Archives par étiquette : Jeannine Paque

Parole d’écrivaine : Jacqueline Harpman

parole d'écrivain 1 jacqueline harpman

Alors que le nou­veau numéro du Car­net et les Instants con­sacre un impor­tant dossier à des entre­tiens lit­téraires, notre série d’été « Parole d’écrivaine » invite à (re)découvrir des inter­views qui ont forgé l’histoire de la revue. Chaque dimanche, un auteur, une autrice a la parole.

Six­ième et dernier épisode : Jacque­line Harp­man. Con­tin­uer la lec­ture

Décès de Jeannine Paque

jeannine paque

Jean­nine Paque

Nous apprenons avec beau­coup de tristesse le décès de Jean­nine Paque. Pro­fesseure hon­o­raire l’enseignement supérieur pédagogique de la Com­mu­nauté française de Bel­gique et col­lab­o­ra­trice sci­en­tifique à l’Université de Liège, elle était aus­si l’une des plumes his­toriques du Car­net et les Instants. Con­tin­uer la lec­ture

De la tourmente à la sérénité

Stéphane LAMBERT, L’apocalypse heureuse, Arléa, coll. « La ren­con­tre », 2022, 175 p., 19 €, ISBN : 9782363082855

lambert l apocalypse heureuseIl aura fal­lu à Stéphane Lam­bert écrire ce livre et lui don­ner un titre éblouis­sant L’apocalypse heureuse pour franchir des dizaines d’années d’attente, de souf­france et enfin s’emparer pleine­ment de sa vie.

Il se rend chez un thérapeute de renom dans l’espoir d’en recevoir l’absolution de son mal être. Ce n’est pas tout à fait un endroit choisi par hasard. Il con­naît ce quarti­er de Brux­elles pour y avoir vécu dans son enfance. Il recon­naît aus­si la mai­son où se trou­ve le cab­i­net médi­cal, celle-là où il a été abusé par un ami de ses par­ents. Il va donc au devant de son passé car il mesure la force de sa longue imprég­na­tion.  Il se rend compte aus­si du silence qui a entouré cet abus et se met à le reprocher à ses par­ents qui ne veu­lent pas le recon­naître. Il s’en veut à lui-même de s’être tu. Mais en rap­pelant ce tour­ment, il met au clair l’ensemble des prob­lèmes. Ce n’est pas seule­ment cet abus dont il a été vic­time, il y ajoute la sépa­ra­tion puis le divorce de sa mère et son père. Une image le taraude et revient plusieurs fois sous sa plume, son départ de la mai­son famil­iale, alors qu’il est assis à côté de sa mère à l’avant du camion de démé­nage­ment et voit son père pleur­er à l’étage. Sa mère et son père aux­quels il exprimera son reproche jusqu’au moment où finale­ment il par­donne, par néces­sité : il ne leur en veut plus et trou­ve en lui, longtemps après, la force non pas d’oublier, mais d’apaiser sa colère. Con­tin­uer la lec­ture

Un recueil poétique polymorphe

Stéphane LAMBERT, Écri­t­ure pre­mière, Let­tre volée, 2020, 96 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87317–561‑0

lambert écriture premièreAprès une œuvre déjà abon­dante et diverse, Stéphane Lam­bert revient à la poésie, cette fois dans un vol­ume élé­gant pub­lié à La Let­tre volée. Un recueil impor­tant, Écri­t­ure pre­mière, tout en dis­cré­tion mais explicite dans sa sim­plic­ité, en apparence peut-être, lan­gag­ière sans doute, et pour­tant com­plexe d’inspiration. Celle-ci est claire­ment avouée si on dis­tingue dans le texte dif­férentes sec­tions titrées, soit en dédi­cace à des artistes ou à leurs man­i­fes­ta­tions, à l’exclusion de tout résumé, soit en manière de pos­si­ble lec­ture ou inter­pré­ta­tion. Il faut en tout cas compter avec la vraie doc­u­men­ta­tion en appui à un choix en con­nais­sance cer­taine. Comme dans ses autres pub­li­ca­tions, essais et cer­tains romans, Stéphane Lam­bert est donc ici voué à l’art.

