Archives par étiquette : Daniel Simon

Le temps de l’exil

Paul DE RÉ, Les secrets du bastidon bleu, Murmure des soirs, 2019, 316 p., 20 €, ISBN : 978-2-930657-53-0

C’est un bien beau livre que je viens de découvrir, Les secrets du bastidon bleu de Paul De Ré…

Revenons d’abord sur le trajet littéraire de l’auteur… Certains écrivains écrivent à propos du temps, de l’époque, ils se nourrissent des tensions, des torsions, de  la violence et du grain de la foi, d’autres écrivent sur l’espace, les lieux, les personnages qui habitent un univers marqué d’une profonde singularité. Paul De Ré s’est longtemps révélé un « écrivain du terroir », un auteur régionaliste, il le revendiquait, ses éditeurs également. Il a développé des récits, des romans qui offraient pour vertus principales de composer de subtiles relations entre l’espace et le temps d’un monde disparu. C’est comme si un musée se mettait en mouvement et rétablissait, le temps de la lecture, une mémoire fugitive. Cette mémoire participe de la mélancolie de la disparition et œuvre souvent dans le sens des nostalgies identitaires, localistes et rurales. Continuer la lecture

De quoi donc sommes-nous faits ?

Béatrice LIBERT et Laurence TOUSSAINT, Un arbre nous habite, Atelier du Grand Tétras, 2019, 48 p., 14 €, ISBN : 978-2-37531-041-0

Quand le poète évoque la nature, cela donne souvent lieu à des images, des saisies de mouvements, des récits, des visions. Mais quand il l’invoque, le poète en appelle alors à une mémoire plus ancienne qui tente de renouer avec cet état dont l’homme est aussi fait, une magie qui, au cours de l’histoire de la poésie, se nourrit d’une archaïque fusion jusqu’à la religiosité nouvelle des naturalistes survivalistes. Continuer la lecture

Le grand jeu de lire

Daniel SIMON, Positions pour la lecture. Promenades lectures-écritures-ateliers, Couleur livres, 2019, 140 p., 14 €, ISBN : 978-2-87003-901-4

Bien rares sont les auteurs qui sortent tout armés de leur écriture première. La plupart tournent en rond interminablement. Ils effectuent des rites de passages, sacrifient aux idoles du jour, et suivent des pistes qui débouchent sur des sources taries. Soit qu’ils croient que la littérature est de la musique, soient qu’ils pensent qu’elle est un témoignage vécu, ils n’échappent pas aux apparences, c’est-à-dire à la répétition.

Il est pourtant tout simple de remarquer que la littérature est une vision, soutenue par une langue intime, et happée par l’amour de la vérité. Pour en faire l’expérience personnelle, il suffit d’explorer quelques-unes de ces îles au trésor qu’on appelle les chefs d’œuvre. Continuer la lecture

La cinquantaine et plus !

COLLECTIF, 50 ans, ça se joue !, Lansman, 2019, 96 p., 12 €, ISBN : 978-2-8071-0239-2

Un  Cinquantenaire nouveau vient de prendre place dans le paysage culturel : celui du Théâtre Jean Vilar. Étrange et formidable histoire que celle de ce théâtre et de son fondateur, Armand Delcampe…

Le fameux « Walen buiten » de Leuven en 1968 fut une éruption politique et culturelle belge qui a marqué depuis l’accélération du processus de fédéralisation de notre pays… Il ne s’agit pas ici de gloser sur ces questions mais de rappeler que le sommet de l’intelligence perverse et de la bêtise, selon Flaubert ou Jarry, a bien eu lieu chez nous. Cela s’est traduit par la séparation, la fracture de la Bibliothèque universitaire de Leuven Les étudiants francophones eurent le droit à une demi bibliothèque et les néerlandophones à l’autre moitié ! Continuer la lecture

Une esthétique de l’épreuve : Charles Van Lerberghe

Charles VAN LERBERGHE, Les flaireurs suivi de Pan, Postface Paul Aron, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2019, 160 p., 9 €, ISBN : 978-2-87568-416-5

Les didascalies du théâtre symboliste s’offrent souvent comme des poèmes en prose et laissent entendre le drame à la lisière du mélodrame, comme si on regardait un film d’Eisenstein dans la musique de Wagner.

Les scènes font résonner les intimes liaisons entre l’existence de l’homme et la pression des éléments naturels qui s’exercent sur lui. On entre alors dans la vie magique, presque surnaturelle des protagonistes, sur la pointe des pieds, on s’assied alors dans l’ombre et on assiste aux chutes et aux épiphanies des personnages symbolistes. La princesse Maleine de Maeterlinck est là, avec nous, dans les coulisses des âmes. Continuer la lecture

Les marionnettes à l’œuvre

Laurent VAN WETTER, Au commencement, il y avait une chaise, Lansman, 2019, 35 p., 10 €, ISBN : 978-2-8071-0247-7

La fantaisie au théâtre est comme une voilette posée sur le visage des protagonistes des drames et des tragédies. La fantaisie joue la légèreté en marchant sur la pointe des  pieds dans un territoire dévasté.

Laurent Van Wetter vient de publier une pièce pour marionnettes, Au commencement, il y avait une chaise,  où nous assistons au temps de la création du théâtre. Une de plus ? Oui, et à chaque fois, ce sont les mêmes conventions qui sont revisitées. Le charme réside alors dans la variation de ces références et la subtilité des agencements. Continuer la lecture

De la souris à la baleine

Catherine DAELE, Le chant de la baleine, Lansman, 2019, 48 p., 10 €, ISBN : 9782807102453

À l’origine comédienne (formation à l’IAD), Catherine Daele voyage aujourd’hui de la scène à l’écriture, portant un regard  singulier et vif sur le monde de l’enfance et de l’adolescence. Enchantement et lucidité sont la matière de ses personnages. Plusieurs de ses pièces ont été mises en scène, lues lors d’événements et primées notamment par le jury du CED-WB. Son théâtre est publié chez Lansman. Continuer la lecture