Archives par étiquette : Éric Brogniet (auteur de la recension)

Rentrée d’hiver 2026 : en route vers la Foire du livre

RL hiver 2026 visu

« Ren­trée lit­téraire » désigne tra­di­tion­nelle­ment la péri­ode d’effervescence édi­to­ri­ale qui s’étend de fin aout à début novem­bre. C’est à ce moment que parais­sent les livres en lesquels les maisons d’édition (parisi­ennes) voient de pos­si­bles can­di­dats aux Goncourt, Renau­dot et autre Fem­i­na. Depuis plusieurs années, toute­fois, le cal­en­dri­er édi­to­r­i­al con­nait un autre temps fort, en jan­vi­er-févri­er. Les sor­ties sont nom­breuses et les livres qui parais­sent à ce moment-là sont aus­si de ceux sur lesquels les édi­teurs mis­ent par­ti­c­ulière­ment. On par­le donc désor­mais aus­si d’une ren­trée lit­téraire d’hiver. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2025 d’Éric Brogniet

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2025 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujourd’hui : la sélec­tion d’Éric Brog­ni­et. Con­tin­uer la lec­ture

L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art

Karel LOGIST, J’arrive à la mer suivi de Force d’inertie et Le sens de la vis­ite, Post­face d’Eloïse Grom­merch, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2025, 316 p., 12 €, ISBN : 9–782875-687–104

logist j'arrive à la merKarel Logist (Spa, 1962) appar­tient à ceux que Lil­iane Wouters appelait la Généra­tion Expo 58, qui pro­pose une nou­velle sen­si­bil­ité dans le monde des let­tres français­es de Bel­gique par rap­port aux généra­tions précé­dentes, après le sur­réal­isme et les irréguliers du lan­gage et entre les recherch­es formelles, notam­ment struc­tural­istes et min­i­mal­istes, et le néo-clas­si­cisme. Con­tin­uer la lec­ture

L’amour en partage

Jean-Michel AUBEVERT, Aux cimais­es de l’aube, illus­tra­tions de Joëlle Aubev­ert, Coudri­er, coll. « Sor­tilèges », 2025,101 p., 22 €, ISBN : 978–2‑39052–075‑7

aubevert aux cimaises de l'aubeLa col­lec­tion « Sor­tilèges » des édi­tions Le coudri­er com­prend des exem­plaires de tête en tirage lim­ité, des livres d’artiste et des livres au for­mat ital­ien. Pub­lié à titre posthume, ce livre est rehaussé de quelques pho­togra­phies en couleurs réal­isées par l’éditrice, com­pagne du poète (Uccle, 1952 / Ottig­nies, 2024). Auteur d’une œuvre ample et sen­si­ble, Jean-Michel Aubev­ert pos­sé­dait un sens indé­ni­able de la musi­cal­ité et une imag­i­na­tion tournée vers la nature et le mythe, la féérie et le rêve. Il était aus­si atten­tif par son tra­vail de cri­tique et de pré­faci­er aux œuvres d’autrui. Con­tin­uer la lec­ture

Du sexe, de l’amour et du lâcher-prise

Arnaud DELCORTE, Gand­hara, Bleu d’encre, 2025, 175 p., 18 €, ISBN : 978–2‑930725–85‑7

delcorte gandharaGand­hara est une région his­torique située au nord-ouest de l’actuel Pak­istan, englobant la val­lée de Peshawar et s’é­ten­dant jusqu’aux bass­es val­lées des riv­ières Kaboul et Swat. Elle était un car­refour com­mer­cial et cul­turel impor­tant, reliant l’Inde, l’Asie cen­trale et le Moyen-Ori­ent. L’art du Gand­hara (du 1er siè­cle av. J.-C. au 7e siè­cle apr. J.-C.) est car­ac­térisé par des représen­ta­tions réal­istes de Boud­dha et d’autres fig­ures influ­encées par la stat­u­aire grecque. Cette région a joué un rôle majeur dans la prop­a­ga­tion du boud­dhisme vers l’Asie cen­trale et dévelop­pé une cul­ture unique. Si la poésie d’Arnaud Del­corte est « un cri douloureux mais un cri sal­va­teur » (N. Louis), elle est aus­si « berceuse et démence, sem­blable à un Qawali de Nus­rat Fateh Ali Khan […] » car elle est aus­si « lave qui char­rie les para­dox­es, l’infini de la chair, ses pesan­teurs et ses extases […] une chair ten­due vers une pos­si­ble tran­scen­dance […] » (U. Tim­ol). Con­tin­uer la lec­ture

