Archives par étiquette : L’arbre à paroles

Décès de Francis Chenot

Portrait de Francis Chenot, fondateur de la maison de la poésie d'Amay

Le poète Francis Chenot est décédé

Nous apprenons le décès du poète Francis Chenot. Il était, avec Francis Tessa et Rio di Maria (décédé le 23 mars 2020), l’un des fondateurs de la Maison de la poésie d’Amay. Continuer la lecture

Faisceau de lignes blanches

COLLECTIF, La ligne blanche, Arbre à paroles, coll. « iF », 2020,126 p., 14 €, ISBN : 978-2-8704-696-2

À l’invitation, à l’appel lancé par Antoine Wauters qui dirige la collection « iF » à L’Arbre à paroles, vingt-trois auteurs ont répondu : écrire sur ce que signifie pour eux la ligne blanche. Traversé par une crise, tenaillé par une pulsion qui se traduit en une décision — arrêter d’écrire —, Antoine Wauters voit dans la ligne blanche la manifestation du grand retrait, de l’effacement, une césure, un syndrome Bartleby. La pureté de la ligne blanche est telle qu’elle ne doit plus se traduire en mots. Le syntagme lancé aux contributeurs venus du monde du roman, de la bande dessinée, de la poésie, du journalisme s’apparente à un signifiant flottant que chaque auteur va interpréter, diffracter en récits ou en poèmes. Continuer la lecture

Vivre, est-ce vivre ?

Jacques IZOARD, Vin rouge au poing, Arbre à paroles, 2020, 110 p., 13 €, ISBN : 978-2-87406-690-0

Il était le poète du soudain. À ses yeux, sous ses doigts, ne valait que la sensation pure. Combien aura-t-il disséminé de ces textes fulgurants, qui sont autant de saisies sensuelles, d’images gravées au vif argent d’une mémoire inscrite dans « le passé qui reste et le présent qui passe » ?

Avec la réédition de Vin rouge au poing, initialement publié en 2001, L’Arbre à paroles nous restitue la parole toujours vivace de l’homme à la fois délicat et caparaçonné, bourrelé de complexions intimes et d’une sensibilité à fleur de peau, que fut Jacques Izoard (1936-2008). Continuer la lecture

Être soi et le dire

Lisette LOMBÉ, Venus poetica, Arbre à paroles, coll. « iF », 2020, 61 p., 12 €, ISBN : 9782874066931

Selon la deuxième de couverture de son premier roman Venus poetica, Lisette Lombé est une « artiste queer, afroféministe, belgo-congolaise », fondatrice du Collectif L-SLAM. Ce roman est publié dans la collection « iF » dirigée par Antoine Wauters qui propose des textes transfrontaliers et privilégie la liberté de ton et le plaisir d’oser. Définitions qui caractérisent le présent ouvrage, pas tout à fait roman mais poétique sans être un poème. Il commence par une évocation de masturbation et se termine par une allusion claire au lesbianisme. Entre les deux une traversée érotique, celle d’une femme libre et libérée, deux informations évidentes. Qu’il s’agisse d’énumérations rythmées, de séries de mots éblouissantes. D’emblée se présente une fille noire qui écrit je t’aime à un garçon blond et oriente le texte sur la différence, de sexe, de couleur, de statut. De classe aussi. Continuer la lecture

Un nuancier de l’âme

Véronique WAUTIER, Allegretto quieto, Arbre à paroles, 2020, 190 p., 15 €, ISBN : 978-2-87406-691-7

Si les mots ne libèrent que l’ombre
Où toujours je dépose mes pas
J’aurai marché sur un leurre bavard. 

