Archives par étiquette : Daniel Simon

Dédale au coeur

Un coup de cœur du Carnet

Luc DELLISSE, Un sang d’écrivain, Lettre volée, 2020, 154 p., 20 €, ISBN : 9782873175467

Le dernier livre de Luc Dellisse, Un sang d’écrivain, rejoint la redoutable et lucide position de moraliste que l’auteur avait déjà développée dans son récent Libre comme Robinson. Le style chez Dellisse n’est pas cette habilleuse élégante des dramas qui font chorus dans la panne de recul critique de notre temps. Le style contre l’écriture, pourrait-on dire. Dellisse démonte le style porté comme un masque, le style comme simulacre… Continuer la lecture

Par la grâce de la Muse

Éric NEIRYNCK, J’ai un projet : devenir fou, Lamiroy, 2020, 123 p., 12 €, ISBN : 978-2-87595-260-8

J’ai un projet : devenir fou, le dernier livre d’Éric Neirynck, fait référence à une citation de Fiodor Dostoïevski, reprise par Bukowski et claquant comme la bannière de tant d’écrivains ou artistes rongés par une fièvre d’inadaptation sociale vertigineuse… Ces rares auteurs célébrés par le narrateur de ce court roman aux allures de provocation ressemblent plutôt au parfait portrait d’un auteur empêtré dans des illusions de littérature et d’édition qui ont toujours été le véhicule des rêves avortés. Continuer la lecture

Paradoxes et contradictions

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Marc DEFAYS, Dico-tomies, Murmure des soirs, 2020, 242 p., 18 €, ISBN : 978-2-930657-59-2

Il est des livres dont on aimerait à l’instant tutoyer l’auteur… Il apparaît si proche de ce que nous vivons comme lecteur. En tout cas, c’est que je vécus récemment lorsque je découvris Dico-tomies, le dernier essai de Jean-Marc Defays.

Professeur à l’université de Liège, Jean-Marc Defays est l’auteur de nombreux ouvrages et articles dans le domaine des sciences du langage, de la didactique du français langue étrangère et de la communication interculturelle. Il se tourne aussi depuis quelques années vers une réflexion et une écriture plus personnelles, comme dans l’essai Babel et Frankenstein. Singularité et pluralité des langues, des groupes et des individus (2016), et le roman Rue des Trois limites (2019). Continuer la lecture

Le vertige des masques

Jean-François FÜEG, Ni Dieu, ni halušky, préface de Jean-Pierre Sakoun, postface de Dominique Costermans, Territoires de la mémoire, 2019, 96 p., 9 €, ISBN : 978-2-930408-43-9

« Elle qui avait lutté toute une vie pour ne pas être fille d’immigrés, la termina  Anna Bielik », Page 69, Jean-François Füeg lâche cette phrase simple et trouble, la nomination initiale la mère reprenait le dessus et Annie allait disparaître…

Dans Ni Dieu, ni halušky, son dernier opus, l’auteur poursuit la quête d’une mise à jour du palimpseste de toute immigration, des secrets de famille intriqués dans l’histoire collective, des silences paralysants. Cette suite de livres[1] poursuit avec une qualité rare, le dévoilement du concept de « stress identitaire ». L’histoire d’Annie, c’est l’histoire de la mère, celle qui conte une autre histoire fondatrice à ses enfants, qui raconte l’Histoire à sa façon, déportée du réel, en touches rhapsodiques, cousant bout à bout des incongruités qui tiennent, se polissent, prennent sens et enlisent la famille au fil du temps. Continuer la lecture

Bras cassés et autres héros du temps

Valériane DE MAERTELEIRE, Le fragile, Lansman, 2019, 48 p., 10 €, ISBN : 9782807102583

Combien de bras cassés au théâtre, de vies épuisantes, d’enfances contaminées de frustrations et de vieillard tournoyant dans la grande salle de danse de l’oubli ?

Le fragile de Valériane De Maerteleire est une pièce sur les désarticulés du temps, les parents angoissés, des jeunes qui grandissent, qui dérapent et ces mêmes parents qui pédalent dans le vide souvent. Continuer la lecture

Une vie de prof, côté coeur

Alain DANTINNE, 68, rue des écoles, Academia, 2019, 192 p., 18 €, ISBN : 978-2-8061-0479-3

« Plongez dans le parcours d’un enseignant libre et rétif à toute discipline imposée, imaginatif, fou de poésie et de théâtre ! Un prof philosophe qui voyage et aime partager ses découvertes, n’hésitant pas à transformer sa classe en agora et à pousser chaque élève au bout de lui-même. »

Alain Dantinne est poète, romancier et critique. Il vient de publier un tout récent 68 rue des Écoles qui est véritablement roboratif.

Les quatrièmes de couverture d’éditeurs se laissent écrire et l’auteur souvent écrase en le minéralisant, son texte dans ces quelques lignes de promo-vente… Heureusement, ces phrases de « com » sont souvent contestées par l‘œuvre elle-même. En l’occurrence, Alain Dantinne, dans 68, rue des écoles ne livre pas un texte aussi éruptif que celui annoncé, au contraire, nous découvrons un récit amoureux subtil et engagé, une traversée d’une époque, celle de l’École qui vécut sans cesse les conditions du raidissement après les fausses libertés du tout venant pédagogique… C’est un livre de confessions, de joies partagées, de magnifiques batailles pour l’intelligence et la poésie de chacune et chacun, d’illuminations et de rébellion… que nous propose l’éditeur. Comment faire de cette École un lieu de joie et de partage, c’est ce que nous raconte Alain Dantinne  avec verve. Continuer la lecture