Archives par étiquette : Daniel Simon

Errance autour d’un lac

Anne-Michèle HAMESSE, Le lac du Bois de la Cambre, Préface de Pierre Morlet, Coudrier, 2020, 105 p., 18 €, ISBN : 978-2-39052-007-8

Comme il existe une littérature réaliste, naturaliste, symboliste, une littérature impressionniste me semble se dégager en ces temps de mêlements des genres littéraires et plus précisément de la prose et de que l’on appelle la poésie. Continuer la lecture

Des guerrières en huis-clos

Christophe KAUFFMAN, Vieille peau, Basson, coll. “Basson rouge”, 2020, 162 p., 12 €, ISBN : 978-2-930582-71-9

christophe kauffman vieille peau editions bassonLe fait divers a toujours livré la matière première des films et des romans noirs comme si la purulence ne pouvait se donner à voir véritablement que dans le huis-clos d’une vie saisie dans l’horreur d’un tragique crapuleux. Le tout est de « flairer » le délétère qui s’évade de cette concentration. La mise en scène, la narration exacerbe dans la violence verbale ou physique ce qui nous est généralement commun : la peur, le sentiment de la perte… Le noir, c’est la couleur des révélations ordinaires quand la vie privée, la vie intime, la vie banale sont frappées du fouet de l’extraordinaire démence des hommes.  La vie des personnages mis en scène sublime alors cette marée noire qui  stagne au fond de chacun. Continuer la lecture

Dédale au coeur

Un coup de cœur du Carnet

Luc DELLISSE, Un sang d’écrivain, Lettre volée, 2020, 154 p., 20 €, ISBN : 9782873175467

Le dernier livre de Luc Dellisse, Un sang d’écrivain, rejoint la redoutable et lucide position de moraliste que l’auteur avait déjà développée dans son récent Libre comme Robinson. Le style chez Dellisse n’est pas cette habilleuse élégante des dramas qui font chorus dans la panne de recul critique de notre temps. Le style contre l’écriture, pourrait-on dire. Dellisse démonte le style porté comme un masque, le style comme simulacre… Continuer la lecture

Par la grâce de la Muse

Éric NEIRYNCK, J’ai un projet : devenir fou, Lamiroy, 2020, 123 p., 12 €, ISBN : 978-2-87595-260-8

J’ai un projet : devenir fou, le dernier livre d’Éric Neirynck, fait référence à une citation de Fiodor Dostoïevski, reprise par Bukowski et claquant comme la bannière de tant d’écrivains ou artistes rongés par une fièvre d’inadaptation sociale vertigineuse… Ces rares auteurs célébrés par le narrateur de ce court roman aux allures de provocation ressemblent plutôt au parfait portrait d’un auteur empêtré dans des illusions de littérature et d’édition qui ont toujours été le véhicule des rêves avortés. Continuer la lecture

Paradoxes et contradictions

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Marc DEFAYS, Dico-tomies, Murmure des soirs, 2020, 242 p., 18 €, ISBN : 978-2-930657-59-2

Il est des livres dont on aimerait à l’instant tutoyer l’auteur… Il apparaît si proche de ce que nous vivons comme lecteur. En tout cas, c’est que je vécus récemment lorsque je découvris Dico-tomies, le dernier essai de Jean-Marc Defays.

Professeur à l’université de Liège, Jean-Marc Defays est l’auteur de nombreux ouvrages et articles dans le domaine des sciences du langage, de la didactique du français langue étrangère et de la communication interculturelle. Il se tourne aussi depuis quelques années vers une réflexion et une écriture plus personnelles, comme dans l’essai Babel et Frankenstein. Singularité et pluralité des langues, des groupes et des individus (2016), et le roman Rue des Trois limites (2019). Continuer la lecture

Le vertige des masques

Jean-François FÜEG, Ni Dieu, ni halušky, préface de Jean-Pierre Sakoun, postface de Dominique Costermans, Territoires de la mémoire, 2019, 96 p., 9 €, ISBN : 978-2-930408-43-9

« Elle qui avait lutté toute une vie pour ne pas être fille d’immigrés, la termina  Anna Bielik », Page 69, Jean-François Füeg lâche cette phrase simple et trouble, la nomination initiale la mère reprenait le dessus et Annie allait disparaître…

Dans Ni Dieu, ni halušky, son dernier opus, l’auteur poursuit la quête d’une mise à jour du palimpseste de toute immigration, des secrets de famille intriqués dans l’histoire collective, des silences paralysants. Cette suite de livres[1] poursuit avec une qualité rare, le dévoilement du concept de « stress identitaire ». L’histoire d’Annie, c’est l’histoire de la mère, celle qui conte une autre histoire fondatrice à ses enfants, qui raconte l’Histoire à sa façon, déportée du réel, en touches rhapsodiques, cousant bout à bout des incongruités qui tiennent, se polissent, prennent sens et enlisent la famille au fil du temps. Continuer la lecture