Archives par étiquette : Daniel Laroche

La fabrique du roman

Un coup de cœur du Carnet

Les motifs de Laurent Mauvignier. Entretiens sur l’écriture avec Pascaline David, Diagonale, coll. « Grands entretiens », 2021, 177 p., 18 , ISBN : 978-2-930947-04-4

david les motifs de laurent mauvignierNé à Tours en 1967, Laurent Mauvignier est considéré comme une valeur sûre des éditions de Minuit, dont on connait à la fois la grande exigence qualitative et le profil anti-académique à la Beckett. Voici quelques années, il participe à une lecture-rencontre à l’Université de Namur où il est écouté avec vif intérêt, notamment par Pascaline David, laquelle apprécie la sincérité avec laquelle il évoque son expérience personnelle de la création. Philosophe de formation, elle a créé en 2014 les éditions Diagonale avec Ann-Gaëlle Dumont et projète de lancer une collection d’entretiens sur l’écriture littéraire. Ainsi entreprend-elle de lire tous les livres de Mauvignier et tous les articles parus à son sujet, avant de mener avec lui plusieurs journées de vidéo-conférence. La transcription faite, s’ensuit un va-et-vient de réécriture – pas moins de quatre versions en deux mois ! Car l’écrivain s’est piqué au jeu : il veut apporter à ce livre de dialogues autant de soin qu’à la confection de ses romans, élaguant par ci, précisant par là, s’efforçant que la formulation rejoigne au plus juste le complexe de certitudes et d’incertitudes qui l’anime. La structure générale en onze parties fait elle aussi l’objet d’une attention particulière, de même que la relance questions/réponses. Disons-le tout net : Pascaline David – qui a publié en 2020 une autre série d’entretiens avec Jérôme Ferrari – a pris là une initiative méritoire et l’a menée à bien avec un soin hors pair. Continuer la lecture

Écrire pour tenter de comprendre

Stéphane LAMBERT, Tout est paysage, Atelier contemporain, 2021, 133 p., 20 €, ISBN : 978-2-85035-013-9

lambert tout est paysageUne certaine disparate, à première vue, règne dans le dernier livre de Stéphane Lambert, consacré à la peinture. D’abord, les neuf textes rassemblés ont paru précédemment à des dates et dans des circonstances bien différentes : exposition, revue, brochure-spectacle, mise en ligne, catalogue. Ensuite, les œuvres commentées relèvent d’époques, de pays et surtout de genres éloignés, même à invoquer la brumeuse notion de « modernité » : C. Monet, Cy Twombly, P. Klee, A. Tàpies, Z. Mušič, P. Mondrian, G. Morandi, N. de Staël. De plus, le nombre de pages consacré à chaque artiste va de quarante-et-une pour Monet à une seule pour Klee ou Mondrian… Continuer la lecture

Le peintre et le justicier

Yves VASSEUR, Vincent van Gogh. Questions d’identité, Fonds Mercator, 2020, 160 p., 29.95 €, ISBN : 978-94-6230-263-1

vasseur van goghD’une présentation luxueuse – format généreux, papier de qualité, mise en page soignée, iconographie impeccable –, le livre d’Yves Vasseur est difficilement classable. Ni biographie, ni essai au sens strict, proche du « journal de fouilles » des archéologues, il réunit les récits de quatre enquêtes distinctes dont le commun dénominateur est Vincent van Gogh. La première concerne un portrait photographique longtemps considéré comme celui du peintre à l’âge de treize ans : à la suite de longues et minutieuses recherches, l’auteur démontre qu’il s’agit en fait de Théo, le jeune frère de Vincent, révélation qui a déjà causé un vif émoi dans le landerneau. L’enquête suivante porte sur deux dessins signés VG et représentant de vieilles maisons à Cuesmes. Retrouvés dans un grenier en 1958, ils sont authentifiés peu après, ce que conteste de façon très argumentée Y. Vasseur, pour qui le dilemme reste entier. Troisième investigation, à propos du tableau Marguerite à l’harmonium qui aurait été abandonné par van Gogh après avoir été gâché accidentellement, puis réparé par Paul Gachet fils ; mais celui-ci s’est rétracté ultérieurement, non sans avoir peint lui-même la scène. La quatrième enquête s’attache à une photo de groupe en fête provenant d’une collection new-yorkaise, et au dos de laquelle est imprimée la mention VINCENT VAN GOGH. Malgré l’insistance du propriétaire, et après avoir tenté en vain d’établir la plausibilité de l’évènement, l’auteur conclut par un démenti – avant de jeter le doute sur le revolver rouillé avec lequel van Gogh se serait suicidé, et qui fut vendu chez Drouot pour 162.500 euros… Continuer la lecture

