Archives par étiquette : photographie

À la rencontre de Julos Beaucarne

Nelly GAY, Julos Beaucarne. Il faut s’aimer à tort et à travers, Luc Pire, 2020, 160 p., 29 €, ISBN : 9782875421920

gay julos beaucarnePlutôt qu’une biographie, c’est à une visite en toute cordialité du Julosland – ainsi qu’elle nomme l’univers de Julos Beaucarne – que nous invite Nelly Gay dans son ouvrage, Julos Beaucarne, Il faut s’aimer à tort et à travers. Elle ne pouvait pas écrire un livre pré-cadré, il fallait un livre à l’image de cet artiste aux cordes sensibles et multiples : imaginatif et libre. Mais peut-être faut-il rappeler qui est Julos Beaucarne aux plus jeunes lecteur.rice.s car sa carrière est en sommeil depuis une petite décennie ? Continuer la lecture

Le parent, l’étiolement

Claire PONCEAU, L’enfant, l’étoilement, Photographies France Dubois, Éléments de langage, 2020, 149 p., 20 €, ISBN : 978-2-930710-20-4

ponceau l enfant l etoilementL’enfant n’a pas été conçu non, ce n’était pas prévu, je n’ai jamais prévu beaucoup de choses. Prendre un sac, pour les courses, le nombre de culottes correspondant au nombre de journées plus deux, oui. Je n’ai pas conçu l’enfant. Avec l’enfant, il a tout fallu concevoir.

Le prénom et le sexe de cet enfant viendront plus tard. Quand l’enfant n’est pas voulu, il est possible de protéger ses sentiments en s’imposant une distance par rapport au sujet ; alors traité plutôt comme objet. D’un point de vue littéraire, la plume permet d’en parler à la troisième personne, cela aide. Cependant, la proximité et le trouble sont si grands qu’ils remettent tout en cause grammaticale, lexicale, syntaxique. Continuer la lecture

Pé aime

Un coup de cœur du Carnet

Olivier , Poétique de l’amant, Bozon2x, 2020, 116 p., 20 €, ISBN : 978-2-931067-05-5

olivier pe poetique de l'amantLe trajet d’Olivier Pé de la peinture vers la photographie a été déterminé par la perte d’un atelier qu’il occupait depuis vingt ans. Imaginez un artiste qui doit dès lors se remettre en complète question ; médium compris. Or il a 1500 photos dans son ordinateur qui l’attendent, essentiellement prises avec son smartphone. Il en extrait peu à peu 300, les imprime, les place au mur du salon et laisse un trimestre les déplacer au rythme d’une mélodie intérieure lente, dont ses doigts se font le silencieux chef d’orchestre, jusqu’à n’en retenir qu’une centaine. Continuer la lecture

Un amour fantasmé

Chantal DELTENRE, Où part l’amour, avec des photos de l’autrice, MaelstrÖm, 2020, 278 p., 15 €, ISBN : 9782875053671

deltenre ou part l amour« Photographier, c’est écrire avec la lumière. »

« Un paysage aimé ne vous quitte jamais. Même à des kilomètres et des années de distance, un paysage, c’est d’une fidélité inébranlable. »

Par petites touches fines et sensibles, Chantal Deltenre, écrivain, ethnologue, amateur passionné de photographie – ses clichés évocateurs jalonnent son dernier livre – nous rend proche, presque chère, son héroïne. Continuer la lecture

René Magritte, la photographie et le cinématographe

Xavier CANONNE, René Magritte, The Revealing Image (L’Image révélée), Ludion, 168 p. illustrées, 39,90 €, ISBN : 978-94-9181-973-5

canonne magritte l image reveleeS’il a approché, voire pratiqué en amateur, photographie et cinéma – il préférait parler de « cinématographe » –, ces deux disciplines n’ont jamais constitué pour René Magritte une création intellectuelle et artistique qui atteindrait la force de frappe de sa peinture. En 1960, Luc de Heusch présentait un film sur le peintre et son œuvre, Magritte ou La Leçon de choses. Au cours d’un entretien avec Jacques de Decker, qui évoque alors les films de Buñuel et Dali, Magritte lui répond : « Même si je connaissais les rudiments de l’art cinématographique, je ne pourrais expliquer mes idées que par la peinture (…) Je ne participe au cinéma qu’en tant que spectateur. Mes films préférés sont Babette s’en-va-t-en guerre (de Christian-Jacque, 1959, NDLR) ou Madame et son auto (de Robert Vernay, 1958, NDLR). Je ne supporte pas les films qui veulent me faire apprendre quelque chose ou m’exposer une thèse : ce cinéma-là m’ennuie »[1]. Continuer la lecture

Une exposition au musée Verhaeren

Les voyages d’Émile #3, la nouvelle exposition du Musée provincial Emile Verhaeren, ouvrira ses portes le 1er mars. Elle met à l’honneur des photographies de Philip Boël.