Douceur et douleur, floraison et fenaison, ténuité et ténacité : ainsi s’articule le jardin de Véronique Wautier. Il faudrait presque imaginer ce jardin comme un coquillage bivalve, se tenant tout entier dans la main et contenant l’espérance. Il faudrait aussi l’imaginer aussi vaste que le silence qui était, pour Véronique Wautier, tantôt un sécateur et toutes les douleurs dedans, tantôt une respiration qui déborde, non, qui borde plutôt. Continuer la lecture

C’était sait

Edgar KOSMA, #VivreAuVingtEtUnièmeSiècle, Arbre à paroles, 2019, 113 p., 15 €, ISBN : 978-2-87406-688-7

Samedi soir, lors de dédicaces chez Home Frit’ Home, librairie-galerie-boutique du surréalisme et micro-musée de la frite à Forest, Edgar Kosma m’accueille avec douceur et simplicité. Il a manifestement l’habitude de recevoir un inconnu venu de nulle part. Et d’emblée, il absorbe les questions d’un regard profond dans celui de son interlocuteur. De temps en temps, son champ de vision s’élargit et part pas mal loin pendant qu’il répond. Continuer la lecture

En suspens(e)

Catherine BARSICS, Disparue, Arbre à paroles, coll. « If », 2019, 13 €, ISBN : 978-2-87406-687-0

« Des petites mains : des menottes. » Dans cette formule se cristallise, pour une part, l’enjeu du premier recueil que signe Catherine Barsics aux Éditions L’Arbre à Paroles, Disparue. Le texte se présente, tel que l’indique l’exergue, comme une « enquête poétique, sur les traces de Suzanne Gloria Lyall, disparue en 1998 à Albany (état de NY) ». Le pari est réussi : le lecteur dédale dans l’enfance et l’adolescence de Suzanne Gloria Lyall, au gré des photos ou des instants vécus et recueillis, comme une façon de « préparer [s]on souvenir / des années à l’avance ». Le recueil ne se cantonne ni à un témoignage extérieur, ni ne transpose, textuellement, la dimension factuelle que nous pouvons retrouver dans certains documentaires télévisuels traitant de disparitions ou d’affaires non élucidées.

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Le monde est mon trône

CEEJAY, Derrière les paupières… l’immensité, Arbre à paroles, 2019, 298 p., 18 €, ISBN : 978-2-87406-682-5

ceejay derriere les paupieres l immensiteAmbitieux sans prétention, aussi mégalomane que généreux, le recueil de CeeJay est volumineux. C’est celui d’un aveugle, Derrière les paupières, qui sait qu’il ne sait rien de l’immensité. Cependant, il la sent et l’aperçoit dans l’intime lumière de son âme. Il écrit sans relâche pour l’appeler à lui, la rejoindre.

L’auteur s’adresse à elle non dans ses replis et interstices, mais dans son incommensurabilité. En un arbitraire abécédaire de l’extrêmement grand — terre, temps, espace, astral, pensée, rêve… —, ses poèmes nous disent, nous rappellent et provoquent le gigantisme qui coule dans nos veines depuis-pour toujours. Le poète illimite nos sens, notre être venu pour donner et notre existence avide d’air. Continuer la lecture

L’expérience poétique

COLLECTIF, La découverte de la poésie. De ontdekking van de poëzie, Midis de la poésie & L’Arbre à paroles, coll. « Poésie », 2019, 38 p., 8 €

À l’initiative de Passa Porta, du Poëziecentrum et des Midis de la Poésie, huit poètes belges, quatre francophones, quatre néerlandophones, interrogent sous la forme poétique leur découverte, leur entrée en poésie, les liens qu’ils tissent avec elle. Face à la question « comment devient-on poète ? », certains mettent à nu l’épreuve subjective de leur rencontre avec la muse poétique tandis que d’autres placent la poésie en amont, comme une voix qui, depuis toujours, appelle ses possibles hôtes. Rencontre accidentelle ou, au contraire, destinale et élective ? Rencontre physique, avec des mots charnels ou compagnonnage d’ordre conceptuel ? Continuer la lecture

Le féminin et la parole défaillante

Christine VAN ACKER, Je vous regarde partir. Poèmes, Arbre à paroles, 2019, 66 p., 12 €, ISBN : 978-2-87406-680-1