Une ultime liberté

Michel VAN DEN BOGAERDE, Sus­pen­sion du pronon­cé, Coudri­er, 2025, 66 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–073‑3

van den bogaerde suspension du prononcéEnsem­ble de poèmes en vers libres, Sus­pen­sion du pronon­cé offre au lecteur une bonne cinquan­taine de textes poé­tiques, tous titrés, agré­men­tés d’œuvres pic­turales en couleur, illus­trant ain­si le dou­ble tal­ent de Michel van den Bogaerde, qui s’inscrit là dans une tra­di­tion bien belge des rap­ports chez le même créa­teur entre la plume et le pinceau. Lau­rence Brog­niez, Paul Aron ou Claudette Sar­let ont analysé ce phénomène prég­nant à tra­vers l’histoire de nos Let­tres et Char­lyne Audin écrit à ce pro­pos : Con­tin­uer la lec­ture

Le poème est un sauf-conduit

Philippe LEUCKX, Lumière des murs, Cygne, 2025, 48 p., 12 €, ISBN : 978–2‑84924–831‑7

leuckx lumière des mursPhilippe Leuckx pour­suit une œuvre poé­tique élé­giaque : chaque poème ressem­ble ain­si aux petits cail­loux que l’enfant du con­te sème dans la forêt obscure où on est en train de le per­dre, pour pou­voir retrou­ver ultérieure­ment son chemin vers la lumière. Le titre, Lumière des murs, métapho­rise ce thème de la perte et de la résilience. Car le mur est, du point de vue de nos sens, une struc­ture matérielle fixe qui enferme, tan­dis que la lumière est un élé­ment mobile et presque immatériel. La lumière tra­verse l’espace quand le mur le cir­con­scrit. Le poète quête l’éclaircie de manière oxy­morique, comme si nom­mer sa douleur, écrire sa perte et son deuil, saluer la morte bien-aimée et pren­dre soin des enfants, était la seule issue à l’éphémère de notre pas­sage sur terre : Con­tin­uer la lec­ture

Le poème comme épiphanie

Philippe LEUCKX, Par les escaliers anciens, ill. Philippe Col­mant, Coudri­er, 2025, 68 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–072‑6

leuckx par les escaliers anciensDans ce recueil récent, illus­tré par quelques pho­togra­phies de Philippe Col­mant, autre poète du cat­a­logue du Coudri­er, Philippe Leuckx pour­suit, sur le mode élé­giaque, une médi­ta­tion qui lui est famil­ière de livre en livre. Le temps et la fragilité de vivre y occu­pent la place cen­trale et se lisent ici dans l’image de l’escalier : celle-ci revient à inter­valle réguli­er dans cette suite de poèmes où c’est l’espace qui se charge de traduire la flèche du temps : Con­tin­uer la lec­ture

Nuit blanche

Philippe COLMANT, Crev­er la nuit, ill. Philippe Col­mant, Coudri­er, 2025, 64 p., 18 €, ISBN : 978–2‑39052–069‑6

colmant crever la nuitPoète et pho­tographe, Philippe Col­mant expose dans cette prose poé­tique l’espace-temps d’une nuit de soli­tude « où JE appelle et espère TU pour retrou­ver NOUS. Une nuit où le solil­oque intérieur con­voque le sou­venir et remue l’inquiétude dans la pluie de l’attente. » Le nar­ratif factuel est réduit à des signes con­crets : d’une part, le déroulé tem­porel est ryth­mé par la men­tion des heures et des sec­on­des dont la course indif­férente ren­voie au car­rousel des pro­jec­tions men­tales ; l’énonciation des gestes, des déplace­ments dans le huis-clos de l’appartement, la dis­tinc­tion per­cep­ti­ble entre ville et zone sub­ur­baine, l’observation de l’environnement sonore et des phénomènes noc­turnes dresse un cadas­tre de la déshérence, d’autant plus réal­iste qu’il s’accompagne d’un con­tre­point intérieur : pen­sées, sou­venirs, flashs, et son cortège émo­tion­nel : attente, inquié­tude, ques­tion­nement, doute, ciné­ma men­tal par à‑coups. Ain­si la phénoménolo­gie du huis-clos tem­porel et spa­tial se dou­ble d’une psy­cholo­gie de la perte, du rejet et de l’abandon : Con­tin­uer la lec­ture

