Archives par étiquette : première oeuvre

Un passé en embuscade

Bernard CAPRASSE, Le cahier orange, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2020, 390 p., 17.50 €, ISBN : 9782874895906

La guerre 40-45 est sans aucun doute un ferment narratif qui ne cesse de nourrir la littérature en général et celle des auteurs belges francophones en particulier. Les conflits armés bousculent l’ordre de choses, suspendent le cours des activités habituelles, séparent les familles, déplacent les personnes et créent un espace-temps propice au repositionnement des personnes. Ils permettent des règlements de compte en sous-main, rebattent les cartes relationnelles et sentimentales, remplissent les boîtes à souvenirs de douleurs, de deuils, de privations, de rancoeurs, mais aussi de joies intenses liées aux retrouvailles, au retour de la paix, à la libération. Continuer la lecture

Brasiers : prix Fintro Écritures noires

Marie-Pierre JADIN, Brasiers, Ker, 2020, 153 p., 18 €, ISBN : 9782875862686

Lauréate du prix Fintro Écritures noires remis dans le cadre de la Foire du livre de Bruxelles pour son premier roman, Brasiers, Marie-Pierre Jadin propose un récit à hauteur d’hommes et de femmes aux frontières de leurs histoires personnelles et de la grande Histoire, celle de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre froide. Continuer la lecture

« Ode à l’amour, la souffrance et la mort »

Jasmine NGUYEN, Po’aime-moi, Bleu d’encre, 2019, 52 p., 12 €, ISBN : 78-2-930725-27-7

La poésie joue un rôle ultime dans la vie des auteurs ; sans doute aussi des lecteurs. S’il existe cent mille raisons de prendre la plume et d’écrire des poèmes, il en est une majeure où toutes peut-être se rejoignent : transcender la langue et par ce chemin, sublimer la réalité. Or celle-ci est sans mesure pour Jasmine Nguyen. Médecin spécialisée dans les cancers du sang, auteure ici d’un premier recueil, elle a manifestement acquis une conscience précise de ce que l’écriture et la poésie apportent à sa vie. Un exutoire et une libération. Continuer la lecture

Quoi de neuf docteur ?

Jean-Pierre BALFROID, Le choix de Mia, M.E.O., 2020, 284 p., 20 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978-2-8070-0225-8

Le récit débute sur un geste fort : médecin gynécologue de son état, Jean, qui assiste aux funérailles de son amante, est invité par le mari de la défunte à prendre la parole et il lâche le morceau devant l’assemblée médusée. Mia, cette jeune femme que l’on pleure était aussi sa bien-aimée et avec sa perte, le sol se dérobe sous ses pieds. Il s’ensuit une rixe avec l’époux en colère, la police est appelée, le carabin insolent emmené au poste. Continuer la lecture

Trois petits tours et puis s’en vont…

Un coup de cœur du Carnet

Aïko SOLOVKINE, Rodéo, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2020, 220 p., 8.50 €, ISBN : 978-2-87568-482-0

Le roman Rodéo d’Aïko Solovkine, bien que salué par les critiques lors de sa première publication en 2014 chez Filipson et récompensé par le prix de la Première œuvre de la Fédération Wallonie-Bruxelles en 2016, avait continué de circuler dans une communauté restreinte de lecteurs. Sa deuxième édition est un événement attendu, tant il est évident que le récit de cette jeune autrice n’avait pas eu alors la visibilité qu’il méritait. Augmenté d’une postface, comme c’est toujours le cas dans la collection Espace Nord, ce roman met en scène les actions d’une jeunesse mâle oubliée dans une région rurale belge délaissée. Continuer la lecture

En suspens(e)

Catherine BARSICS, Disparue, Arbre à paroles, coll. « If », 2019, 13 €, ISBN : 978-2-87406-687-0

« Des petites mains : des menottes. » Dans cette formule se cristallise, pour une part, l’enjeu du premier recueil que signe Catherine Barsics aux Éditions L’Arbre à Paroles, Disparue. Le texte se présente, tel que l’indique l’exergue, comme une « enquête poétique, sur les traces de Suzanne Gloria Lyall, disparue en 1998 à Albany (état de NY) ». Le pari est réussi : le lecteur dédale dans l’enfance et l’adolescence de Suzanne Gloria Lyall, au gré des photos ou des instants vécus et recueillis, comme une façon de « préparer [s]on souvenir / des années à l’avance ». Le recueil ne se cantonne ni à un témoignage extérieur, ni ne transpose, textuellement, la dimension factuelle que nous pouvons retrouver dans certains documentaires télévisuels traitant de disparitions ou d’affaires non élucidées.

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Bruxelles, section criminelle

Anne-Cécile HUWART, Mourir la nuit, Onlit, 2019, 252 p., 18 € / ePub : 6 €, ISBN : 978-2-87560-114-8

S’il est un domaine de la vie que l’on connaît essentiellement par la fiction, c’est bien celui de la criminalité. On est nourri de romans policiers, de films noirs, criminels, de séries télévisées, téléchargées ou en flux diffusées, de Faites entrer l’accusé… On absorbe les gestes (la gesticulation parfois) des enquêteurs, les techniques scientifiques, les procédures judiciaires au point de finir par les croire vrais alors qu’ils ne sont que vraisemblables (et encore…), qu’ils sont nourris autant par leur propre mythologie que par la réalité du terrain. Davantage ? Qu’en sait-on vraiment ? Pour dépasser la fiction, Anne-Cécile Huwart, journaliste spécialisée dans les affaires judiciaires, la santé, l’enseignement, le social est allée observer au plus près l’instruction des crimes. Puis elle l’a racontée au plus juste, « de l’intérieur, sans voyeurisme, dans le respect de l’instruction et de la dignité des victimes et de leurs proches. » In fine, outre le fait qu’il n’y ait héroïsation ni de la police ni des criminels, le plus étonnant est le rapport au temps : rien ne va vite. Entre le moment où le meurtre est commis et l’énoncé du verdict, il se passe des années. Anne-Cécile Huwart a respecté cette temporalité lente. Elle a mené son travail minutieusement, au long cours. Son enquête a duré près de six ans. Un temps que permet le livre et que ne souffrent pas les médias et les réseaux sociaux. Continuer la lecture