Archives par étiquette : poésie

Christian Dotremont, 100 ans et 2 expositions

Dotremont A bleu mentir qui vient de près

Christian Dotremont, A bleu mentir qui vient de près, Logogramme, Encre bleue sur papier, [1978] – © Fondation Roi Baudouin / dépôt aux Archives & Musée de la Littérature | photo : Olivier Guyaux – L’Atelier de l’Imagier

Christian Dotremont aurait eu 100 ans le 12 décembre de cette année. Un anniversaire qui appelait une célébration à la hauteur de cette figure majeure tant de la littérature que des arts plastiques. Alors que plusieurs rééditions sont annoncées pour le deuxième semestre, pas moins de deux expositions lui sont dédiées, l’une aux Musées royaux des Beaux-Arts, l’autre à la Bibliotheca Wittockiana.  Continuer la lecture

Fermeture pour inventaire

Un coup de cœur du Carnet

Une poésie de vingt ans. Anthologie de la poésie en Belgique francophone (2000-2020), choix de textes et introduction par Gérald PURNELLE, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2022, 440 p., 10 €, ISBN : 978-2-87568-557-5

une poesie de vingt ansLa collection Espace Nord publie en juin 2022 une anthologie consacrée à la poésie belge francophone parue entre 2000 et 2020. « Ni un bilan, ni un état des lieux en bonne et due forme », le volume héberge les textes de 128 auteurs et autrices sous le pavillon d’une poésie jeune, à l’échelle d’un siècle jeune et d’un jeune millénaire. Continuer la lecture

Malgré les cicatrices et les lézardes…

Ludivine JOINNOT, Nous vivons encore, Arbre à paroles, coll. « If », 2022, 88 p., 15 €, ISBN : 9782874067174

joinnot nous vivons encoreEn ouverture du recueil de Ludivine Joinnot, Nous vivons encore, une phrase extraite de La cloche de détresse de l’écrivaine américaine Sylvia Plath sonne le glas. L’impact d’un gong comme pour mieux accompagner les disparus auxquels s’adresse l’autrice dans la première partie du livre intitulée Faire le deuil. Les proches, quelques poètes compagnons de route se croisent au détour de souvenirs composés avec douceur et nostalgie. Mais la disparition des êtres chers serait-elle synonyme de la fin de l’écriture ? On pense aux carnets de Nathalie Sarraute s’interrompant brusquement à la date de la mort de son mari, au Journal de deuil de Barthes interrogeant en somme l’utilité d’écrire après la mort. Ce serait sans compter le pouvoir de la littérature qui ne cesse jamais de tisser ce lien essentiel reliant mort, deuil et mélancolie. Car pour faire revivre ceux dont la voix s’est tue, pour à nouveau leur donner le mouvement de la danse, l’écriture reste seule capable d’insuffler le rythme, la cadence… Continuer la lecture

Pour vivre, la poésie

Luc DEL COR, Femme qu’on aime, Le Coudrier, 2021, 214 p., 24 €, ISBN : 978-2-39052-028-3

del cor femme qu'on aimeD’un tempérament discret, le poète Luc Del Cor n’est guère connu du grand public, malgré les quatorze recueils qu’il a publiés depuis 1980 chez différents éditeurs dont le Pré aux Sources ou Éole. Né à Uccle en 1947, il commence à écrire jeune adolescent, découvre ébloui la poésie de Baudelaire, puis Verlaine et Rimbaud, avant d’entrer au Service de la Lecture publique où il fera toute sa carrière. Séjournant à Orpierre en 1980, il s’éprend de ce vieux village des Alpes provençales où il reviendra chaque année et dont les réminiscences émaillent ses poèmes. Il a quarante ans quand se produit un séisme : à deux reprises, René Char le reçoit à l’Isle-sur-Sorgue pour des entretiens qui auront sur son art poétique une influence décisive. En témoignent des recueils tels que Juillet. Poèmes pour courtiser la femme (2002), Juillet. Matins roses et verts (2002), Le soulier du désir (2017). Paru fin 2021, Femme qu’on aime poursuit dans la même ligne exigeante, tendue comme une corde de violon, mais en un souffle inhabituel puisque le volume dépasse les deux cents pages : 159 poèmes répartis en neuf parties de longueur inégale, chacune précédée de citations littéraires et d’une photo en couleur. Continuer la lecture

Le mythe jamais écrit de la consolation

Florence NOËL, Ni de sang, ni de sens, Nouvelle Revue des Élytres, édition spéciale n°2, mars 2022, 36 p., 8 €, ISSN : 0777401 

noel ni de sang ni de sensQue dire ou plutôt comment dire le réel quand il y a eu attentat ?

