Archives par étiquette : Texte et image

Chemin faisant

Norac Brouillard J’ai un poème à te dire

J’ai un poème à te dire

Auteur (texte) : Carl Norac

Autrice (illus­tra­tions) : Anne Brouil­lard

Mai­son d’édition : Pas­tel

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 132

Prix : 18 €

Livre numérique : /

EAN : 9782211343336

Par­fois, Carl Norac a un mot dans la main :

Par­fois, j’ai un mot dans la main qui bouge.
Il me cha­touille comme une paille,
s’allonge à la façon d’un cri­quet
prêt à sauter ou bien il se love
en bout de laine sur les lignes de ma paume.
Con­tin­uer la lec­ture

… cet infini tiré à quatre épingles…

Patrick DEVAUX (texte) et Cather­ine BERAEL (gravures), Aval­oirs, Coudri­er, 2026, 75 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–082‑5

Devaux AvaloirsLes gravures de Cather­ine Berael réson­nent en un écho idéal aux courts textes de Patrick Devaux réu­nis sous le titre d’Aval­oirs. Elles ont en effet la dou­ble car­ac­téris­tique de con­serv­er les traces presque diaphanes d’un instant et, en même temps de les effac­er jusqu’à l’abstraction. La brièveté, la sobriété des poèmes réson­nent ain­si comme l’écho, loin­tain et trans­par­ent, de ce qui fut l’inspiration du poète jusqu’à ce qu’il réus­sisse à en retenir l’essentiel. Chaque texte se situe au bord d’un précipice, dont l’alignement ver­ti­cal de la typogra­phie accentue l’abîme qu’il dévoile. Con­tin­uer la lec­ture

Souffles et lueurs de la nuit

Un coup de cœur du Car­net

François EMMANUEL, Véronique GOOSSENS, Avant que nos corps s’illuminent, Chat polaire, 2026, 60 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931028–42‑1

emmanuel avant que nos corps s'illuminentDans l’atelier de Véronique Goossens, dont il appré­cie depuis longtemps les gravures, François Emmanuel décou­vre un jour une série inti­t­ulée Errance et Aubade. Lui vient alors l’envie d’écrire à par­tir d’elle un réc­it poé­tique ; ayant choisi vingt-et-une planch­es, il les range dans un ordre pré­cis, pré­fig­u­rant ain­si le cours du texte dont il entre­prend la rédac­tion. Avec la vig­i­lante éditrice Marie Taffore­au, les images sont recadrées puis repro­duites, la mise en page ajustée, le for­mat accru, aboutis­sant aujourd’hui à ce livre mince et mag­nifique où la vie d’une femme aimante est saisie dans sa pure intéri­or­ité, de l’enfance jusqu’à l’approche de la fin… Les gravures ini­tiales, cepen­dant, n’ont rien de flat­teur ou de char­mant : en noir et blanc sur un fond légère­ment jaune-vert qui les réchauffe à peine, elles présen­tent une allure fan­toma­tique, par­fois même inquié­tante, telles des appari­tions dans la brume. Sauf une excep­tion, chaque image com­porte d’un à trois per­son­nages adultes ou enfants, ici immo­biles et là en mou­ve­ment, alter­na­tive­ment debout, assis ou couchés sur le sol. Par­fois nus, par­fois vêtus, le plus sou­vent mécon­naiss­ables, les corps peu sex­ués élu­dent toute forme de séduc­tion ou d’érotisme. Au con­traire, la fac­ture cré­pus­cu­laire, voire cauchemardesque, sem­blerait se prêter à un drame fan­tas­tique mieux qu’à une rêver­ie amoureuse. Con­tin­uer la lec­ture

Du sens et des lames

Mar­cel LECOMTE, Le Sens des Tarots et autres sou­venirs, avec des images de Pierre ALECHINSKY, La Pierre d’Alun, coll. « La petite pierre », 2025, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–109‑8

lecomte alechinsky le sens des tarotsMar­cel Lecomte (1900–1966), poète, écrivain, chroniqueur, com­men­ta­teur des arts plas­tiques, des let­tres – et même de poli­tique – , mem­bre du trio sur­réal­iste qui pub­lia les tracts de Cor­re­spon­dance au milieu des années 1920, a tou­jours man­i­festé un grand intérêt pour l’ésotérisme, une thé­ma­tique récur­rente dans son œuvre. Y cher­chant des points de jonc­tion entre les cul­tures anci­ennes et son pro­pre présent, sans doute, mais ten­tant égale­ment d’en dégager quelques lignes essen­tielles qui pou­vaient peut-être expliciter cette forme d’autonomie créa­trice exis­tant entre les mots, la poésie, et les idées : une voie ini­ti­atrice dans la lit­téra­ture dont il se voulait à la fois l’observateur, le prati­cien, et le com­men­ta­teur. Con­tin­uer la lec­ture

