Archives par étiquette : Daniel Simon

Les prix littéraires de l’AEB

L’Association des écrivains belges de langue française (A.E.B.) a annoncé les lauréats de ses prix littéraires. Continuer la lecture

Le Top 3 de Daniel Simon

Chaque jour, Le Carnet et les Instants revisite l’année littéraire 2020 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. La dernière sélection de cette année est celle de Daniel Simon. Continuer la lecture

Déjouer la prison

COMPAGNIE BUISSONNIÈRE, Brèche(s), Ceriser, 2020, 80 p., 11 €, ISBN : 9782872672257

« On peut faire du théâtre partout, même au théâtre. »
Augusto Boal

Louis, au public  Je m’appelle Louis. Je viens d’une bonne famille, j’ai fait des études, j’ai des amis, des projets, une copine, j’ai de la chance surtout. De bonnes cartes en main. Aujourd’hui, je vais en prison pour la première fois de ma vie. Je suis comédien-animateur et je vais faire du théâtre en milieu carcéral. J’y ai pensé toute la journée. On me l’a proposé et sans y réfléchir plus que ça, j’ai dit oui. Et là, sur le parking de la prison, dans ma voiture, j’ai peur. En fait, je suis partagé entre l’excitation et la peur de l’inconnu. Il y a des mecs violents là-dedans… J’y vais ou je n’y vais pas ?

Louis, le protagoniste visiteur-animateur nous parle et raconte, sous la forme d’un théâtre épique, cette vie dedans-dehors la prison. Il fait entrer dans son récit des détenus, des agents, des gardiens, bref la population carcérale. Continuer la lecture

Une philosophie du farfelu

Tris­tan LEDOUXRéci­di­cules, Sans Escale, 2020, 158 p., 13 €, ISBN : 978-2-9564304-8-3

christian ledoux recidiculesL’homme moderne est en train de se défaire du réel comme s’il ne restait de l’humanisme et de l’utopie universaliste que des sursauts, que l’Histoire (quand donc en sommes-nous sortis ?) était devenue l’actrice la plus impitoyable du faux.

Dans son livre récent, Récidicules, Tristan Ledoux, sans jamais trop appuyer sur les manettes des circonstances du récit, révèle dans des situations multiples et souvent insolites, des univers apparemment entièrement issus du langage et des pensées du narrateur, toujours en « je ». Continuer la lecture

L’arche des livres

Un coup de cœur du Carnet

Jean JAUNIAUX, L’ivresse des livres, Préface de Jacques De Decker, Zellige, coll. “Vents du Nord”, 2020, 160 p., 16 €, ISBN : 978-2-9147-7394-2

jauniaux l'ivresse des livresParler du livre aujourd’hui semble  un passage obligé pour celles et ceux qui en ont été nourris à l’âge des grandes constructions, cela revient souvent à évoquer une biodiversité de l’esprit qui se traduit souvent en termes d’ « ensauvagement »… Cet acte de lire si simple apparemment mais si éminemment complexe et périlleux serait de l’ordre de la fureur (nous y sommes actuellement en Fédération Wallonie-Bruxelles), du plaisir permanent, du jouir à pleines pages. Continuer la lecture

L’aphorisme : de l’artisanat à l’industrie

Jean-Louis MASSOT, L’A.À.F.L.A – L’Appareil À Fabriquer Les Aphorismes, Cactus inébranlable, 2020, 66 p., 10 €, ISBN : 978-2-39049-012-8

jean-louis massot L'AAFLANe gâchons surtout pas notre plaisir en ces temps de rentrée et de prédictions tous azimuts, aussi fatales que dérisoires souvent : L’A.À.F.L.A – L’Appareil À Fabriquer Les Aphorismes est enfin à notre disposition ! Jean-Louis Massot vient de publier aux éditions Cactus inébranlable un nouveau mode d’emploi et on sait que les modes d’emploi sont souvent les textes qui résistent le plus à l’intelligibilité et la compréhension de l’honnête homme. Continuer la lecture