Dans son dernier recueil Ni de sang, ni de sens sous-titré Chants pour Paris 13 novembre 2015 & pour Bruxelles 22 mars 2016, Florence Noël ruse avec la langue pour sonder la question du sens d’un réel volé en éclats. Quelle langue pour la sidération ?

Au travers de ce recueil, c’est comme si Florence Noël se demandait : quelle langue quand on attente à

[ce qui] restera
composé à 75%
d’eau 

êtres humides
êtres humains Continuer la lecture

La lutteuse amoureuse

Un coup de cœur du Carnet

Anna AYANOGLOU, Sensations du combat, Gallimard, 2022, 88 p., 13 € / ePub : 9,49 €, ISBN : 9782072972454

ayanoglou sensations du combatElle esquive les coups, elle absorbe tout – à l’instar de la boxeuse d’Arthur H, Anna Ayanoglou. Sensations du combat, son deuxième recueil, parait trois ans après le remarqué Le fil des traversées, chez Gallimard encore – collection blanche, et en redéploie, avec vigueur, des traces vives. Un philtre de perception pure.

Dieu soit loué il m’est donné d’aimer encore
de vivre à perte contre le temps Continuer la lecture

Dans le crâne de la douleur

Pierre DANCOT, Le bannissement, Arbre à paroles, 2022, 72 p., 11 €, ISBN : 978-2-87406-716-7

dancot le bannissement« Je ne sais plus qui de toi ou de moi a commencé à déchirer le jour, qui de toi ou de moi a noirci nos silences, je ne sais plus pour qui tu rêves, ni comment tu embrasses à la tombée de la nuit […] »

Dans Le bannissement, le poète et éditeur Pierre Dancot « décrit », comme l’écrit Pierre Schroven sur la quatrième de couverture, « les états d’âmes d’un amour qui lui échappe ». Les affects qui traversent ce recueil puisent dans le registre d’une temporalité bouleversée par la douleur, sont pris en charge par la tonalité de l’ardeur. Continuer la lecture

L’art de la promenade

Michel JOIRET, Le long chagrin de mes jardins de ville, illustration de couverture de Rupert Joiret, Coudrier, 2022, 99 p., 18 €, ISBN : 978-2-39052-031-3

joiret le long chagrin de mes jardins de villeMichel Joiret est un marin au long cours de la littérature belge et, à l’occasion de ses quatre-vingts printemps, publie coup sur coup un roman aux Éditions MEO (Stella Maris) et un recueil de poèmes aux Éditions Le Coudrier. Quelle énergie et quelle longévité littéraire !

Saluons encore ici son attention permanente aux collègues, amies et amis de ce petit milieu littéraire qui ne cesse de s’agrandir.

Le long chagrin de mes jardins de ville est un livre au titre qui sonne comme une complainte et où les poèmes sont cependant en échos subtils à cette joie discrète de voir le temps passer… Cet opus marqué autant par l’émerveillement que par la mélancolie délie ses visions enchantées et mélancoliques dans le même temps, comme on feuillette un livre dont le texte nous rappelle le Grand Récit de l’homme qui est de trouver sa place en ce monde. Continuer la lecture

La Poésie, partout

Jean-Louis MASSOT (auteur) et Thomas VENET (graphiste), Aussi les gens, Centre de Créations pour l’Enfance de Tinqueux, coll. « PetitVA ! », 2022, 40 p., 5 €

massot aussi les gens 2Elle est celle qui exige, qui s’apprivoise, qui s’esquive, qui invite, qui unit, qui exalte, qui sonde, qui illumine. Dans un même mouvement multiple. Elle est celle qui marche sous la pluie, « indifférente aux éclairs qui froiss[ent] le ciel », et qui ignore la proposition de protection. Celle qui ouvre le capot d’un minibus bleu et le remet en état de marche, offrant au voyageur, statique et mélancolique, l’opportunité de se reconnecter au mouvement. Celle qui repousse les contours du monde, qui enrobe les terrasses d’une authentique douceur lisboète. Celle dont le baromètre du bien-être se niche dans le ventre d’un chien réclamant des caresses. Celle qui se fait silence, parfois, quand l’impuissance l’étreint, devant accidents et catastrophes. Celle qui accompagne la mortelle chute des feuilles, avec plus de retenue toutefois que les marronniers. Celle qui ressent la nostalgie d’une enfance autour de grains de café invisiblement moulus. Elle est celle qui se décèle dans un geste, une lumière, un sentiment, une onde. Dans le quotidien ou le sublime, elle est celle qui anime les âmes, qui tisse des fils invisibles, qui éclaire ou obscurcit. La Poésie, partout. Continuer la lecture

