Archives par étiquette : Éric Brogniet

Là où tout le réel est poésie…

Marie GEVERS, La comtesse des digues, Postface de Vincent Vancoppenolle, Impressions nouvelles, coll. « Espace nord », 2021, 220 p., 8,50 €, ISBN : 9-782875-6854-14

gevers la comtesse des diguesLà où tout le réel est poésie, écrivait Jacques Sojcher dans sa préface à une précédente édition de La comtesse des digues, premier roman de Marie Gevers (1883-1975). En effet, l’œuvre de celle qui reçut une éducation mi-flamande mi-francophone et vécut de manière quasi exclusive dans le domaine familial de Missembourg où une scolarité originale lui fut dispensée notamment via la lecture du Télémaque de Fénelon et une connaissance approfondie de la Nature, repose sur un ensemble de dynamiques structurantes qui sont généralement celles du discours poétique. La littérature classique et le grand livre du jardin domanial remplacèrent donc avantageusement l’école, faisant de la petite fille un être mi-rustique mi-intellectuel et un écrivain francophone élevé au contact des patois flamands de son milieu natal. Continuer la lecture

La farce dérisoire de tout pouvoir…

Simon LEYS, La mort de Napoléon : roman, Postface de Françoise Châtelain, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2021, 160 p., 8,50 €, ISBN : 978-2-87568-556-8

leys la mort de napoleonLa mort de Napoléon est le seul roman écrit par Simon Leys, pseudonyme du grand sinologue et essayiste belge Pierre Ryckmans (Bruxelles, 1935 – Sydney, 2014). Il offre de multiples bonheurs de lecture : un sens éblouissant de la langue française ; une grande maîtrise des termes de marine –la mer étant une des passions de l’écrivain, qui lui consacra une anthologie de référence ; une  poéticité inspirée dans ses descriptions de la Nature ; un humour ravageur ; un condensé de procédés littéraires empruntés à la fable, au conte philosophique, à la littérature populaire, dans les deux branches de son développement : le roman historique et le roman d’aventure ; la maîtrise du récit uchronique. Toujours en prenant le contre-pied du genre et en faisant d’Eugène Lenormand/Napoléon un exemple-type du anti-héros. Continuer la lecture

De la littérature comme miroir

Un coup de cœur du Carnet

Daniel CHARNEUX, Claude DURAY, Léon FOURMANOIT, Pierre Hubermont (1903-1989) : écrivain prolétarien, de l’ascension à la chute, M.E.O., 2021, 232 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978-2-8070-0280-7

charneux et alii pierre hubermontLa littérature prolétarienne belge a peut-être été moins scrutée que celle des écrivains régionalistes. La question de la collaboration culturelle durant la Seconde guerre mondiale n’a que rarement fait l’objet d’une vulgarisation ; des études, des mémoires, des ouvrages universitaires lui ont été consacrée : les auteurs du présent volume en mentionnent quelques-uns. L’épuration des écrivains ayant collaboré avec l’occupant n’a pas donné lieu à un débat public retentissant et à des condamnations fracassantes comme ce fut le cas en France. Un certain nombre d’écrivains aujourd’hui connus passèrent entre les mailles d’un filet institutionnel et judiciaire somme toute assez complaisant. Certains s’exilèrent. D’autres furent condamnés à mort ou à des peines de prison. Continuer la lecture

À l’ombre du paperassier

Béatrice LIBERT, Arbracadabrants, Avant-dire d’Éric Brogniet, Taillis pré, 2021, 80 p., 13 €, ISBN : 978-2-87450-176-0

libert arbracadabrantsLe dernier livre de Béatrice Libert, Arbracadabrants publié aux éditions Le Taillis Pré, s’enracine dans une démarche précise, celle d’un exercice de style dont Éric Brogniet révèle la genèse dans son avant-dire éclairant. À partir d’un mot, « larmier », entendu lors d’un atelier d’écriture qu’elle animait, l’auteure, séduite par sa sonorité, imagine une définition poétique et en fait un arbre à larmes. Irrigués par la sève de ce « larmier », les autres textes, suivant le jeu de l’exercice stylistique, découlent presque naturellement pour donner aux boutures imaginées par Béatrice Libert leurs lettres de noblesse. Continuer la lecture

