Archives de catégorie : Roman historique

Le vertige de la trahison des images ou quand le pinceau se fait meurtrier

Philippe BRADFER, La fausse impos­ture, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026, 227 p., 20 €, ISBN : 9782874899966

bradfer la fausse impostureDans l’univers des galeries d’art brux­el­lois­es, le mys­tère n’est pas qu’une fig­ure de style ; c’est un « hori­zon indé­pass­able ». Le nou­veau roman de Philippe Brad­fer, La fausse impos­ture, paru aux édi­tions Weyrich dans la col­lec­tion « Plumes du Coq », nous entraine dans un univers où la fron­tière entre le vrai et le faux se dis­sout comme une image de René Magritte. Un réc­it autour d’une ren­con­tre bru­tale entre le crime et la beauté, mêlant enquête poli­cière et quête intel­lectuelle. Con­tin­uer la lec­ture

La machine à remonter le temps

Éti­enne GUILLAUME, Une danse de noces, Édi­tions namurois­es, 2025, 240 p., 16 €, ISBN : 9782875511621

guillaume une danse de nocesEn plongeant les lec­tri­ces et les lecteurs dans l’his­toire fic­tive d’une région (Namur), l’au­teur Éti­enne Guil­laume dans Danse de noces joue avec les codes du roman his­torique qui se parta­gent sou­vent entre réal­ité et fic­tion… Éti­enne Guil­laume cherche à engager lec­tri­ces et lecteurs dans cette prox­im­ité que la lit­téra­ture per­met. Il a tou­jours défendu le pat­ri­moine de Wal­lonie et il a, dans l’écri­t­ure de plusieurs romans, voulu con­stru­ire des univers où la nar­ra­tion tente de coudre le temps his­torique à notre per­cep­tion con­tem­po­raine. Con­tin­uer la lec­ture

Quand le peuple belge avait faim

Un coup de cœur du Car­net

Frédérique DOLPHIJN, Les oubliés, Esper­luète, 2024, 128 p., 19,50 €, ISBN : 9782359841916

dolphijn les oubliésQui se sou­vient de la famine qui a frap­pé la jeune Bel­gique à la moitié du 19e siè­cle ? Cet épisode trag­ique s’est pro­duit suite à des récoltes de blé ruinées, puis celles de pommes de terre gâchées par la mal­adie, alors que ces den­rées assur­aient la sécu­rité ali­men­taire de la pop­u­la­tion[1]. Et quand la spécu­la­tion s’en mêle, que les prix grimpent, c’est la survie des plus pau­vres qui est men­acée. En cette année 1847, cer­tains n’hésitent pas à émi­gr­er en quête d’un avenir meilleur, notam­ment aux États-Unis dont les pro­grammes de peu­ple­ment envoient des recru­teurs dans les villes et les cam­pagnes, avec la béné­dic­tion des autorités. Con­tin­uer la lec­ture

Pouvoirs de la parole et de la lettre

Un coup de cœur du Car­net

Jean Claude BOLOGNE, Empris­es. Les con­tes du père Susar, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2023, 324 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87505–475‑3

bologne emprisesÉblouis­sant roman tail­lé dans l’ambition, l’érudition et la magie du verbe, Empris­es. Les con­tes du père Susar enracine son réc­it dans les plis du 18ème siè­cle, aus­culte les secrets, les jougs famil­i­aux qui s’étirent sur plusieurs généra­tions. Jean Claude Bologne a le secret des dis­posi­tifs nar­rat­ifs d’une folle intel­li­gence qui allie ques­tions méta­physiques et com­plex­ité des âmes. Con­stru­it comme une cathé­drale, le roman met en scène un con­teur hors pair, le père Susar qui, accusé de sor­cel­lerie, vit caché dans un hameau près de Liège depuis des décen­nies. Con­tin­uer la lec­ture

Valse à trois temps

Marc GOSSÉ, Gossec, Le maître des chœurs (1734–1829), Sam­sa, 2023, 166 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87593–462‑8

gosse gossec le maitre des choeursVoici un ouvrage con­sacré à un musi­cien fort oublié aujourd’hui, à la riche discogra­phie pour­tant, qui a mené sa car­rière et sa vie sous les rois Louis XV et XVI, la Révo­lu­tion et la Ter­reur, l’Empire et la Restau­ra­tion. En s’adaptant à tous les régimes, en leur sur­vivant, jusqu’à attein­dre 95 ans. Mais quel musi­cien ! Le père de la sym­phonie, un inspi­ra­teur de Mozart, l’orchestrateur de la pre­mière Mar­seil­laise, etc. Con­tin­uer la lec­ture

