Archives par étiquette : MaëlstrÖm

La résistance, un pays en soi

COLLECTIF, Pays dans un pays. Marcheuses et Marcheurs des Temps présents, MaelstrÖm, 2017, 105 p., 8€, ISBN : 978-2-87505-288-9

pays dans un paysIls ont marché et marcheront encore, ils traceront des voies nouvelles, ces Marcheuses et Marcheurs, comme ils l’ont fait le 20 mai 2017, à l’initiative des Acteurs des Temps Présents. Deux marches se sont ainsi déroulées en Wallonie, l’une à partir de Liège, l’autre de Tournai pour aboutir à Bruxelles. Il s’agissait pour la première d’aller à la rencontre de situations singulières et irritantes où les intérêts privés menacent le bien commun. D’où le nom adéquat : « Marche des communs ». La seconde avait pour but de repérer les lieux en péril pour cause de précarisation ou d’abandon afin de proposer des alternatives. C’est pourquoi elle a pris pour nom « Marche des réparations ». Continuer la lecture

Petit tour dans le monde circulaire

Un coup de cœur du Carnet

Otto GANZ, Du fond d’un puits, MaelstrÖm, coll. « 4 1 4 », 2017, 90 p., 18 €, ISBN : 978-2-87505-271-1

ganz.jpgOtto Ganz est un poète rare. Capable en deux lignes de nous entraîner, mine de rien, dans ses abîmes, dans ses délires ou dans ses visions paradoxales. On le sait : ouvrir un livre d’Otto Ganz est à chaque fois une expérience forte, une visite de labyrinthe. Une visite d’un monde circulaire où l’on se cognera trente-six fois à des murs mal éclairés. Où l’on perdrait son temps à chercher un fil d’Ariane. Où il nous faut accepter d’avancer par sauts. Petits bonds de grenouille. Comme si Otto Ganz inventait le chemin au fur et à mesure. De pensées en pensées. De paroles en paroles. C’est que, pour Otto Ganz, il est essentiel d’aller à l’essentiel. D’écrire l’essentiel. Pas question dès lors de prendre du temps – et de perdre notre temps comme lecteur et lectrice – à dérouler patiemment le fil de la pensée. À nous dire comment, par quelle route, petit sentier boueux ou autoroute, il en est venu à telle fulgurance, telle évidence. Lire Otto Ganz, ce serait un peu comme lire quelque chose de très ancien. De la philosophie très ancienne. De la métaphysique très ancienne. De la littérature dont on n’aurait soigneusement conservé que l’utile. Les sentences qui parlent. Résonnent. Nous font vibrer comme des cloches. De la littérature dont on aurait soigneusement fait fondre le gras. Continuer la lecture

Où l’on s’initie avec joie à la stripoésie

Un coup de cœur du Carnet

Kenny OZIER-LAFONTAINE et Vincent LEFÈBVRE, Bulles (stripoétiques), Maesltröm, 2017, 86 p., 10 €, ISBN : 978-2-87505-284-1

ozier lafontaineOn peut toujours bougonner. Déplorer, par exemple, que, de nos jours, la poésie soit, plus que jamais, le parent pauvre de la littérature. Soit, plus que jamais, victime des clichés ayant cours dans les médias et dans l’esprit de ses lecteurs potentiels, etc.

Oui mais. Continuer la lecture

Un tram à travers les trames de la ville

JOY, Tram 25, Maelström, 2017, n.p. + C.D., 20€, ISBN : 978-2-87505-286-5

joyUne ville, ça grouille, ça s’agite, ça bouillonne, surtout pour une jeune fille de la campagne venue étudier la littérature à Bruxelles. JOY s’enflamme, lucide et rebelle, dans ce livre, road-book où se croisent, telles les trames d’un réseau ferroviaire, confidences, rêves et choix de vie. Lauréate du Prix Paroles Urbaines en 2013, JOY/Gioia Kayaga emprunte ici la ligne du tram 25 qui traverse la capitale. Les stations de cet itinéraire urbain défilent et sont, pour l’artiste, autant d’escales personnelles vers ses propres origines partagées entre la Belgique, l’Italie et le Burundi. Origines bigarrées qui sont à l’image des quartiers que traverse le véhicule quand il serpente jusqu’aux quartiers populaires proches de la gare du Nord. Avec JOY, pas de langue de bois mais des paroles limpides, lucides, précises qui disent la société comme elle est! Magouilles, fraudes des politiques, hypocrisies des journalistes, passé colonial, JOY dénonce, s’indigne et dit les incohérences, les méfaits d’un système qui chavire. Continuer la lecture

