Archives par étiquette : première oeuvre

Confession éperdument amoureuse

Anne KAREN, Rouge encor du baiser de la reine, Quidam,  2018, 118 p., 14 €, ISBN : 978-2-3791-060-4

Étonnant, ce premier livre d’Anne Karen, qu’on n’ose appeler roman tant son atmosphère est poétique et son étrangeté féerique par endroits. Non seulement Rouge encor du baiser de la reine nous renvoie à Nerval, mais il nous transporte loin dans l’Histoire.

« Ces vingt feuilles auraient été écrites il y a presque dix siècles, en 1054 » nous annonce l’adresse au lecteur. Cet avant-propos est signé par un certain René Nanak, historien et professeur honoraire  à l’Université de Paris et membre de l’Institut d’histoire et de civilisation de Byzance au Collège de France. Ce savant chercheur fictif aurait retrouvé et publié un manuscrit palimpseste restituant un texte traduit du grec en l’attribuant à un inconnu, Nicétas, eunuque nain. Ce personnage est dévoué à l’impératrice Zoé Porphyrogenète et  il envoie ces écrits à son aimé Michel Psellos. Continuer la lecture

Instants de vie

Olivier ODAERT, Solitudes, Illustrations de Sylvain Delcourt, Academia, 2018, 121 p., 15 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978-2-8061-0381-9

odaert solitudesSolitudes. Un recueil de nouvelles brèves, saisissant des instants qui marquent notre vie, et que nous gardons secrets, cachés dans les plis du quotidien.

Ici, un homme assis depuis des heures sur un banc, dans un parc, immobile, silencieux, ne semble pas conscient de la présence à ses côtés d’un jeune garçon qui lui prend la main, cherche son regard perdu dans le lointain. Il se lève, s’en va marcher sans but dans les allées, revient, interroge doucement : « On y va, Papa ? », ne reçoit pas de réponse. Le soir tombe, le froid pince, les passants ont déserté le parc. Et le garçon part à son tour, après avoir une dernière fois posé contre sa joue une main désormais froide et rigide, et murmuré un bonsoir à l’accent d’adieu. (Papa) Continuer la lecture

Un premier roman belge prometteur

Adeline Dieudonné

Adeline Dieudonné

Alors que l’été commence à peine, le monde du livre s’est déjà mis à l’heure de la rentrée littéraire d’automne. C’est aussi le cas du jury du prix Stanislas. Alors que les livres ne seront disponibles en librairie que dans deux mois, les finalistes sont dès à présent connus. Parmi eux, un premier roman signé d’une auteure belge. Continuer la lecture

Contre toute attente

Un coup de cœur du Carnet

Étienne VERHASSELT, Les pas perdus, Tripode, 2018, 15€, 140 p., ISBN : 9782370551634

verhasselt les pas perdusAprès Emmanuel Régniez et son Notre château aussi raffiné qu’effarant, les éditions du Tripode accueillent à nouveau un auteur résidant en nos terres, pour notre plus grand plaisir. C’est avec un recueil d’une quarantaine de courtes et vives nouvelles qu’Étienne Verhasselt – licencié en psychologie clinique et travaillant dans une communauté thérapeutique – fait son entrée dans leur catalogue singulier. À noter également que ce sont Les Pas perdus qui ont été choisis pour leur opération annuelle Les 400 coups, qui voit vingt illustrateurs et sérigraphes – dont Mehdi Beneitez qui signe la couverture, ou Anna Boulanger, auteure du Haret québécois ou de L’absence – s’emparer de la matière du livre pour en extraire des estampes de leur cru.  Continuer la lecture

La poésie commence là où finit le monde

Quentin VOLVERT, Ghettos, Frontispice d’Yves Namur, Taillis Pré, 2018, 88 p., 10 €, ISBN : 978-2-87450-131-9

volvert ghettosIl est certains artistes pour qui la poésie commence là où finit le monde, là où le réel se cabre. Le très jeune poète Quentin Volvert (né en 1997) appartient à cette confrérie. Dans une langue nerveuse privilégiant le grand écart entre les réalités, entre les sensations, il pose dans Ghettos un anti-ghetto textuel, une écriture qui flue comme une électricité des lointains. Par l’exploration des terres de l’enfance, de ce qui en réchappe, il traque les possibilités d’être au monde. La poésie tourne autour des vertiges (vertiges métaphysiques liés aux vertiges existentiels), autour de ce qui fait naufrage ; elle interroge le monde en ses charniers, une planète défigurée par le fracas des guerres. Aucun dolorisme ni carcan asphyxiant du politiquement correct dans ces cartographies de la vie individuelle et collective. Les mots cherchent l’issue que la réalité barre. Que faire ici-bas ? Comment et pourquoi se prêter au voyage alors que l’oscillation entre rester et partir rythme, pulse le texte intérieur ? Au hasard des rues de Bruxelles, aux abords de la Bourse, des cafés de la gare du Nord, des dieux surgissent, appelant à mettre le feu aux poudres, à soulever une autre nuit, une autre aurore dans le tissu des jours. Continuer la lecture

Une plongée passionnante dans les années de plomb

Un coup de cœur du Carnet

Bernard ANTOINE, Pur et nu, Murmure des Soirs, 2018, 435 p., 22 €, ISBN : 978-2-930657-41-7

À Bruxelles, le journaliste Thomas Holmer apprend que son père Egide, ancien grand reporter, est mort d’un infarctus dans les bras de sa maîtresse, Ana Raïtchev. Dans les affaires de son amant, celle-ci découvre des lettres : une pour elle, une autre adressée à Thomas et la troisième à une certaine Alessia. Qui est Ana ? D’où vient-elle ? Qui est Alessia ? Quelles relations unissaient Alessia et Egide ? Telles sont les questions qui se posent au début de Pur et nu, le premier roman très maîtrisé de Bernard Antoine. Les réponses relèveront de l’Histoire, car le livre met en relation le présent de Thomas et Ana et le passé complexe de la génération précédente, dont il s’ingénie habilement à tisser les relations à travers le temps. Continuer la lecture

Myriam Leroy dans la sélection du Goncourt du premier roman

LeroyEn marge du prix Goncourt, décerné à l’automne, l’Académie Goncourt décerne aussi différents prix dans des sections parallèles : le premier roman, la nouvelle et la poésie. Les finalistes des deux premières catégories pour l’année 2018 sont désormais connus. Avec une présence belge.  Continuer la lecture