On le sait, les femmes écrivains accordent une attention éminente à la relation entre l’enfant qu’elles furent et leurs parents, leur mère en particulier. Cette remémoration peut prendre diverses tournures, généralement plus proches de la récrimination que de l’idéalisation. Christine Van Acker, quant à elle, adopte une position tout en nuances, combinant le reproche et la tendresse, l’apitoiement et la perplexité, la souffrance et la joie de vivre. Plutôt que la formule du récit, elle a choisi celle du recueil de poèmes, plus libre, plus fragmentaire, non sans analogies avec le journal intime – un journal inspiré en l’occurrence non par les faits actuels, mais par le souvenir des faits passés, de l’enfance de l’héroïne à la mort de ses parents. Je vous regarde partir, toutefois, présente une structure non pas diariste mais ternaire et dyschronique. En effet, jusqu’à la p. 17, les poèmes évoquent le grand Départ et le deuil qui s’ensuit. Des pages 18 à 40, on assiste à un retour en arrière vers l’époque de l’enfance. La dernière partie, enfin, cible la période du vieillissement et de l’agonie. Cette tripartition non linéaire montre clairement que, en matière de questionnement autobiographique, la recherche du sens est de nature foncièrement rétrospective : c’est après-coup seulement que, l’irrémédiable étant advenu, le sujet peut procéder à une tentative de bilan mémoriel et affectif, où la vie cède le pas au vécu. « Vous emporterez avec vous / ce qui nous regarde / et ne vous appartenait pas ». Continuer la lecture

La boîte à Mitraque !

Jean-Pierre VERHEGGEN, La Grande Mitraque, préfaces de l’auteur, de Jean L’Anselme et d’André Miguel, Arbre à paroles, 2018, 97 p., 12 €, ISBN : 978-2-87406-678-8

Au moment où reparaît, dans la collection patrimoniale Espace Nord, Gisella, le texte sensible et poignant que le poète a consacré à son épouse décédée, les éditions de l’Arbre à paroles ont la bonne idée de rééditer le premier recueil de Jean-Pierre Verheggen, publié en 1968 chez Henry Fagne. Augmenté de fac-simile des courriers reçus à l’époque en provenance d’auteurs ayant, en quelques sorte, adoubé le jeune poète, cette nouvelle édition célèbre les cinquante ans de ce texte qui marque l’entrée en littérature de Verheggen dans la cour des grands. Les signatures prestigieuses sont éloquentes et ont, sans nul doute, encouragé le poète en herbe à poursuivre dans cette voie burlesque et baroque comme le souligne l’éditeur Henri Parisot. Une voie doublée d’une voix poétique inimitable ! La liste des écrivains qui remercient, de son envoi, le jeune récipiendaire est en effet impressionnante. De Norge à Koenig en passant par Scutenaire ou le plasticien dadaïste Raoul Hausmann, tous semblent avoir reconnu dans ce premier souffle, la vivacité d’une langue singulière et novatrice. En suivant le conseil que lui donna André Miguel, celui de faire parvenir le livre aux auteurs qu’il appréciait, Jean-Pierre Verheggen a marqué, à coup sûr, les esprits ! Continuer la lecture

Où l’on se dit qu’il est bon de se sentir un peu, beaucoup, comme tout le monde

Un coup de cœur du Carnet

Jérôme POLOCZEK, Autubiographie, Arbre à paroles, coll. « IF », 2018, 84 p., 12 €, ISBN : 978-2-87406-664-1

Jérôme Poloczek est un monsieur comme tout le monde. Jérôme Poloczek aime et s’endort, se prépare à manger, boit des quantités de verres d’eau, jalouse, se sent humble, scrute son corps, les minuscules changements de son corps, se pose des questions quant au fait de vieillir, habite un appartement qui est son appartement ou un appartement qui n’est pas son appartement, ressent des fois de la joie des fois de la crainte, s’endort seul ou avec quelqu’un, a des amis et des amies, sait que plus tard son cœur et son corps connaîtront des épreuves. Bref, Jérôme Poloczek fait l’expérience du monde, de la vie dans le monde, et nous la rapporte dans une Autubiographie pince-sans-rire, faussement naïve, faussement douce, mais percutante. Continuer la lecture

