Archives par étiquette : Frédéric Saenen

La Littérature belge d’une apocalypse l’autre

Un coup de cœur du Carnet

Marc QUAGHEBEUR, Histoire, forme et sens en littérature. La Belgique francophone. Tome 2 – L’ébranlement (1914-1944), Peter Lang, coll. « Documents pour l’Histoire des Francophonies », 2017, 420 p., 46.62 €, ISBN : 978-2-8076-0457-5

quaghebeur 2.jpgQue reste-t-il à apprendre de la « littérature belge » ? Bien des choses, voire tout. À commencer par la précarité même de cette appellation d’origine incontrôlable, peu protégée des ébranlements et des effondrements du pays dont elle est censée émaner. Au sortir des tranchées de la Grande Guerre, l’adjectif « belge » n’aura plus guère de sens pour certains, et il s’agira de s’interroger sur les périphrases qui lui tiendront lieu de substitut. « Francophones » ou « françaises », nos Lettres ? Et situées où, « en » ou « de » Belgique ? L’épineux débat et la susceptibilité que suscite la problématique va jusqu’à se loger dans une préposition… Une seule certitude : quiconque voudra comprendre les lignes de fracture, les tensions internes et les courants d’énergie qui les ont marquées, ne pourra faire l’économie du travail que mène avec patience et passion Marc Quaghebeur. Continuer la lecture

Bruocsella invicta !

Christopher GÉRARD, Aux Armes de Bruxelles, Flâneries urbaines, Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2017, 284 p., 21.90 €, 978-2363712035

gérardLe flâneur est au touriste ce que le gourmet est au gourmand ; le premier hume, zyeute, s’attarde, peaufine ses sensations et s’en laisse investir, savoure le basculement magique du temps devenant espace ; le second engloutit kilos et kilomètres, et bâfreur, et pressé, le voilà frappé d’agueusie à force de vouloir tout goûter, de cécité pour avoir trop vu. On peut bouffer, bien et beaucoup, à Bruxelles, mais attention, on ne peut pas bouffer Bruxelles. Cette ville de tous les excès, qui suinte la gueuze au bord des verres, la graisse des volcans de stoemp et les remembrances d’une Senne enfouie, est aussi celle de tous les raffinements, à qui saura (oui, « saura » et pas « pourra », n’en déplaise aux fransquillons à deux balleke) les débusquer. Continuer la lecture

Nous sommes tous des anexcités

Un coup de cœur du Carnet

Laurent DE SUTTER, L’Âge de l’anesthésie. La mise sous contrôle des affects, Les Liens qui Libèrent, 2017, 156 p., 15,50 €/ ePub : 9.99 €, ISBN : 979-10-209-0508-6

de sutter l age de l anesthesieUn nouveau livre de Laurent de Sutter ne se fait jamais attendre, et pour cause : le travail de réévaluation de nos sociétés et des mécanismes d’oppression qui les régissent, mené par ce professeur de théorie du droit de la VUB, se poursuit par salves continues, avec le méthodisme et l’acuité d’un sniper. Après sa Théorie du kamikaze, il s’en prend au plus insidieux dispositif de mise sous contrôle de nos affects, partant de nos libertés fondamentales, qui s’insinue en nous via les innombrables substances chimiques qu’il nous est loisible, quand ce n’est prescrit, d’ingérer quotidiennement. Continuer la lecture

Louis Scutenaire : « J’ai quelque chose à dire. Et c’est très court »

Coup de coeur du Carnet

Louis SCUTENAIRE, Mes inscriptions 1945-1963, Allia, 2017, 330 p., 15 €/ePub : 7.49 €, ISBN : 979-10-304-0521-7

scutenaireÀ l’instar de Paul Nougé et Marcel Mariën, Louis Scutenaire (1905-1987), « Scut » pour les intimes, mena jusqu’au bout « l’expérience continue » du surréalisme. Mes Inscriptions 1945-1963, qui reparaissent au catalogue d’Allia, attestent de cette dynamique particulière, en somme assez spécifique aux surréalistes belges, où le « primum vivere » semble l’emporter sur l’impérieux devoir de « faire œuvre ». Se tenir debout, pour Scut, n’était pas une posture d’écrivain, juste une position naturelle. Continuer la lecture

Liliane Schraûwen, une écriture de proximité

Liliane SCHRAÛWEN, À deux pas de chez vous, Zellige, coll. « Vents du Nord », 2017, 190 p., 18,50 €, ISBN : 978-2-914773-77-5

schrauwenComme elle l’a elle-même noté dans la notice autobiographique de son blog, Liliane Schraûwen mène une existence pétrie de littérature, que ce soit sur le plan professionnel – n’a-t-elle pas exercé les métiers de « courriériste, journaliste, correctrice, directrice de collection chez Marabout, bibliothécaire, coach littéraire, « nègre », enseignante » ? – mais surtout au fil d’une œuvre qui s’enrichit avec régularité, là d’un roman, ici d’un recueil de proses plus brèves, ailleurs de « chroniques » sur les grandes affaires criminelles belges…. Continuer la lecture

Neel Doff, « cette créature enfantine »

Un coup de coeur du Carnet

Neel DOFF, Jours de famine et de détresse, postface d’Élisabeth Castadot, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2017, 210 p., 8.50 €, ISBN : 9782875681416

doffOn doit à Charles Péguy d’avoir été parmi les premiers à opérer un distinguo entre la pauvreté et la misère. Il expliquait ainsi dans L’Argent que si la première a tout d’un purgatoire qui peut, malgré sa dureté, s’avérer transitoire, la seconde s’apparente à un enfer au seuil duquel est commandé l’abandon de toute espérance de la part de ceux qu’elle frappe, ronge, avilit, tue. Les Jours de famine et de détresse dont Neel Doff égrènent le douloureux chapelet témoignent pleinement de cette expérience extrême, dans des pages dont le vérisme n’a rien à envier à d’autres classiques européens de l’écriture du dénuement, tel La Faim du Norvégien Knut Hamsun. Continuer la lecture

Défense et illustration de la Langue première

Frédéric SAENEN, L’enfance unique, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2017, 195 p., 14 €, ISBN : 9782874894169

saenen.pngJean-Pierre Verheggen a bien raison d’être enthousiaste à la lecture de ce « roman », L’enfance unique, dans sa Lettre-préface adressée à Frédéric Saenen.

Non, elle n’est pas raide morte, cette langue que Saenen qualifie haut et fort de première, le wallon. La défense qu’il en dresse est vaillante : une contre-argumentation forte et de première main à l’égard de ceux qui la méprisent ou l’ignorent ; et surtout toute une panoplie d’illustrations vigoureuses y pourvoient, qu’agrémente, pour notre plaisir à nous qui la comprenons encore, un glossaire plein d’humour. Continuer la lecture