Archives par étiquette : Frédéric Saenen

De la nécessité d’attribuer à titre posthume le Prix Nobel à Simenon

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Baptiste BARONIAN, Simenon, romancier absolu, Pierre-Guillaume de Roux, 2019, 190 p., 18,5 €, ISBN : 2-36371-298-1

Dans son dernier essai, Jean-Baptiste Baronian apporte la preuve définitive que tout n’a pas été écrit sur Georges Simenon et que, trente ans exactement après la disparition du plus liégeois des écrivains universels (ou du plus universel des écrivains liégeois, le propos est réversible), son œuvre comme sa vie recèlent encore leur lot de trouvailles. Encore faut-il, pour les dénicher, oser s’aventurer dans les recoins inexplorés ou négligés de son univers, dans des œuvres peu citées – Strip-tease, Un banc au soleil, Il pleut bergère…, La prison – ou dans le massif, parfois rébarbatif, des Dictées. Continuer la lecture

« Dieu n’a jamais existé mais Eddy bien »

Jeanne RAHIER, Tout Eddy est dit. Écrits 1969-1979, Édition établie par Jean-Jacques Messiaen, Avant-propos d’André Stas, Editions Johnny Bersou & Son, 2019, 190 p.

Jeanne Rahier Eddy Merckx

©Le comptoir

Bien sûr, vous ne connaissez pas Jeanne Rahier, et personne ne pourra vous en faire grief, car la production de cette Serésienne (1896-1981) était vouée à demeurer au rang de ce que Marcel Jouhandeau appelait avec délicatesse « la littérature confidentielle ». C’était cependant compter sans l’endurance du PPP (Polygraphe Provincial Patenté) Jean-Jacques Messiaen qui a tout mis en œuvre pour révéler les textes de cette plume atypique dont il a gardé le plus vif souvenir. Adolescent, il les a entendu lire par leur auteure lors des nombreuses visites qu’il lui rendait, rue Peetermans, « dans le fond de Seraing » comme on dit dans la région. « Une voix chaude aux intonations gouailleuses, striée des blessures de l’existence et pourtant porteuse de vie et pleine d’espoir ». Continuer la lecture

Vers la vie simple avec Luc Dellisse

Luc DELLISSE, Libre comme Robinson. Petit traité de la vie privée, Impressions nouvelles, 2019, 210 p., 17 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-87449-680-6

On peut être un moraliste sans pour autant jamais user de moraline. Il suffit pour cela de miser sur d’autres recours quand on délivre son message : la lucidité et le style. La première, Luc Dellisse l’a reçue en héritage de sa riche expérience d’une existence longtemps passée dans ce qu’il nomme « l’ancien monde ». Il épure le second, le dégraisse, pour ne livrer que le nerf de sa pensée. Le lire revient alors à affronter l’évidence : mais oui, c’est de cette parole-là que j’avais, que nous avions besoin, immédiatement. Continuer la lecture

Marc Hanrez le Célinissime

Marc HANREZ, Céline et ses classiques et autres essais, préface de Marc Laudelout, Illustrations de Philippe Lorin, Éditions de Paris – Max Chaleil, 2019, 190 p., 20 €, ISBN : 978-2846212762

Faut-il s’étonner que, dans la liste des essayistes pionniers à avoir traité de Louis-Ferdinand Céline, deux soient d’origine belge ? Sans doute appartenait-il mieux à des périphériques qu’à des Hexagonaux de s’emparer d’une figure aussi complexe et épineuse, au lendemain de sa disparition en juillet 1961, qui avait vu les passions se ranimer à son égard… En 1963, Pol Vandromme faisait ainsi paraître un mince volume, tout en verve hussarde, sur l’Abominable Homme des Lettres. Le plus parisien des carolorégiens avait été précédé sur cette voie par un jeune universitaire de l’ULB, de qui Roger Nimier avait accepté une étude à paraître dans la naissante collection « La Bibliothèque idéale » chez Gallimard. L’ouvrage à la couverture rose fuchsia et à la maquette reconnaissable entre mille, paru en novembre 1961 – soit six mois après la mort de Céline – est devenu depuis une référence incontournable dans l’océanique bibliographie célinienne. Et s’il ne fut certes pas la toute première monographie consacrée à Céline (signée par Nicole Debrie-Panel et publiée chez un éditeur plus confidentiel que Gallimard), le portatif de Hanrez a au moins ce mérite d’avoir été le premier ouvrage « grand public » sur le sujet. Continuer la lecture

La mythologie moderne de Giorgio de Chirico

COLLECTIF, Giorgio de Chirico. Aux origines du surréalisme belge : Magritte-Delvaux-Graverol, BAM – Mardaga, 2019, 144 p., 29,90 €, ISBN : 9782804707262

Giorgio de Chirico (1898-1978) fut l’un – peut-être même le premier – des initiateurs du surréalisme en peinture. En Belgique, la révélation de son œuvre constitua un choc majeur pour René Magritte, qui se plaisait à dire que, grâce à lui, « [s]es yeux ont vu la pensée pour la première fois ». Jusqu’au 2 juin 2019, une exposition exceptionnelle se tient au BAM de Mons, qui met en scène le dialogue entretenu par Magritte mais aussi Paul Delvaux et Jean Graverol avec la production du mage italien. Continuer la lecture

Variations sur une Symphonie de l’horreur

Olivier SMOLDERS, Nosferatu contre Dracula, Impressions nouvelles, coll. « La fabrique des héros », 2019, 128 p., 12 € / ePub : 7.99 €, ISBN : 978-2874496486

Le crâne bosselé et chauve, le nez drument busqué, le sourcil fourni et la dentition en chaos d’aspérités, barrée de deux longues canines ; les mains arachnéennes, comme en quête de proie, le dos légèrement bombé, le regard halluciné et avide ; « sertie dans un costume de clergyman, sévère, boutonné jusqu’au col »… Voici que se présente lentement, solennellement, la silhouette la plus inquiétante de notre imaginaire fantastique, j’ai nommé Nosferatu. Et il fallait l’audace d’un Olivier Smolders, dont le travail et les intérêts pluriels se situent à l’intersection de la littérature et du cinéma, pour s’aventurer à saisir cet insaisissable. Continuer la lecture

Louis Boumal, notre jeune homme

Louis BOUMAL, Écrits de guerre (1914-1918), édition établie et introduite par Laurence Boudart, Catherine Lanneau et Gérald Purnelle, AML Éditions, coll. « Archives du futur », 2018, 362 p. + un cahier photographique hors-texte, 28 €, ISBN : 978-2507056117

Comment remettre encore en doute la cruelle ironie de la Mort face à celle du Liégeois Louis Boumal (1890-1918) ? Mobilisé dès les premiers jours de la guerre de 1914, présent à plusieurs reprises au front à des moments-clés du combat, comme par exemple le dégagement de blessés à Lombartsijde en octobre 1914, Boumal ne sera finalement emporté ni par une balle ni par un obus, mais par la grippe espagnole, qui lui fait pousser son dernier soupir à douze jours de l’Armistice…

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