Archives par étiquette : L'arbre à paroles

Le soleil sous la langue

Aurélien DONY, À vous je dois mon ciel plus bleu, Abra­pal­abra, 2025, 80 p., 8 €, ISBN : 978–2‑931324–10‑3

dony a vous je dois mon ciel plus bleuDans leur joli for­mat poche, les édi­tions Abra­pal­abra pro­posent un recueil écrit (presque) entière­ment le temps d’un fes­ti­val de poésie : le Fes­ti­val Voix Vives à Sète, où Aurélien Dony représen­tait la Bel­gique fran­coph­o­ne aux côtés de la poétesse Mel Moya. Un recueil comme une entre­prise de mémoire, pour arrimer le sou­venir de ces ren­con­tres à l’écriture. Con­tin­uer la lec­ture

Laissons œuvrer l’aiguille du rêve

David GIANNONI, Du geste je garde la mémoire, Abra­pal­abra, 86 p., 8 €, ISBN : 9782931324110

giannoni du geste je garde la mémoireDans nos paumes, la force vitale du recueil du geste je garde la mémoire transparait, d’abord par le Prana mudra esquis­sé sur la cou­ver­ture, puis par la célébra­tion de nos souf­fles, de poème en poème. Écrits entre 2002 et 2017, cer­tains de ceux-ci sont nés de l’acte de réévo­lu­tion poé­tique mené par David Gian­noni, en 2002, avec Anto­nio Bertoli, Ale­jan­dro Jodor­owsky, Mar­i­anne Cos­ta et Lawrence Fer­linghet­ti à Gênes en Ital­ie. Con­tin­uer la lec­ture

L’art de remettre le monde à neuf

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence VIELLE, Les vies de Jésus, Abra­pal­abra, 2025, 84 p., 8 €, ISBN : 9782931324127

vielle les vies de jésusBon­heur fou de retrou­ver Lau­rence Vielle. Son écri­t­ure pleine. Le monde plein et généreux sur lequel ses textes, ouverts et accueil­lant, s’appuient. Non que Lau­rence Vielle aurait “des choses à dire”. Une “vision du monde” ou un “avis autorisé” à partager. Lau­rence Vielle, en écrivant et en don­nant à lire ses ren­con­tres et péré­gri­na­tions, se fichant pas mal de Lau­rence Vielle. De la vie en vrai de Lau­rence Vielle. Comme si la vie per­so de Lau­rence Vielle, don­ner corps à cette vie per­so, n’était pas du tout le but pre­mier de Lau­rence Vielle. Con­tin­uer la lec­ture

L’expérience du lieu

Geneviève DE BUEGER, Jusqu’à l’arbre, Abra­pal­abra, coll. « iF », 2025, 106 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931324–07‑3

de bueger jusqu'à l'arbreDans la col­lec­tion « iF » des édi­tions Abra­pal­abra, Geneviève de Bueger signe avec Jusqu’à l’arbre un pre­mier réc­it poé­tique qui s’inscrit dans la foulée du mantra de la mai­son (“Que s’ouvre la parole comme une incan­ta­tion”) en révélant des chemins de tra­verse dans le paysage. Diplômée du mas­ter de let­tres Ecopé­tique & Créa­tion (uni­ver­sité d’Aix-Marseille) fondé par Chris­tine Mar­can­di­er et Jean-Christophe Cav­allin, Geneviève de Bueger déploie un regard ancré dans le hors-champ, la marge et les pas de côté. Con­tin­uer la lec­ture

L’espoir, à toute vitesse !

Aurélien DONY, Train-Nuit, Abra­pal­abra, coll. « iF », 2025, 124 p., 15 €, ISBN : 978–2‑931324–03‑5

dony train nuitInter­sec­tion­nal­isme, cap­i­tal­isme de pré­da­tion, anti­spé­cisme… Les nou­veaux ter­mes ne man­quent pas pour dire l’époque con­tem­po­raine, ses dérives et ses espoirs. Mais une autre voie que la con­cep­tu­al­i­sa­tion est per­mise ; c’est celle qu’arpente Aurélien Dony, dont on con­nait les engage­ments, dans son dernier livre. Con­tin­uer la lec­ture