De la caricature au roman graphique : l’émergence d’un genre narratif en constante évolution

Un coup de cœur du Carnet

Alexis LÉVRIER et Guillaume PINSON (dir.), Presse et bande dessinée : Une aventure sans fin, Impressions nouvelles, 2021, 380 p., 28 € / ePub : 28 €,  ISBN : 978-2-87449-838-1

presse et bande dessinee une aventure sans finVoici un ouvrage passionnant, richement documenté et illustré, à propos du 9ème Art, qui, dès l’origine, se voit lié à une nouvelle culture du regard et de l’image. Sous la direction scientifique de deux éminents spécialistes de l’histoire de la presse et de la culture médiatique, différents chercheurs abordent le sujet en trois chapitres : La bande dessinée, un art du journal ; Les petits aventuriers du quotidien ; Fictions d’actualité et reportages dessinés. Une substantielle bibliographie et les notices des auteurs complètent l’ensemble. Les contributions offrent une compréhension historique et analytique, des origines à aujourd’hui, d’un art qui trouve sa source dans la civilisation du journal et de la presse au 19e siècle. Continuer la lecture

La foi, la poésie

Colette NYS-MAZURE, Lettre d’Atonie, Encre originale de Robert Lobet, Jacques Brémond, coll. « Les petites lettres », 2020, ISBN : 978-2-915519-95-2

Colette NYS-MAZURE,Anne LE MAISTRE, Chaque aurore te restera première, Atelier des noyers, 2020, ISBN : 978-2-490185-43-6

nys mazure chaque aurore te restera premiereUn livre d’artiste est toujours une rencontre. Ce pourquoi il n’est pas seulement un objet manufacturé unique, mais aussi un rapport sensible entre au moins, à l’origine, deux mondes, si pas trois : ceux de l’auteur, de l’artiste plasticien, de l’éditeur… Donner une définition de ce qu’est un livre d’artiste n’est pas chose facile : Pierre-André Benoit – un poète, peintre, illustrateur, graveur, typographe, imprimeur, éditeur d’art (1921-1993) – soutenait que le livre d’artiste peut revêtir de multiples formes et qu’il s’agit « d’un livre, voire dans certains cas un livre-objet, édité/créé à peu d’exemplaires, voire à tirage unique, très souvent réalisé de manière artisanale et généralement diffusé hors des circuits classiques de distribution, même souvent par l’auteur lui-même (…) Il est le résultat de la rencontre entre la pensée originale d’un artiste et son imagination au niveau des formes, de la présentation, des possibilités d’impression ou de reproduction, du papier, des matières… Ce livre présente en effet des savoir-faire et des productions extrêmement différentesContinuer la lecture

Le néant, la plénitude

Philippe MATHY, Étreintes mystérieuses, illustrations Sabine Lavaux-Michaëlis, Ail des ours, coll. « Grand ours », 2020, 8 €, ISBN : 978-2-491457-04-4

mathy etreintes mysterieuses« La culture de la poésie n’est jamais plus désirable qu’aux époques pendant lesquelles, par suite d’un excès d’égoïsme et de calcul, l’accumulation des matériaux de la vie extérieure dépasse le pouvoir que nous avons de les assimiler aux lois intérieures de la nature humaine »[1]. Tous les hommes sont des poètes, dans la mesure où ils éprouvent le besoin d’exprimer et de reproduire leurs émotions dans un certain rythme. Si le poète est l’homme imaginatif par excellence, son influence sur les lecteurs et sur toute la société sera déterminante, quoique imperceptible à l’œil nu, soutient le poète romantique anglais : « Les poètes sont les législateurs non reconnus du monde ». Sous cet emblème, Philippe Mathy poursuit, depuis Promesse d’île (1980) et une dizaine d’autres livres, un travail de réflexion intérieure sur le rôle du poème et du poète : « Poètes, nous sommes des passeurs qui ignorons où émerge l’autre rive ». C’est une chance car si « le poète parle et ne sait pas (…) il ne se lasse pas d’avancer vers Celui qui sait et ne parle pas » ; il est « un guetteur sans but » attentif à l’étreinte mystérieuse d’un monde délivré du temps, voué à une « sorte de néant que l’on pourrait aussi nommer plénitude ». Continuer la lecture

