Archives de catégorie : Recensions

L’équilibre d’un regard « dansé »

Pierre SCHROVEN, Hermann AMANN (ill.), Haute voltige d’une présence sans nom, L’Arbre à paroles, 2017, 53 p., 10 €, ISBN : 978-2-87406-652-8

schroven.jpgC’est qu’il faut être un peu funambule, donc un peu poète soi-même, pour s’aventurer dans les altitudes où nous entraîne le dernier recueil de Pierre Schroven qui poursuit, avec persévérance, sa quête, intime et universelle, du mystère du vivant. Un même questionnement qui traverse la dizaine de recueils publiés à ce jour et qui confirme la cohérence d’une œuvre tout entière tournée vers la luminosité du sensible à explorer. Continuer la lecture

Frayer avec la hou(il)le

Serge DELAIVESaumon noir, Éditions de la Province de Liège, 2017, 84 p., 14 €, ISBN : 9782390100737

delaiveSaumon noir, récit très intime et impressionniste, en mots et en images, s’inscrit dans une démarche plus large qu’une publication : il fut présenté dans le cadre de l’édition 2016 de la Trilogie contemporaine, Arts et Métaux. Sur le thème Nous ne sommes rien, soyons tout : récits de mémoire ouvrière[1], elle proposait notamment une exposition consacrée à la mémoire industrielle dans les bassins sidérurgiques de la région liégeoise, à savoir Hoyoux, Seraing, Sclessin, Saint-Nicolas et enfin Herstal, cœur encre et charbon du présent texte. Continuer la lecture

Comment on devient belgophobe

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Baptiste BARONIAN, Baudelaire au pays des Singes : essai, Pierre-Guillaume de Roux, 2017, 153 p., 19,50 €, ISBN : 978-2-36371-198-4

baronian baudelaire1864 : un écrivain français de quarante-deux ans, qui commence à faire parler de lui à Paris pour ses écrits sur la peinture, ses traductions des contes de l’Américain Edgar Alan Poe et une condamnation pour des poèmes sulfureux, arrive en exil volontaire à Bruxelles à la recherche d’éditeurs et pour y faire des conférences. Il n’y rencontrera que déboires, déceptions et contrariétés. 150 ans après la mort de Charles Baudelaire, Jean-Baptiste Baronian, qui lui avait déjà consacré une brillante biographie, nous convie à une enquête fouillée sur le long séjour belge du poète des Fleurs du Mal. Continuer la lecture

Le policier et ses fantômes

Luc DELLISSE, Le policier fantôme, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2017, 388 p., 11 €, ISBN : 978-2-87568-139-3

dellisseLes années 80 ont vu la (re)découverte de la littérature belge. Cela s’est marqué par la publication de différentes études sur des aspects moins connus et peu valorisés de nos Lettres. En témoigne Le policier fantôme paru en 1984. Aujourd’hui Espace Nord en propose une réédition revue et augmentée. Continuer la lecture

Guerre et paix : où l’on voyage au cœur du cœur du cœur humain

Éric CLÉMENS, Penser la guerre ?, CEP, 2017, 153 p., 12 €, ISBN : 978-2-39007-033-7

clemensLa guerre ? Voilà bien un « objet » dont on ne fera jamais le tour. Voilà bien une « question » qui alimente d’autant plus nos conversations que, ces temps-ci, on « baigne dedans », dirons-nous, tant, au quotidien, experts en géopolitique et stratégies diverses occupent les ondes médiatiques, nous serinant à tour de bras leur prêchi-prêcha angoissants ou, pour le moins, inquiétants. Continuer la lecture

Avec les marins d’eau douce

Christine VAN ACKER, Domiciliés à bord, Les grands lunaires, 180 p., 20 €

van acker domicilies a bordIls arpentent nos fleuves et canaux, semble-t-il depuis toujours, sans que nous puissions voir vraiment leurs visages, sans que nous entendions leur voix brouillée par les mouvements des flots. Christine Van Acker est issue d’une lignée de bateliers depuis cinq générations et elle nous livre pour mémoire ce que fut la vie de ses parents et les profondes mutations connues par leur métier. Paru chez Quorum en 1994, l’ouvrage est aujourd’hui réédité et il constitue une mine de renseignements patiemment collectés et exposés. Continuer la lecture

Pierre Alechinsky, dans les marges et au cœur de l’imprimé

Pierre Alechinsky, les Palimpsestes, exposition au Centre de la Gravure et de l’Image imprimée, La Louvière, jusqu’au 5 novembre 2017.

alechinsky affiche« Palimpseste : historiquement, parchemin dont on a effacé la première écriture pour pouvoir écrire un nouveau texte », nous dit Le Robert. Le palimpseste aujourd’hui, c’est ce que nous donne à voir Pierre Alechinsky, dans une remarquable et foisonnante exposition, au Centre de la Gravure et de l’Image imprimée, à La Louvière. Près de trois cents œuvres de l’artiste, créées à partir de papiers oubliés, manuscrits et imprimés d’autrefois.

Depuis plus de six décennies, une grande partie de l’œuvre d’Alechinsky, né à Bruxelles en 1927, a trouvé sa source dans le monde du papier. Passionnément attiré par les documents anciens, lettres commerciales, actes notariés, factures, correspondances, cartes de géographie ou plans de villes, il en a fait la matière de détournements qui laissent le champ libre à l’imagination et composent ainsi très librement des créations nouvelles. Artiste dont le travail n’a jamais cessé de jongler avec les arts plastiques et l’écriture, de (se) jouer des images et des mots, de passer du pinceau à la plume et vice-versa, Pierre Alechinsky a pour habitude de se désigner comme « un peintre qui vient de l’imprimerie » : souvenir de ses années d’études à La Cambre, en typographie et illustration du livre, où cet étudiant « classé cancre » réalisa dès 1948, pour décrocher son diplôme, ses premières estampes, autour du Poète assassiné de Guillaume Apollinaire. Continuer la lecture