… au travers des persiennes de nos banquises…

Claude DONNAY, En apnée sous ma ban­quise, Abra­pal­abra, 2025, 94 p., 14 €, ISBN : 978–2‑931324–01‑1

donnay en apnee sous ma banquiseNé à Ciney, ani­ma­teur de revue, édi­teur, romanci­er, nou­vel­liste, c’est peu dire de Claude Don­nay qu’il a plusieurs cordes à son arc. Il ne faudrait pas oubli­er pour autant le poète exigeant qu’il est égale­ment. La pub­li­ca­tion d’une quin­zaine de recueils sur une péri­ode de trente ans en atteste assuré­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Une nostalgie teintée d’essentiel

Luc BABA, Impres­sions de jardin, Abra­pal­abra, 2025, 98 p., 14 €, ISBN : 978–2‑93132–402‑8

baba impressions de jardinCom­ment sig­ni­fi­er que l’automne approche, que le compte à rebours sévit ? Le poète égrène le temps qui passe, alors qu’« Aujourd’hui sera le dernier jour avant demain ». Et pen­dant ce temps, le pas­sage des saisons se sol­de déjà par le vieil­lisse­ment con­joint des peaux et des herbes. Rien n’est éter­nel, pas même ce lieu voisin où des lotisse­ments vont sur­gir à la place des chevaux. Con­tin­uer la lec­ture

Aucun été n’est éternel

Un coup de cœur du Car­net

Cather­ine BARSICS, Plages, Abra­pal­abra, coll. « IF », 2025, 106 p., 15 €, ISBN : 9782931324042

barsics plagesCather­ine Bar­sics est une poétesse auda­cieuse. Inno­vante. Élar­gis­sant, en toute dis­cré­tion, le champ de la poésie, de ce qu’on entend par poésie. N’hésitant pas à se frot­ter, par exem­ple, à des sujets a pri­ori peu poé­tiques, soi-dis­ant dérisoires ou futiles. Dans PLAGES, chaque poème est une vignette, ultra courte, sus­ci­tant dans la tête de leurs lec­tri­ces et lecteurs des images, des saynètes ultra visuelles. Chaque poème fonc­tion­nant comme une planche de BD dont on aurait sucré les cas­es et les dessins pour n’en garder que les textes. C’est beau. Ça par­le aux corps. Trou­ve un écho dans ce que, par­fois, on ressent toutes et tous : cette vibra­tion qui, par­fois, nous tra­verse. Cette joie d’être là. Sans casse­ment de tête. À fleur de peau. Con­tin­uer la lec­ture

« La parole est au témoin »

Sophie PIRSON, Qua­tre saisons plus une, Arbre à paroles, coll. « iF », 2024, 18 €, ISBN : 9782874067518

pirson quatre saisons plus uneDurant les saisons qu’a duré le procès des atten­tats de Brux­elles, Sophie Pir­son tient un car­net de bord. Qua­tre saisons plus une offre une immer­sion poé­tique dans le procès des attaques ter­ror­istes de Brux­elles et parait aujourd’hui aux édi­tions L’Arbre à Paroles, dans leur col­lec­tion « iF » dirigée par Antoine Wauters. L’autrice, à la suite de ce jour funeste du 22 mars 2016, y avait déjà con­sacré deux réc­its Le print­emps c’é­tait hier (Indekeuken édi­tions, 2018) – lequel clôt la présente édi­tion – et Cou­vrez les biens, il fait froid dehors… (Édi­tions du Cerisi­er, 2021). Con­tin­uer la lec­ture

Le promeneur d’Ostende

Pierre CORAN, Ciels d’Ostende, Arbre à paroles, 2024, 86 p., 13 €, ISBN: 978–2‑87406–740‑2

coran ciels d'ostendeOstende, où la mer aban­donne, longe et débor­de la terre, joint à la géo­gra­phie les ombres du mythe. Les sou­venirs des écrivains, des pein­tres, des musi­ciens se mêlent au coin des rues où s’engouffre le vent. Au fond des bars déserts, le car­naval des masques rôde et, au bout de la digue, la lueur per­due d’une lanterne rend la plage à jamais au pinceau de Spilli­aert. Ostende, ce sont aus­si les enfants, jeunes et vieux, aux tables des glac­i­ers ; les ritour­nelles de la plage ; les familles en marge de leurs vies ; les rit­uels pré­cis du port et, par-dessus, le ciel à l’infini. Con­tin­uer la lec­ture

