Archives par étiquette : Jeannine Paque

Une chevauchée poétique et funèbre

Véronique BERGEN, Patti Smith HORSES, Densité, coll. « Discogonie », 2018, 93 p., 9,95 €, ISBN : 978-2-919296-09-5

bergen patti smith horsesUn disque culte, ce premier album de Patti Smith, Horses, enregistré en 1975 à New York. Un brasier de poésie rock qui mérite la lecture rapprochée et raffinée qu’en fait Véronique Bergen dans son dernier opus. Elle montre comment Smith est la pionnière d’un nouveau visage du rock au féminin après Janis Joplin dont elle a précédemment  évoqué le destin (Janis Joplin. Voix noire sur fond blanc, Al Dante 2016). Continuer la lecture

Pour Gilberte cette fois

Jacques DUBOIS, Le roman de Gilberte Swann. Proust sociologue paradoxal, Seuil, 2018, 227 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978 -2-02-137058-4

dubois le roman de gilberte swannDans Tout le reste est littérature, un volume d’entretiens avec Laurent Demoulin, Jacques Dubois déclare avoir abordé Proust assez tardivement, dans son parcours de lecteur et dans sa carrière de professeur d’université. Mais il a ressenti cette rencontre comme un coup de foudre, via la belle Albertine, ajoute-t-il. Par extraordinaire, ce coup de foudre dure encore, même si la critique amoureuse a fait place à une relecture savante et suprêmement littéraire. Après avoir décrit une aventure plus que sentimentale, dans Pour Albertine, déjà sous-titré Proust et le sens du social (Seuil, 1997), ensuite dans Figures du désir. Pour une critique amoureuse (Les Impressions nouvelles, 2011), le voici qui revient sur une autre figure féminine majeure de à la recherche du temps perdu, Gilberte. Tout un programme dans ce dernier ouvrage paru au Seuil : Le roman de Gilberte Swann. Proust sociologue paradoxal. Continuer la lecture

Dans l’arène du langage

Laurence ROSIER,  De l’insulte… aux femmes, 180° éditions, 2018, 180 p., 17 €, ISBN 978-2-930427-87-4

rosier de l insulte aux femmesDéjà Jacqueline Harpman vomissait la qualification de “pisseuse” décernée par son père à sa naissance, fût-ce dans un roman comme La Fille démantelée. Pour elle, refuser l’assimilation à la flaccidité ou à l’étron, c’est exister et le dire. Continuer la lecture

Un malin plaisir

Ziska LAROUGE, Au diable !, Weyrich, coll. « Plumes du Coq », 2017, 151 p., 14 €, ISBN 978-2-87489-450-3

Une bonne exclamation, bien vigoureuse, ne peut que susciter une réaction, émotion ou humeur. Celle-ci qui titre le recueil de dix nouvelles de Ziska Larouge, Au diable !  ne fera pas exception. Que l’on suive la conteuse ou s’empare de sa verve, on n’en entamera pas moins la lecture et celle-ci s’avère dès le premier texte en accord avec le titre puisqu’il a pour objet « Le coin du diable » : un texte majeur sur l’ensemble et long qui se divise en quatre parties. Cette histoire librement inspirée de la légende du « coin du diable » à Bruxelles invite à visiter l’atelier de José Mangano qui a assuré l’illustration de la première de couverture. Sensible, attachée à l’enfance et à son imagination, cette première nouvelle inaugure la série diabolique sans malice. Les suivantes  n’auront pas toujours la même candeur. Certaines de ces nouvelles sont même dramatiques, comme « Le Portefeuille », d’autres cyniques, comme « Qui a tué Johnny ? » ou « Lucille », lauréate du concours Désobéissance, aux éditions du Basson. Mais l’humour n’est jamais absent. La plus significative dans le genre aigre-doux est sans doute « Milie ». Continuer la lecture

Le roman de l’amitié ou repousser l’ennui d’exister

Stéphane LAMBERT, Fraternelle mélancolie, Arléa, 2018, 218 p., 19  €, ISBN : 978-2-36308-150-6

lambert fraternelle melancolieCe pourrait être un roman qui commence avec brio par la relation de la rencontre entre Nathaniel Hawthorne et Herman Melville, au Monument Mountain, le 5 août 1850.

Les deux personnages sont introduits tour à tour par un rapide portrait physique et déjà comportemental. Rien ne permet encore de deviner cette Fraternelle mélancolie qui fait l’objet du dernier livre de Stéphane Lambert. Ce début est délibérément orienté vers le genre romanesque et cela correspond à un choix de la part de l’auteur. Il l’affirme clairement : ce ne sera ni une biographie ni une étude littéraire. Faudrait-il pour cela écarter le genre de la fiction ? Non. Stéphane Lambert revendique le droit à la subjectivité dans son projet, le recours à l’invention, et pour cause. Comment pourrait-il se borner aux faits en l’occurrence ? Soit ils ne sont pas connus, soit ils sont trop rares et dispersés pour livrer un soupçon d’évidence ou simplement un sens. En effet, que sait-on des relations entre Hawthorne et Melville ? Quelques rencontres ont eu lieu, des lettres ont été échangées, mais une part de celles-ci, celles de Hawthorne, a été détruite par Melville, on ne sait d’ailleurs pour quel motif. Il faut ajouter le carnet de notes de Melville lui-même, intéressant entre prolixité et retenue. Demeurent surtout les œuvres, mine où puisera notre auteur inspiré. Elles lui fourniront le thème de la mélancolie où s’épanche la fraternité. Il faut à cet égard signaler l’à-propos de l’illustration de la première de couverture, une reproduction de Deux jeunes hommes devant la lune qui se lève sur la mer, de Caspar David Friedrich. Continuer la lecture

Au cœur du labyrinthe

Véronique BERGEN, Premières fois, Edwarda, coll. « Climats », 2017, 105 p., 18 €

berge premieres foisLes règles du jeu dans ce labyrinthe : il n’y aurait que sept premières fois et une seule seconde fois entrevue.

L’éblouissement de la première fois, Proust l’a évoqué, notamment lors de l’épisode de la madeleine. Qu’on se souvienne, le bouleversement total ressenti à la première gorgée de thé ne sera pas répété si le narrateur renouvelle l’expérience. Ce n’est qu’après un long travail d’introspection que la sensation involontaire sera identifiée et « l’édifice immense » du souvenir dévoilé. À son tour, Véronique Bergen va se pencher sur ce mystère, définir son émoi et en analyser les causes. D’emblée, au seuil de son livre Premières fois, elle en  signale la puissance : Continuer la lecture