Archives par étiquette : Esperluète

Estampillé « ritournelle »

Corinne HOEX et Kikie CRÊVECOEUR, Elles viennent dans la nuit, Esperluète, 2018, 24 p., 20 €, ISBN : 978-2-35984-105-3

un bruit léger de pas
elles viennent dans la nuit
depuis ce lieu perdu
les embrasser
les perdre

Cinq vers – une estampe.

Dans l’ouvrage Elles viennent dans la nuit de la poète Corinne Hoex et de l’artiste Kikie Crêvecoeur, cinq vers sur chaque page entrent en résonance avec une estampe sur l’autre page. Davantage qu’un dialogue, il faudrait sans doute parler d’un diptyque : les poèmes se voient non véritablement illustrés par les estampes mais, eux-mêmes devenus empreintes fragiles (de par la retenue et la délicatesse qui sourd d’eux), ils sont embrassés et perdus à travers elles – et vice versa. Continuer la lecture

Où, en contemplant trois fois rien, on est, mine de rien, renvoyés à nos propres vertiges intérieurs

Anne DE ROO, Les mille corps, Esperluète, 2018, 20 p., 8 €, ISBN : 978-2-35984-104-6

Ça commence ainsi, par une question :

Je sais, nous avons deux corps et même cent et même mille. Mais comment en parler, d’autres l’ont si bien fait avant nous ?

À lire ce Mille corps, on pourrait dire que le parti-pris d’Anne De Roo tient lieu de réponse. En parler, ce serait, alors, tout d’abord, se glisser dans les pas des autres, se laisser traverser par les manières de dire, les stratégies, de ceux et celles qui nous ont précédés, spécialement les Henri Michaux (à qui est dédié le recueil), les Norge et autres héritiers ou cousins du surréalisme. Agir ainsi, qu’est-ce que c’est si ce n’est se donner une famille, une tribu dans laquelle on se sent comme chez soi ? Non qu’il s’agirait ici de « délirer », de laisser son imagination prendre les devants. Non qu’il s’agirait de laisser la part belle aux rêves, aux parts d’ombre et autres strates généralement cachées, bien tenues à l’écart, de nos esprits plus ou moins bancals. Continuer la lecture

Le prix des cinq continents pour Jean Marc Turine

Jean Marc Turine

Le jury du prix des cinq continents de la Francophonie, réuni à Paris ce vendredi 5 octobre, a attribué le prestigieux prix littéraire à l’écrivain belge Jean Marc Turine pour le son roman La Théo des fleuves, publié aux éditions Esperluète. Le prix lui sera remis le 9 octobre 2018 à Erevan, en marge du XVIIe Sommet de la Francophonie. 

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Francis Vloebergs. À l’écoute de la matière

Francis VLOEBERGS, Gestes et matières, textes de Pierre-Jean Foulon, Esperluète, coll. [dans l’atelier], 2018, 96 p., 18 €, ISBN : 9782359840995

La rencontre entre un créateur et un historien de l’art relève avant tout d’une question d’oreille, d’écoute, d’ouverture à l’univers que l’artiste déploie. C’est sous le signe de l’œil absolu, analogon de l’oreille absolue, que se place Gestes et matières qui articule les œuvres du peintre Francis Vloebergs selon un ordre chronologique au texte de l’historien de l’art et conservateur honoraire du Musée Royal de Mariemont, Pierre-Jean Foulon. Interpréter une œuvre exige de capter ses harmoniques, de déposer les armatures et grilles théoriques passe-partout au profit d’une entrée en résonance avec les propositions esthétiques avancées. Avec finesse et puissance, Pierre-Jean Foulon établit des correspondances entre le travail de thérapeute de Francis Vloebergs et son aventure picturale, ressaisit l’énergie génétique transissant les deux champs. Si, à ses débuts, l’imaginaire plastique de Francis Vloebergs se nourrit des expressionnistes flamands, de Permeke en particulier, il s’éloignera rapidement de la figuration au profit d’une exploration des possibilités offertes par l’abstraction. Après sa rencontre décisive avec Louis Van Lint, représentant de l’abstraction lyrique, Vloebergs se tournera dans les années 1980 vers la géométrisation, dans une attention à la construction des formes. Mais le point de bascule aura pour nom un acte créateur ressaisi autour des virtualités de la matière, dans un élargissement du champ pictural en direction de la veine matiériste frayée par Tapiès (utilisation de matériaux divers, sable, cendre, pierre…). Continuer la lecture

Le petit prince prend le métro

Ludovic FLAMANT et Jeroen HOLLANDER, Passagers, Esperluète, 2018, 48 p., 14 €, ISBN : 978-2-35984-097-1

A priori, on peut hésiter entre des cartes du ciel et des cartes souterraines. Ou bien ce sont des circuits pour apprendre l’électricité ? Des plans de connexions synaptiques dans la boîte crânienne ? Ou bien le labyrinthe à bords perdus de minces terriers ? C’est peut-être le réseau raisonné des racines des hêtres de la Forêt de Soignes ? De ces points et lignes ainsi fixés sur les pages fourmille une intense mobilité… Probablement celle de nos émotions, de nos obsessions enfouies dans la profondeur incartographiable de nos cerveaux. Continuer la lecture

Dans l’intimité familiale des koalas

Un coup de cœur du Carnet

Anne HERBAUTS, Les koalas ne lisent pas de livres / Les grizzlis ne dorment qu’en hiver, Esperluète Éditions, 2018, 64 p., 18 €, ISBN : 9782359840957

Ce n’est pas un mais deux albums d’Anne Herbauts que publie l’éditeur belge Esperluète. Ou, plus exactement, deux livres en un seul et singulier objet : un livre à deux entrées, qui, par un habile jeu de reliure, se lit de façon telle que, lorsqu’on en termine un et qu’on le referme, on se trouve face à la couverture de l’autre. Fidèle à son habitude, Anne Herbauts joue avec la matérialité du livre en en créant deux dos-à-dos (l’un dédié aux mamans et aux papas, l’autre aux papas et aux mamans). Et comme d’habitude, le dispositif adopté fait pleinement sens. Continuer la lecture

Le livre de la mère

Alan SPELLER, Rideau, Esperluète, coll. « En toutes lettres », 2017, 48 p., 16 €, ISBN : 9782359840889

speller rideauLe titre. Un seul mot. Rideau. De fin. Sur la vie. De la mère du narrateur. Rideau. Tranchant comme un couteau. Découpant une scène, celle du début de la fin. La scène, mise sur une scène. Encadrée. Figée en une image tremblée. Avec le corps de la mère gisant, en son centre. Réitérée. Avec les mêmes mots, ou presque. D’ailleurs, peu de mots, tout au long de ce récit fragmentaire, pour cette scène et sa suite. Une succession de courts syntagmes, tels des vers libres, de trois ou quatre items, sans verbe souvent pour les lier. Des points, des virgules, des ellipses,  en remplacement. Continuer la lecture