À mes amies et amis de cœur…

Un coup de cœur du Car­net

Michaël LAMBERT, Mon corps d’avant, Arbre à paroles, coll. « iF », 2024, 80 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87406–747‑1

lambert mon corps d'avantPoète, romanci­er, nou­vel­liste, auteur de théâtre, ani­ma­teur d’ateliers d’écriture, pro­mo­teur sur de livres inspi­rants aux­quels il con­sacre une par­tie de son blog, slam­meur (sous le pseu­do­nyme de « L’homme chou­ette »), auteur de scé­nar­ios de bande dess­inée… Michaël Lam­bert se partage entre les mul­ti­ples manières de racon­ter des his­toires. « L’aventure humaine est un enchevêtrement de réc­its », clame-t-il à l’entame de son site. Con­tin­uer la lec­ture

Écrire ou parier sur les possibles…

Ludi­vine JOINNOT, Sans las­si­tude des paysages, Arbre à paroles, 2024, 112 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–749‑5

joinnot sans lassitude des paysagesDans le précé­dent recueil de Ludi­vine Join­not, Nous vivons encore, « une phrase extraite de La cloche de détresse de […] Sylvia Plath sonne le glas. L’impact d’un gong comme pour mieux accom­pa­g­n­er les dis­parus aux­quels s’adresse l’autrice dans la pre­mière par­tie du livre inti­t­ulée Faire le deuil. » Dans Sans las­si­tude des paysages, Ludi­vine Join­not cite Ale­jan­dra Pizarnik et Manuel Vilas. Celui-ci, écrivain et poète né en 1962 à Bar­bas­tro en Espagne, est une fig­ure de l’avant-garde de la lit­téra­ture espag­nole. Il a écrit : « la joie qui m’intéresse se con­quiert». La pre­mière, poète mys­tique sans dieu, « peu con­nue et célébrée en France, est presque l’objet d’un culte dans sa patrie, l’Argentine, mais aus­si dans le monde his­panophone. Sa noirceur, ses invo­ca­tions amères, son sui­cide, auraient pu en faire un poète mau­dit. Il n’en fut rien […]. Mais la bar­rière, faite des tes­sons de la mort, édi­fiée dans son œuvre, effraie et tient en respect sans doute. Un voile noir cou­vre ses mots, elle glace et elle boule­verse tout à la fois. » Para­doxale­ment au des­tin trag­ique de Pizarnik, c’est à une cita­tion volon­tariste — auto­sug­ges­tive ? — de celle-ci que fait appel Join­not dès l’entame de son recueil : mais je veux me savoir vivante / mais je ne veux pas par­ler / de la mort / ni de ses étranges mains. On notera néan­moins tout de même que, dans les références à des fig­ures de femmes ici mis­es en avant, Join­not fait la part belle à deux sui­cidées. On voit d’emblée que le pro­pos de l’ensemble poé­tique sera à la fois exis­ten­tiel et méta­physique. Con­tin­uer la lec­ture

801 kilomètres de poésie nomade

Tim­o­téo SERGOÏ, Marcher loin des écrans fait de nous des oiseaux, Pré­face de Raoul Vaneigem, Arbre à paroles, 2024, 268 p., 18 €, ISBN : 9782874067464

sergoi marcher loin des écrans fait de nous des oiseauxPoète voyageur « aux semelles de vent », arpen­teur de la poésie du cos­mos, grand errant du verbe sauvage, Tim­o­téo Ser­goï n’a jamais pactisé avec les écrivains insti­tu­tion­nels, cotés en bourse, avec les assis et les fondés de pou­voir du poé­tique. Dans son dernier recueil poé­tique Marcher loin des écrans fait de nous des oiseaux, il délivre un pro­to­cole d’action poé­tique qui prend la forme d’un texte s’étirant sur 801 kilo­mètres. L’exergue con­dense la visée du voy­age géo­graphique, esthé­tique et poli­tique : « 801 km de poésie / pour un marc­hand de yaourt / qui a voulu chang­er le monde ». Con­tin­uer la lec­ture

L’étonnement ascensionnel

Pierre SCHROVEN, La mer­veille d’être là, Arbre à paroles, 2024, 72 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87406–741‑9