Lire aussi : Une haute distinction française pour le musée Verhaeren (C.I. n° 201)


Continuer la lecture

Au-delà de l’érotisme

Arnaud DELCORTE, Tjukurrpa, Peintures de Kevens Prevaris, Éranthis, 2019, 134 p., 20 €, ISBN : 978-2-87483-019-8

« Tjukurrpa » est un mot de la langue anangu, propre à un peuple aborigène d’Australie. Il signifie « le temps du rêve », cette ère mythique totalement éthérée qui a précédé la création de la Terre, mais continue de coexister discrètement avec le monde tangible. Utiliser comme titre d’un recueil poétique ce mot exotique – qui reviendra une seule fois, en fin de volume – n’est pas un geste superficiel. C’est suggérer d’emblée l’existence d’une « quatrième dimension », de nature à la fois cosmogonique et spirituelle, sans toutefois que l’auteur juge nécessaire d’en mener davantage l’exploration. Au fil des pages, il accorde en effet une plus grande place aux origines du bouddhisme, à travers le personnage de Shakyamuni, « fils aîné du soleil et havre de sagesse », également qualifié de « Tathâgata », et auquel succèdera un jour Maitreya ; un autre poème mentionne l’érudit-traducteur Kumârajîva, patriarche de l’école des Trois Traités, qui influença fortement le bouddhisme chinois… Troisième grande référence spirituelle d’Arnaud Delcorte : l’épopée de Gilgamesh dans la Mésopotamie antique, où apparaissent son ami Enkidu, Soumouqân, dieu des troupeaux et des bêtes sauvages, mais aussi la déesse Arourou, génitrice de Gilgamesh. Continuer la lecture

Les soubresauts d’un cœur

Karel LOGIST, Un cœur lent, Tétras Lyre, 2019, 80 p., 16 €, ISBN : 978-2-930685-48-9

Plaisir toujours renouvelé de retrouver la prose poétique de Karel Logist après quelques années d’absence. C’est que l’œil narquois du poète n’a pas pris une ride. Un nouveau recueil donc composé d’une soixantaine de courts textes comme autant d’instantanés pris sur le vif et qui dissèquent avec acuité les cœurs chamboulés des « aimables solitudes » que nous croisons en chemin. Nos contemporains pris en flagrant délit de vie par l’objectif aguerri du poème polaroïde et que viennent illustrer les photographies du complice de toujours, Serge Delaive. Continuer la lecture

De quoi donc sommes-nous faits ?

Béatrice LIBERT et Laurence TOUSSAINT, Un arbre nous habite, Atelier du Grand Tétras, 2019, 48 p., 14 €, ISBN : 978-2-37531-041-0

Quand le poète évoque la nature, cela donne souvent lieu à des images, des saisies de mouvements, des récits, des visions. Mais quand il l’invoque, le poète en appelle alors à une mémoire plus ancienne qui tente de renouer avec cet état dont l’homme est aussi fait, une magie qui, au cours de l’histoire de la poésie, se nourrit d’une archaïque fusion jusqu’à la religiosité nouvelle des naturalistes survivalistes. Continuer la lecture

« Saisir le quotidien dans ce qu’il a de plus simple, de plus évident »

Un coup de cœur du Carnet

Emmanuel RÉGNIEZ, Cédric FRIGGERI, Ordinaire(s), Marges en pages, 2019, 176 p., 35 €, ISBN : 978-2-9540904-3-6

Emmanuel Régniez tient ses promesses. À chaque fois que nous refermons un de ses livres, nous sommes impatients de lire le suivant, et cette impatience comporte sa part d’inquiétude : ne faillira-t-il pas un jour ? Ne finira-t-il pas par décevoir cette attente ? Eh bien non. Emmanuel Régniez tient ses promesses. Il est entré en littérature par la voie de l’exigence, et il ne dévie pas de sa route. Nous venons de ranger Ordinaire(s), son dernier opus, sur les rayons de notre bibliothèque, et nous savons déjà qu’elle risque fort de ne pas en sortir indemne. Continuer la lecture

Toute une vie ou presque

Michèle VILET, 80 pages, Photographies de Jacques Vilet, Déjeuners sur l’herbe, 2018, 264 p., 20 €, ISBN : 9782930433677

En janvier 2016, j’ai eu quatre-vingts ans. Ce mois-là, j’ai décidé de raconter ma vie, année après année. Je l’ai fait mais sans cesser de me poser la question : pourquoi ? Pour qui ? Nous sommes en décembre 2017, mon récit est terminé.

