Archives par étiquette : Thierry Detienne

Sous son emprise

Isabelle BIELECKI, La maison du Belge, M.E.O., 2021, 232 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978-2-8070-0270-8

bielecki la maison du belgePoétesse, nouvelliste, dramaturge, Isabelle Bielecki est aussi romancière et elle a obtenu le Prix des amis des bibliothèques de Bruxelles pour Les mots de Russie, paru en 2005. Largement nourri de son expérience personnelle, La maison du Belge, son nouvel opus, revient précisément sur les conditions dans lesquelles a été écrit ce roman primé. Continuer la lecture

Racines transcontinentales

Joseph NDWANIYE, En quête de nos ancêtres, Impressions nouvelles, 2021, 18 € / ePub : 8.99 €, 208 p., ISBN : 978-2-87449-846-6

ndwaniye en quete de nos ancetresAvec La promesse faite à ma sœur, Joseph Ndwaniye avait bâti un récit sur le voyage d’un exilé rwandais à la recherche de sa famille après le génocide. Comme l’annonce En quête de nos ancêtres, l’on peut s’attendre avec ce nouveau titre à une démarche du même ordre. Mais il faut admettre, dès les premières pages tournées, que l’ambition de ce nouveau roman est bien plus large. Continuer la lecture

Bouffées d’enfance

Ralph VENDÔME, La théorie du parapluie, Scalde, 2020, 20 €, ISBN : 9782930988160

vendome la theorie du parapluie« Comment tenir les promesses des années d’insouciance ? Projections d’une légèreté dans un futur aux portes familières, faciles à ouvrir et à fermer. Serments non formulés, sans causes ni conséquences, juste l’enfance à recopier en grand ».

Ces quelques mots épinglés au seuil d’une des 16 nouvelles qui forment ce recueil donnent le ton : c’est essentiellement en terre d’enfance que nous conduit l’auteur, même s’il glisse çà et là des textes d’une autre portée. Et il concentre son propos sur les relations entre les personnes qui constituent le noyau familial : parents bien sûr, oncles et tantes, aïeux. Il étend son observation aux hôtes, attendus et moins désirables. Peu de détails, des impressions, des bribes de conversation qui tissent peu à peu l’économie du monde, qui dévoilent les ruses que chacun déploie pour rendre la vie moins cruelle. La découverte précieuse du remède du jardin secret, du pouvoir fabuleux de l’écriture, de l’art. Des notes de musique, des livres s’échappent des albums de souvenirs, les amours d’enfance déploient leur joyeuse magie : Continuer la lecture

En espoir de cause

Nicolas ANCION, L’homme qui valait 35 milliards, postface Isabelle Marx, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2020, 300 p., 9 €, ISBN : 9782875684912

ancion l homme qui valait 35 milliardsVoici donc que L’homme qui valait 35 milliards connaît une nouvelle vie éditoriale en faisant son entrée dans la collection Espace Nord. Le roman, paru en 2009, a connu entretemps une adaptation théâtrale produite en région liégeoise qui lui a assuré un rayonnement là où Nicolas Ancion en avait situé l’action, en prise directe avec la réalité sociale au centre du récit. En choisissant de parler de la fermeture d’un haut-fourneau liégeois, des conséquences pour les travailleurs concernés, l’auteur n’a pas pour autant renoncé à la fiction, même s’il a fait du magnat indien à l’origine de la décision un des personnages centraux du roman, de la première à la dernière page. Continuer la lecture

Souvenirs gourmands

Philippe FIÉVET, Sur un air d’opéra bouffe, Sans escale, 2020, 200 p., 13 €, ISBN : 978-2491438029

fievet sur un air d opera bouffeCritique gastronomique, Philippe Fiévet a arpenté les routes de Wallonie et de Bruxelles pendant des années pour le compte de journaux et de ces guides qui font la pluie et le beau temps dans le monde de la restauration. Gourmand et gourmet, l’homme rend compte d’un univers qu’il a côtoyé de près comme observateur, mais aussi comme acteur. S’il prend la précaution classique de dire dans son propos liminaire que les faits décrits relèvent de la fiction, on reconnaît sans peine les lieux cités et les personnes évoquées à telle enseigne que le récit peut s’apparenter à un documentaire intimiste sur le monde des restaurants et des guides gastronomiques en Belgique francophone. Continuer la lecture

