Archives par étiquette : Éric Brogniet

De la brisure à la réconciliation : le poème témoigne

Fabien ABRASSART, Si je t’oublie : poème, préface de Philippe Lekeuche, peintures de Marie Alloy, L’Herbe qui tremble, 2017, 64 p., 13 €, ISBN : 9782918220442

abrassart si je t oublie.gif« S’il n’émeut le salaud à quoi bon le poète » : Fabien Abrassart résume ici le dilemme qu’Adorno formulait ainsi : « Comment encore écrire de la poésie après Auschwitz ? ». Auschwitz a en effet prouvé l’échec de la culture allemande, européenne, occidentale : après Auschwitz et dans cette culture, il ne peut y avoir d’art que selon Auschwitz, en fonction d’Auschwitz. Aucune image ne peut masquer Auschwitz. Après le nazisme, tout langage est devenu problématique. L’autre pôle dialectique du livre d’Abrassart, c’est la référence à Jérusalem, nom qui évoque le culte du dieu des Cananéens, Shalem, divinité de la création, de l’exhaustivité et du soleil couchant. L’étymologie de la ville repose sur deux racines chaldéennes : YeRu (la demeure, la ville) et ShLM (qui a donné les mots, en hébreu et en arabe, shalom et salaam, dont la signification actuelle est « paix », mais dont le sens originel était la complétude, l’achèvement). Continuer la lecture

Les réseaux de la Méduse

Éric BRO­GNIETRadi­cal Machines, Le Taillis Pré, 2017,  100 p., 14 €, ISBN : 978-2-87450-121-0 

brogniet radical machineL’Enchanteur pourrissant qu’Apollinaire dédiait à Merlin et aux légendes arthuriennes est un livre porté par le rayonnement des Merveilles et la fragile proximité de leurs extinctions. Plus d’un siècle plus tard, dans la complexité du Cybermonde, des flux d’informations, de pixels et de fantasmes sous formes d’anamorphoses, des dystopies où les hommes se noient dans l’immatérialité des corps et des émotions pensant se démultiplier et se régénérer dans les « machines molles » (W. Burroughs), Éric Brogniet a livré dans Radical Machines sa vision de l’homme et de ses sombres merveilles dans l’intersection de ses identités floutées et filandreuses. Fascinés par la Méduse cybernétique, ils sont transis et sidérés. Continuer la lecture

L’œuvre au noir de Corinne Hoex

Corinne HOEX, Leçons de ténèbres, Le Cormier, 2017, 67 p., 16 €, ISBN : 9782875980113

Dans Leçons de ténèbres, Corinne Hoex s’inspire de l’œuvre de Gesualdo (1566-1613) et de la « légende noire » [1] qui caractérise sa vie. À travers cinq mouvements, en de courts poèmes, elle décrit le musicien mais aussi la condition humaine en général et l’artiste moderne en particulier : comme un leitmotiv  y revient  en effet un substantif : « solitude ».  Continuer la lecture

Le poème, accélérateur de particules

Christian HUBIN, Face du son, L’Étoile des limites, coll. « Parlant seul », 2017, 46 p., 11 €, ISBN : 978-2-905573-15-5

hubin.jpgL’œuvre de Christian Hubin, exclusivement vouée à la poésie et à la réflexion sur celle-ci, traverse depuis cinquante ans les débats théoriques et esthétiques pour marquer d’une empreinte personnelle, radicale, la question du sens, de l’être et du langage. Les deux versants de cette œuvre se répondent : des courts-circuits de la métaphore (jusqu’à Personne, 1986) à un art de l’ellipse et du vide, il n’y a pas rupture, mais une tentative d’atteindre, par des voies différentes, le même point de fusion. Où le poème — toujours au bord de frôler l’absence et le silence, puisque conscience et corps, nature et création sont en voie de perpétuelle apparition/disparition — s’entend comme vibration sidérée. Pour le poète, écrire est une « tentative d’arracher un sens au monde et à notre nuit, (…) un moyen de connaissance, mais en même temps (…) le refus de s’illusionner sur ses pouvoirs ». Ici, le poème n’est pas discours, mais surgissement et descellement perpétuels. Continuer la lecture

Autopsie d’un désastre

Éric BROGNIET, Tutti Cadaveri, suivi de la traduction en italien de Rio Di Maria et Christiana Panella, illustration de couverture de Daniel Pelletti, L’Arbre à paroles, 2017, 48 p., 10 €, ISBN : 978-2-87406-653-5

brognietTutti Cadaveri, le texte d’Éric Brogniet consacré à la catastrophe du Bois du Cazier paraît aujourd’hui accompagné de sa traduction en italien. Ceux qui ont suivi à travers les media la quinzaine d’enfer vécue à Marcinelle du 8 au 23 août 1956, se souviennent de ce cri terrible qui mit fin à tout espoir pour nombre de familles de mineurs – en majorité italiennes – rassemblées devant les grilles du charbonnage sinistré. Continuer la lecture