Saut hors de la surface du miroir

Tris­tan SAUTIER, Michel AUDOUARD, Miroy­ances, Coudri­er, Coll. « Sor­tilèges », 2025, 52 p., 20 €, ISBN : 9782390520795

sautier audouard miroyancesC’est à pas de loup ou de colombe, de colombe-loup qu’on entre dans Miroy­ances, dans son jeu de miroirs entre les poèmes de Tris­tan Sauti­er et les encres de Michel Audouard.  Le recueil se place sous le signe du miroir pul­vérisé, d’un ébran­le­ment de la sur­face miroi­tante de la page en vue d’une ren­con­tre avec soi-même. L’ombre de René Char se lève. On pense à son recueil Le poème pul­vérisé, on vibre à l’hommage-détournement dis­cret que Tris­tan Sauti­er opère au détour de vers épars rap­pelant ceux du poète. Con­tin­uer la lec­ture

Marre de la vie morose ? Lisez Christophe Poot (ou inventez la grâce)

Christophe POOT, FOVÉA, 5e couche, 2026, 220 p., 26 €, ISBN : 9782390081265

poot fovéaDans FOVÉA, Christophe Poot écrit, peint, des­sine, trace pour dire la grâce. Ne pas se mor­fon­dre, ne pas végéter dans ce qu’énigmatiquement Christophe Poot nomme la grande blessure et qu’en tant que lec­trice et lecteur, on devine liée au fait d’être là, les deux pieds sur terre, la vie dans le noir, dans le bour­bier où, des fois, on se traine. Sans autre point de repère que notre corps et son incroy­able capac­ité à capter. À s’élever, obstiné­ment, sans dieux, sans “voix de son maitre”, dans des instants de grâce, à dix mille lieues au-dessus de sa con­di­tion. Juste pour ça : se sen­tir en vie, énig­ma­tique­ment en vie. Tra­vail à faire et à refaire mille fois par jour. Tra­vail que fait et refait Poot mille fois par jour. Tra­vail de résis­tance que Poot effectue, obstiné­ment, mille fois par jour, dans des dessins urgents et de courts textes, énig­ma­tiques eux aus­si, que ses lecteurs et lec­tri­ces devi­nent rapi­de­ment tracés, comme impro­visés à la sauvage. Ces textes et ces dessins, Poot nous en livre tous les jours sur Face­book, comme si, au-delà de les trac­er, il impor­tait de les partager, dans l’urgence et la rapid­ité, en vue de je ne sais pas quoi. Nous inspir­er peut-être. Nous ren­voy­er à nos pro­pres instants de grâce. Ou quelque chose du genre. Con­tin­uer la lec­ture

« Encore et encore »

Un coup de cœur du Car­net

Marie MEULEMAN (autrice) et Matthieu LITT (pho­tographe), Camille se réveille, Cot­Cot­Cot, 2026, 164 p., 19,90 €, ISBN : 9782930941806

meuleman camille se reveilleSe réveiller, sous ses paupières. Pren­dre con­science de l’au-dehors. Ouvrir les yeux, les rideaux bleus. Regarder par la fenêtre sans hori­zon. S’étirer. Allumer son télé­phone. Se ver­ti­calis­er, pieds au planch­er. Un pas, puis l’autre, mon­ter les march­es vers la cafetière. Saluer le chat. Pren­dre sa tasse, la rem­plir, se brûler la langue. S’habiller. Par­tir, courir. Chaque matin, un cycle immuable qui se répète autour d’infimes et infinies vari­a­tions. Celles-ci se nichent dans l’énergie à « quit­ter la nuit qui autorise tout et que rien n’interdit » ou le refus d’affronter le jour, le soleil dar­d­ant ou le ciel plom­bé, le choix de la tasse pour le breuvage noir. Et cepen­dant tou­jours les mêmes ten­tures, la même cui­sine, la même course, la même Brux­elles… Con­tin­uer la lec­ture

Devenir encore, obstinément

Un coup de cœur du Car­net

Éric CLEMENS, La mort existe pas, col­lages et pho­tos de Christoph Bruneel, Âne qui butine, 2026, 160 p., 22 €, ISBN : 9782919712397

clémens la mort existe pasDans La mort existe pas, Éric Clé­mens per­siste et reste fidèle à lui-même : abor­dant la vieil­lesse, le corps qui décrépit, les proches qui dis­parais­sent, Éric Clé­mens aurait pu som­br­er dans le pathos, le ressasse­ment nat­u­ral­iste, la nos­tal­gie, la mélan­col­ie, la con­fes­sion, la ten­ta­tion tes­ta­men­taire, l’autofiction, etc.

