Archives par étiquette : Michel Torrekens

Une grand-mère de poids

Caroline TAPERNOUX, Une femme d’extérieur, Academia, coll. « Littératures », 2019, 80 p., 11,50€ / ePub : 8.49 €, ISBN : 9782806104748

Voilà un personnage, un vrai, qui suscite une multitude de sentiments mêlés. Personnage réel ou amplifié, personnage revisité par la mémoire qui n’est pas toujours fidèle, surtout quand la littérature la revisite (d’où le terme « roman » sur la couverture). Une grand-mère portraiturée par une petite-fille, devenue adulte, qui porte sur elle un regard contrasté. Car cette grand-mère est un phénomène, il n’y a pas d’autre mot, et c’est tout le charme de ce livre. Continuer la lecture

Benzine : le livre de sa mère

Rachid BENZINE, Ainsi parlait ma mère, Seuil, 2020, 91 p., 13 € / ePub : 9.49 €, ISBN : 9782021435092

Ainsi parlait ma mère, de Rachid Benzine : un court roman qui a tout d’un grand livre. Une déclaration d’amour à une mère par son fils cadet. Et un hommage à toutes ces femmes exilées, héroïnes du quotidien, qui ont porté leur(s) enfant(s) à bout de bras pour qu’il(s) puisse(nt) s’épanouir en terres étrangères.

Dès l’entame, nous sommes plongés dans l’intimité du narrateur, professeur de lettres de l’Université catholique de Louvain, et de sa « maman fatiguée, lassée, ravinée par la vie et ses aléas ». Nous sommes dans la chambre de cette dame devenue âgée, analphabète. Le fils a pris l’habitude de lui faire la lecture de La Peau de chagrin de Balzac. Une complicité acquise depuis des années. Un rituel tissé d’affection partagée. Et pas question d’en changer le moindre mot, la moindre inflexion. Ainsi parlait ma mère parle du pouvoir de la littérature à travers le livre préféré de la mère, mais est aussi le livre consacré à la mère. Continuer la lecture

Hammershøi, Gould, Bernhard, sous l’œil fraternel de Patrick Roegiers

Patrick ROEGIERS, Éloge du génie – Vilhelm Hammershøi, Glenn Gould, Thomas Bernhard, Arléa éditions, coll. « La rencontre », 2019, 109 p., 17 €, ISBN : 9782363082077

Dès les premières pages de son Éloge du génie, Patrick Roegiers nous livre une définition très personnelle des génies (en tout cas dans le domaine artistique car ne sont pas abordé.e.s ceux ou celles issu.e.s du monde scientifique par exemple). À ses yeux, ils « ne sont pas de doux dingues, des individus anormaux, bizarres ou délirants (…) », mais « des êtres singuliers dans leur façon d’exister, de voir ou de raconter le monde, et de créer (ou de crier ?). » Continuer la lecture

Sur les traces d’une mère fantôme

Michel TORREKENS, L’hirondelle des Andes, Zellige, coll. « Vents du Nord », 2019, 204 p., 20 €, ISBN : 978-2-914773-91-1

L’hirondelle des Andes.
Un titre poétique, qui fait rêver.
Un roman qui entrelace les beautés fulgurantes, paysages, villes, d’un périple à travers le Pérou, et les sentiments mêlés de la jeune voyageuse qui s’y est lancée comme on relève un défi. Continuer la lecture

Ceux qui partent-partent-partent et ceux qui parlent-parlent-parlent

Véronique DEPRÊTRE, Fanchon, la dérive des incontinents, Onlit, 2019, 226 p., 17 € / ePub : 6 €, ISBN : 978-2-87560-116-2

À la suite du décès brutal de son père, une gamine se retrouve entre une mère dépressive, hors course, et sa grand-mère paternelle qui prend en charge toute la famille, dans un débordement d’énergies et de générosité qui se révèle aussi une manière de stigmatiser sa belle-fille, jusqu’à vampiriser sa petite-fille. Continuer la lecture

Maître Losseau, Rimbaud, Esther et Bastien

Alexandre MILLON, 37, rue de Nimy. Les incroyables Florides, Murmure des soirs, 2019, 170 p., 17 €, ISBN : 978-2-930657-51-6

Pour les Montois curieux de leur belle ville, le titre du dernier livre d’Alexandre Millon, 37 rue de Nimy, publié aux éditions Murmure des soirs, évoquera l’adresse d’une demeure bourgeoise remarquable et un haut lieu de la culture littéraire depuis qu’il a été rénové. Pour les autres, il aura le mérite de les intriguer. Quant au sous-titre, Les incroyables Florides, il parlera aux rimbaldiens acharnés, qui se souviendront des vers du Bateau ivre : « J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides/Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux/D’hommes ! » Continuer la lecture

Ekphrasis

Théo CASCIANI, Rétine, P.O.L., 2019, 284 p., 19,90 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978-2-8180-4743-9

Rétine, premier roman de Théo Casciani paru aux éditions P.O.L., séduira ceux et celles qui aiment sortir des sentiers battus. Ce roman est d’abord un concept : rendre compte d’un univers essentiellement artistique à travers le seul prisme du regard.

Les titres des différents chapitres, comme celui du livre, en disent long dans leur brièveté : Exposition / Images / Regard / Optogramme. Tout commence au Japon, au printemps bien sûr, que l’auteur connaît manifestement bien. Le narrateur débarque au Musée préfectoral de Hyōgo à Kyoto pour participer au catalogue et à la mise en place d’une exposition de l’artiste DGF (comprenez : Dominique Gonzalez-Foerster, jamais citée comme telle dans le roman. Artiste et réalisatrice française, née en 1965, DGF, qui réside à Paris et Rio de Janeiro, a une œuvre d’envergure internationale). Exposition intitulée… Rétine. Parallèlement à ce travail, le narrateur communique par écran interposé avec son amie Hitomi, installée à Berlin pour un cours… d’histoire de l’art. Tout se tient. Quand le lecteur la découvre, elle est nue. Muette. Théo Casciani la décrit comme il le ferait d’une sculpture. Il a troqué le pinceau pour le clavier, mais il se lance dans un exercice de style précis, concis, détaillé où la description prime. Une performance sur une autre performance, mise en scène par Hitomi avec l’apparition d’un chat qu’elle a teint en rouge. « Hitomi n’était plus qu’une image ». Continuer la lecture