L’ombre et la lumière

Daniel DE BRUYCKER, Neuvaines 4 à 6, MaelsrÖm, 2017, 230 p., 16 €, ISBN : 978-2-87505-269-8

de bruycker neuvaines 4 à 6.jpgEn septembre 2015, sur ce même blogue du Carnet, j’ai dit tout le bien que je pensais des Neuvaines 1 à 3 de Daniel De Bruycker. Vient de paraitre le deuxième volume de la trilogie, Neuvaines 4 à 6, qui poursuit la longue méditation du poète sur les thèmes de la destinée, de l’identité personnelle, du cheminement, du temps insaisissable, de l’écriture. On aurait pu craindre que s’installe au fil des pages quelque monotonie, vu le caractère obstiné du questionnement et la stricte économie des moyens, qu’il s’agisse du vocabulaire ou de l’imaginaire. Or, par une sorte de miracle permanent où la figure du paradoxe joue un rôle essentiel, la pensée poétique se renouvèle pareillement à son objet, qui n’est rien d’autre que la vie elle-même. En témoignent les insistantes images du chemin, de la marche et de la destination inconnue, la recherche d’un lieu enfin habitable, le temps qui flue et qui ronge, l’alternance jour/nuit et le rythme des saisons, le dualisme lumière/obscurité.

Lire aussi : la recension de Neuvaines 1 à 3

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Léo et la pureté des âmes

Léo BEECKMAN, Poèmes quantiques, Maelström, 2017, 42 p., 12€, ISBN : 978-2-875052-72-8

J’ai sous les yeux les Poèmes quantiques de notre cher Léo. Inutile de préciser le nom de famille. Les habitués du Carnet et tant d’autres auront deviné sans peine qu’il s’agit de Léo Beeckman qui nous a quittés sans crier gare en ce début d’année. Inutile d’ajouter non plus que sa silhouette rassurante comme sa voix et ses conseils toujours judicieux nous manquent profondément. Mais si la voix s’est tue, il reste les mots ! Et quels mots ! De ceux qui ont la force de prolonger, de raviver le dialogue, de faire entendre encore un peu le timbre complice d’une écoute franche et amicale. Des textes qui ne s’adressent pas seulement au cercle intime, mais des mots justes, pleins de cet humour lucide que seuls le jeu ou la pirouette d’une formule peuvent éveiller chez chacun. Car si l’ami Léo est resté, comme souvent, modeste et discret vis-à-vis de sa production, c’est sans doute parce que son exigence de la juste tonalité était à la hauteur de la confiance qu’il mettait dans la parole échangée avec l’autre, son égal. Continuer la lecture

Insecte et homard

Romane BIRON, Le diable en pantoufles, MaelstrÖm, 2017, 120p.,13€, ISBN : 978-2-87505-266-7

bironVu de l’extérieur, le n°18 de l’allée du Silence a tout de l’habitation modèle avec jardinet propret, où niche une famille qui semble l’être tout autant : Charles, le père, est pragmatique et ses lunettes ne tolèrent aucune salissure. Chantal, la mère, gère les cordons de la bourse familiale de façon économe et livre des plateaux-repas au domicile des personnes âgées ou alitées. Leurs filles, Marie (13 ans) et Élodie (6 ans) sont élevées de façon très pieuse, avec la Radio Chrétienne Francophone en fond sonore continu, au point que l’aînée préfère Bernadette Soubirous à toutes les stars pailletées dont s’amourachent les jeunes de son âge. Elles partagent une même chambre qui devient le théâtre de leur imaginaire, leur rempart contre le monde extérieur. À quelques pâtés de maison de là, leur grassouillette et guillerette Mamie Framboise ne dit jamais non à un bon gâteau et ne raterait pour rien au monde un match des Diables Rouges. Continuer la lecture