Archives par étiquette : poésie

Où, tout à coup, l’on comprend qu’on pourrait prendre plaisir à danser librement sur la Terre

Un coup de coeur du Carnet

Werner LAMBERSY, Sommet d’où jeter son pinceau, avec un frontispice de Brigitte Dusserre-Bresson, Taillis Pré, 2016, 150 p., 15 €, ISBN : 978-2-87450-109-8

lambersy.gifAutant le dire tout de suite : j’aime Werner Lambersy, le poète Werner Lambersy. J’aime le fait qu’il joue franco. Cartes sur table. J’aime la limpidité de ses recueils. La limpidité de chacun de ses « projets », comme on dit. Sommet d’où jeter son pinceau n’échappe pas à cette règle. Tant mieux pour nous, dirais-je. Continuer la lecture

Où l’on marque un temps d’arrêt juste avant de s’ébattre

Un coup de cœur du Carnet

Harry SZPILMANN, Liminaire l’ombre, Taillis Pré, 2017, 104 p., 12 €, ISBN :  978-2-87450-106-7

szpilmann

À la lecture de Liminaire l’ombre, me revient en tête une image, elle inaugure la scène première d’un western fabuleux, La prisonnière du désert. L’écran est d’abord noir puis quelqu’un, une femme, ouvre une porte et l’on devine que l’on était dans une cabane, et l’on voit ce que la femme voit, le monde lumineux des prairies, des ciels bleus, des espaces ouverts battus par les vents, et l’action peut commencer. Liminaire l’ombre n’a rien d’un western, bien sûr, et Harry Szpilmann n’a que faire de « mettre en scène » un héros à la John Wayne. Mais comme cette femme ouvrant littéralement une porte sur le monde, Harry Szpilmann et son livre se tiennent comme qui dirait au bord, au seuil, juste avant la plongée dans le monde, juste avant le grouillement lumineux, aveuglant, des crapauds et des eaux qui miroitent, juste avant l’éblouissement. Dans cette espèce d’entre-deux que la langue poétique, une certaine langue poétique, entre ombre et lumière, tente, quelquefois, comme elle peut, de capter. Vous savez, cet élan qu’on ressent parfois, cette poussée, si peu dicible ou explicable, qui nous pousse à aller, pan !, de l’avant, à sauter dans le grand vide grisant et vogue la galère. Cette poussée qu’aucun mot, aucune parole, n’arrivent à dire vraiment. Cette espèce de petit bouillon, petit bouillonnement, qu’on ressent parfois au fond de soi et qui, allez savoir pourquoi, nous incite à franchir le pas. À passer le seuil. À franchir la clôture. À courir comme des fous, comme des folles, dans les prés. À enfin nous ébattre et nous réjouir. Continuer la lecture

Où l’on est doucement renvoyé à sa condition d’exilé

Daniel De BRUYCKER, Maximilien DAUBER, Exode, Les Carnets du dessert de lune, 2017, 80 p., 16 €, ISBN : 9782930607818

Le pays était froid
rude à voir et sauvage
à s’endurcir le cœur

Çà et là des clartés violentes
aveuglaient sans rien éclairer
qu’un ciel d’orage au cœur de soi

Des cris d’oiseaux passaient
stridents dans la tourmente –
eux-mêmes, on ne les vit jamais

de bruycker exodeLes livres, ça peut toujours se prendre au pied de la lettre. On louperait des choses, sûrement, en les lisant, ainsi, au ras de la moquette. N’empêche. Ça peut se faire. Rien ne nous empêche d’user ainsi de la lecture. On dirait alors d’Exode, dernier livre en date de Daniel De Bruycker et Maximilien Dauber, qu’il est le fruit de deux amoureux fous du désert. Dauber y revenant sans cesse depuis des années. Photographiant, filmant, obstinément, les sables, les roches éreintées, les ocres et les bleus. De Bruycker nous livrant de petits poèmes en tercet, suivant à la trace une troupe indéfinie de gaillards et de gaillardes, une troupe marchant dans le désert, on ne sait pas trop pourquoi, une troupe faisant route vers une oasis, y parvenant en bout de course. Continuer la lecture

Où l’on navigue avec plaisir au radar

Un coup de cœur du Carnet

Véronique WAUTIER, Godelieve VANDAMME, Cabaner Chavirer, Éranthis, 2017, 82 p., 16 €, ISBN : 978-2-874830-12-9

wautierJe lis Cabaner Chavirer puis je le relis puis je pense : les poèmes de Véronique Wautier sont des havres. Des haltes provisoires. Des façons de se construire une cabane où s’abriter. Provisoirement. De se mettre deux secondes quinze ou trois minutes à l’abri de la violence du monde. Des drames persos. Ou des grandes tragédies du siècle comme on dit. De tous ces événements qui emportent avec eux les voisins. Les amis. Les êtres chers. Les êtres tout court. Les poèmes de Véronique Wautier sont des cabanes de mots. Des territoires fragiles. Des petits totems faits de bric et de broc. Construits au petit bonheur. À l’aveugle. Sans qu’on sache où l’on va. En suivant son instinct. Continuer la lecture

« Toujours dans les reflets du fleuve »

Philippe MATHY, ill. de Pascale NECTOUX, Veilleur d’instants, Paris, L’herbe qui tremble, 2017, 128 p., 16€, ISBN : 9782918220503

mathy.gifLes fleuves sont de redoutables pourvoyeurs de poèmes ! De Rimbaud qui en descendait les rives impassibles, aux poètes contemporains comme Jacques Darras ou Franck Venaille, ils auront charrié, dans les remous de leurs rimes ou dans la vase de leurs métaphores, de nombreux vers éternels et imparables. Mythique ou réel, le fleuve porte littéralement le poème à bout de bras. Avec ce nouveau recueil, Philippe Mathy rejoint cette lignée de poètes-nautoniers ! Partageant sa vie entre le Tournaisis et la Bourgogne, le poète balance son amarre de  l’Escaut à la Loire. Continuer la lecture

Chardons au menu !

Marc MENU, Murmures du chardon, Le Taillis Pré, 2016, 94 p., 12€, ISBN : 978-2-87450-11 2-8

menuEn donnant, dans ce premier recueil de poésie, la parole au chardon, Marc Menu acère encore un peu plus sa plume en jouant avec les caractéristiques de cette plante plus proche de l’ortie que de la tulipe. Bibliothécaire de formation, l’auteur nous avait enchantés avec ses Petites méchancetés sans grandes conséquences, quelques courtes nouvelles grinçantes réunies chez l’éditeur Quadrature. Ici, dès les premières lignes, le lecteur comprend que derrière cette mauvaise herbe anthropomorphe se cache l’homme, et donc le poète avec ses doutes, ses désenchantements et ses contradictions. Plus intimes, plus personnels aussi, ces poèmes font entendre une voix déçue, désabusée mais qui n’hésite pas, en murmurant, à adopter un ton sarcastique et ironique car, on le sait, l’attaque est souvent la meilleure défense. Continuer la lecture

Prix des Découvreurs 2017 pour Laurence Vielle

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Le Prix des Découvreurs 2017 est attribué à la Belge Laurence Vielle pour son livre assorti d’un CD OUF (MaelstrÖm). Ce prix de poésie, doté de 1.500 €, a été fondé par la ville de Boulogne-sur-Mer. C’est d’ailleurs là-bas que la lauréate recevra son prix le jeudi 6 avril 2017. Continuer la lecture