Archives par étiquette : Thierry Detienne

À l’école des hommes

Karine LAMBERT, Les hommes aussi ont la chair de poule, Storylab, 256 p., 17 € / ePub : 7.49 €, ISBN : 978-2381580029

Karine Lambert les hommes aussi ont la chair de pouleLes questions de genre traversent l’ensemble de notre société et il ne se trouve pas un jour où l’actualité n’alimente pas le débat sur les relations hommes-femmes, rendant chaque fois plus indéfendables les inégalités qui subsistent et, partant, les raisonnements et comportements qui les entretiennent. La littérature n’échappe nullement à ce mouvement de fond auquel elle a précisément largement contribué depuis des décennies. Continuer la lecture

Pour l’amour de B

Marc VAN STAEN, Le bourgmestre de Bruxelles, Scalde, 2020, 206 p., 20 €, ISBN : ISBN : 978-2-930988-14-6

marc van staen le bourgmestre de bruxellesLes capitales ont perdu une part de leur pouvoir d’attraction ces dernières années. Malmenées par les attentats et les virus, trop souvent associées à l’insécurité, à la pollution, au rythme trépidant et aux solitudes de la vie moderne, elles méritent que l’on se porte à leur chevet. Aussi un recueil de nouvelles reliées qui font de Bruxelles un personnage à part entière est-il le bienvenu. Telle est l’initiative de Marc Van Staen, qui s’est appliqué à nous en tirer un portrait impressionniste, multipliant les approches et puisant dans des registres divers. Continuer la lecture

Décomposition paternelle

Un coup de cœur du Carnet

Stéphane MALANDRIN, Je suis le fils de Beethoven, Seuil, 2020, 19.50 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978-2-02-146347-7

Remarqué pour Le dévoreur de livres (2019), Stéphane Malandrin a impressionné plus d’un lecteur par ses qualités de jongleur de mots et son imaginaire coloré qui lui ont sans doute valu d’être sélectionné pour le prix Goncourt du premier roman. Voici que cet homme de cinéma franchit avec Je suis le fils de Beethoven le cap réputé périlleux du second sans rien avoir perdu de sa verve et nous entraîne sur les traces du grand compositeur allemand par le récit de celui qui se présente comme son fils, Italo. Mais comme cet enfant en quête de racines ne porte pas le nom du génie musical, il nous gratifie d’un aperçu de la vie de ses ancêtres Zadouroff. Continuer la lecture

Un irrépressible besoin de comprendre

Alain VAN DER EECKEN, Des lendemains qui hantent, Rouergue, 2020, 304 p., 20 € / ePub : 14,99€, ISBN : 978-2-8126-1951-9

Voici un thriller qui démarre sur les chapeaux de roue. Alors qu’il vient rechercher son fils Lulu à la sortie de l’école, Martial Trévoux se trouve précipité dans une scène de folie meurtrière. Les enfants et les enseignants courent en tous sens, des coups de feu éclatent, une institutrice s’effondre. Et lui s’élance sans trop réfléchir et se retrouve avec un enfant dans les bras qu’il arrache à l’horreur. Mais l’enfant sauvé qu’il croyait être le sien ne l’est pas et le pire l’attend car il figure parmi les victimes. À partir de là, tout s’écroule. La culpabilité le gagne puisqu’il n’a pas su poser le geste qui sauve alors que le petit Lucien était sous sa responsabilité. Son épouse ne semble pas décidée à le lui pardonner. Si les manifestations de soutien ne manquent pas, lui est déjà ailleurs, tenaillé par le besoin impérieux de comprendre. Greffier de justice de son état, il brave les recommandations médicales et insiste pour reprendre le boulot. Il faut dire que son métier le place au centre des opérations et il va utiliser ce point d’attache pour garder le contact avec les forces de police et l’institution judiciaire, quitte à franchir les limites interdites. Mais que peut-on refuser vraiment à un collègue meurtri ? Continuer la lecture

Tenaces amitiés d’enfance au pays des mille collines

Monique BERNIER, Les hibiscus sont toujours en fleurs, MEO, 2020, 192 p., 17 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978-2-8070-0236-4

Le génocide rwandais restera un fait majeur de la fin du 20e siècle. L’ampleur du nombre de victimes en regard de la population, la rapidité méthodique des massacres et l’absence d’intervention de la communauté internationale ont donné à ce drame une dimension tragique qui ne cesse d’interpeller. De nombreux écrivains ont puisé leur inspiration dans ces faits, qu’ils les aient vécus ou non en tant que Rwandais. Si le sujet est loin d’avoir été épuisé, plus le temps passe, plus il impose d’apporter une contribution originale, d’autant que Monique Bernier a déjà abordé cette thématique dans La honte (Les Éperonniers, 1999), Le silence des collines (Les Éperonniers, 2001), ou encore La magie du frangipanier, roman paru en 2016 aux éditions Academia.


Lire aussi : le génocide des Tutsi au Rwanda dans la littérature belge 


Continuer la lecture

Pour nos vieux jours

Linda VANDEN BEMDEN, Les dimanches d’Angèle, Quadrature, 2020, 86 p., 10 € / ePub : 6.99 €, ISBN : 9782931080009

Linda Vanden Bemden a tenu pendant cinq ans un blog sur lequel elle a consigné régulièrement des textes brefs relatant ses visites dominicales à sa grand-mère hébergée en maison de repos jusqu’au décès de celle-ci. Elle en a extrait quelques dizaines, rassemblés dans ce recueil.

Les initiatives littéraires relatives à l’accompagnement d’un parent âgé ne manquent pas, mais celle prise ici par l’autrice se distingue d’emblée par son ton. Renonçant au lamento sur les ravages du temps, Les dimanches d’Angèle nous livre des billets à l’humour décalé. Point de pathos ni de tremolo, juste des petits faits et dialogues de quelques lignes, sur le mode impressionniste. Jugez plutôt : Continuer la lecture

Un passé en embuscade

Bernard CAPRASSE, Le cahier orange, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2020, 390 p., 17.50 €, ISBN : 9782874895906

La guerre 40-45 est sans aucun doute un ferment narratif qui ne cesse de nourrir la littérature en général et celle des auteurs belges francophones en particulier. Les conflits armés bousculent l’ordre de choses, suspendent le cours des activités habituelles, séparent les familles, déplacent les personnes et créent un espace-temps propice au repositionnement des personnes. Ils permettent des règlements de compte en sous-main, rebattent les cartes relationnelles et sentimentales, remplissent les boîtes à souvenirs de douleurs, de deuils, de privations, de rancoeurs, mais aussi de joies intenses liées aux retrouvailles, au retour de la paix, à la libération. Continuer la lecture