« Une pensée, piolet de ses strates »

Christian HUBIN, L’in-temps, Étoile des limites, 2020, 75 p., 14 €, ISBN : 978-2-905573-21-6

christian hubin l'in-tempsLe poème hubinien se développe autour d’un sans lieu qui n’est peut-être, pour citer Fernand Verhesen évoquant son expérience de la traduction, « que le rien central dans le silence duquel tout se crée et autour duquel le poète répond à un appel. Cet inviolable espace intérieur, avec sa lisière de mots (…)» [1]. C’est à partir de ce lieu-là que commencent à penser ceux-ci : «  à l’écoute de ce ‘rien’, de ce «’silence’, on perçoit à son tour et comme en écho, l’appel de ce qui n’est pas dit, l’appel du ‘muet’ »[2]. Pour Michaël Bishop, cette œuvre nous plonge au cœur même de l’énigme, non pas « pour jouer en morcelant, pour lancer le défi (…) d’un puzzle à décoder. On est dans ‘cela’ qui résiste à la nomination, aux gestes de stabilisation, dans ‘cela’ qui refuse de fonctionner selon les normes du rationalisable, du conceptualisable (…). Toutes les lois de la physique, comme de la métaphysique, plongées dans un désordre qui, pourtant, semble appartenir à l’être, en offrir la face terrible, extraordinaire, le désastre et le dés-être (…). L’éclat de ce que l’on croyait peut-être connaître, tout à coup volé en éclats »[3]. Continuer la lecture

Un tonnerre d’encre…

Un coup de cœur du Carnet

Yvon VANDYCKE, Anamnèse !, préface de Philippe Mathy, postface de Lucienne Strivay. Taillis Pré, coll. « Ha ! », 2020, 191 p., ISBN : 978-2-87450-166-1

« L’art n’est pas une fenêtre en trompe-l’œil ouverte sur les paradis perdus ou à venir. L’art n’a pas de drapeau ni d’église, il n’est ni d’en haut ni d’en bas, ni de gauche ni de droite, et il n’a pas de juste milieu. L’art n’est pas une friandise, mais une méditation sur la vie. Une méditation joyeuse ou pathétique, ludique, lyrique ou drolatique. L’art est difficile, insoumis », écrit ce poète peu connu. La réédition d’Anamnèse et de deux recueils écrits entre 1960 et 1963, aujourd’hui introuvables : Dire pagaille et L’oplomachin, est particulièrement bienvenue. Un cahier de documents picturaux figure aussi dans cette édition. Si Vandycke est ignoré en tant que poète, il n’est pas inconnu comme peintre et dessinateur. Line Hubert lui avait en effet consacré une monographie : Rien qu’un peu de peinture véritable et véridique (Éditions Arts et Voyages, 1977). Continuer la lecture

Évocation d’une post-apocalypse : où la poésie se nourrit des cultures médiatiques contemporaines

Un coup de cœur du Carnet

Sébastien FEVRY, Brefs déluges, Cheyne, 2020, 96 p., 17 € ISBN : 978-2-84116-290-1

Après Solitude Europe, un premier coup de maître salué en Belgique et en France par plusieurs prix importants, Sébastien Fevry décrit dans Brefs déluges un monde guetté par l’angoisse, une sourde menace, des dangers latents.