Ainsi commence l’épais volume de Michèle Vilet, qu’elle a intitulé 80 pages. Elle va donc passer en revue les diverses composantes successives de sa vie. Raconter, commenter, critiquer, louer, regretter parfois, se réjouir presque toujours même aux moments un peu plus difficiles. C’est l’enthousiasme qui domine, qu’il s’exprime au moment subit et soit tout à fait contemporain des faits ou qu’il se manifeste en dessous ou après, comme on ombre les éléments d’un dessin pour leur donner du relief. Continuer la lecture

Swinging Belleville rendez-vous

Ivan ALECHINE et Pierre ALECHINSKY, Belleville sur un nuage, Yellow Now, coll. « Les carnets », 2019, 114 p., 14 €, ISBN : 9782873404451

Alechine Alechinsky Belleville Yellow NowEn photo de couverture, une Pontiac Parisienne quatre portes défraîchie, modèle fin des années 50, exhibe sa carrosserie de paquebot, salement amochée aux ailes avant-arrière. Un immeuble tout aussi décati, les fenêtres murées de béton, se maintient comme il peut en arrière-plan. On ne voit pas le mot « Hôtel », mais la suite du lettrage donne son nom : « de l’Avenir ». Visiblement, ça ne lui a pas trop réussi. Mais il n’y a pas que ce bâtiment ni la lourde Américaine qui en ont pris un coup. Au milieu des années 60, tout le haut quartier de Belleville, dans le 20e arrondissement de Paris, se trouve entre deux eaux : une longue rénovation urbaine a commencé par la démolition d’ilots abandonnés ou insalubres, mais une grande partie du quartier est toujours constituée d’habitations aux loyers guère coûteux, de cabanons branlants, de petites rues, d’impasses, de cours et courettes, de jardinets imbriqués les uns dans les autres. « Paris était encore provincial, chaleureux et doux », écrit Ivan Alechine qui y a passé son enfance. « Les petits commerces, l’artisanat populaire nous nourrissaient, une certaine idée de l’entraide entre gens d’une même rue subsistait. Il y avait des ponts entre le passé et le présent. Nous avions les pieds dans le XIXe siècle, le nez au vent du XXe. » Continuer la lecture

L’espace en regardant devant soi

Jan BAETENS, Ici, mais plus maintenant, photographies de Milan Chlumsky, Impressions nouvelles, 2019, 112 p., 12 €, ISBN : 978-2-87449-686-8

Une des fonctions de la poésie est de trouver le point d’intensité des choses.

La force minérale du monde, et la vivacité fragile des images et des mots, constituent un seul et complexe champ d’investigation.

Le métier unique de Jan Baetens, sa passion et son originalité foncière, consistent à capter et à refléter la diversité irrésistible du monde dans de petits miroirs solaires, des post-it magnétiques, qu’il dispose un par un autour de lui, avec une science d’abeille fouisseuse.

Continuer la lecture

Johan Muyle, biker street artist

Johan MUYLE, Sculpture Surfing, préface d’Éric Fabre, Éditions du Caïd, 2018, 80 p., 35 €, ISBN : 978-2-930754-12-3   

Acteur multi-activiste de l’art contemporain en Belgique, connu tout autant pour ses grandes fresques murales réalisées avec (et à la façon) des peintres affichistes de Madras en Inde, que pour ses constructions et assemblages d’objets animés par de minutieux mouvements d’horlogerie, mixant à la fois les cultures populaires, les conflits médiatisés du monde actuel, et les jeux ironiques du langage, écrit ou visuel, Johan Muyle (Charleroi, 1956) est aussi un passionné de moto, et particulièrement de l’une des marques les plus mythiques de l’histoire des deux-roues motorisés : la Harley-Davidson. Continuer la lecture

Ellos y Nosotros

Un coup de cœur du Carnet

Simon VANSTEENWINCKEL, Nosotros, Yellow Now, 2018, 176 p., 25€, ISBN : 9782873404376

Qui n’a jamais frémi au retour d’amis partis en famille, non pas de plaisir devant leur bouille (in)changée, mais bien d’appréhension à la perspective de la soirée photos-souvenirs-il-faut-qu’on-te-raconte qui peut s’ensuivre ? Un ennui attendri au mieux (un désintérêt patent au pire) point vite lors de ces déballages pelliculaires. Simon Vansteenwinckel, lui aussi, a voyagé ; lui aussi, avec sa tribu ; et, lui aussi, est revenu avec des clichés… Mais ici, on frissonne d’admiration et d’émotion face à ses prises argentiques réunies dans l’ouvrage Nosotros. Continuer la lecture