Archives par étiquette : Thierry Detienne

Vous avez des enfants ?

Line ALEXANDRE, L’Enclos des Fusillés, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2017, 240 p., 15 €, ISBN : 9782874894398

alexandre l enclos des fusillésSi le roman policier a envahi à ce point l’espace littéraire au cours des dernières décennies, c’est sans nul doute que, comme l’affirment des maîtres du genre, sa pratique leur permet de cerner au mieux notre époque, d’en dévoiler les rouages, de dépasser la vérité apparente des choses. Le nouveau roman de Line Alexandre s’inscrit pleinement dans cette logique. Continuer la lecture

Quand la madeleine a parfum de sapin

Gérard ADAM, Stille Nacht, M.E.O., 2017, 180 p., 16 €, ISBN : 978-2-8070-0137-4

adam.jpgL’approche des moments de fête exerce souvent un pouvoir aussi irrésistible que la célèbre madeleine de Proust. En effet, il suffit que retentissent les cantiques et autres mélodies associées à la fête de Noël pour que soient convoqués les souvenirs et que ceux-ci fassent surface avec une présence incroyable, effaçant les effets du temps. Continuer la lecture

La grande maison du monde

Nicolas ANCION, Quatrième étage, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 224 p., 8.50 €, ISBN : 978-2-87568-269-7

ancion quatrieme etageLa littérature belge francophone compte bien des écrivains inclassables tant on se plaît chez nous à multiplier librement les expériences d’écriture. Nicolas Ancion est assurément du nombre, lui qui manifeste depuis plus de vingt ans une activité intense et dont, sa bibliographie en atteste, l’œuvre riche d’une quarantaine de productions se décline en romans, nouvelles, œuvres pour la jeunesse, poésie et théâtre. Il a droit aujourd’hui une nouvelle fois aux honneurs de la collection Espace Nord pour Quatrième étage, un roman paru en 2000 et qui avait obtenu le Prix des Lycéens. Continuer la lecture

Subtils parfums d’extrêmes

Un coup de cœur du Carnet

LUVAN, Few of us, illustrations Stéphane PERGER, Dystopia, 2017, 173 p., 10 €, ISBN : 979-10-91146-31-9

luvanSeize textes composent ce recueil, rassemblés en trois parties intitulées Pendant, Après et Plus tard. Entre eux, le fil continu et tendu des désastres, de l’inacceptable, des gâchis qui défigurent l’humanité. Pour dire l’absurde et les terreurs des guerres, les ruses imbéciles des guerriers, l’inexorable des tragédies, les cauchemars de l’exil. Ainsi en est-il du premier récit, qui mêle fouilles archéologiques et opérations de déminage. Avec le même suspense, selon que l’on trouve des vestiges ou que des mines explosent. Et la même omniprésence indispensable et tenace du pressentiment. Une lecture inoubliable que l’on voudrait imposer aux derniers vendeurs  de ces engins de mort sournois. Suit une Antigone revisitée, en proie aux questions insistantes de ses interrogateurs. Avant de croiser les pas de migrants latinos à la frontière américaine dans la fournaise du désert et les courses-poursuites avec les brigades réactionnaires qui attendent le mur promis et qui précèdent le travail des garde-frontières avec double ration de bavures. Ou encore pour rejoindre une star dans les studios, face à un photographe, juste avant qu’elle soit détrônée par une plus jeune et plus vive qui relancera l’audience et les recettes. Ailleurs rôdent des patrouilles souterraines qui creusent des tunnels à grand bruit et qui débusquent tôt ou tard les insoumis, puis nous est donnée la déposition en deux versions de celui-celle qui vient de tuer son double. Ou encore apparaissent des signes inquiétants, et pourtant bien visibles négligés par les inconscients, qui précèdent une terrible maladie tandis que des militaires opposent leur vaine virilité aux obus ennemis et que des chiens prolifèrent et annoncent la terreur, des guerres interminables. Continuer la lecture

Avec les marins d’eau douce

Christine VAN ACKER, Domiciliés à bord, Les grands lunaires, 180 p., 20 €

van acker domicilies a bordIls arpentent nos fleuves et canaux, semble-t-il depuis toujours, sans que nous puissions voir vraiment leurs visages, sans que nous entendions leur voix brouillée par les mouvements des flots. Christine Van Acker est issue d’une lignée de bateliers depuis cinq générations et elle nous livre pour mémoire ce que fut la vie de ses parents et les profondes mutations connues par leur métier. Paru chez Quorum en 1994, l’ouvrage est aujourd’hui réédité et il constitue une mine de renseignements patiemment collectés et exposés. Continuer la lecture