Archives de catégorie : Théâtre

Être différent

Loris LIBERALE, Y a pas de lézard, Lansman, 2018, 38 p., 9 €, ISBN : 978-2807102071

Léo a des difficultés à se faire accepter. Quand il parle, il arrive souvent que sa langue fourche, qu’il se mette à bégayer et que son discours en devienne incompréhensible, ce qui provoque évidemment les rires et les moqueries de ses compagnons de classe. Ils le surnomment « Monkey ». Léo essaie de passer outre, mais au fond de lui, il est toujours un peu plus blessé. Parfois, le poids des moqueries étant trop lourd, Léo pique des crises. Il passe le plus clair de son temps seul, à éviter ses camarades et zone dans les couloirs de l’école, ce qui ne plaît pas à l’éducateur. Un des élèves, Rémi, est particulièrement méchant avec lui et veut lui nuire. Continuer la lecture

Paul Émond. Descente dans la condition humaine

Paul ÉMOND, Histoire de l’homme, tome 2, Lansman, 2018, 14 €, ISBN : 978-2-8071-0193-7

Art de l’illusion qui révèle les vérités cachées, le théâtre crée une scène sur laquelle comparaissent les passions des hommes, l’échiquier du pouvoir, les conflits entre morale et politique, la grande tragi-comédie de l’Histoire. Dans ce deuxième tome d’Histoire de l’homme, le dramaturge et romancier Paul Émond agence une « pièce fleuve, mobile, chaotique et à suivre » se découpant en saynètes qui revisitent au fil d’un humour philosophique le mythique et le banal, la folie des hommes, des dieux et les grandes orgues des pulsions. Le secret de la puissance corrosive des scènes a pour nom condensation. Qu’il déterre les facettes contemporaines du mythe d’Orphée, d’Ulysse, qu’il s’empare de l’invention de monsieur Guillotin, qu’il agence à ciel ouvert une curieuse trinité composée d’un provocateur, d’un pickpocket et d’une rêveuse, l’œil du dramaturge noue le surréel à une analyse poétique des ressorts de la condition humaine. Pour ce faire, il conjoint point de survol et descente dans la pâte microscopique des faits ; il se décentre, se fait animal, ange, quittant l’ancrage humain afin de lire à rebours la mécanique des récits de vie et des hauts faits historiques. Continuer la lecture

Une unique pousse par foyer

Cécile MOUVET, Étendre ses branches sur le monde, Lansman, 2018, 40 p., 10€, ISBN : 978-2-8071-0194-4

Deux êtres s’aiment, s’enlacent, veulent fonder une famille. Un jour, on plante une graine dans le cocon familial. Quelques mois plus tard, naît le fruit de leur amour. D’autres pousses veulent également voir le jour, se bousculent dans le ventre de la terre, essaient de sortir leurs petites racines. Mais les Élagueurs ne voient pas leur venue d’un très bon œil. Trop de « mauvaises herbes » détruiraient tout. Il n’y aura pas assez d’eau pour toutes les nourrir. Une seule pousse par foyer, c’est tout ! Mais deux êtres s’aiment toujours et continuent de s’enlacer. Une nouvelle graine est plantée… Continuer la lecture

Michèle Fabien. Soulèvement des corps

Un coup de cœur du Carnet

Michèle FABIEN, Jocaste, Claire Lacombe, Berty Albrecht, postface de Veronika Mabardi,  Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 176 p., 9 €, ISBN : 978-2-87568-403-5

Michèle Fabien, JocasteJocaste, Claire Lacombe, Berty Albrecht… trois femmes que Michèle Fabien arrache au silence, celui de l’Histoire des hommes, des vainqueurs, trois femmes dont elle porte la voix comme un flambeau éclairant les passions humaines et les mythes, la roue du temps et l’avènement du nouveau. Dramaturge, femme de théâtre qui participa à l’aventure de l’Ensemble Théâtral Mobile, figure majeure du Jeune Théâtre belge dans les années 1970-1990, traductrice du théâtre de Pasolini, Michèle Fabien (1945-1999) est l’auteure d’une œuvre ardente qui a renouvelé la scène du théâtre. Saluons Espace Nord de poursuivre l’entreprise d’édition des pièces de Michèle Fabien. Après Charlotte, Sara Z. et Notre Sade accompagné d’une précieuse lecture de Marc Quaghebeur, ce volume remarquablement postfacé par Veronika Mabardi réunit trois textes qui réinterrogent l’espace de la représentation, l’émergence d’un corps porté par la lettre et la réappropriation d’une vie, d’une parole, d’un nom, d’un sens. Continuer la lecture

« Je vins en un lieu où la lumière se tait »

Alex LORETTE, Géographie de l’enfer, Lansman, 2018, 50 p., 11€, ISBN : 978-2-8071-0179-1

lorette geographie de l enfer.jpgFranck, JC et Leslie vivent dans un trou perdu. Aucun voisin, aucune maison aux alentours. Que la nature à perte de vue, ses forêts, les bruits qui craquent, des hululements, le vent qui souffle. Rien qu’eux trois et leur profonde solitude, brisée parfois par des échappées au travail ou sur les routes. Qui sont-ils les uns pour les autres ? Deux frères et une sœur ? Un ménage à trois ? Des amis ? De simples colocataires ? Continuer la lecture

S’accroche-t-on Malgrétout ou Tantpis, c’est fini ?

Stanislas COTTON, La profondeur des forêts, Lansman, 2018, 48 p., 11€, ISBN : 9782807101845

cotton la profondeur des forêts.jpgSirius Malgrétout commence un nouveau job dans un magasin d’électroménagers. Il passe ses journées à parcourir les longues allées d’un hangar, à charger des frigos ou des lave-vaisselles, à pousser un chariot et à transporter le tout jusqu’à l’accueil. Un emploi fatigant et extrêmement répétitif : ticket allée numéro untel, emplacement untel – chargement – déplacement – livraison. Et on recommence. De plus, Sirius n’a pas vraiment le physique du déménageur. Un curieux personnage, Tommy Tantpis, le suit partout. Qui est-il ? Un fantôme qui le hante, comme le dit la légende ? Un mauvais cauchemar ? Un ami qui lui veut du mal ? Son propre double ? Le mystère reste entier. Continuer la lecture

Mon robot, mon amour !

Stéphane MANSYLe grand remplacement, Le Cerisier, 2017, 58 p., 8,50 €, ISBN : 978-2872672080

mansy le grand remplacement.jpgLe grand remplacement de Stéphane Mansy vient d’être crée au Studio-théâtre de la Louvière dans une mise en scène de l’auteur. Et comme toujours avec le théâtre au cœur des « effets indésirables » du monde, on recycle des mythes! Ceux des androïdes, des robots intelligents, des « aliens » issus d’une humanité qui s’emploie depuis des millénaires à se « remplacer »… Que ce soient les figures baroques des automates, Frankenstein, … la question de l’invasion intérieure des humains par ses créatures est un thème éternel. La pièce a touché un public de plus en plus intriqué dans des applications technologiques qui constituent aussi un rapport d’amour-haine au numérique et à ses suites. Continuer la lecture