Jeux du présent et de l’absence

Francesco PITTAU, Épissures, Arbre à paroles, 2020, 258 p., 17 €, ISBN : 978-2-87406-692-4

pittau epissuresFrancesco Pittau ne va pas chercher ses matériaux poétiques dans des sphères éthérées. Lui suffisent la simple maison, le jardin et la cuisine, une voiture conduite sur la route, quelques recoins du paysage urbain, les courses au magasin. Lui suffisent tout autant : telle piécette au fond d’une poche, la chaleur estivale, une vieille lettre bonne à jeter, des souvenirs anecdotiques, toutes choses proches de l’insignifiant ou du dérisoire. Ce qui accroche l’attention, c’est la manière dont, chaque fois, le poème parvient à leur donner sinon un sens explicite, du moins un relief ou un intérêt – dont la raison exacte reste certes discrète, mais qui s’impose néanmoins avec un effet d’évidence. Multiples, on l’a entrevu, sont les notations relatives à l’espace privé ou public, son occupation étant parfois statique, mais plus souvent faite d’allées et venues. Cette spatialité est tout entière structurée par la dualité dehors-dedans, deux registres qui entretiennent une relation non d’étanchéité, mais d’alternance et de complémentarité. Ainsi peut-on rouler en voiture fenêtres ouvertes, s’émerveiller de la lumière tombée d’une verrière, suivre le spectacle de la rue depuis le bar, remarquer un trou dans le toit. Fréquemment, le soleil vient jouer dans tous ces lieux, attirant le chat sur le carrelage, descendant furtif par la fenêtre, jouant à cache-cache dans l’autobus, tombant à poings serrés. Tout aussi récurrentes, d’autres notations sont moins ragoutantes, qui disent les mauvaises odeurs, la saleté, les « chicots », les cicatrices, tout le côté ingrat de l’existence et de l’apparence. Continuer la lecture

« Un poème doit être fatal »

COLLECTIF, Le regard éclairé. À propos de Philippe Jacottet, Reiner Kunze, Franz Moreau, Norge, Joseph Orban, Marcel Piqueray, Quasimodo et André Schmitz, t. II, Taillis pré, 2020, 166 p., 16 €, ISBN : 978-2-87450-161-6

collectif le regard éclairéLe 19 octobre 2019… Une date tout droit sortie du « monde d’avant », celui où il était encore loisible de se réunir devant une scène de concert ou un grand écran, à la tablée d’un restaurant ou, pourquoi pas, pour entendre parler de poésie. C’est ce qui se passait à Bruxelles, ce samedi-là, à l’occasion d’une des rencontres internationales organisées par le Journal des Poètes. Afin de « célébrer cette émotion appelée poésie », les participants y évoquaient tour à tour une figure, belge ou non, et par-delà des voix s’exprimant dans des registres très différents. Continuer la lecture

Une sérénité incertaine

Un coup de cœur du Carnet

Daniel DE BRUYCKER, Neuvaines 7 à 9, MaelstrÖm, coll. « Poésie », 2020, 239 p., 16 €, ISBN 978-2-87505-365-7

de bruycker neuvaines 7 à 9Troisième et dernier tome des Neuvaines, le nouveau livre de Daniel De Bruycker offre avec les deux précédents assez de similitudes pour ne pas déconcerter le lecteur, et assez de différences pour éviter une impression de monotonie. On y redécouvre à chaque page cette attitude modestement « philosophique » devant l’existence, non l’énoncé d’une doctrine, mais une sagesse empirique mêlant fatalisme et stoïcisme. Y dominent les thèmes de la quotidienneté bienvenue, de la frugalité, du cheminement, de la solitude librement consentie – on l’a dit, il y a quelque chose de monacal dans cette démarche. Revient souvent le motif du logis, du chez-soi, suggérant le désir de (re)trouver sa juste place dans la complexité du monde. « Vivre est si simple ! », lit-on, affirmation rare dans la poésie contemporaine… Toutefois, il ne s’agit nullement d’assurance ou de confiance béate. À de nombreuses reprises pointent des sentiments de non-certitude, d’ignorance ou d’impuissance, que signalent le recours à la forme interrogative, à la figure du paradoxe, à l’hésitation, au « peut-être ». Tout ce style de vie et de questionnement trouve à la fois son expression idoine et sa justification dans la pratique inlassable, vitale, de l’écriture poétique, où sans fin se relance la dialectique entre le connu et l’inconnu, l’accepté et l’éludé. Ainsi le vécu ne se soutient-il pas de lui seul. Il est mis en balance continuelle avec ce qui lui échappe et que pourtant il nourrit : la poésie en travail. Neuvaines tient à la fois de la quête du sens existentiel, d’un journal intime au « moi » introuvable, de l’exercice spirituel, des grandes manœuvres verbales. Continuer la lecture