« Rendre la marche à son essence » …

Serge NÚÑEZ TOLIN, Langue qui me com­mence, précédé par … d’avoir cou­ru comme le vent se lève, Rougerie, 2025, 80 p., 13 €, ISBN : 978–2‑85668–426‑9

nunez tolin langue qui me commenceToute l’œuvre du poète Serge Nuñez Tolin, fils d’immigrés orig­i­naires du Nord de l’Espagne, est habitée par la ques­tion de la parole et du silence. Celle-ci est au cœur même de la ques­tion poé­tique, la nais­sance d’un poème provenant d’un élé­ment exis­ten­tiel ou men­tal pro­pre­ment sidérant. Dans L’expérience intérieure, Georges Bataille écrivait : « Je ne don­nerai qu’un exem­ple du mot glis­sant. […] je me borne au mot silence. Du mot, il est déjà […] l’abolition du bruit qu’est le mot ; entre tous les mots c’est le plus per­vers, ou le plus poé­tique : il est lui-même gage de sa mort. » Le tra­vail d’écriture est un mou­ve­ment d’écart sans cesse relancé :  Con­tin­uer la lec­ture

Du poème comme éloge et exorcisme

Pierre YERLES, Pavane pour une samourai défunte, Bleu d’encre, 2025, 72 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–81‑9

yerlès pavane pour une samourai defuneC’est un art si sub­til / que celui de l’oubli / lorsqu’on le veut heureux. Par ces pre­miers vers, Pierre Yer­lès con­fie le pro­pos de ce recueil posant le déli­cat prob­lème de l’euthanasie. On lira avec prof­it ce livre en par­al­lèle avec la belle œuvre d’Almodovar, La cham­bre d’à côté, où le cinéaste espag­nol réalise son pre­mier film en anglais, inspiré du livre Quel est donc ton tour­ment ? de l’écrivaine améri­caine Sigrid Nunez. Si Almod­ovar se demande com­ment accom­pa­g­n­er quelqu’un dans la mort, en un tra­vail de réflex­ion où les aspects psy­cho-affec­tifs voisi­nent avec ceux d’une réflex­ion socio-poli­tique, Pierre Yer­lès, faisant référence à deux cul­tures qu’il maitrise bien, abor­de le prob­lème de manière plus artis­tique et spir­ituelle. Con­tin­uer la lec­ture

Le poème et les mots dits          

Philippe LEUCKX, Petites notes, Lieux-Dits, coll. « Cahiers du loup bleu », 2025, 32 p., 7 €, ISBN : 978–2493715-85–2

leuckx petites notesLa col­lec­tion « Cahiers du Loup bleu », dirigée par le poète Jacques Goor­ma, fait la part belle aux auteurs con­tem­po­rains et au for­mat dépouil­lé au sein des Édi­tions Les Lieux-dits, créées par le pein­tre Ger­main Roesz en 1994 à Stras­bourg. « L’idée des Cahiers du loup bleu est née avec l’évidence de tou­jours met­tre en qua­trième de cou­ver­ture le dessin d’un loup com­mandé à une ou un artiste différent.e.s. L’aventure dou­ble ain­si la part poé­tique et plas­tique. Les poèmes vien­nent de poètes très con­nus ou incon­nus et il en est de même pour les artistes », dit l’éditeur. Ici, les poèmes de Philippe Leuckx parais­sent sous une cou­ver­ture dont le graphisme bleu est de l’artiste Chris­tine Val­cke. Con­tin­uer la lec­ture