Dans Solitude Europe, il évoquait la coexistence de deux mondes : au sein de nos sociétés de plus en plus closes sur elles-mêmes, sur leurs replis identitaires ou leurs peurs, l’évocation par petites touches du sort et de la place des victimes de l’Histoire y était un thème majeur. Le poète nous proposait une réflexion nécessaire sur la condition humaine, à travers le regard que nous devrions porter sur l’autre, miroir de notre propre identité. Continuer la lecture

Habiter transitoirement mais poétiquement le monde

Paul MATHIEU, D’abord un peu de jour, Estuaires, coll. « Hors-série », 2019, ISBN : 978-99959-749-8-5

paul mathieu d'abord un peu de jour

Paul Mathieu (1963), est un poète, critique littéraire et nouvelliste de nationalité belge et luxembourgeoise. Il vit en Lorraine belge. Ce poète discret s’inscrit parfaitement dans l’esprit de cercle qui réunissait, dans cette région des trois frontières, des auteurs et artistes belges (Arthur Praillet), luxembourgeois (Edmond Dune, Roger Bertemes, les éditions Estuaires de René Welter), ou italiens (Luigi Mormino et Franco Prete). La revue Triangle et les éditions L’Apprentypographe qui furent fondées à Harnoncourt par Guy Goffette, avec André Schmitz, Vital Lahaye, Anne-Marie Kegels, Michel Pesch et Michèle Garant, poursuivront cette tradition d’échanges, tout comme l’avait fait La Dryade de Georges Bouillon ou Georges Jacquemin, ou comme le perpétuent aujourd’hui le collectif éditorial  et la revue Traverses animés par Patrice Breno. Continuer la lecture

De la plaie à la plénitude, la chair se fait verbe

Un coup de cœur du Carnet

Charline LAMBERT, Une salve, Préface de Christophe Meurée, Âge d’homme, coll. « Littératures », 2020, 41 p., 17 €, ISBN : 978-2-8251-4811-2

Après Chanvre et lierre (Le Taillis pré, 2016, Prix Lockem de l’Académie et prix de la première oeuvre de la Fédération Wallonie-Bruxelles) placé sous le signe d’Ulysse et de son combat intérieur, puis Sous dialyses (L’Âge d’homme, 2016), où le ralentissement des flux vitaux était évoqué sous le signe d’un « même mouvement de rétention » provoquant « un rien de félicité », Désincarcération (L’Âge d’homme, 2017) disait une forme d’extraction de soi permettant une incorporation du sujet à l’ensemble de la matière vivante. Une salve poursuit le travail de réflexion de Charline Lambert sur le corps parlant : de recueil en recueil et à l’intérieur même de chaque corpus poétique, trois espaces actantiels sont discernables. Continuer la lecture

Joseph Gillain, dit Jijé : de la BD aux arts plastiques, un artiste témoin de son temps

Un coup de cœur du Carnet

Philippe DELISLE et Benoît GLAUDE, Jijé, l’autre père de la BD franco-belge, PLG, coll. « Mémoire vive », 2019, 180 p., ISBN : 978-2-917837-33-7

Deux chercheurs, l’un, Philippe Delisle, français, qui enseigne l’histoire contemporaine à l’Université de Lyon III, en s’intéressant à l’idéologie portée par la « littérature dessinée », et l’autre, Benoit Glaude, belge, docteur en langues et lettres, chercheur au FNRS et chargé de cours à l’UCL, nous livrent ici un passionnant essai, très structuré, bien documenté, richement illustré par des documents inédits ou précieux, avec un appareil critique sérieux : catalogue des œuvres littéraires illustrées par Joseph Gillain, bibliographie comportant : catalogues de l’œuvre de Jijé, études centrées sur l’œuvre de Jijé, études générales abordant l’œuvre de Jijé ; index des noms de titres et de personnages. La structure de l’ouvrage, écrit lisiblement, dans un style à la fois rigoureux quant à l’analyse, mais limpide quant à sa formulation, et parsemé d’exemples, grâce à des planches, dessins ou autres documents graphiques auxquels il est fait référence dans l’analyse en corps du texte, aborde en six chapitres le parcours et le travail de ce père créateur, avec Hergé, de la bande dessinée belge : Fils de Tintin ; Fils d’écrivain ; Fils de curé ; Jijé confrère ; Frère des peuples ; Père fondateur. Continuer la lecture