Lisette Lombé ou la désobéissance civile langagière

Lisette LOMBÉ, Black words, Arbre à paroles, coll. « IF », 2018, 96 p., 12 €, ISBN : 978-2-87406-656-6

Il est des paroles performatives qui, lancées à la face du monde, font reculer les frontières du pensable et du vivre. Black words nous donne à lire, à ressentir un corps en marche. Un corps poétique branché sur le collectif, sur le politique. Artiste explorant les collages comme objets poétiques, l’écriture, la performance slam, Lisette Lombé livre un round poétique en douze chants rythmés par des collages. La textualité et les images interrogent les conditionnements idéologiques, l’intériorisation des clichés (xénophobes, misogynes, nouvelle armature du politiquement correct…), les survivances du colonialisme, les moutures actuelles d’un postcolonialisme relooké, du patriarcat. Les convoquer, les repérer permet de les dissoudre, de saper leurs soubassements inconscients, leurs ramifications socio-politiques. Continuer la lecture

Écriture végétale et poésie mémorielle

Daniel DE BRUYCKER, Passeports pour ailleurs. Poésie mémorielle Wu-sun, L’arbre à paroles, 2018, 294 p., 18 €, ISBN : 978-2-87406-672-6

Dans la galaxie actuelle des livres, au plus loin de la littérature conçue comme une start-up, à des années-lumière des écrivains comme fondés de pouvoir du capital, il est des ouvrages qui rendent à la lettre ses puissances chamaniques, son souffle sauvage, son pari pour un art des confins. Poète, romancier (Silex et L’orée), traducteur, musicien, grand voyageur des espaces géographiques et des espaces intérieurs, Daniel De Bruycker nous fait don avec Passeports pour ailleurs de la redécouverte d’une Atlantide poétique, d’un art funéraire où le poème rédigé par le mourant tient lieu de sépulture. Au fil d’une anthologie de textes s’échelonnant du VIIIème au XXIème siècle, héritier des travaux du linguiste Ilan Precjev Ilan (1927-2015) qui l’a initié à la langue tokharienne (proche du celte) et à l’écriture des Wu-sun, Daniel De Bruycker délivre les traductions de 99 poèmes écrits par des représentants de ce peuple de Haute-Asie, jadis des tribus nomades d’origine aryenne, « roux aux yeux bleus ». Continuer la lecture

Le tricot des secondes

Dominique MASSAUT, Sous ton pas, Arbre à paroles, 2018, 68 p., 12 €, ISBN : 978-2-87406-667-2

sous ton pas / le ruissellement / et le flux d’humus et de mousses / la danse des rhizomes / des mycéliums / le style entrelacs des stolons / et le tricot des secondes et le texte du temps

sous ton pas / il y a des forces femelles et des forces mâles / il y a des forces animales / des forces minérales / et des forces vives et des forces cercueil / et des forces fleurs et des forces feuilles / et des forces âminales

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Page-soleil à incendier le futur

Rio DI MARIA, Énigmes du seuil, Arbre à paroles, 2018, 148 p., 15 €, ISBN : 978-2-87406-674-0

Pour énigmatique qu’il soit, ce nouveau recueil de Rio Di Maria est en continuité des précédents et il place au seuil d’un espace littéraire qu’il maîtrise autant qu’il s’y perd à volonté. Ses poèmes ressemblent rigoureusement à ses dessins ; entre abstraction et surréalisme. Ils sont d’un égal effet à partir d’un scrupuleux souhait de ne pas avoir de destination au départ de la plume. La forme et la lettre cherchent le parcours le plus libre sur la feuille blanche. Continuer la lecture