Les chimères d’un amour évanoui

Arnaud DELCORTE, Lente dérive de sa lumière, Arbre à paroles, 2022, 116 p., 14 €, ISBN : 9782874067150

delcorte lente derive de sa lumiereComme l’indique Éric Brogniet dans Lecture silencieuse (éditions de l’Académie), La poésie est un art de l’instantané et du transfert, elle nous invite sans cesse à recadrer notre rapport à la réalité, à réinventer notre relation au monde, à arpenter un écart définitif.

Cette vision de la poésie guidera utilement le lecteur du dernier recueil d’Arnaud Delcorte, dont le titre, poème en soi, Lente dérive de sa lumière, évoque d’emblée ce déplacement du regard, de la rêverie, de la pensée poétiques. Nathaniel Molamba, qui signe la préface de l’ouvrage, invite lui aussi à la lecture à la fois singulière et démultipliée : Plus que jamais il faut lire entre les lignes, et surtout regarder au travers. Continuer la lecture

Fragments de silences intérieurs

Anne-Marielle WILWERTH, Vivre au plus près, Éditions du Cygne, 2022, 58 p., 10 €, ISBN : 9782849246931

wilwerth vivre au plus presVivre au plus près, nouveau recueil poétique d’Anne-Marielle Wilwerth paru aux éditions du Cygne, livre à ses lecteurs les nœuds d’une quête existentielle faite d’intériorité, de silences, de recherche de dénuement, d’interstices et d’instantanés dans ce qui s’apparente à une conscience aigüe du temps qui passe. Il s’agit d’une poésie concise d’apparence simple, mais le principe d’économie qui préside au choix du mot permet le rayonnement et l’abondance de significations. C’est ainsi qu’émerge une dualité douce entre monde physique et métaphysique, principes de l’existence avec lesquels la poétesse nous invite à composer. Continuer la lecture

Deux poignées de poèmes

Pierre CORAN & Carl NORAC, Une seconde, papillon !, Rue du monde, coll. « Une poignée de poèmes », 2022, 36 p., 9,50 €, ISBN : 9782355046896
Françoise LISON-LEROY, Poèmes cueillis dans la forêt de vos yeux, Rue du monde, coll. « Une poignée de poèmes », 2022, 36 p., 9,50 €, ISBN : 9782355046902

coran et norac une seconde papillonDeux petits livres de poésie pour la jeunesse viennent de paraitre aux éditions Rue du monde. Le premier, Une seconde, papillon !, est écrit à quatre mains par deux poètes de la même famille, Pierre Coran et son fils Carl Norac. C’est un événement, puisqu’il s’agit pour eux d’une première expérience collective d’écriture partagée. Habités par une inspiration commune, ils captent la poésie dans chaque instant de la vie véritable et essentielle. Puissamment positifs, les poèmes évoquent le temps qui passe, le hasard, la réalité, l’enfance, le rêve. Au fil des pages, s’écrit un dialogue unique et poétique entre un père et son fils, une transmission de ce qu’il faut regarder intensément et rêveusement pour appréhender le visible : Continuer la lecture

Parlons-en de la vie !

Marcelle PÂQUES, Le cœur en balade, Bleu d’encre, 2022, 50 p., 12 €, ISBN : 978-2-930725-45-1

paques le coeur en balade« Secrétaire, dans une autre vie. Retraitée, elle peut désormais donner libre cours à sa fantaisie » raconte l’excipit titré Marcelle Pâques, dans ce nouveau livret chez Bleu d’encre.  « Femme ordinaire. Vie ordinaire en apparence, car l’extraordinaire est là dans le quotidien », lit-on ensuite pour expliquer les trente-trois textes courts qui précèdent et forment un bloc-notes de réflexions et sentiments. La généreuse préface d’Éric Allard saisit bien l’intention de l’auteure : L’art de la joie. Sur la couverture, au-dessus de l’illustration enfantine par Catherine Hannecart d’une semeuse de coquelicots : Le cœur en balade. Continuer la lecture