Errance autour d’un lac

Anne-Michèle HAMESSE, Le lac du Bois de la Cambre, Préface de Pierre Morlet, Coudrier, 2020, 105 p., 18 €, ISBN : 978-2-39052-007-8

Comme il existe une littérature réaliste, naturaliste, symboliste, une littérature impressionniste me semble se dégager en ces temps de mêlements des genres littéraires et plus précisément de la prose et de que l’on appelle la poésie. Continuer la lecture

Des guerrières en huis-clos

Christophe KAUFFMAN, Vieille peau, Basson, coll. “Basson rouge”, 2020, 162 p., 12 €, ISBN : 978-2-930582-71-9

christophe kauffman vieille peau editions bassonLe fait divers a toujours livré la matière première des films et des romans noirs comme si la purulence ne pouvait se donner à voir véritablement que dans le huis-clos d’une vie saisie dans l’horreur d’un tragique crapuleux. Le tout est de « flairer » le délétère qui s’évade de cette concentration. La mise en scène, la narration exacerbe dans la violence verbale ou physique ce qui nous est généralement commun : la peur, le sentiment de la perte… Le noir, c’est la couleur des révélations ordinaires quand la vie privée, la vie intime, la vie banale sont frappées du fouet de l’extraordinaire démence des hommes.  La vie des personnages mis en scène sublime alors cette marée noire qui  stagne au fond de chacun. Continuer la lecture

Dédale au coeur

Un coup de cœur du Carnet

Luc DELLISSE, Un sang d’écrivain, Lettre volée, 2020, 154 p., 20 €, ISBN : 9782873175467

Le dernier livre de Luc Dellisse, Un sang d’écrivain, rejoint la redoutable et lucide position de moraliste que l’auteur avait déjà développée dans son récent Libre comme Robinson. Le style chez Dellisse n’est pas cette habilleuse élégante des dramas qui font chorus dans la panne de recul critique de notre temps. Le style contre l’écriture, pourrait-on dire. Dellisse démonte le style porté comme un masque, le style comme simulacre… Continuer la lecture

Par la grâce de la Muse

Éric NEIRYNCK, J’ai un projet : devenir fou, Lamiroy, 2020, 123 p., 12 €, ISBN : 978-2-87595-260-8

J’ai un projet : devenir fou, le dernier livre d’Éric Neirynck, fait référence à une citation de Fiodor Dostoïevski, reprise par Bukowski et claquant comme la bannière de tant d’écrivains ou artistes rongés par une fièvre d’inadaptation sociale vertigineuse… Ces rares auteurs célébrés par le narrateur de ce court roman aux allures de provocation ressemblent plutôt au parfait portrait d’un auteur empêtré dans des illusions de littérature et d’édition qui ont toujours été le véhicule des rêves avortés. Continuer la lecture

Le Top des années 2010 de Daniel Simon

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Paradoxes et contradictions

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Marc DEFAYS, Dico-tomies, Murmure des soirs, 2020, 242 p., 18 €, ISBN : 978-2-930657-59-2

Il est des livres dont on aimerait à l’instant tutoyer l’auteur… Il apparaît si proche de ce que nous vivons comme lecteur. En tout cas, c’est que je vécus récemment lorsque je découvris Dico-tomies, le dernier essai de Jean-Marc Defays.

Professeur à l’université de Liège, Jean-Marc Defays est l’auteur de nombreux ouvrages et articles dans le domaine des sciences du langage, de la didactique du français langue étrangère et de la communication interculturelle. Il se tourne aussi depuis quelques années vers une réflexion et une écriture plus personnelles, comme dans l’essai Babel et Frankenstein. Singularité et pluralité des langues, des groupes et des individus (2016), et le roman Rue des Trois limites (2019). Continuer la lecture

Le vertige des masques

Jean-François FÜEG, Ni Dieu, ni halušky, préface de Jean-Pierre Sakoun, postface de Dominique Costermans, Territoires de la mémoire, 2019, 96 p., 9 €, ISBN : 978-2-930408-43-9