Stan au Congo

Fran­cis GROFF, La piste con­go­laise, Weyrich, coll. « Noir cor­beau », 231 p., 20 € / 15,99 €, ISBN : 978–2‑87489–884‑6

groff la piste congolaiseEn 2019, nous décou­vri­ons avec plaisir Morts sur la Sam­bre et Vade retro, Féli­cien !, où Fran­cis Groff par­tic­i­pait au pre­mier élan d’une col­lec­tion ini­tiée par l’éditeur Olivi­er Weyrich et l’auteur Chris­t­ian Libens. Ce dernier se fendait, en par­al­lèle d’Une petite his­toire du roman polici­er belge de langue française. « Noir cor­beau », « une belge col­lec­tion de polars, d’enquêtes noires, d’histoires crim­inelles, de thrillers, bref, de romans policiers d’aujourd’hui », répondait à un plan de vol solide et par­ti­c­ulière­ment bien­venu en ces temps où l’identité de notre com­mu­nauté (FWB) pose ques­tion.

Qua­tre années plus tard, Fran­cis Groff s’est érigé en tête de gon­do­le de la col­lec­tion, creu­sant un sil­lon avec ténac­ité et tal­ent. La piste con­go­laise est déjà le 6e tome des aven­tures de l’enquêteur ama­teur Stanis­las Bar­ber­ian, un « bib­lio­phile dis­tin­gué » orig­i­naire de Wal­lonie mais instal­lé à Paris. Con­tin­uer la lec­ture

Le ciel peut attendre…

Philippe FIEVET, Une colonne pour le par­adis, M.E.O., 2022, 237 p., 19 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0341‑5

fievet une colonne pour le paradisDans la Syrie byzan­tine du 5e siè­cle, des témoins (le moine Alef, l’esclave Aurélia) recréent les itinéraires, les des­tins de deux fig­ures con­trastées, le moine Paph­nuce et le citoyen romain Rufin. Le pre­mier pour­suit une quête mys­tique éper­due, le deux­ième plaisirs et volup­té. Si l’un s’abstrait au max­i­mum du monde quand l’autre n’a de cesse d’en épuis­er les pos­si­bil­ités, tous deux recherchent l’adéquation et l’amour, se met­tant en (grand) dan­ger au nom d’un idéal.

Le décor ? Un univers antique en décom­po­si­tion. Rome vient de tomber, vic­time d’Alaric et de ses Wisig­oths, mais les Huns, déjà, défer­lent, venus d’Asie, comme un deux­ième « fléau de Dieu ». L’Empire romain d’Orient, où vont s’ébrouer les pro­tag­o­nistes du réc­it, notam­ment du côté d’Antioche, en Syrie, sem­ble rel­a­tive­ment épargné par les inva­sions mais le chaos, cette fois, naît de l’intérieur : les chré­tiens, jadis per­sé­cutés, se sont mués en per­sé­cu­teurs, en fana­tiques, qui n’ont de cesse de lamin­er ce qui sub­siste d’un modus viven­di sécu­laire. Con­tin­uer la lec­ture

À la poursuite d’Enola Gay

Pierre-Marie DUMONT-SAINT MARTIN, Le temps du muguet, LiLys, 2021, 417 p., 24,5 €, ISBN : 978–2‑390560–16‑6

dumont saint martin le temps du muguetLiège, mai 1940, Élise et Gérard s’offrent, ain­si qu’à leurs deux enfants, une par­en­thèse musi­cale. Des jours som­bres s’annoncent, les deux musi­ciens han­tés par les sou­venirs de la Grande Guerre le savent. Elle au piano, lui à la flûte, ils savourent les derniers instants avant leur inéluctable sépa­ra­tion. Tout est prêt pour le départ d’Élise avec les enfants. De son côté, Gérard, vétéran de 14–18, offici­er de réserve dans l’aviation et instruc­teur de jeunes pilotes, s’apprête à servir son pays à nou­veau. Et c’est une mis­sion très par­ti­c­ulière qu’il se voit con­fi­er. Con­tin­uer la lec­ture