Rien de tout ça. Tant mieux. Con­tin­uer la lec­ture

… sa maitrise de poète…

Un coup de cœur du Car­net

Colette NYS-MAZURE (textes) et Philippe CHAUDAT (aquarelles), Sin­guliers et pluriels, Ate­lier des noy­ers, 2025, 50 p., 15 €, ISBN : 978–2‑494676–49‑7

nys mazure singuliers et plurielsEn réu­nis­sant la poétesse Colette Nys-Mazure et l’aquarelliste Philippe Chau­dat dans Sin­guliers pluriels, les édi­tons L’atelier des noy­ers se font l’écho, trente ans plus tard, d’un ouvrage réu­nis­sant « une cinquan­taine de sil­hou­ettes de femmes com­posées en prose poé­tique » par l’autrice tour­naisi­enne (Sin­gulières et plurielles, Desclée de Brouw­er, 2002). Tout chez Nys-Mazure se tran­scende par l’écriture et la poésie, depuis l’enfance mar­quée par la mort pré­coce du père, jusqu’à l’observation bien­veil­lante et infati­ga­ble des émer­veille­ments que prodiguent les cir­con­stances de la vie, mais aus­si l’indispensable via­tique que con­stitue l’empathie. Con­tin­uer la lec­ture

À qui ‘vent’ l’entendre

Jean-Luc & Simon OUTERS, L’arbre et le vent, Pierre d’Alun, 2025, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–143‑2

outers l'arbre et le ventJean-Luc et Simon Out­ers, père et fils, revi­en­nent à La Pierre d’Alun avec L’arbre et le vent ; qui dit si bien son titre. Sur les pages, les vers souf­flent leur verbe amoureux des arbres qui se tien­nent droit, pro­tè­gent leur alen­tour et font un trait d’union vivant, vital et ver­ti­cal, entre les nadir et zénith, entre les pro­fondeurs des sols et cieux lumineux. Con­tin­uer la lec­ture

Aux courbes de vos corps d’hippocampes

Suzy COHEN, Nous sommes l’algorithme du vent, Bleu d’encre, 2025, 66 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–87‑1

cohen nous sommes l'algorithme du ventÀ la fois plas­ti­ci­enne et poétesse (celui-ci est son troisième recueil), Suzy Cohen réu­nit ici, comme dans un col­lage, les évo­ca­tions poé­tiques des sen­sa­tions inspirées par des lieux, des instants, des frag­ments de son his­toire per­son­nelle. La lec­ture suit ain­si un chemin sin­ueux, borné d’illustrations (dont l’écrit et la gra­phie ne sont jamais absents), allant de l’enfance (Kenya), l’âge de la jeune adulte qui évoque un père décédé lorsqu’elle a dix-huit ans : Paris n’était plus la carte postale rêvée / (…) Nous avions l’impression / De vac­iller sur une passerelle étroite / Piét­inés par des chevaux à œil­lères écrit la poétesse dans le poème d’ouverture de l’ouvrage sous le titre Fez, ma ville. Con­tin­uer la lec­ture

La sève au-delà du sang

Chris­t­ian LIBENS, dessins de Marie-Pierre UENTEN, Les arbres marchent, Bleu d’Encre, 2025, 42 p., 12 €, ISBN : 9782930725901

ibens les arbres marchentOn con­nait le romanci­er, le spé­cial­iste du polar belge, le chroniqueur ou l’éditeur. On recon­nait surtout en Chris­t­ian Libens cet arpen­teur nomade des lieux han­tés par la lit­téra­ture. La Wal­lonie, les pistes arden­nais­es, Liège, Rome, Paris et les ter­res simenon­i­ennes sont ses prin­ci­paux ter­rains d’exploration. On con­nait moins le poète et pour cause, son dernier recueil a paru chez l’éditeur vervié­tois La Dérive en 1991 sous le titre Ciné­ma. Un poète rare donc qui revient à la poésie comme on retrou­ve une vieille con­nais­sance. Con­tin­uer la lec­ture