Au-delà de la Chine

Anne ROTHSCHILD, Au pays des osmanthus, Frontispice de Sylvie Wuarin, Taillis Pré, coll. « Essais et témoignages », 2020, 96 p., 14 €, ISBN : 978-2-87450-171-5

rotschild au pays des osmanthusLe nouveau livre d’Anne Rothschild relève d’un genre que, en notre époque de mondialisme instantané, on pouvait croire un peu oublié : le récit de voyage. Il relate le périple effectué dans le sud de la Chine en septembre 2018 par l’écrivaine-artiste et une amie, sans doute Sylvie Wuarin dont un beau dessin fait seuil au volume. On devine d’emblée le risque d’un tel projet, accru par l’ignorance de la langue locale et le recours à une interprète : « acclimater notre inconnaissance de l’Asie grâce à des langages connus » (R. Barthes, L’empire des signes). A. Rothschild y échappe-t-elle ? Un premier niveau du texte, le journal d’une touriste européenne, est nourri d’anecdotes, d’observations, d’échanges aimables mais sommaires avec les autochtones. Partout l’eau est présente : pluie, rivières, nuages, lacs, à quoi se conjuguent étroitement le monde végétal – rizières, bambous, lotus – et l’insistant motif de l’horizon montagneux. Un modèle familier assure la cohérence des notations : celui du « paysage », de la « vue » pittoresque. Proche de l’imagerie chinoise traditionnelle, le réseau des notations visuelles présente en effet un aspect quasi « pictorialiste », comme le genre photographique bien connu : « je marche dans des estampes / où passe parfois la figure d’un mandarin. » S’y entremêlent des touches olfactives et gustatives plus sensuelles : le parfum entêtant de l’osmanthus, celui du camphrier, les victuailles odorantes et colorées sur les étals des marchés, et surtout les repas aux subtiles combinaisons sucré-salé, aigre-doux, chaud-froid… Continuer la lecture

Passés mais point perdus

Un coup de cœur du Carnet

Guy GOFFETTE, Pain perdu. Poèmes, Gallimard, 2020, 150 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-07-289494-7

guy goffette pain perduEn 2016, comme il le raconte à Nicolas Crousse (Le Soir, 17 mai 2020), Guy Goffette est victime d’un A.V.C. qui l’empêchera d’écrire trois années durant. Or, Gallimard lui demande instamment quelque manuscrit. L’auteur s’avise alors de fouiller son tiroir de poèmes restés inédits, soit qu’à l’époque ils lui aient paru insatisfaisants, soit qu’ils s’intégraient mal dans un projet de recueil. Il en choisit plusieurs, leur apporte les modifications qu’il juge opportunes, opération facilitée par le recul : certains textes remontent à de longues années, jusqu’à 1964… D’autres, qui avaient paru dans des revues ou des anthologies, font l’objet d’une sélection et d’une révision similaires. Tel est le mode rétroactif sur lequel est né Pain perdu, dont le titre suggère plaisamment le procédé de revalidation qui en constitue la genèse. Jadis, en effet, on ne jetait pas les tranches de pain rassis : mouillées dans une soupe de lait et d’œuf, puis frites à la poêle et saupoudrées de sucre, elles devenaient une quasi friandise. Continuer la lecture

Où l’insignifiant jouxte l’essentiel

Serge NÚÑEZ TOLIN, Près de la goutte d’eau sous une pluie drue, Rougerie, 2020, 70 p., 13 €, ISBN : 978-2-85668-407-8