Passion posthume

André VERSAILLE, Armande ou le cha­grin de Molière, Press­es de la cité, 2022, 366 p., 21 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑258–20011‑1

versaille armande ou le chagrin de molièreDix-sept févri­er 1699. Voilà vingt-six ans que Jean-Bap­tiste Poquelin, dit Molière, a quit­té Armande Béjart. Seule la mort sem­ble être par­v­enue à sépar­er le cou­ple qu’ils ont for­mé durant de longues années. Leur mariage fut briève­ment heureux, le temps que la jeune femme demeure admi­ra­tive du dra­maturge à la notoriété gran­dis­sante. Dev­enue comé­di­enne pour incar­n­er ses per­son­nages et mère pour répon­dre à ses désirs, elle s’éloigne peu à peu de l’auteur lorsqu’elle réalise qu’elle veut égaler sa célébrité par ses inter­pré­ta­tions. Elle se met en quête de recon­nais­sance dans ses rôles comme dans ses rela­tions extra­con­ju­gales. Ils font alors sem­blant. Molière l’aime et est pro­fondé­ment attaché à elle, il refusera de la quit­ter. Et ce n’est que quelque temps après la mort de Madeleine, sa pro­pre mère mais aus­si la pre­mière femme de son époux, qu’Armande réalis­era à quel point elle tient à celui qui l’a façon­née sans jamais cess­er de l’aimer. Con­tin­uer la lec­ture

Dans les marges houleuses d’un traité de paix

Charles SENARD, Le pres­soir du monde. L’avènement des bar­bares, tome 2, Le Passeur, 2020, 290 p., 20,50 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782368908150

senard le pressoir du mondeAprès Arles, théâtre de L’or, la paille, le feu, pre­mier vol­ume de L’avènement des bar­bares, la saga his­torique de Charles Senard, le tome 2, Le pres­soir du monde, nous emmène, en cette même année 475 de notre ère, à Paris, à cette époque mod­este ville de gar­ni­son.

C’est là que doit être con­clu, dans quelques jours (le livre les enchaîne en qua­tre chapitres, du ven­dre­di au lun­di, où la ten­sion monte), un traité de paix cru­cial entre deux rois enne­mis, Childéric le Franc et Sya­grius le Romain. À l’initiative de Geneviève, sainte femme qui dirige la curie et la cité de Paris, et veut ardem­ment préserv­er la paix. Con­tin­uer la lec­ture

Un parfum d’aventure à Arles, autrefois

Charles SENARD, L’or, la paille, le feu. L’avènement des bar­bares, Le Passeur, 2020, 278 p., 7,90 €, ISBN : 9782368908419

senard l or la paille le feuUn saut presque ver­tig­ineux dans le temps ! Le livre de Charles Senard L’or, la paille, le feu, pre­mier vol­ume de L’avène­ment des bar­bares, nous emporte en l’an 475 de notre ère à Arles, qui héberge la pré­fec­ture des Gaules, naguère située à Trêves, et est dev­enue l’une des prin­ci­pales cités de l’Empire romain d’Occident. Ultime « bas­tion de la roman­ité » dans la Gaule dom­inée par les bar­bares : Francs, Bur­gondes, Wisig­oths … Con­tin­uer la lec­ture

Jamais tout à fait mises au pas

Béa­trice RENARD, Cav­ales, Mur­mure des soirs, 2021, 317 p., 22€, ISBN : 978–2‑930657–64‑6

renard cavalesNous sommes dès l’entame du texte (nom­mée à des­sein Équar­ris­sages – dans une métaphore équine filée qui, dans le droit fil du titre poly­sémique,  tra­versera tous les chapitres)  le 3 novem­bre 1793, puis le 8 juin 1817 au plus près des corps et des esprits en souf­france. Aux moments-mêmes où se jouent trag­ique­ment les vies d’Olympe de Gouges (née Marie Gouze) et de Théroigne de Méri­court (née à Mar­court, près de Liège), fig­ures feux fol­lets de la Révo­lu­tion française. La pre­mière sera guil­lot­inée sur ordre d’Antoine Fouquier-Tinville (homme de loi et accusa­teur pub­lic du Tri­bunal révo­lu­tion­naire… qui, ironique­ment, fini­ra par con­naître le même sort), la sec­onde internée et traitée inhu­maine­ment jusqu’à sa mort – c’est donc à leurs dernières ruades con­tre l’ordre patri­ar­cal établi et un cer­tain obscu­ran­tisme de l’époque que nous con­vie l’autrice, une fois posés ces pre­miers tes­sons d’existence. Fascinée par la dame en bleu (Théroigne) et la femme aux affich­es qui lui fera cadeau d’un livre de fables doré (Olympe), une gamine en hail­lons sem­blable à une Cosette va les crois­er à plusieurs repris­es. Con­tin­uer la lec­ture

Ce qui ne peut être prononcé, ce qui ne peut être écrit

lUVAN, Agrapha, La Volte, 2020, 301 p., 20 € / ePub : 10,99 € , I.S.B.N. : 978–2‑37049–095‑7

luvan agraphaAgrapha inter­pelle d’abord par sa forme. Si le texte présente certes une trame nar­ra­tive savam­ment con­stru­ite, il ne s’agit cepen­dant pas d’un roman ; mais d’un ensem­ble com­pos­ite, éclaté, avec des par­ties de natures var­iées, au tra­vers desquelles se des­sine l’évolution de ce qui n’est pas vrai­ment une intrigue, plutôt une lente immer­sion.