Écrire comme viatique

Lil­iane SCHRAÛWEN, Errances de nuit, Bleu d’encre, 2024, 98 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–78‑9

schrauwen errances de nuitLil­iane Schraûwen a passé son enfance en Afrique – l’une ou l’autre allu­sion en témoigne dans ce recueil de poèmes qui s’ajoute à une bib­li­ogra­phie déjà bien fournie (romans, nou­velles, poèmes, réc­its his­toriques, lit­téra­ture pour la jeunesse). Enseignante, elle a aus­si exer­cé divers emplois dans les métiers du livre. La ques­tion des mots est dès lors essen­tielle, car ils sont un chemin vers l’écriture, qui a une fonc­tion mémorielle. Ils représen­tent égale­ment un via­tique pour déjouer l’absurdité et la vacuité de toute exis­tence réduite à sa part muette et tran­si­toire. Amulettes, étoiles dans la nuit, com­pagnons du rêve, passeurs d’émotions et panseurs des plaies qu’en chaque être humain le temps dépose, à tra­vers les péripéties de la grande ou de la petite His­toire. Les mots sur­gis­sent, ils vien­nent d’un arrière-fond de l’être : Con­tin­uer la lec­ture

Entre absence et magie

Un coup de cœur du Car­net

Marc QUAGHEBEUR, Labi­ales, Lieux-Dits édi­tions, coll. « Jour & Nuit », 2024, 72 p., 15 €, ISBN : 978–2‑493715–63‑0

quaghebeur labialesAuteur d’une douzaine de recueils de poèmes depuis 1976, Marc Quaghe­beur (Tour­nai, 1947) s’est voué en par­tie à une forme qui dom­i­na le paysage sous l’influence de la pen­sée de Barthes : la poésie min­i­mal­iste. Elle est moins une réponse à un épuise­ment de la lit­téra­ture, de la pos­si­bil­ité de faire un réc­it, qu’un moyen de dire le vide exis­ten­tiel de l’homme. L’écriture dite blanche est d’abord con­tre : con­tre la lit­téra­ture du passé qui char­rie des lour­deurs styl­is­tiques et nar­ra­tives, con­tre les belles-let­tres, le beau style… Il y aurait une écri­t­ure du non-écrit, a dit Mar­guerite Duras. Dans la plu­part de ses recueils, « […] la poésie de Marc Quaghe­beur s’avère […] sans aucune com­plai­sance sen­ti­men­tale ou descrip­tive ; une poésie ter­ri­ble­ment abstraite dans son objet, mais déli­cate et imagée dans son expres­sion ; trag­ique par les thèmes dev­inés mais sur­prenante de pudeur ou de retenue ; une poésie où l’authenticité per­son­nelle, tou­jours éton­nante et détournée, touche les points essen­tiels de l’existence […] »[1]

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Pour une poétique du lâcher-prise

Daniel CHARNEUX, En bref, Bleu d’encre, 2024, 100 p., 15 €, ISBN : 978–2‑930725–80‑2

charneux en bref 1L’œuvre poé­tique de Daniel Charneux (Charleroi, 1955) est dis­crète : deux recueils de haïkus (Pru­ines du temps, 2008 et Si longues sec­on­des, 2010) et un vol­ume À bas bruit (2022). En bref s’inscrit dans la même veine : une écri­t­ure élé­giaque que je qual­i­fi­ais de « langue nar­ra­tive sans fior­i­t­ures, belle comme une ligne claire. » Car Daniel Charneux demeure économe de ses effets. Sous la sim­plic­ité du pro­pos et de la langue — ici le thème de la mémoire, de l’impermanence de l’existence ter­restre — perce tou­jours une réflex­ion méta­physique : « Pourquoi la nos­tal­gie / quand le présent suf­fit ? ». Voici un ton fam­i­li­er à celui des apo­logues boud­dhiques que con­nait bien cet ama­teur des civil­i­sa­tions ori­en­tales qui a pra­tiqué le zen. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2024 d’Éric Brogniet

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2024 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujourd’hui : la sélec­tion d’Éric Brog­ni­et.  Con­tin­uer la lec­ture