Archives par étiquette : Texte et image

Où l’on navigue avec plaisir au radar

Un coup de cœur du Carnet

Véronique WAUTIER, Godelieve VANDAMME, Cabaner Chavirer, Éranthis, 2017, 82 p., 16 €, ISBN : 978-2-874830-12-9

wautierJe lis Cabaner Chavirer puis je le relis puis je pense : les poèmes de Véronique Wautier sont des havres. Des haltes provisoires. Des façons de se construire une cabane où s’abriter. Provisoirement. De se mettre deux secondes quinze ou trois minutes à l’abri de la violence du monde. Des drames persos. Ou des grandes tragédies du siècle comme on dit. De tous ces événements qui emportent avec eux les voisins. Les amis. Les êtres chers. Les êtres tout court. Les poèmes de Véronique Wautier sont des cabanes de mots. Des territoires fragiles. Des petits totems faits de bric et de broc. Construits au petit bonheur. À l’aveugle. Sans qu’on sache où l’on va. En suivant son instinct. Continuer la lecture

« Toujours dans les reflets du fleuve »

Philippe MATHY, ill. de Pascale NECTOUX, Veilleur d’instants, Paris, L’herbe qui tremble, 2017, 128 p., 16€, ISBN : 9782918220503

mathy.gifLes fleuves sont de redoutables pourvoyeurs de poèmes ! De Rimbaud qui en descendait les rives impassibles, aux poètes contemporains comme Jacques Darras ou Franck Venaille, ils auront charrié, dans les remous de leurs rimes ou dans la vase de leurs métaphores, de nombreux vers éternels et imparables. Mythique ou réel, le fleuve porte littéralement le poème à bout de bras. Avec ce nouveau recueil, Philippe Mathy rejoint cette lignée de poètes-nautoniers ! Partageant sa vie entre le Tournaisis et la Bourgogne, le poète balance son amarre de  l’Escaut à la Loire. Continuer la lecture

L’art de regarder les nuages

Jean-Louis MASSOT, Nuages de saison, photographies d’Olivia HB, Bleu d’Encre Éditions, 2017, 68 p.,12 €

massotLes suivez-vous parfois des yeux, ces Cumulus « Lourds comme des / Boules d’angoisse » ?

Regardez-vous comment « Des étoffes de Stratus / Cachent la lune et les étoiles » ?

Vous arrive-t-il de reconnaître là-haut « Des Cirrostratus / Comme de légères traces / Laissées par le pinceau / D’un peintre distrait » ? D’imaginer le message que porte peut-être, à notre insu, « Ce Cumulonimbus / Qui s’élève / Et se tortille / Au-dessus des derniers / Toits des maisons / Du village » ? D’attendre le moment où « Le soir venu / Les Altostratus / Ont commencé / À s’enlacer » ? Continuer la lecture

Réenchanter Bruxelles

Un coup de coeur du Carnet

Catherine DESCHEPPER (nouvelles) et Martine HENRY (photographies), Bruxelles à contrejour, Quadrature, 2017, 120 p., 18€/ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-930538-70-9

deschepper« Bruxelles à contrejour, ce sont des images, des impressions offertes, puisées, pêchées parfois, au hasard des rencontres dans les rues de Bruxelles. Un projet photo/graphique littéral et littéraire, une visite qui n’a rien de touristique au cœur d’une capitale de cœur. Des lieux, des moments saisis, et des histoires qu’on invente, comme on fait quand on s’ennuie, à la terrasse d’un café. Ou quand on croise d’autres êtres et qu’on se dit, “et si…” » Tel est le projet de l’auteure Catherine Deschepper et de la photographe Martine Henry, défini dans leur préambule. Telle est également leur réussite. Continuer la lecture

