Archives par étiquette : Gallimard

À fleurets mouchetés, les « souvenotes » d’Alechinsky

Un coup de cœur du Carnet

Pierre ALECHINSKY, Ambidextre, Gallimard, 2019, 464 p., 102 illustrations, 39 €, ISBN : 978-2-07-286842-9

Mais quelles furent donc les fées magiciennes qui, avec amour des couleurs kaléidoscopiques, attention malicieuse, et espièglerie des mots, se penchèrent sur le berceau de ce nouveau-né, devenu au cours de la seconde moitié du 20e siècle l’un des plus grands artistes vivants, et qui, au 21e, l’est resté ? L’on découvre avec plaisir une multitude de réponses possibles, aussi justes et tonifiantes les unes que les autres, dans Ambidextre, le nouvel ouvrage – en toutes lettres et illustrations – de Pierre Alechinsky. Continuer la lecture

Yourcenar, correspondances des années 1964-1967

Marguerite YOURCENAR, « Le pendant des Mémoires d’Hadrien et leur entier contraire », Correspondance 1964-1967, (D’Hadrien à Zénon, IV), Texte établi et annoté par Bruno Blanckman et Rémy Poignault, préfacé et coordonné par Elyane Dezon-Jones et Michèle Sarde, Gallimard, 2019, 344 p., 29,50 €, ISBN : 9782072790119

Dans ce quatrième volume de correspondance couvrant les années 1964-1967, la voix de Yourcenar explore principalement trois directions : des réflexions éblouissantes sur ses œuvres en cours (L’œuvre au noir, son étude et ses traductions des Negro Spirituals dans Fleuve profond, sombre rivière, son anthologie La couronne et la lyre), ses conflits juridiques avec Plon, ses combats environnementalistes, son pessimisme face à l’évolution du monde. D’emblée, frappe la hauteur de vue, ce regard yourcenarien qui décèle l’intelligibilité du tout dans un détail et perçoit dans les grands mouvements historiques et géologiques les bruissements du temps et de l’éternité. Continuer la lecture

Le jour où la toile s’est déchirée

Quentin JARDON, Alexandria : les pionniers du web, Gallimard, 2019, 243 p., 21.50 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 978-2-07-285287-9

Quentin Jardon AlexandriaC’est énoncer un lieu commun que de dire que les technologies évoluent vite, imposent en quelques années leur usage comme une évidence de toujours, nous entraînant dans une danse qui donne le tournis. Au point que l’on doive parler de fracture numérique touchant ceux qui ont manqué une étape ! Et surtout de nous faire oublier comment était le monde d’avant, de faire passer dans l’ombre le chemin par lequel elles sont nées et surtout les choix ou non-choix qui leur ont permis de s’implanter dans notre vie. Continuer la lecture

Dominique Rolin, « la forêt des mots »

Dominique ROLIN, Plaisirs suivi de Messages secrets, Entretiens avec Patricia Boyer de Latour, Gallimard, coll. « L’Infini », 2019, 343 p., 21,50 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 978-2-07-284905-3

Le doute, la mémoire, l’amour, le double, Venise, la musique, les Primitifs flamands, les visages, les miroirs, la Belgique… autant de portes d’entrée du voyage qui mena Dominique Rolin et Patricia Boyer de Latour à tisser un ensemble d’entretiens réunis sous le titre Plaisirs. Dès 1999, bien après Les marais, Le lit, La maison la forêt, Le corps, Les éclairs, à l’époque où paraissent des œuvres majeures comme La rénovation, Journal amoureux, débute une série d’échanges placés sous le signe de « la promenade dans un jardin » (Rolin), le jardin Rolin dont les fleurs s’appellent le doute, la passion, l’enfance, l’écriture comme « investissement total de l’être ». Continuer la lecture

Bluebird, le dernier né de Geneviève Damas

Geneviève DAMAS, Bluebird, Gallimard, 2019, 154 p., 14,50 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978-2072853401

Geneviève Damas a l’art de donner la parole à ceux, et surtout celles, qui n’ont pas toujours droit de cité dans nos sociétés. Après une migrante et celle qui va lui apporter soutien et logement dans Patricia, son précédent roman publié chez Gallimard, elle donne cette fois la parole à une adolescente dont la vie va prendre une direction inattendue.


Lire aussi : notre recension de Patricia


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L’urgence est aussi littéraire

Un coup de cœur du Carnet

Caroline LAMARCHENous sommes à la lisière, Gallimard, 2019, 165 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782072819292

Nous sommes à la lisière : superbe titre pour un recueil de nouvelles qui ne l’est pas moins. Caroline Lamarche s’était déjà, dès ses débuts, révélée comme une auteure exigeante en matière de littérature et d’écriture peaufinée. Le recueil de nouvelles, Le jour du chien, publié aux éditions de Minuit en 1996, lui valut d’emblée le prix Rossel. À la suite d’un chien en errance, elle traçait le portrait d’humanités au bord de gouffres.

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La galaxie Dominique Rolin-Philippe Sollers

Dominique ROLIN, Lettres à Philippe Sollers 1958-1980, éd. établie, présentée et annotée par Jean-Luc Outers, Gallimard, 2018, 480 p., 24 € / ePub : 16.99 €, ISBN : 978-2-07-279542-8

Dans le sillage du premier volume Lettres à Dominique Rolin 1958-1980 de Philippe Sollers (un volume établi, présenté et annoté par Frans De Haes, paru chez Gallimard en 2017), sort le premier tome des Lettres de Dominique Rolin. Fait rare, voire unique dans le champ de la correspondance, les épistoliers étant tous deux écrivains, les lettres de l’un et de l’autre sont scindées et non croisées. Le choix éditorial est celui d’un dialogue qui se fait entre les tomes et non au sein d’un même espace textuel. Œuvre sidérante, tout entière portée par la passion absolue que nouèrent Philippe Sollers et Dominique Rolin jusqu’à la mort de celle-ci en 2012, cette constellation épistolaire offre une plongée souveraine dans un lien électif, un amour d’exception. Du coup de dés magique d’octobre 1958 (l’aimantation réciproque d’un jeune homme de vingt-deux ans ayant bousculé le paysage littéraire avec Une curieuse solitude et d’une écrivaine de quarante-cinq ans) à leur complicité passionnelle qui traversera les décennies, leur aventure existentielle, créatrice est tout entière placée sous le signe de l’axiome des amants : un pacte indéfectible entre deux êtres liés par une communauté intérieure, de sang et d’encre. Amour de l’aimé/e, de l’écriture, de la magie de Venise, de l’île de Ré, du « Veineux » (l’appartement de Rolin), laboratoire de deux œuvres qui se construisent sur des plans de composition distincts, haute exigence dans l’invention des formes, échos des événements historico-politiques, ouverture à la Chine vue comme une ligne de fuite par rapport à l’enlisement de l’Occident rythment une correspondance unique dans la littérature française. À l’invention sollersienne de structures textuelles inédites répond chez D. Rolin la quête d’un rythme, d’un souffle propre à chaque création. Continuer la lecture