîne Arte Belgique, Barbara Abel signe avec Derrière la haine un roman noir auprès duquel La guerre des Rose, film fameux de Danny DeVito, fait figure de charmante bluette. En cause, non pas un couple, mais deux : les Brunelle et les Geniot. Ils habitent des maisons contiguës, cultivent une amitié sincère et réciproque, ont tous deux un enfant du même âge et seule une haie sépare leurs jardins. Une haie qui, au fil de l’action, gagnera un « n » supplémentaire et répulsif pour produire le titre du livre. Tout a commencé avec la mort accidentelle du petit Maxime Geniot tombé de la fenêtre de sa chambre, mort à laquelle ne sont pas étrangers les comportements négligents ou maladroits des deux mères.
À partir de là, les relations entre les deux couples – par ailleurs poursuivis l’un et l’autre par certaines résurgences du passé – vont prendre un cours différent et se partager entre ressentiments et retours d’affection. Chassé-croisé de plus en plus tendu jusqu’au final d’une totale noirceur, fomenté par une mécanique proprement diabolique. Et conclu dans un festival majuscule d’amoralité et de cynisme résolu, derrière lequel on devine le sourire satisfait et bien mérité d’une romancière de grande culture qui pratique le noir comme un défi ludique à sa propre sensibilité. Ce qui n’exclut nullement une approche psychologique adéquate et fouillée des différents personnages qu’elle met en scène, même si, parfois, l’obéissance aux « impératifs catégoriques » du genre la contraint à des figures plus extrêmes ou plus acrobatiques. On notera aussi le souci maternel de larder ce bréviaire de l’horreur d’extraits attendrissants du Carnet de santé des enfants…
Jouissif.
Ghislain Cotton
Article paru dans Le Carnet et les Instants n°173 (2012)