Archives par étiquette : Jeannine Paque

Dans l’arène du langage

Laurence ROSIER,  De l’insulte… aux femmes, 180° éditions, 2018, 180 p., 17 €, ISBN 978-2-930427-87-4

rosier de l insulte aux femmesDéjà Jacqueline Harpman vomissait la qualification de “pisseuse” décernée par son père à sa naissance, fût-ce dans un roman comme La Fille démantelée. Pour elle, refuser l’assimilation à la flaccidité ou à l’étron, c’est exister et le dire. Continuer la lecture

Un malin plaisir

Ziska LAROUGE, Au diable !, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2017, 151 p., 14 €, ISBN 978-2-87489-450-3

Une bonne exclamation, bien vigoureuse, ne peut que susciter une réaction, émotion ou humeur. Celle-ci qui titre le recueil de dix nouvelles de Ziska Larouge, Au diable !  ne fera pas exception. Que l’on suive la conteuse ou s’empare de sa verve, on n’en entamera pas moins la lecture et celle-ci s’avère dès le premier texte en accord avec le titre puisqu’il a pour objet « Le coin du diable » : un texte majeur sur l’ensemble et long qui se divise en quatre parties. Cette histoire librement inspirée de la légende du « coin du diable » à Bruxelles invite à visiter l’atelier de José Mangano qui a assuré l’illustration de la première de couverture. Sensible, attachée à l’enfance et à son imagination, cette première nouvelle inaugure la série diabolique sans malice. Les suivantes  n’auront pas toujours la même candeur. Certaines de ces nouvelles sont même dramatiques, comme « Le Portefeuille », d’autres cyniques, comme « Qui a tué Johnny ? » ou « Lucille », lauréate du concours Désobéissance, aux éditions du Basson. Mais l’humour n’est jamais absent. La plus significative dans le genre aigre-doux est sans doute « Milie ». Continuer la lecture

Le roman de l’amitié ou repousser l’ennui d’exister

Stéphane LAMBERT, Fraternelle mélancolie, Arléa, 2018, 218 p., 19  €, ISBN : 978-2-36308-150-6

lambert fraternelle melancolieCe pourrait être un roman qui commence avec brio par la relation de la rencontre entre Nathaniel Hawthorne et Herman Melville, au Monument Mountain, le 5 août 1850.

Les deux personnages sont introduits tour à tour par un rapide portrait physique et déjà comportemental. Rien ne permet encore de deviner cette Fraternelle mélancolie qui fait l’objet du dernier livre de Stéphane Lambert. Ce début est délibérément orienté vers le genre romanesque et cela correspond à un choix de la part de l’auteur. Il l’affirme clairement : ce ne sera ni une biographie ni une étude littéraire. Faudrait-il pour cela écarter le genre de la fiction ? Non. Stéphane Lambert revendique le droit à la subjectivité dans son projet, le recours à l’invention, et pour cause. Comment pourrait-il se borner aux faits en l’occurrence ? Soit ils ne sont pas connus, soit ils sont trop rares et dispersés pour livrer un soupçon d’évidence ou simplement un sens. En effet, que sait-on des relations entre Hawthorne et Melville ? Quelques rencontres ont eu lieu, des lettres ont été échangées, mais une part de celles-ci, celles de Hawthorne, a été détruite par Melville, on ne sait d’ailleurs pour quel motif. Il faut ajouter le carnet de notes de Melville lui-même, intéressant entre prolixité et retenue. Demeurent surtout les œuvres, mine où puisera notre auteur inspiré. Elles lui fourniront le thème de la mélancolie où s’épanche la fraternité. Il faut à cet égard signaler l’à-propos de l’illustration de la première de couverture, une reproduction de Deux jeunes hommes devant la lune qui se lève sur la mer, de Caspar David Friedrich. Continuer la lecture

Au cœur du labyrinthe

Véronique BERGEN, Premières fois, Edwarda, coll. « Climats », 2017, 105 p., 18 €

berge premieres foisLes règles du jeu dans ce labyrinthe : il n’y aurait que sept premières fois et une seule seconde fois entrevue.

L’éblouissement de la première fois, Proust l’a évoqué, notamment lors de l’épisode de la madeleine. Qu’on se souvienne, le bouleversement total ressenti à la première gorgée de thé ne sera pas répété si le narrateur renouvelle l’expérience. Ce n’est qu’après un long travail d’introspection que la sensation involontaire sera identifiée et « l’édifice immense » du souvenir dévoilé. À son tour, Véronique Bergen va se pencher sur ce mystère, définir son émoi et en analyser les causes. D’emblée, au seuil de son livre Premières fois, elle en  signale la puissance : Continuer la lecture

La résistance, un pays en soi

COLLECTIF, Pays dans un pays. Marcheuses et Marcheurs des Temps présents, MaelstrÖm, 2017, 105 p., 8€, ISBN : 978-2-87505-288-9

pays dans un paysIls ont marché et marcheront encore, ils traceront des voies nouvelles, ces Marcheuses et Marcheurs, comme ils l’ont fait le 20 mai 2017, à l’initiative des Acteurs des Temps Présents. Deux marches se sont ainsi déroulées en Wallonie, l’une à partir de Liège, l’autre de Tournai pour aboutir à Bruxelles. Il s’agissait pour la première d’aller à la rencontre de situations singulières et irritantes où les intérêts privés menacent le bien commun. D’où le nom adéquat : « Marche des communs ». La seconde avait pour but de repérer les lieux en péril pour cause de précarisation ou d’abandon afin de proposer des alternatives. C’est pourquoi elle a pris pour nom « Marche des réparations ». Continuer la lecture

Le double jeu de l’écriture

Ariane LE FORT, Beau-fils, postface de Michel Zumkir, Les Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2017 (rééd.), 167 p., 8,50 €, ISBN : 9782875681478

le fort.jpgPrimé plusieurs fois en 2003, par le Rossel notamment, Beau-fils d’Ariane Le Fort mérite on ne peut mieux une réédition en Espace Nord, cette fois accompagnée d’une postface de Michel Zumkir. On est certes déjà tombé sous le charme des fictions de l’auteure sans qu’il soit nécessaire de se référer à un guide. Elle a cette habitude rare, somme toute, de livrer des histoires simples à démêler, voire à dévorer telles quelles. Mais elle les assortit toujours d’une réserve, d’un quant-à-soi qui demande qu’on s’y attarde ou qu’on y revienne. D’où l’utilité de commentaires comme cette postface qui va attirer notre attention et débusquer l’arrière-fable d’une apparente simplicité. S’y révèle le double jeu de l’écriture de Beau-Fils, ce roman qui se lit sans résistance, avec plaisir et qui tient le lecteur dans un certain suspense qu’il ne dissipera pas. Il ne se termine pas à vrai dire si ce n’est sur un doute majeur, une interrogation, sorte d’adresse à un témoin impersonnel : Continuer la lecture