Archives par étiquette : M.E.O.

Meurtres au chœur de Venise…

Claude RAUCY, Le maître de San Marco, MEO, 2018, 80 p., 12 € / ePub : 7.99 €, ISBN : 978-2-8070-0162-6

Pouvait-on trouver meilleur romancier que Claude Raucy pour redonner vie littéraire au compositeur flamand Adriaan Willaert ? Le récit qu’il nous en donne avec Le maître de San Marco s’inscrit dans la lignée des romans qui, sans crier gare, nous enseignent en nous divertissant. Au gré des péripéties d’une enquête  permettant de tirer au clair des morts suspectes parmi le chœur dont il est le chef à San Marco, nous apprendrons du musicien flamand la place privilégiée qu’il occupe dans la Sérénissime, mais aussi dans l’histoire de la musique de la Renaissance. Le roman commence tambour battant au Palais du Doge, Andrea Gritti. Ce dernier a convoqué le Flamand. Il s’inquiète de ces meurtres en série – les musiciens sont étranglés à l’aide d’une écharpe blanche, abandonnée sur les lieux du crime. Il s’indigne aussi que les enquêtes n’aboutissent pas avec assez de célérité à l’arrestation des coupables. Continuer la lecture

La vie en guirlande

Daniel SIMON, Ce n’est pas rien, M.E.O., 2018, 128 p., 15,00 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-8070-0159-6

Poète, dramaturge, nouvelliste, Daniel Simon traverse la littérature en électron libre aussi nourri de rêves éveillés que vigilant observateur des heurs et malheurs d’un monde qu’il aimerait plus juste et plus fraternel. C’est ce qu’il exprime au fil des pages de Ce n’est pas rien – Nouvelles et textes brefs, flânerie signifiante patronnée en exergue par Thomas d’Aquin : « il faut un minimum de confort pour pratiquer la vertu ». Ce qui d’ailleurs pourrait aussi se traduire par : il est plus aisé de se montrer intransigeant quand on vit dans le confort. L’ironie positive pratiquée par Simon, on la retrouve en force dans le texte qui clôt le recueil : une lecture-spectacle interprétée naguère au Château de Seneffe, intitulée  Modeste proposition pour les enfants perdus, directement inspirée de la fameuse provocation de Swift relative à la famine d’Irlande. Il s’agit bien entendu pour l’auteur de destiner la majorité des nourrissons rendus « dodus et gras » à la table de « personnes de bien et de qualité » :

Ils pourront en offrant leurs flancs et leur râble aux plus fines bouches de nos États, faire de leur brève existence un subtil en-cas (…)Bien préparés, ils serviront la nation mieux que vifs et miséreux, promis aux injures de leur condition.

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Les chats savent toujours

Caroline ALEXANDER, Une vie en miniature, M.E.O., 2018, 108 p., 14 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 978-2-8070-0156-5

alexander_une vie en miniature« Quoi ? Moi, l’agnostique, la logique, la sensée, la raisonnable, la raisonneuse, je deviendrais l’espace de quelques heures une Alice qui, au lieu de traverser les miroirs, passerait, qui sait, par des trous de serrure ? »

La narratrice d’Une vie en miniature s’éberlue de sa soudaine capacité à rapetisser. Pas plus grande qu’un doigt, elle se déplace en se mêlant au pelage blanc de Jupiter aux yeux jaunes, la menant entre draps dans la chambre et lit d’herbes au jardin. Il est son chat protecteur qui lui permet de vivre l’impossible. N’a-t-on pas tous rêvé d’être une petite souris pour voir sans être vu ? Notamment l’être aimé ? Continuer la lecture

Se battre, toujours se battre

Isabelle BIELECKI, Les tulipes du Japon, M.E.O., 2018, 238 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978-2-8070-0143-5

bielecki les tulipes du japon.jpgAprès un premier roman Les mots de Russie (éd. E.M.E.), remarqué par le prix des Amis des Bibliothèques de la Ville de Bruxelles, plusieurs recueils de poésie ainsi que des pièces de théâtre et des nouvelles, Isabelle Bielecki propose un deuxième roman, Les tulipes du Japon, aux éditions M.E.O. Le roman d’une femme au parcours étonnant à travers lequel le lecteur est en droit de lire des accents autobiographiques, à partir des éléments que lui fournit la quatrième de couverture. Continuer la lecture

Sur la trace des non-dits

Michel JOIRET, avec la collaboration de Noëlle LANSVoyage en pays d’écriture, Avant-dire de Pierre Mertens, M.E.O., 2017, 500 p., 25 €/ePub : 14.99 €, ISBN : 978-2-8070-0140-4

joiret voyage en pays d ecriture.pngIl existe entre un livre et son auteur un espace d’exploration littéraire que Michel Joiret appelle en collaboration avec Noëlle Lans, « Voyage en pays d’écriture ». Le principe en est cristallin : partir sur les traces des écrivains, là où ils ont commis leur œuvre et y découvrir ce que les sens de la présence sur place peuvent offrir. C’est-à-dire les non-dits des auteurs et l’esprit des lieux d’écriture. Continuer la lecture

Se souvenir du passé pour mieux construire son avenir

Françoise THIRY, Sous le rideau, la petite valise brune, M.E.O, 2017, 17 €, 204 p., ISBN : 978-2-8070-0131-2

thiry sous le rideau.jpgTu t’appelles France. Tu es belgo-burundaise. Tu es arrivée en Belgique avec un Boeing de la Sabena en 1966. Tu avais six ans. Après avoir été ballottée de famille d’accueil en famille d’accueil, tu es adoptée par un couple désireux d’avoir un enfant. Tu te plieras aux codes de la société belge, soi-disant ouverte et tolérante, pour lui plaire, par crainte de retourner dans un orphelinat. Tu feras l’effort d’oublier tes premières années de vie, de ne pas poser de questions sur tes origines. Tu t’efforceras d’ailleurs de les faire disparaître, de rendre invisible la part noire qui est en toi. Mais ton inconscient, qui se souvient, souffre de cette amnésie imposée, se sent inexistant et te le fera rapidement ressentir. Pour survivre, tu devras accepter d’ouvrir la valise et découvrir qui tu es… Continuer la lecture

Auteur en quête de son personnage

Annie PRÉAUX, Bird et le mage Chô, Éditions M.E.O., 2017, 220 p., 17€, ISBN : 978-2-8070-0134-3

preauxSandrine se réveille un matin dans sa maison d’enfance où trônent les objets et les meubles d’un autre. Que s’est-il passé cette nuit-là ? Après avoir appris brutalement son licenciement et avoir noyé son chagrin et son incompréhension dans des litres d’alcool, Sandrine a atterri devant son ancienne porte, en pleurant, frappant et appelant son défunt père. Le nouvel occupant, Jean-Marc, l’a recueillie chez lui et touché par sa détresse, lui a prodigué des soins. Le lendemain, il la laisse repartir, non sans regret. Une fascination le prend tout d’un coup pour Sandrine qui ressemble à s’y tromper à Bird, l’héroïne de son roman préféré, Le baiser cannibale. Il sent qu’il a besoin d’elle pour écrire à son tour le roman dont il a toujours rêvé, mais il la laisse s’échapper. Continuer la lecture