Une débâcle à quatre mains

Pierre DANCOT, Les revers de la nuit suivi de Une ombre à la pointe de mon crâne, dessins de Florence Mathieu, postface de Vincent Filteau, Éléments de langage, 2016. Non-pag. [39 p.], 12 €, ISBN 978-2-930710-11-2

dancotAvec une quarantaine de pages au format 14 x 14 cm, ce petit livre de Pierre Dancot fait au premier abord modeste figure. L’on y aperçoit vite, pourtant, une grande complexité interne. La première partie, Les revers de la nuit – noter la polysémie de « revers » – est écrite en vers libres ; elle est illustrée par Florence Mathieu de dessins sobres et impérieux, proches de l’esquisse. La seconde, Une ombre à la pointe de mon crâne, relève plutôt de la prose narrative, apportant à la première une sorte de complément, peut-être même d’élucidation. Vient ensuite une postface sensible du journaliste-poète québécois Vincent Filteau : Le cœur-décombre de la nuit. Plus discret, un quatrième auteur se joint aux précédents : Gaspard Dancot, 13 ans, a écrit quelques lignes étonnantes qui évoquent la fin de l’enfance, formant l’épigraphe du recueil. Continuer la lecture

Invitation à la danse

Corinne HOEX, Tango, gravures de Martine Souren, éditions Esperluète, 2016, 20 p., 8 €   ISBN : 9782359840711

hoex-tangoSavez-vous danser le tango?

Corinne Hoex vous y invite, dans un poème troublant, cerné des sombres, intrigantes gravures de Martine Souren, intitulé tout simplement Tango.

Il faut danser, nous rappelle-t-elle, mais il lui manque une robe qui tienne au corps, alors que la sienne se dérobe en soieries glissantes, en rubans satinés, en franges mouvantes.

Une étrange plaquette, qui nous laisse au bord d’un secret. L’art de danser le tango, de tout son cœur, de tout son corps, peut-être.

Francine Ghysen

Un amour aux multiples visages

Marianne DE WIL, Edmond BAUDOIN, Un pas de deux, Angoulême, Les Mains sales, 2016, 56 p., 45 €  ISBN : 979-1-092-97708-0

de-wilMarianne De Wil est peintre et décoratrice. Fascinée par les mots, elle a créé des décors de théâtre et mis en scène des expositions littéraires. Depuis longtemps, elle écrit aussi, des poèmes, des contes, des nouvelles, des textes courts. Aujourd’hui, ce sont ses mots qui sont mis en livre. Des textes brefs, qui s’imposaient à elle, textes d’urgence ou d’émotion, dictés par le quotidien d’une relation amoureuse. Un pas de deux, son premier livre publié, a une histoire particulière. Pendant 8 ans, elle a envoyé à Edmond Baudoin, dessinateur et auteur de bandes dessinées, des fragments que celui-ci a décidé un jour d’accompagner de dessins. Continuer la lecture

Où l’on regarde quelques images du monde flottant d’aujourd’hui

Régis DEFURNAUX, Maiko no hikari, Le bec en l’air, 2016, 35 €   ISBN : 978-2367440996

defurnaux

Ukiyo-e, ce mot vous dit-il encore quelque chose ? Ou bien est-il déjà tombé dans l’oubli, balayé par – au choix – la nouvelle vague, nouvelle sensation, nouvelle expo « à voir absolument », qui occupe largement le champ de bataille médiatique ? Mais oui ! C’est bien cela : Ukiyo-e, outre les images du « monde flottant » dans lequel nous vivons, est le nom d’une splendide exposition d’estampes japonaises visible jusqu’en mars aux Musées du Cinquantenaire, à Bruxelles.

Le livre de photographies et les textes de Régis Defurnaux offre une magnifique occasion, à tous ceux, toutes celles, enchantés par le charme coloré de ces « images du monde flottant » de se replonger, encore un peu, dans l’univers des maisons de thé, des geishas et de leurs apprenties. Histoire de prolonger un peu notre rêverie, notre nostalgie, un peu surannée, pour ces femmes en « carton-pâte » ? Histoire de nous évader un peu de notre quotidien et de notre époque moroses ? Continuer la lecture