Archives par étiquette : Frédéric Saenen

Nous sommes tous des anexcités

Un coup de cœur du Carnet

Laurent DE SUTTER, L’Âge de l’anesthésie. La mise sous contrôle des affects, Les Liens qui Libèrent, 2017, 156 p., 15,50 €/ ePub : 9.99 €, ISBN : 979-10-209-0508-6

de sutter l age de l anesthesieUn nouveau livre de Laurent de Sutter ne se fait jamais attendre, et pour cause : le travail de réévaluation de nos sociétés et des mécanismes d’oppression qui les régissent, mené par ce professeur de théorie du droit de la VUB, se poursuit par salves continues, avec le méthodisme et l’acuité d’un sniper. Après sa Théorie du kamikaze, il s’en prend au plus insidieux dispositif de mise sous contrôle de nos affects, partant de nos libertés fondamentales, qui s’insinue en nous via les innombrables substances chimiques qu’il nous est loisible, quand ce n’est prescrit, d’ingérer quotidiennement. Continuer la lecture

Louis Scutenaire : « J’ai quelque chose à dire. Et c’est très court »

Coup de coeur du Carnet

Louis SCUTENAIRE, Mes inscriptions 1945-1963, Allia, 2017, 330 p., 15 €/ePub : 7.49 €, ISBN : 979-10-304-0521-7

scutenaireÀ l’instar de Paul Nougé et Marcel Mariën, Louis Scutenaire (1905-1987), « Scut » pour les intimes, mena jusqu’au bout « l’expérience continue » du surréalisme. Mes Inscriptions 1945-1963, qui reparaissent au catalogue d’Allia, attestent de cette dynamique particulière, en somme assez spécifique aux surréalistes belges, où le « primum vivere » semble l’emporter sur l’impérieux devoir de « faire œuvre ». Se tenir debout, pour Scut, n’était pas une posture d’écrivain, juste une position naturelle. Continuer la lecture

Liliane Schraûwen, une écriture de proximité

Liliane SCHRAÛWEN, À deux pas de chez vous, Zellige, coll. « Vents du Nord », 2017, 190 p., 18,50 €, ISBN : 978-2-914773-77-5

schrauwenComme elle l’a elle-même noté dans la notice autobiographique de son blog, Liliane Schraûwen mène une existence pétrie de littérature, que ce soit sur le plan professionnel – n’a-t-elle pas exercé les métiers de « courriériste, journaliste, correctrice, directrice de collection chez Marabout, bibliothécaire, coach littéraire, « nègre », enseignante » ? – mais surtout au fil d’une œuvre qui s’enrichit avec régularité, là d’un roman, ici d’un recueil de proses plus brèves, ailleurs de « chroniques » sur les grandes affaires criminelles belges…. Continuer la lecture

Neel Doff, « cette créature enfantine »

Un coup de coeur du Carnet

Neel DOFF, Jours de famine et de détresse, postface d’Élisabeth Castadot, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2017, 210 p., 8.50 €, ISBN : 9782875681416

doffOn doit à Charles Péguy d’avoir été parmi les premiers à opérer un distinguo entre la pauvreté et la misère. Il expliquait ainsi dans L’Argent que si la première a tout d’un purgatoire qui peut, malgré sa dureté, s’avérer transitoire, la seconde s’apparente à un enfer au seuil duquel est commandé l’abandon de toute espérance de la part de ceux qu’elle frappe, ronge, avilit, tue. Les Jours de famine et de détresse dont Neel Doff égrènent le douloureux chapelet témoignent pleinement de cette expérience extrême, dans des pages dont le vérisme n’a rien à envier à d’autres classiques européens de l’écriture du dénuement, tel La Faim du Norvégien Knut Hamsun. Continuer la lecture

Défense et illustration de la Langue première

Frédéric SAENEN, L’enfance unique, Neufchâteau, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2017, 195 p., 14 €, ISBN : 9782874894169

saenen.pngJean-Pierre Verheggen a bien raison d’être enthousiaste à la lecture de ce « roman », L’enfance unique, dans sa Lettre-préface adressée à Frédéric Saenen.

Non, elle n’est pas raide morte, cette langue que Saenen qualifie haut et fort de première, le wallon. La défense qu’il en dresse est vaillante : une contre-argumentation forte et de première main à l’égard de ceux qui la méprisent ou l’ignorent ; et surtout toute une panoplie d’illustrations vigoureuses y pourvoient, qu’agrémente, pour notre plaisir à nous qui la comprenons encore, un glossaire plein d’humour. Continuer la lecture

Le fantastique, substantif féminin

Anne RICHTER, Les écrivains fantastiques féminins et la métamorphose, préface de François Ost, éditions de l’Académie royale de Belgique, coll. « L’Académie en poche », 120 p., 7 €/ePub : 3.99 €, ISBN : 978-2-8031-0589-2

richterIl suffit de cent pages exactement à la Femme de Lettres Anne Richter pour nous convaincre que le fantastique n’est pas l’apanage d’auteurs mâles, et ce même s’il se rencontre moins d’occurrences d’œuvres y appartenant qui soient signées par des écrivaines. L’essai tient cependant moins de la démonstration que de la déambulation : les rayons de la bibliothèque dans laquelle nous convie Anne Richter – cicérone des plus autorisés, la quatrième de couverture en atteste – sont en effet jalonnés de noms et de titres à redécouvrir par qui prétend embrasser le genre dans un spectre large. Continuer la lecture

Stella Corfou, « Une espèce d’âme jamais vue »

Un coup de coeur du Carnet

Béatrix BECK, Stella Corfou, Dessins de Florence Reymond, Éditions Le Chemin de fer, 130 p., 15 €   ISBN : 978-2-916130-87-3

beck-corfouStella Corfou, elle se campe devant vous, dans la force de son évidence, paupières closes et fardées d’un bleu qui fait raccord avec celui de ses gants, guiboles révélées par une jupe courte, à la carnation irréprochable mais aux genoux rentrants, comme pour se donner des allures de fillette maladroite, ça fait diversion sans doute. De la main droite, on ne sait si elle repousse avec dédain l’homme miniature qui l’accompagne ou si elle lui caresse le dos avec désinvolture. Et l’on sent d’office qu’il vaut mieux se tenir à carreau devant ce spéci(wo)men ; que s’aventurer à l’apostropher sans égard, c’est encourir une saillie assassine, décochée plus vite qu’une œillade. Continuer la lecture