Le top 3 d’Eric Brogniet

Le meilleur de l’année littéraire belge 2019 par les chroniqueurs du Carnet et les Instants. Aujourd’hui : le choix d’Éric Brogniet. Continuer la lecture

Cécile Miguel, artiste et poète hypnotique

Yves NAMUR, Cécile Miguel, une vie oubliée, Musée Marthe Donas et Le Taillis pré, 2019, 44 p., ISBN : 9-782874-50-1562

À Ittre, le Musée Marthe Donas consacre une exposition, du 23 novembre 2019 au 19 janvier 2020, à une figure de la peinture et de la poésie francophones belges, Cécile Miguel (Gilly, 1921 – Auvelais, 2001), épouse de l’écrivain André Miguel (Ransart, 1920 – Gembloux, 2008). À cette occasion, le Musée propose sur son site web un dossier pédagogique réalisé par Béatrice Libert à l’intention des enseignants et les éditions du Taillis pré publient, sous la plume d’Yves Namur et avec un avant-dire de Marcel Daloze, un catalogue très substantiel, richement illustré de reproductions, photos, manuscrits et lettres qui rend justice à cette créatrice aujourd’hui occultée : Cécile Miguel, une vie oubliée brosse le parcours existentiel de l’artiste, quittant avec son mari le Hainaut en 1947 pour le Midi de la France, où le couple, anticipant la vie bohème des beatnik, se liera d’amitié avec Jacques Prévert, René Char, Picasso et son épouse Françoise Gilot, Marcel Arland… Continuer la lecture

Tombeau pour Marilyn, l’icône aux semelles de vent

Éric BROGNIET, Bloody Mary. Road movie pour Marilyn Monroe, Illustrations de Thierry Wesel, Préface de Marie-Ange Bernard, Taillis Pré, 96 p., 14 €, ISBN : 978-2-87450-143-2

Entre chant des spasmes et arpentage des gouffres, la poésie d’Éric Brogniet voyage sur les terres du décalé et de l’insoumission. D’une souveraine beauté, le recueil poétique Bloody Mary traverse le mythe Marilyn Monroe afin de dévoiler la détresse, la fêlure de Norma Jean derrière l’icône planétaire de la Blonde. Jeux sur le combat entre le noir et le blanc, entre l’attrait des ténèbres et celui de la lumière, échos entre l’ogre intime et l’ogre hollywoodien… les scansions du chemin de croix de Marilyn ­­qu’Éric Brogniet décline — un chemin de croix qui n’exclut nullement le chemin de l’extase et de la soif de vivre — intriquent vitesse de la langue et tragédie antique. On songe à la lettre-poème que Pasolini a écrite en hommage à Marilyn, après sa mort en 1962, poème lu dans son film La Rabbia. Dans Bloody Mary, les mots ne mettent pas la blessure monroeienne à distance mais creusent l’enfance saccagée, la solitude, l’immense désarroi de Marilyn, en se tenant au plus près de leur trou noir. Il n’y aura pas de poétique de l’apaisement dès lors que celle-ci trahirait la toute irréconciliée, la toute chancelante dissimulée derrière l’éclat de sa beauté. Pas plus que le Dom Pérignon, les barbituriques, la ronde des amants ou le 7ème art n’ont permis à Marilyn de cicatriser, de se tenir dans l’être, l’écriture d’Éric Brogniet ne cherche à réparer l’irréparable ou à lisser les séismes. La mort rôde autour du berceau de Norma Jean, courtise Gladys, la mère folle, convoite Marilyn. Ce basso ostinato — basse contrainte de la présence de Thanatos — pulse le texte qui traque le fatum, ses tours de passe-passe, ses ruses.

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