« Elle qui avait lutté toute une vie pour ne pas être fille d’immigrés, la termina  Anna Bielik », Page 69, Jean-François Füeg lâche cette phrase simple et trouble, la nomination initiale la mère reprenait le dessus et Annie allait disparaître…

Dans Ni Dieu, ni halušky, son dernier opus, l’auteur poursuit la quête d’une mise à jour du palimpseste de toute immigration, des secrets de famille intriqués dans l’histoire collective, des silences paralysants. Cette suite de livres[1] poursuit avec une qualité rare, le dévoilement du concept de « stress identitaire ». L’histoire d’Annie, c’est l’histoire de la mère, celle qui conte une autre histoire fondatrice à ses enfants, qui raconte l’Histoire à sa façon, déportée du réel, en touches rhapsodiques, cousant bout à bout des incongruités qui tiennent, se polissent, prennent sens et enlisent la famille au fil du temps. Continuer la lecture

Bras cassés et autres héros du temps

Valériane DE MAERTELEIRE, Le fragile, Lansman, 2019, 48 p., 10 €, ISBN : 9782807102583

Combien de bras cassés au théâtre, de vies épuisantes, d’enfances contaminées de frustrations et de vieillard tournoyant dans la grande salle de danse de l’oubli ?

Le fragile de Valériane De Maerteleire est une pièce sur les désarticulés du temps, les parents angoissés, des jeunes qui grandissent, qui dérapent et ces mêmes parents qui pédalent dans le vide souvent. Continuer la lecture

Une vie de prof, côté coeur

Alain DANTINNE, 68, rue des écoles, Academia, 2019, 192 p., 18 €, ISBN : 978-2-8061-0479-3

« Plongez dans le parcours d’un enseignant libre et rétif à toute discipline imposée, imaginatif, fou de poésie et de théâtre ! Un prof philosophe qui voyage et aime partager ses découvertes, n’hésitant pas à transformer sa classe en agora et à pousser chaque élève au bout de lui-même. »

Alain Dantinne est poète, romancier et critique. Il vient de publier un tout récent 68 rue des Écoles qui est véritablement roboratif.

Les quatrièmes de couverture d’éditeurs se laissent écrire et l’auteur souvent écrase en le minéralisant, son texte dans ces quelques lignes de promo-vente… Heureusement, ces phrases de « com » sont souvent contestées par l‘œuvre elle-même. En l’occurrence, Alain Dantinne, dans 68, rue des écoles ne livre pas un texte aussi éruptif que celui annoncé, au contraire, nous découvrons un récit amoureux subtil et engagé, une traversée d’une époque, celle de l’École qui vécut sans cesse les conditions du raidissement après les fausses libertés du tout venant pédagogique… C’est un livre de confessions, de joies partagées, de magnifiques batailles pour l’intelligence et la poésie de chacune et chacun, d’illuminations et de rébellion… que nous propose l’éditeur. Comment faire de cette École un lieu de joie et de partage, c’est ce que nous raconte Alain Dantinne  avec verve. Continuer la lecture

La comtesse et le général

Un coup de cœur du Carnet

Serge QUOIDBACH, L’affaire Ruspoli¸ Murmure des soirs, 2019, 247 pages, 18 €, ISBN : 978-2-930657-56-1

Un roman à propos des épisodes de la collaboration, de la résistance et des drames qui s’invitèrent dans de nombreuses familles belges est assez rare en Belgique… francophone. La mémoire s’effiloche dans le temps présent, lisse et événementiel de l’époque. Les historiens, avant nombre de domaines de l’esprit, ont et auront une fonction essentielle pour raccorder nos éphémérides grotesques et tragiques à ce besoin essentiel que les hommes partagent, celui de s’inscrire aussi dans un antérieur qui rappelle la permanence de la discontinuité dans la fabrique de l’Histoire. Continuer la lecture