Pour peindre le portrait d’une poète-oiseau…

Patrick DEVAUX et Martine ROUHART, Mouvances de plumes, Ill. de Catherine Berael, Préface de Anne-Marielle Wilwerth, Coudrier, 2022, 52 p., 16 €, ISBN 978-239052-032-0

devaux rouhart mouvances de plumesDans l’ « avant-lire » qui ouvre le recueil paru aux éditions Le Coudrier, Anne-Marielle Wilwerth cite opportunément Chateaubriand : Les poètes sont des oiseaux : tout bruit les fait chanter. Les (trop rares) illustrations de Catherine Berael nous donnent à voir de ces oiseaux quelques crayonnés, de rouge et de noir, composés dans ces attitudes qui sont familières et que certains poèmes évoquent.

Patrick Devaux et Martine Rouhart déposent dans ce volume allègre et heureux, feuille à feuille, des poèmes composés à quatre mains. Quatre mains enlacées, complices, solidaires de l’émotion poétiques : elles ne sont pas identifiées. Au lecteur de tenter le jeu d’attribuer à l’une ou à l’autre telle ou telle fulgurance, telle ou telle image verbale, telle ou telle évocation. Il lui faudra beaucoup de familiarité avec l’œuvre de l’un, Patrick Devaux et de l’autre, Martine Rouhart, pour redistribuer les cartes et signer d’un seul nom l’une ou l’autre de ces mouvances. On aimerait savoir comment les affinités complices  ont orchestré les papiers / aux regards / d’encre. Continuer la lecture

Fleurs de serre

Pierre CORAN, Mosaïques pour le jour qui vient, Arbre à paroles, 2022, 86 p., 12 €, ISBN : 9782874067143

coran mosaiques pour le jour qui vientLa tentation est grande, lorsqu’il s’agit de Pierre Coran, d’en appeler aux chiffres et de mesurer avec cérémonie la longévité et l’envergure d’une carrière poétique exemplaire. Cette politesse sonnerait pourtant faux, face à une œuvre dont il semble que chacun des romans ou recueils soit écrit comme un premier livre. Cette primeur soigneusement entretenue, ludisme d’Inimaginaire ou de Jaffabules, esprit d’enfance des Aventures des Pièces-à-Trou, investit chaque nouvelle publication d’une exigence secrète de simplicité et d’émerveillement. Les rêveries, paysages et traversées de Mosaïques pour le jour qui vient se montrent positivement à la hauteur de cette exigence. Continuer la lecture

De l’amitié, sa belle tessiture…

Philippe COLMANT et Philippe LEUCKX, Frères de mots, Coudrier, 2022, 90 p., 18 €, ISBN : 978-2-39052-030-6

colmant leuckx freres de motsPhilippe Colmant  et Philippe Leuckx se sont rejoints dans un volume écrit à quatre mains, orné de photographies en noir et blanc. Le titre Frères de mots se justifie d’emblée : rien n’indique auquel des deux Philippe attribuer tel ou tel poème. L’auteur des photographies, paysages de forêts et chemins de campagne enneigés, n’est pas davantage identifié dans ce recueil paru aux Éditions Le Coudrier.  C’est bien d’un entrelacement délibéré qu’il s’agit pour ces deux poètes, excluant que l’un se prévale d’une image fût-elle stylistique ou argentique.

Chaque poème donne à cette complicité un éclairage fraternel, d’autant plus intense que l’un et l’autre se retrouvent dans chaque mot déposé dont ils se dépossèdent. Y a-t-il échange plus profond que celui-ci, entre deux artistes, mêlant leur encre, rendant de l’amitié/ sa belle tessiture ?  Chaque page du recueil évoque avec une puissance que Montaigne – dont on sait les pages inoubliables que lui inspira la mort de son ami La Boétie –  ne récuserait pas, la force de l’amitié qui irradie de ces Frères de mots. Cette amitié sans laquelle semer le ciel/ reste hors de portée est déclinée en quatre-vingts variations évoquant le partage (partager la sente/et la mie du poème), la fidélité (de la main qui offre / tu sais cette sève / du don qui fait grandir) la communauté de la poésie (Et nos rimes fleurissent / Dans le vase de la vie), le silence bienvenu (Les portes béent / sur les mots / pleins de nos silences). Continuer la lecture