Nous le suiv­rons dans son itinéraire. Con­tin­uer la lec­ture

Des mots aux actes, une révolution rouge qui en appelle à Rimbaud

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Ulrike Mein­hof. His­toire, tabou et révo­lu­tion, Sam­sa, 2020, 340 p., 24 €, ISBN : 9782875932723

Tan­dis qu’on y adhère tout de suite il est dif­fi­cile de qual­i­fi­er dans sa total­ité le remar­quable dernier livre paru de Véronique Bergen. Elle l’appelle « réc­it » : Ulrike Mein­hof. His­toire, tabou et révo­lu­tion. Ce texte mul­ti­ple est foi­son­nant. Riche, doc­u­men­té puisqu’il est his­torique dans son principe. Suprême­ment intéres­sant, il est aus­si poé­tique, même dans ses moments inter­pel­lants, voire trag­iques. Tou­jours l’action est présente, vio­lente par­fois, mais elle ne cesse pas de boule­vers­er. Con­tin­uer la lec­ture

Être soi et le dire

Lisette LOMBÉ, Venus poet­i­ca, Arbre à paroles, coll. « iF », 2020, 61 p., 12 €, ISBN : 9782874066931

Selon la deux­ième de cou­ver­ture de son pre­mier roman Venus poet­i­ca, Lisette Lom­bé est une « artiste queer, afrofémin­iste, bel­go-con­go­laise », fon­da­trice du Col­lec­tif L‑SLAM. Ce roman est pub­lié dans la col­lec­tion “iF” dirigée par Antoine Wauters qui pro­pose des textes trans­frontal­iers et priv­ilégie la lib­erté de ton et le plaisir d’oser. Déf­i­ni­tions qui car­ac­térisent le présent ouvrage, pas tout à fait roman mais poé­tique sans être un poème. Il com­mence par une évo­ca­tion de mas­tur­ba­tion et se ter­mine par une allu­sion claire au les­bian­isme. Entre les deux une tra­ver­sée éro­tique, celle d’une femme libre et libérée, deux infor­ma­tions évi­dentes. Qu’il s’agisse d’énumérations ryth­mées, de séries de mots éblouis­santes. D’emblée se présente une fille noire qui écrit je t’aime à un garçon blond et ori­ente le texte sur la dif­férence, de sexe, de couleur, de statut. De classe aus­si. Con­tin­uer la lec­ture

Une voix qu’on entend de loin et si près

Lau­rent DEMOULIN et Pierre PIRET (dir.), Nicole Mal­in­coni, Textyles n°55, Sam­sa, 2019, 217 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87593–232‑7

C’est la voix de Nicole Mal­in­coni, tra­ver­sée de toutes les voix du monde.

Il fal­lait bien tout un vol­ume de la revue Textyles, dirigé par Lau­rent Demoulin et Pierre Piret, pour con­sid­ér­er l’ampleur et la diver­sité d’une œuvre sin­gulière et plurielle comme la sienne. C’est dire que tous les arti­cles por­tent un éclairage nou­veau et un regard dif­férent quel que soit l’aspect envis­agé. Ils recou­vrent la presque total­ité des textes pub­liés jusqu’alors. D’Hôpi­tal silence à l’Abécé­daire des mots détournés, ils rela­tent l’expérience intime comme dans Nous deux ou détachent un pan de l’histoire sociale comme dans De fer et de verre. Con­tin­uer la lec­ture

D’un roman l’autre

Nadine MONFILS, Le rêve d’un fou, Fleuve, 2019, 128 p., 14,90 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978–2265116313

