Philippe BRADFER, La fausse imposture, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026, 227 p., 20 €, ISBN : 9782874899966
Dans l’univers des galeries d’art bruxelloises, le mystère n’est pas qu’une figure de style ; c’est un « horizon indépassable ». Le nouveau roman de Philippe Bradfer, La fausse imposture, paru aux éditions Weyrich dans la collection « Plumes du Coq », nous entraine dans un univers où la frontière entre le vrai et le faux se dissout comme une image de René Magritte. Un récit autour d’une rencontre brutale entre le crime et la beauté, mêlant enquête policière et quête intellectuelle. Continuer la lecture


Éblouissant roman taillé dans l’ambition, l’érudition et la magie du verbe, Emprises. Les contes du père Susar enracine son récit dans les plis du 18ème siècle, ausculte les secrets, les jougs familiaux qui s’étirent sur plusieurs générations. Jean Claude Bologne a le secret des dispositifs narratifs d’une folle intelligence qui allie questions métaphysiques et complexité des âmes. Construit comme une cathédrale, le roman met en scène un conteur hors pair, le père Susar qui, accusé de sorcellerie, vit caché dans un hameau près de Liège depuis des décennies.
Voici un ouvrage consacré à un musicien fort oublié aujourd’hui, à la riche discographie pourtant, qui a mené sa carrière et sa vie sous les rois Louis XV et XVI, la Révolution et la Terreur, l’Empire et la Restauration. En s’adaptant à tous les régimes, en leur survivant, jusqu’à atteindre 95 ans. Mais quel musicien ! Le père de la symphonie, un inspirateur de Mozart, l’orchestrateur de la première Marseillaise, etc. 

Liège, mai 1940, Élise et Gérard s’offrent, ainsi qu’à leurs deux enfants, une parenthèse musicale. Des jours sombres s’annoncent, les deux musiciens hantés par les souvenirs de la Grande Guerre le savent. Elle au piano, lui à la flûte, ils savourent les derniers instants avant leur inéluctable séparation. Tout est prêt pour le départ d’Élise avec les enfants. De son côté, Gérard, vétéran de 14–18, officier de réserve dans l’aviation et instructeur de jeunes pilotes, s’apprête à servir son pays à nouveau. Et c’est une mission très particulière qu’il se voit confier.
Dix-sept février 1699. Voilà vingt-six ans que Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, a quitté Armande Béjart. Seule la mort semble être parvenue à séparer le couple qu’ils ont formé durant de longues années. Leur mariage fut brièvement heureux, le temps que la jeune femme demeure admirative du dramaturge à la notoriété grandissante. Devenue comédienne pour incarner ses personnages et mère pour répondre à ses désirs, elle s’éloigne peu à peu de l’auteur lorsqu’elle réalise qu’elle veut égaler sa célébrité par ses interprétations. Elle se met en quête de reconnaissance dans ses rôles comme dans ses relations extraconjugales. Ils font alors semblant. Molière l’aime et est profondément attaché à elle, il refusera de la quitter. Et ce n’est que quelque temps après la mort de Madeleine, sa propre mère mais aussi la première femme de son époux, qu’Armande réalisera à quel point elle tient à celui qui l’a façonnée sans jamais cesser de l’aimer. 

Nous sommes dès l’entame du texte (nommée à dessein Équarrissages – dans une métaphore équine filée qui, dans le droit fil du titre polysémique, traversera tous les chapitres) le 3 novembre 1793, puis le 8 juin 1817 au plus près des corps et des esprits en souffrance. Aux moments-mêmes où se jouent tragiquement les vies d’Olympe de Gouges (née Marie Gouze) et de Théroigne de Méricourt (née à Marcourt, près de Liège), figures feux follets de la Révolution française. La première sera guillotinée sur ordre d’Antoine Fouquier-Tinville (homme de loi et accusateur public du Tribunal révolutionnaire… qui, ironiquement, finira par connaître le même sort), la seconde internée et traitée inhumainement jusqu’à sa mort – c’est donc à leurs dernières ruades contre l’ordre patriarcal établi et un certain obscurantisme de l’époque que nous convie l’autrice, une fois posés ces premiers tessons d’existence. Fascinée par la dame en bleu (Théroigne) et la femme aux affiches qui lui fera cadeau d’un livre de fables doré (Olympe), une gamine en haillons semblable à une Cosette va les croiser à plusieurs reprises.
Agrapha interpelle d’abord par sa forme. Si le texte présente certes une trame narrative savamment construite, il ne s’agit cependant pas d’un roman ; mais d’un ensemble composite, éclaté, avec des parties de natures variées, au travers desquelles se dessine l’évolution de ce qui n’est pas vraiment une intrigue, plutôt une lente immersion.
Aux portes de Bruxelles, un matin d’octobre 1567, est retrouvé le cadavre d’un noble espagnol, la tête totalement broyée. Le plat pays qui est le nôtre est à cette époque sous domination espagnole. Quelques jours plus tard, à l’Hôtel de Ville de Bruxelles, on fête en grande pompe l’arrivée du nouveau gouverneur des Pays-Bas espagnols : le duc d’Albe. Ce dernier tient à tirer au clair cette terrible affaire de meurtre. On raconte que ce serait un coup des gueux qui préparent une rébellion dans le Pajottenland. Le baron Van Kiekebich, qui habite le manoir de Tuitenberg dans la commune de Schepdael, est présent à l’Hôtel de ville, mais n’est pas d’humeur festive. Il ne voit pas d’un très bon œil l’envahisseur espagnol. Suite à une discussion avec le bourgmestre de Bruxelles, il décide de se faire peindre le portrait afin de rester dans la postérité.
Je suis entré deux fois dans Perversus, ce qui signifie que j’en suis sorti. La première fut aisée : « C’était un soir d’octobre, dans une plaine du nord, où bruissaient des rumeurs de guerre. » Dès les premières lignes, je mesure où je pose le pied. Un roman historique mais épuré, sans descriptions échevelées, digressions alambiquées. Un roman romanesque, avec un zeste de suspense, du mouvement, des personnages en trois dimensions. Un roman bien écrit, narré dans la fluidité.
C’est un bien beau livre que je viens de découvrir, Les secrets du bastidon bleu de Paul De Ré…