Archives par étiquette : poésie

La poésie au cœur de notre vie

Colette NYS-MAZURE, Éveil à la poésie, l’Arbre à paroles, coll. « Essais des Midis de la Poésie », 2017, 48 p., 9 €, ISBN :

nys-mazure midis de la poesieComment favoriser l’éclosion de la sensibilité poétique ? C’est le thème de la rencontre à laquelle nous conviait Colette Nys-Mazure, le vingt et un février 2017, dans le cadre des Midis de la Poésie, en compagnie de Marie Ginet et en collaboration avec le réseau Kalame. Sous le bel exergue d’Andrée Chedid : « Le Je de la poésie est à tous / Le Moi de la poésie est à plusieurs / Le Tu de la poésie est au pluriel ». Continuer la lecture

L’ombre et la lumière

Daniel DE BRUYCKER, Neuvaines 4 à 6, maelsrÖm reEvolution, 2017, 230 p., 16 €, ISBN : 978-2-87505-269-8

de bruycker neuvaines 4 à 6.jpgEn septembre 2015, sur ce même blogue du Carnet, j’ai dit tout le bien que je pensais des Neuvaines 1 à 3 de Daniel De Bruycker. Vient de paraitre le deuxième volume de la trilogie, Neuvaines 4 à 6, qui poursuit la longue méditation du poète sur les thèmes de la destinée, de l’identité personnelle, du cheminement, du temps insaisissable, de l’écriture. On aurait pu craindre que s’installe au fil des pages quelque monotonie, vu le caractère obstiné du questionnement et la stricte économie des moyens, qu’il s’agisse du vocabulaire ou de l’imaginaire. Or, par une sorte de miracle permanent où la figure du paradoxe joue un rôle essentiel, la pensée poétique se renouvèle pareillement à son objet, qui n’est rien d’autre que la vie elle-même. En témoignent les insistantes images du chemin, de la marche et de la destination inconnue, la recherche d’un lieu enfin habitable, le temps qui flue et qui ronge, l’alternance jour/nuit et le rythme des saisons, le dualisme lumière/obscurité.

Lire aussi : la recension de Neuvaines 1 à 3

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Léo et la pureté des âmes

Léo BEECKMAN, Poèmes quantiques, Maelström, 2017, 42 p., 12€, ISBN : 978-2-875052-72-8

J’ai sous les yeux les Poèmes quantiques de notre cher Léo. Inutile de préciser le nom de famille. Les habitués du Carnet et tant d’autres auront deviné sans peine qu’il s’agit de Léo Beeckman qui nous a quittés sans crier gare en ce début d’année. Inutile d’ajouter non plus que sa silhouette rassurante comme sa voix et ses conseils toujours judicieux nous manquent profondément. Mais si la voix s’est tue, il reste les mots ! Et quels mots ! De ceux qui ont la force de prolonger, de raviver le dialogue, de faire entendre encore un peu le timbre complice d’une écoute franche et amicale. Des textes qui ne s’adressent pas seulement au cercle intime, mais des mots justes, pleins de cet humour lucide que seuls le jeu ou la pirouette d’une formule peuvent éveiller chez chacun. Car si l’ami Léo est resté, comme souvent, modeste et discret vis-à-vis de sa production, c’est sans doute parce que son exigence de la juste tonalité était à la hauteur de la confiance qu’il mettait dans la parole échangée avec l’autre, son égal. Continuer la lecture

En un soigneux désordre

Un coup de cœur du Carnet

Belgium Bordelio 2, L’arbre à paroles et PoëzieCentrum, 2017, 560 p., 24.50 €, ISBN : 978-2-87406-648-1