Nadine Mon­fils n’a pas fini de nous éton­ner. Spé­cial­iste du polar drôle plein d’humour baroque et couron­née de prix en cette qual­ité, elle change ici de reg­istre. Cette fois, elle met en scène dans son dernier livre, Le rêve d’un fou, un per­son­nage réel, le fac­teur Cheval dont elle cite même par moments les paroles authen­tiques. « Les rêves, ça chas­se les larmes », nous dit-elle, évo­quant la croy­ance de son héros. Il s’agit d’un vrai roman. Con­tin­uer la lec­ture

Toute une vie ou presque

Michèle VILET, 80 pages, Pho­togra­phies de Jacques Vilet, Déje­uners sur l’herbe, 2018, 264 p., 20 €, ISBN : 9782930433677

En jan­vi­er 2016, j’ai eu qua­tre-vingts ans. Ce mois-là, j’ai décidé de racon­ter ma vie, année après année. Je l’ai fait mais sans cess­er de me pos­er la ques­tion : pourquoi ? Pour qui ? Nous sommes en décem­bre 2017, mon réc­it est ter­miné.

Ain­si com­mence l’épais vol­ume de Michèle Vilet, qu’elle a inti­t­ulé 80 pages. Elle va donc pass­er en revue les divers­es com­posantes suc­ces­sives de sa vie. Racon­ter, com­menter, cri­ti­quer, louer, regret­ter par­fois, se réjouir presque tou­jours même aux moments un peu plus dif­fi­ciles. C’est l’enthousiasme qui domine, qu’il s’exprime au moment subit et soit tout à fait con­tem­po­rain des faits ou qu’il se man­i­feste en dessous ou après, comme on ombre les élé­ments d’un dessin pour leur don­ner du relief. Con­tin­uer la lec­ture

Le lieu noir de la création

Stéphane LAMBERT, Visions de Goya. L’éclat dans le désas­tre, Arléa, 2019, 115 p., 17 €, ISBN : 9782363081803

Dans son dernier opus, Stéphane Lam­bert se définit comme un ama­teur de pein­ture. Se révéler comme tel c’est à la fois se dévoil­er et se mon­tr­er bien mod­este. S’il est plus qu’un ama­teur, il n’est pas un cri­tique académique. Il ne se range ni du côté des his­to­riens ni du côté des experts. Lorsqu’il évoque un lit­téra­teur ou un artiste, ici Goya, il le fait en son nom et avec ses mots.

Je me demande com­bi­en l’écriture n’a pas été une manière de pro­longer mon trou­ble devant la pein­ture, de devenir un pein­tre avec des mots, d’explorer le mys­térieux con­tenu de mon regard. Con­tin­uer la lec­ture

Un roman de création polyphonique

Véronique BERGEN, Kas­par Hauser ou la phrase préférée du vent, post­face de Char­line Lam­bert, Impres­sions nou­velles, coll. “Espace Nord”, 2019, 301 p., 8,5 €, ISBN : 978–2‑87568–411‑0

Il faut applaudir au choix de la col­lec­tion “Espace Nord” de pub­li­er le roman de Véronique Bergen, Kas­par Hauser ou la phrase préférée du vent, paru chez Denoël en 2006. Cette col­lec­tion vouée à l’origine à la réédi­tion et à la dif­fu­sion des œuvres pat­ri­mo­ni­ales des let­tres belges de langue française est toute désignée pour faire une large place aux auteurs impor­tants du temps présent et plus pré­cisé­ment pour accueil­lir une per­son­nal­ité comme Véronique Bergen. Philosophe, roman­cière, poète, essay­iste, cri­tique lit­téraire et artis­tique, elle incar­ne à elle seule un ensem­ble, une total­ité créa­trice qu’a recon­nus notam­ment l’Académie de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique en l’élisant tout récem­ment. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 3 de Jeannine Paque

La rétro­spec­tive de l’an­née lit­téraire belge avec le Top 3 des chroniqueurs. Aujour­d’hui : le choix de Jean­nine Paque.