Papiers de famille

Françoise DUESBERG, Couple, Academia, 2020, 2018 p., 20 €/ ePub : 14.99 €, ISBN : 978-2-8061-0545-5

duesberg coupleVoici un roman qui prouve à merveille, si besoin en était, que des souvenirs familiaux peuvent servir de terreau à de véritables œuvres littéraires. Françoise Duesberg a bénéficié du fait que ses père et mère prenaient note de tout et conservaient soigneusement leurs échanges écrits, les souvenirs consignés. Elle a compulsé ces matériaux, qu’elle a complétés de ses propres souvenirs tout en imaginant, forte de ces informations, les espaces couverts de silences. Continuer la lecture

Au doux vent de la liberté

Michel CLAISE, Les années d’or (Salle des pas perdus III), Genèse, 2020, 256 p., 21 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 9791094689707

claise les annees d orTroisième est donc ce nouveau tome de la fresque entamée avec La salle des pas perdus, roman paru en 2006, suivi par Les années paix (2010). Avec Les années d’or, qui courent de 1960 à 1970, c’est une  période plus proche qui défile, celle que Michel Claise a connue lui-même enfant et adolescent. Son ambition demeure identique : faire œuvre de mémoire tout en suivant le destin d’une poignée de personnages pleinement inscrits dans les enjeux de leur temps, à la pointe des débats d’idées, des mouvements qui traversent la société. Continuer la lecture

Bousculades lettrées

Jacques PERRY-SALKOW et Laurence CASTELAIN, Anagrammes dans le boudoir, illustrations Stéphane Trapier, Actes Sud, 2020, 15 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-330-14088-5

perry-salkow castelain anagrammes dans le boudoirLe mot « anagrammes » vient du grec ancien anagramma, « renversement de lettres ».
Les anagrammes changent l’ordre des lettres d’un ou de plusieurs mots pour en former de nouveaux. De cette pirouette jaillit alors un sens caché, pour le plus grand plaisir des pêcheurs de perles. Avoir le feu sacré pour l’anagramme, c’est la rendre farceuse, trouver du cœur dans la douceur, cueillir les roses de la vie sous les averses de soleil et voir par-delà les nuages noirs des anges nus, le soir.
 

Par ces quelques phrases liminaires, qui offrent déjà une mise en jambe (en grasses), les auteurs posent l’ambition de l’exercice qu’ils déclinent au fil des pages dans le champ limité des relations amoureuses. Continuer la lecture

La vie en somme

Luc BAWIN, Soustractions, Academia, 2020, 134 p., 14 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-806-10514-1

luc bawin soutractionsC’est décidément tout l’art du romancier que de nourrir ses créations de sa propre expérience et, par la voie de l’écriture, de la métamorphoser en fiction pour lui donner corps et sens aux yeux de ses semblables. Luc Bawin est médecin et ses engagements professionnels et militants lui ont donné l’occasion de côtoyer le milieu de l’adoption et celui du soutien aux réfugiés, deux thématiques qu’il marie dans Soustractions, œuvre aux résonances multiples. Continuer la lecture

Tueurs d’espoirs

André-Joseph DUBOIS, Le septième cercle, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2020, 508 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978-2-874896-10-1

andré-joseph dubois le septieme cercleAndré-Joseph Dubois est décidément un auteur singulier. Loin des effets de mode, il pratique l’écriture au long cours et il accoste de temps à autre un roman à la main, sans tambour ni trompettes. Son nouvel opus est doublement placé sous le signe du chiffre sept, par son titre et son ordre dans son œuvre publiée. Le septième cercle fait sans doute référence, sans que l’auteur y fasse explicitement allusion, à l’Enfer de Dante Alighieri, qui classifie les âmes damnées en neuf zones circulaires selon la catégorie de péché commis. La septième concerne plus précisément les actes de violence, une réalité qui imprègne sans aucun doute l’existence entière de Léon Bourdouxhe dont ce dernier nous livre le récit dans l’ordre chronologique. Continuer la lecture

À l’école des hommes

Karine LAMBERT, Les hommes aussi ont la chair de poule, Storylab, 256 p., 17 € / ePub : 7.49 €, ISBN : 978-2381580029

Karine Lambert les hommes aussi ont la chair de pouleLes questions de genre traversent l’ensemble de notre société et il ne se trouve pas un jour où l’actualité n’alimente pas le débat sur les relations hommes-femmes, rendant chaque fois plus indéfendables les inégalités qui subsistent et, partant, les raisonnements et comportements qui les entretiennent. La littérature n’échappe nullement à ce mouvement de fond auquel elle a précisément largement contribué depuis des décennies. Continuer la lecture