Une décou­verte for­tu­ite amène la nar­ra­trice à un « tra­vail de recherche et d’édition » con­cer­nant la com­mu­nauté de « sanc­ti­mo­ni­ales » d’Adsagsonae Fons (Source d’Adsagsona) du 10e siè­cle. Elle se pose d’abord en philo­logue et his­to­ri­enne. Les textes qu’elle traduit sont des « con­fes­sio », où les femmes s’expriment en leur nom, et des « ges­ta », où elles par­lent de leurs com­pagnes. Se crée ain­si une galerie de por­traits croisés où la vie de cha­cune se donne à voir. Il s’agit moins de spir­i­tu­al­ité et de reli­gion que de ce qui fait la vie en groupe au sein de la forêt, en prox­im­ité avec les ani­maux et d’autres groupes humains. Les dif­férentes per­son­nal­ités pren­nent pro­gres­sive­ment vie. Con­tin­uer la lec­ture

La Pie sur le Gibet

Bruno BREL, La bête du Tuiten­berg, Lamiroy, 2019, 174 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87595–238‑7

Aux portes de Brux­elles, un matin d’octobre 1567, est retrou­vé le cadavre d’un noble espag­nol, la tête totale­ment broyée. Le plat pays qui est le nôtre est à cette époque sous dom­i­na­tion espag­nole. Quelques jours plus tard, à l’Hôtel de Ville de Brux­elles, on fête en grande pompe l’arrivée du nou­veau gou­verneur des Pays-Bas espag­nols : le duc d’Albe. Ce dernier tient à tir­er au clair cette ter­ri­ble affaire de meurtre. On racon­te que ce serait un coup des gueux qui pré­par­ent une rébel­lion dans le Pajot­ten­land. Le baron Van Kieke­bich, qui habite le manoir de Tuiten­berg dans la com­mune de Schep­dael, est  présent à l’Hôtel de ville, mais n’est pas d’humeur fes­tive. Il ne voit pas d’un très bon œil l’envahisseur espag­nol. Suite à une dis­cus­sion avec le bourgmestre de Brux­elles, il décide de se faire pein­dre le por­trait afin de rester dans la postérité. Con­tin­uer la lec­ture

La Foire aux humilités

Claude FROIDMONT, Per­ver­sus ou L’histoire d’un imprimeur lié­geois au temps des Lumières, Weyrich, 2019, 354 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87489–560‑9

Je suis entré deux fois dans Per­ver­sus, ce qui sig­ni­fie que j’en suis sor­ti. La pre­mière fut aisée : « C’était un soir d’octobre, dans une plaine du nord, où bruis­saient des rumeurs de guerre. » Dès les pre­mières lignes, je mesure où je pose le pied. Un roman his­torique mais épuré, sans descrip­tions échevelées, digres­sions alam­biquées. Un roman romanesque, avec un zeste de sus­pense, du mou­ve­ment, des per­son­nages en trois dimen­sions. Un roman bien écrit, nar­ré dans la flu­id­ité. Con­tin­uer la lec­ture

Le temps de l’exil

Paul DE RÉ, Les secrets du basti­don bleu, Mur­mure des soirs, 2019, 316 p., 20 €, ISBN : 978–2‑930657–53‑0

C’est un bien beau livre que je viens de décou­vrir, Les secrets du basti­don bleu de Paul De Ré…

Revenons d’abord sur le tra­jet lit­téraire de l’auteur… Cer­tains écrivains écrivent à pro­pos du temps, de l’époque, ils se nour­ris­sent des ten­sions, des tor­sions, de  la vio­lence et du grain de la foi, d’autres écrivent sur l’e­space, les lieux, les per­son­nages qui habitent un univers mar­qué d’une pro­fonde sin­gu­lar­ité. Paul De Ré s’est longtemps révélé un « écrivain du ter­roir », un auteur région­al­iste, il le revendi­quait, ses édi­teurs égale­ment. Il a dévelop­pé des réc­its, des romans qui offraient pour ver­tus prin­ci­pales de com­pos­er de sub­tiles rela­tions entre l’e­space et le temps d’un monde dis­paru. C’est comme si un musée se met­tait en mou­ve­ment et rétab­lis­sait, le temps de la lec­ture, une mémoire fugi­tive. Cette mémoire par­ticipe de la mélan­col­ie de la dis­pari­tion et œuvre sou­vent dans le sens des nos­tal­gies iden­ti­taires, local­istes et rurales. Con­tin­uer la lec­ture