« Le seul fait d’exister était un véri­ta­ble bon­heur »
Blaise Cen­drars

schroven la merveille d'etre laChaque recueil de Pierre Schroven est une ode au mir­a­cle du vivant. Ce douz­iène recueil, La mer­veille d’être là, pub­lié comme les précé­dents aux édi­tions de l’Arbre à paroles, résonne d’autant plus dans le par­cours de l’auteur qu’il fait suite à celui inti­t­ulé Ici sor­ti en 2021. Ici et , deux pôles qui oscil­lent entre l’enracinement et l’élévation. Après les arabesques du corps dan­sé dont le poète avait épuisé les motifs, ce nou­v­el opus est mar­qué par des élans aériens qui tran­scen­dent la pesan­teur inévitable du cor­porel. Dès lors, le mou­ve­ment ici se veut ascen­sion­nel. Les yeux se lèvent, pas­sant du ter­restre à l’aérien. Le regard poé­tique embué de mots s’éloigne de la page pour s’animer dans la sur­prise révélée par la vie des cimes. Con­tin­uer la lec­ture

La mémoire retrouvée

Francesco PITTAU, Quarti­er-Mère, Arbre à paroles, 2024, 120 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–742‑6

pittau quartier mereOn ne se sou­vient pas des jours, on se sou­vient des instants, écrit Cesare Pavese dans Le méti­er de vivre. Avec le coup d’œil du dessi­na­teur qu’il est, Francesco Pit­tau nous donne à lire avec les poèmes de Quarti­er-Mère un livre de fidél­ité mémorielle : la famille, la cul­ture ital­i­enne, la dou­ble  appar­te­nance iden­ti­taire de l’immigré, le tra­vail dans les char­bon­nages, les rêves d’ailleurs et la réal­ité sociale, l’enfance… sont ici fine­ment évo­qués, avec une sobriété de ton et de forme qui n’en souligne que mieux l’évocation vibra­toire. Au fil des pages de ce poète au trait ferme, dont la sen­si­bil­ité maîtrisée rehausse le pou­voir d’émotion, nous sommes invités à feuil­leter le livre d’images d’une vie, de la Méditer­ranée aux ter­rils du Bori­nage, en par­courant, par petits détails con­crets et touch­es vives, une époque révolue où se mêlent les odeurs, les couleurs, la lumière et les ombres, les moments de joie et de nos­tal­gie, les petits riens qui com­posent toute la richesse affec­tive dont nous prenons con­science une fois le temps révolu. Dans la mai­son vide, si la main qui cherche par hasard une pièce de mon­naie ayant roulé sous un meu­ble ne ramène que de la pous­sière, elle se referme toute­fois sur un petit objet rouge en plas­tique aux formes tara­bis­cotées : ce brim­bo­ri­on oublié est comme le poème ou la matéri­al­i­sa­tion sen­si­ble et dérisoire de l’or du temps  (André Bre­ton). En une image sim­ple,  un détail presque insignifi­ant, le poète con­dense son art poé­tique et sa thé­ma­tique. On s’en apercevra tout au long des bon­heurs de lec­ture que nous offre ce qu’il con­vient d’appeler à la fois un recueil, par la dis­con­ti­nu­ité des sujets, et un seul long poème, par la numéro­ta­tion en chiffres romains et l’épilogue final, où Pit­tau accueille et recueille la vie oscil­lant entre présence et dis­pari­tion, vérité et illu­sion… Con­tin­uer la lec­ture

Formes mutantes et chair du poème

Un coup de cœur du Car­net

Jacques CRICKILLON, Le cycle de la nuit. Régions insoumis­es, Approche de Tao, Nuit la neige, Léta­mor­phos XIII, Ténébrées, Intro­duc­tion et post­face d’Éric Brog­ni­et, Arbre à paroles, 2024, 358 p., 20 €, ISBN :  978–2‑87406–743‑3 

crickillon le cyle de la nuitIndi­en des chants d’amour, de la pen­sée cos­mique et des guer­res poé­tiques, Jacques Crickil­lon (1940–2021) est l’auteur d’une œuvre rare, sédi­tieuse, insoumise. Ce voyageur en rup­ture de ban, cet infati­ga­ble arpen­teur des énigmes de l’Être a con­stru­it et décon­stru­it une œuvre tout à la fois poé­tique, en prose, théâ­trale qui procède par cycles comme l’analyse Éric Brog­ni­et dans sa somptueuse pré­face. Le cycle de la nuit, réédi­tion en un vol­ume d’œuvres poé­tiques pub­liées par L’Arbre à paroles, s’avance comme la pre­mière fig­ure de proue d’une con­stel­la­tion qui com­pren­dra Le cycle de la mon­tagne et Le cycle de l’amour et de la guerre (2025). Con­tin­uer la lec­ture