Pour l’amour de B

Marc VAN STAEN, Le bourgmestre de Bruxelles, Scalde, 2020, 206 p., 20 €, ISBN : ISBN : 978-2-930988-14-6

marc van staen le bourgmestre de bruxellesLes capitales ont perdu une part de leur pouvoir d’attraction ces dernières années. Malmenées par les attentats et les virus, trop souvent associées à l’insécurité, à la pollution, au rythme trépidant et aux solitudes de la vie moderne, elles méritent que l’on se porte à leur chevet. Aussi un recueil de nouvelles reliées qui font de Bruxelles un personnage à part entière est-il le bienvenu. Telle est l’initiative de Marc Van Staen, qui s’est appliqué à nous en tirer un portrait impressionniste, multipliant les approches et puisant dans des registres divers. Continuer la lecture

Décomposition paternelle

Un coup de cœur du Carnet

Stéphane MALANDRIN, Je suis le fils de Beethoven, Seuil, 2020, 19.50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978-2-02-146347-7

Remarqué pour Le dévoreur de livres (2019), Stéphane Malandrin a impressionné plus d’un lecteur par ses qualités de jongleur de mots et son imaginaire coloré qui lui ont sans doute valu d’être sélectionné pour le prix Goncourt du premier roman. Voici que cet homme de cinéma franchit avec Je suis le fils de Beethoven le cap réputé périlleux du second sans rien avoir perdu de sa verve et nous entraîne sur les traces du grand compositeur allemand par le récit de celui qui se présente comme son fils, Italo. Mais comme cet enfant en quête de racines ne porte pas le nom du génie musical, il nous gratifie d’un aperçu de la vie de ses ancêtres Zadouroff. Continuer la lecture

Un irrépressible besoin de comprendre

Alain VAN DER EECKEN, Des lendemains qui hantent, Rouergue, 2020, 304 p., 20 € / ePub : 14,99€, ISBN : 978-2-8126-1951-9

Voici un thriller qui démarre sur les chapeaux de roue. Alors qu’il vient rechercher son fils Lulu à la sortie de l’école, Martial Trévoux se trouve précipité dans une scène de folie meurtrière. Les enfants et les enseignants courent en tous sens, des coups de feu éclatent, une institutrice s’effondre. Et lui s’élance sans trop réfléchir et se retrouve avec un enfant dans les bras qu’il arrache à l’horreur. Mais l’enfant sauvé qu’il croyait être le sien ne l’est pas et le pire l’attend car il figure parmi les victimes. À partir de là, tout s’écroule. La culpabilité le gagne puisqu’il n’a pas su poser le geste qui sauve alors que le petit Lucien était sous sa responsabilité. Son épouse ne semble pas décidée à le lui pardonner. Si les manifestations de soutien ne manquent pas, lui est déjà ailleurs, tenaillé par le besoin impérieux de comprendre. Greffier de justice de son état, il brave les recommandations médicales et insiste pour reprendre le boulot. Il faut dire que son métier le place au centre des opérations et il va utiliser ce point d’attache pour garder le contact avec les forces de police et l’institution judiciaire, quitte à franchir les limites interdites. Mais que peut-on refuser vraiment à un collègue meurtri ? Continuer la lecture

Tenaces amitiés d’enfance au pays des mille collines

Monique BERNIER, Les hibiscus sont toujours en fleurs, MEO, 2020, 192 p., 17 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978-2-8070-0236-4

Le génocide rwandais restera un fait majeur de la fin du 20e siècle. L’ampleur du nombre de victimes en regard de la population, la rapidité méthodique des massacres et l’absence d’intervention de la communauté internationale ont donné à ce drame une dimension tragique qui ne cesse d’interpeller. De nombreux écrivains ont puisé leur inspiration dans ces faits, qu’ils les aient vécus ou non en tant que Rwandais. Si le sujet est loin d’avoir été épuisé, plus le temps passe, plus il impose d’apporter une contribution originale, d’autant que Monique Bernier a déjà abordé cette thématique dans La honte (Les Éperonniers, 1999), Le silence des collines (Les Éperonniers, 2001), ou encore La magie du frangipanier, roman paru en 2016 aux éditions Academia.


Lire aussi : le génocide des Tutsi au Rwanda dans la littérature belge 


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