“afin que résonne encore et toujours , la clarté du mystère”

Béa­trice LIBERT, Dans le dos de la nuit, Ate­lier du Grand Tétras, coll. « Glyphes », 2025, 88 p., 14 €, ISBN : 978–2‑37531–138– 7

libert dans le dos de la nuitOrné d’un « avant-dire » du poète et académi­cien Philippe Lekeuche, l’ouvrage de Béa­trice Lib­ert, paru dans la belle col­lec­tion « Glyphes » réu­nit des textes poé­tiques « parus à divers­es épo­ques, sou­vent dans le cadre de livres d’artistes, ou inspirés par des pein­tres » comme le pré­cise d’emblée le pré­faci­er.

La réu­nion a pos­te­ri­ori de textes de cir­con­stance aurait pu en affaib­lir la force par un effet d’éparpillement et d’éloignement de la référence qui les a inspirés. Il n’en est rien ici. Hormis Pierre Cay­ol, dont une lino­gravure illus­tre la cou­ver­ture du livre, les textes sem­blent exaltés par l’absence de la représen­ta­tion des œuvres qui les ont ini­tiale­ment inspirés, qu’il s’agisse d’œuvres d’Edward Hop­per, Angel Beat­ove, Pierre Cay­ol, Van Don­gen, Giu­liana Gironi, ou d’André Romus. Con­tin­uer la lec­ture

Gabrielle Vincent : élégance intemporelle, tendresse universelle

Gabrielle VINCENT, Au bon­heur des chats, CFC édi­tions, 2025, 40 p., 14 €, ISBN : 9782875721099
Gabrielle VINCENT (dessins) et Fan­ny HUSSON-OLLAGNIER (textes postérieurs), Le voy­age de Pic-Nic, CFC édi­tions, 2025, 64 p., 14 €, ISBN : 9782875721105

vincent au bonheur des chatsDécou­vrir une réédi­tion de Gabrielle Vin­cent (1928–2000), c’est comme ouvrir une manne au fond d’un gre­nier et en sor­tir le vête­ment d’un aïeul au gout sûr en pen­sant avec bon­heur à la pre­mière occa­sion qui s’offrira de l’enfiler : l’élégance pos­sède un je-ne-sais-quoi d’intemporel. De la même façon, l’œuvre de Gabrielle Vin­cent flotte au-dessus des décen­nies, sans que le temps n’ait de prise sur elle ; le charme sin­guli­er de ses illus­tra­tions demeure absol­u­ment intact. On ne peut donc que saluer l’initiative des édi­tions CFC de repub­li­er cer­tains de ses ouvrages en deux albums dis­tincts. Con­tin­uer la lec­ture

Partager les mots, partager l’enfance

Béa­trice LIBERT et Nan­cy PIERRET, Dans les bras du monde, Couleur livres, coll. « Couleur jeunesse », 2025, 16 €, ISBN : 978–2‑87003–967‑0

libert dans les bras du mondeÀ l’orée de la vie, le monde ouvrait les bras et l’horizon avait la fan­taisie pour seul nuage. Alors, le temps était une musique longue et lente et soudain bondis­sante sans besoin de rai­son.

La musique ce matin,
Joli bond de sauterelle
Habi­tant tout l’espace,
Con­tin­uer la lec­ture

« …Le silence n’existe que dans les livres… »

Pas­cal FEYAERTS, Venir à soi suivi de 11 :11, Illus­tra­tions de Philippe Col­mant, Pré­face de Marie-Clotilde Roose, Coudri­er, 2025, 86 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–078– 8

feyaerts venir a soiOrné d’une pré­face de Marie-Clotilde Roose et d’illustrations de Philippe Col­mant, le recueil Venir à soi du poète hain­uy­er Pas­cal Feyaerts se décline en mul­ti­ples inter­ro­ga­tions. Leur ligne de crête se découpe dans l’affrontement inces­sant de l’artiste avec la for­mu­la­tion poé­tique du monde. De lec­ture en lec­ture, – le vol­ume est suff­isam­ment aéré pour per­me­t­tre (inviter à) des apprivoise­ments suc­ces­sifs –, appa­rais­sent d’éphémères per­cep­tions que nous sug­gère le poète. Il y a, sur­gis­sant ça et là, une ten­ta­tion insis­tante de la désil­lu­sion – Tant de rêves / si peu à vivre – tem­pérée bien vite, comme dans un éclat de lumière Con­tin­uer la lec­ture