Lire aus­si : la fiche de Jean­nine Paque


Con­tin­uer la lec­ture

Respirer des mots

Véronique JANZYK, La robe de nuit, ONLIT, 2018, 80 p., 9 € / ePub : 5.49 €, ISBN : 978–2‑87560–106‑3

Les mots que l’on respire ce sont les fleurs d’un bou­quet dont on demande le nom.

Ce serait l’apaisement, le côté posi­tif et l’espoir qui l’emportent dans ce livre de Véronique Janzyk qui tout de même en appelle à la com­pas­sion. Con­tin­uer la lec­ture

Un livre flamboyant, rouge et noir

Véronique BERGEN, Tous doivent être sauvés ou aucun, ONLIT, 2018, 262 p., 18 € / ePub : 9 €, ISBN : 978–2‑87560–102‑5

Il faudrait être inspiré comme elle pour com­menter le dernier opus de Véronique Bergen et com­mu­ni­quer la beauté vio­lente d’un texte où elle déploie une énergie féroce et tous ses tal­ents de con­teuse, de vision­naire et de poète. Tous doivent être sauvés ou aucun est une fable ani­male, soit que les ani­maux méri­tent une parole, hors allu­sion biblique, soit parce qu’ils sont sou­vent les com­pagnons des hommes, leurs témoins et par­fois hélas leurs vic­times. Que les humains les élèvent  et les sélec­tion­nent aux fins d’expériences dites sci­en­tifiques ou les des­ti­nent à simuler le défi qu’ils ne peu­vent pas ou ne veu­lent pas ten­ter eux-mêmes, mais dont ils tireront après coup toute le béné­fice, le rap­port est tou­jours iné­gal. De nom­breux ani­maux de lab­o­ra­toire sont par­fois util­isés à des fins futiles ou sac­ri­fiés pour les besoins ou sim­ple­ment la gloire de quelques-uns ou la volon­té de dom­i­na­tion des autres. Con­tin­uer la lec­ture

Confession éperdument amoureuse

Anne KAREN, Rouge encor du bais­er de la reine, Quidam,  2018, 118 p., 14 €, ISBN : 978–2‑3791–060‑4

Éton­nant, ce pre­mier livre d’Anne Karen, qu’on n’ose appel­er roman tant son atmo­sphère est poé­tique et son étrangeté féerique par endroits. Non seule­ment Rouge encor du bais­er de la reine nous ren­voie à Ner­val, mais il nous trans­porte loin dans l’Histoire.

« Ces vingt feuilles auraient été écrites il y a presque dix siè­cles, en 1054 » nous annonce l’adresse au lecteur. Cet avant-pro­pos est signé par un cer­tain René Nanak, his­to­rien et pro­fesseur hon­o­raire  à l’Université de Paris et mem­bre de l’Institut d’histoire et de civil­i­sa­tion de Byzance au Col­lège de France. Ce savant chercheur fic­tif aurait retrou­vé et pub­lié un man­u­scrit palimpses­te resti­tu­ant un texte traduit du grec en l’attribuant à un incon­nu, Nicé­tas, eunuque nain. Ce per­son­nage est dévoué à l’impératrice Zoé Por­phy­ro­genète et  il envoie ces écrits à son aimé Michel Psel­los. Con­tin­uer la lec­ture

Portrait de femme

Chris­tine Aventin, Por­trait nu, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2018, 169 p. 14 €, ISBN : 978–2‑87489–471‑8

aventin portrait nuC’est une belle image de femme à décou­vert que nous pro­pose Chris­tine Aventin dans son roman Por­trait nu. Non que l’intime soit vrai­ment dévoilé, il n’apparaît clair que dans ces textes en italiques et sous un régime nar­ratif dif­férent qui jalon­nent le réc­it. C’est la con­tra­dic­tion fon­da­men­tale qui sous-tend l’ensemble : en dire beau­coup et se réserv­er. Con­tin­uer la lec­ture