belgium bordelio.jpgLe 8 juin 2015, Francine Ghysen rendait compte, dans Le Carnet et les Instants, de l’anthologie bilingue Belgium Bordelio récemment co-éditée par le PoëzieCentrum et L’arbre à paroles ; les maitres d’œuvre Antoine Wauters et Jan H. Mysjkin y présentaient en 454 pages trente poètes contemporains – la plupart étaient nés après 1955 –, dont 15 flamands et 15 francophones. Voici que, le 25 mars dernier, vient de paraitre un deuxième volume basé sur les mêmes principes, mais comptant cent pages de plus et mettant à l’honneur vingt-deux autres poètes. L’artisan principal reste J.H. Mysjkin, qui a effectué le choix des textes, leur traduction et la présentation des auteurs, épaulé par Pierre Gallissaires pour les onze flamands, David Giannoni et A. Wauters pour les onze francophones. Les textes originaux figurent systématiquement sur la page de gauche et leur traduction sur la page de droite, ce qui permet au lecteur pointilleux d’effectuer des comparaisons intéressantes, par exemple quand « hun stippen » devient « leur tiqueture », ou « inter minable » (sic) « einde en loos ». Continuer la lecture

L’équilibre d’un regard « dansé »

Pierre SCHROVEN, Hermann AMANN (ill.), Haute voltige d’une présence sans nom, L’Arbre à paroles, 2017, 53 p., 10 €, ISBN : 978-2-87406-652-8

schroven.jpgC’est qu’il faut être un peu funambule, donc un peu poète soi-même, pour s’aventurer dans les altitudes où nous entraîne le dernier recueil de Pierre Schroven qui poursuit, avec persévérance, sa quête, intime et universelle, du mystère du vivant. Un même questionnement qui traverse la dizaine de recueils publiés à ce jour et qui confirme la cohérence d’une œuvre tout entière tournée vers la luminosité du sensible à explorer. Continuer la lecture

Comment on devient belgophobe

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Baptiste BARONIAN, Baudelaire au pays des Singes : essai, Pierre-Guillaume de Roux, 2017, 153 p., 19,50 €, ISBN : 978-2-36371-198-4

baronian baudelaire1864 : un écrivain français de quarante-deux ans, qui commence à faire parler de lui à Paris pour ses écrits sur la peinture, ses traductions des contes de l’Américain Edgar Allan Poe et une condamnation pour des poèmes sulfureux, arrive en exil volontaire à Bruxelles à la recherche d’éditeurs et pour y faire des conférences. Il n’y rencontrera que déboires, déceptions et contrariétés. 150 ans après la mort de Charles Baudelaire, Jean-Baptiste Baronian, qui lui avait déjà consacré une brillante biographie, nous convie à une enquête fouillée sur le long séjour belge du poète des Fleurs du Mal. Continuer la lecture

« Les prophètes sont à venir »

CEEJAY, Le prophète du néant, Maelström, 2017, 264 p., 17€, ISBN : 978-2-87505-270-4

ceejay.pngÀ l’heure où le dialogue semble de plus en plus difficile à nouer entre l’Occident et l’Orient, Ceejay fait le pari du prophète-poète car il sait justement que nul ne l’est dans son pays. Avec ce second recueil, l’auteur, qui est d’abord peintre et sculpteur, développe une langue dépliée, incantatoire par moments comme un chant, une prière, celle lancée par le muezzin, une psalmodie et revendique une parentèle avec le projet poétique soufi. Si le pari est audacieux, c’est qu’il va à rebours du contexte de repli identitaire auquel on assiste aujourd’hui. En misant sur l’autre, en interrogeant  les vécus intimes de chacun, le poète érige des ponts du Nord au Sud, tend « des cordes de clocher à clocher » – à minaret – pour tenter de s’extraire du néant, pour échapper à cette « saison en enfer » qui plombe et enferme. Sans oublier de laisser la parole à ceux qui n’ont peut-être pas ou plus assez de mots pour chanter, Ceejay traverse son Orient à la manière d’un pèlerin, d’un frère. La poursuite du dialogue, la liberté de la parole échangée sont les derniers remparts contre l’aveuglement et la cécité. Le poète est prophète, voyant bien sûr et toujours curieux des choix de l’Autre. Il nous rappelle que les feux qui attisent la foi du croyant comme de l’athée sont des âtres dansant et non les flammes d’un bûcher. Continuer la lecture