Archives par étiquette : Daniel Laroche

Un roman inédit de Madeleine Bourdouxhe

Madeleine BOURDOUXHE, Mantoue est trop loin. Névrosée, 2019, coll. « Femmes de lettres oubliées ». 208 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-9311048-16-0

Madeleine Bourdouxhe, dont Gallimard a publié La femme de Gilles en 1937, soumet à l’éditeur en 1956 le manuscrit d’un nouveau roman, Mantoue est trop loin – après en avoir publié les premières pages dans Le Monde nouveau sous le titre Les temps passés. D’abord accepté, il est ensuite refusé sans explication. Sans doute l’avis favorable du comité de lecture n’a-t-il pas été suivi plus haut, devant cette œuvre complexe où les normes narratives classiques sont bousculées à plus d’un titre. Rappelons que l’autrice se lie vers 1949 avec J.P. Sartre, dont vient précisément de paraitre l’essai anticonformiste Qu’est-ce que la littérature ?  À la même époque, N. Sarraute entame une série d’articles qui marquera les débuts du « nouveau roman ». Sans aucun doute, M. Bourdouxhe est influencée par ce courant novateur, qui notamment rejète l’analyse introspective des personnages au profit d’une approche behaviouriste, mais veut aussi se dégager du récit linéaire pour mettre en jeu une narration diffractée, assortie de nombreux effets de miroir. Ces choix romanesques n’iront pas sans déconcerter. Si M. Marini évoque « un texte à facture originale » (1989), C. Sarlet « se perd dans l’entremêlement des voix et des points de vue narratifs », ajoutant que « l’ajustage de la machine narrative qui eût permis le passage entre les différents niveaux du récit n’est pas au point » (1993). Quant à la préface de l’actuelle réédition et à la 4e de couverture, elles sont tout aussi réticentes : « certes, cette fusion engendre une certaine confusion. Nous voulons comprendre, mais nous ne pouvons pas comprendre »… Continuer la lecture

Le top 3 de Daniel Laroche

Le meilleur de l’année littéraire belge 2019 par les chroniqueurs du Carnet et les Instants. Aujourd’hui : le choix de Daniel Laroche Continuer la lecture

Une voix qu’on entend de loin et si près

Nicole Malinconi, Textyles n°55, Samsa, 2019, 217 p., 15 €, ISBN : 978-2-87593-232-7

C’est la voix de Nicole Malinconi, traversée de toutes les voix du monde.

Il fallait bien tout un volume de la revue Textyles, dirigé par Laurent Demoulin et Pierre Piret, pour considérer l’ampleur et la diversité d’une œuvre singulière et plurielle comme la sienne. C’est dire que tous les articles portent un éclairage nouveau et un regard différent quel que soit l’aspect envisagé. Ils recouvrent la presque totalité des textes publiés jusqu’alors. D’Hôpital silence à l’Abécédaire des mots détournés, ils relatent l’expérience intime comme dans Nous deux ou détachent un pan de l’histoire sociale comme dans De fer et de verre. Continuer la lecture

Au-delà de l’érotisme

Arnaud DELCORTE, Tjukurrpa, Peintures de Kevens Prevaris, Éranthis, 2019, 134 p., 20 €, ISBN : 978-2-87483-019-8

« Tjukurrpa » est un mot de la langue anangu, propre à un peuple aborigène d’Australie. Il signifie « le temps du rêve », cette ère mythique totalement éthérée qui a précédé la création de la Terre, mais continue de coexister discrètement avec le monde tangible. Utiliser comme titre d’un recueil poétique ce mot exotique – qui reviendra une seule fois, en fin de volume – n’est pas un geste superficiel. C’est suggérer d’emblée l’existence d’une « quatrième dimension », de nature à la fois cosmogonique et spirituelle, sans toutefois que l’auteur juge nécessaire d’en mener davantage l’exploration. Au fil des pages, il accorde en effet une plus grande place aux origines du bouddhisme, à travers le personnage de Shakyamuni, « fils aîné du soleil et havre de sagesse », également qualifié de « Tathâgata », et auquel succèdera un jour Maitreya ; un autre poème mentionne l’érudit-traducteur Kumârajîva, patriarche de l’école des Trois Traités, qui influença fortement le bouddhisme chinois… Troisième grande référence spirituelle d’Arnaud Delcorte : l’épopée de Gilgamesh dans la Mésopotamie antique, où apparaissent son ami Enkidu, Soumouqân, dieu des troupeaux et des bêtes sauvages, mais aussi la déesse Arourou, génitrice de Gilgamesh. Continuer la lecture

Bande ciné, bande dessinée

Bob GARCIA, Tintin. Du cinéma à la BD, Desclée de Brouwer, 2019, 273 p., 19,50 €, ISBN : 978-2-220-09615-5

Sur les connivences entre le cinéma et les Aventures de Tintin, l’on disposait déjà de multiples indications, grâce aux entretiens d’Hergé avec Benoît Peeters et Numa Sadoul, ou encore aux essais de Philippe Lombard et de Bob Garcia. Or, plus obstiné que les précédents, ce dernier a consacré de longues années à creuser le sujet avec une minutie entomologique, tout en élargissant son enquête aux tribulations des Totor, Quick et Flupke, Jo et Zette. Ainsi nous offre-t-il aujourd’hui un volume d’une érudition impressionnante – mais dont la profusion même, comme il était à craindre, n’est pas toujours bien maitrisée. La méthode adoptée semblait pourtant garante de rigueur, avec ses cinq étapes successives : Continuer la lecture

Dans nos archives : littérature et folie

Le 27 octobre 2019 marque le 550e anniversaire de la naissance de l’humaniste Erasme de Rotterdam (1469-1536). Commémoration du séjour anderlechtois de l’homme de Lettres, la maison Erasme est l’une des maisons d’écrivain à visiter en Belgique.


Lire aussi : Maisons d’écrivain : où en est la Belgique? (C.I. 203)


L’humaniste laisse une oeuvre d’ampleur, qui a durablement influencé l’Occident. On en retient aujourd’hui le plus souvent un ouvrage majeur : L’éloge de la folie. L’anniversaire d’Erasme est pour nous l’occasion de republier un article de Daniel Laroche paru dans Le Carnet et les Instants n° 158 (octobre-novembre 2009), évoquant les liens qui peuvent se nouer entre littérature et folie, et d’évoquer quelques exemples de « fous littéraires » belges.  Continuer la lecture