Tel qu’il se révèle à petites touches dans ce nouveau recueil, l’auteur n’est pas un écorché vif ou un parangon de l’angoisse existentielle, tant s’en faut. Au gré de nombreuses variantes, le thème de l’Accord en effet ne cesse de se renforcer en se répétant au fil des pages : connivence du poète avec la nature en ses aspects les plus humbles, bouffées de joie, sentiment apaisant d’exister, « nuit resplendissante de la présence », intuitions de la totalité et de la beauté, bonheur comme « risque » à prendre ou, plus simplement, comme cet accueil du matin qui se fait en moi autant qu’au dehors. Ainsi le texte de Flaubert qui ouvre la seconde partie rêve-t-il d’une assimilation complète avec le monde naturel. Même un bref moment de mélancolie ne suffit pas à fissurer la confiance. Le plus surprenant, dans tout ceci, est la bonne adéquation du langage verbal au réel : « les mots rejoignent ce qu’ils désignent. Tout s’accorde alors que je parle, chaque mot fait mouche et les choses reçoivent, avec le nom qu’on leur a donné, notre présence reconduite » ; « passer les mots par la prairie du réel. […] S’ajuster au réel, ce qu’on ne cesse de faire ». On le constate, leçon d’attente, d’attention et de patience, la poésie de Serge Núñez Tolin tranche fortement avec une tendance dominante ces dernières décennies : l’extrême difficulté de trouver une entente stable avec soi-même, condition pourtant indispensable pour faire la paix avec le monde extérieur et les autres, l’inadéquation radicale des mots jouant dans ce mal-être un rôle décisif. Continuer la lecture

Les débuts de Jean Ray

Jean RAY, Les contes du whisky, texte établi par Arnaud Huftier, postface de Jacques Carion et Joseph Duhamel, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2019, 256 p., 10 Ꞓ, ISBN 978-2-87568-420-2
Le carnet pédagogique « Le fantastique, autour de Jean Ray » est téléchargeable gratuitement sur le site Espace Nord

ray les contes du whisky espace nordEn 1925, le Gantois Raymond De Kremer, 38 ans, a déjà publié divers textes dans des périodiques, la plupart en néerlandais, sous le pseudonyme « Jean Ray ». C’est alors que La Renaissance du Livre édite en français – désormais sa langue d’écrivain – son premier volume, Les contes du whisky, recueil de vingt-sept nouvelles étranges parues en revue auparavant, sauf une. Continuer la lecture

Un roman inédit de Madeleine Bourdouxhe

Madeleine BOURDOUXHE, Mantoue est trop loin. Névrosée, 2019, coll. « Femmes de lettres oubliées ». 208 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-9311048-16-0

Madeleine Bourdouxhe, dont Gallimard a publié La femme de Gilles en 1937, soumet à l’éditeur en 1956 le manuscrit d’un nouveau roman, Mantoue est trop loin – après en avoir publié les premières pages dans Le Monde nouveau sous le titre Les temps passés. D’abord accepté, il est ensuite refusé sans explication. Sans doute l’avis favorable du comité de lecture n’a-t-il pas été suivi plus haut, devant cette œuvre complexe où les normes narratives classiques sont bousculées à plus d’un titre. Rappelons que l’autrice se lie vers 1949 avec J.P. Sartre, dont vient précisément de paraitre l’essai anticonformiste Qu’est-ce que la littérature ?  À la même époque, N. Sarraute entame une série d’articles qui marquera les débuts du « nouveau roman ». Sans aucun doute, M. Bourdouxhe est influencée par ce courant novateur, qui notamment rejète l’analyse introspective des personnages au profit d’une approche behaviouriste, mais veut aussi se dégager du récit linéaire pour mettre en jeu une narration diffractée, assortie de nombreux effets de miroir. Ces choix romanesques n’iront pas sans déconcerter. Si M. Marini évoque « un texte à facture originale » (1989), C. Sarlet « se perd dans l’entremêlement des voix et des points de vue narratifs », ajoutant que « l’ajustage de la machine narrative qui eût permis le passage entre les différents niveaux du récit n’est pas au point » (1993). Quant à la préface de l’actuelle réédition et à la 4e de couverture, elles sont tout aussi réticentes : « certes, cette fusion engendre une certaine confusion. Nous voulons comprendre, mais nous ne pouvons pas comprendre »… Continuer la lecture

Le top 3 de Daniel Laroche

Le meilleur de l’année littéraire belge 2019 par les chroniqueurs du Carnet et les Instants. Aujourd’hui : le choix de Daniel Laroche Continuer la lecture

Une voix qu’on entend de loin et si près

Laurent DEMOULIN et Pierre PIRET (dir.), Nicole Malinconi, Textyles n°55, Samsa, 2019, 217 p., 15 €, ISBN : 978-2-87593-232-7

C’est la voix de Nicole Malinconi, traversée de toutes les voix du monde.

Il fallait bien tout un volume de la revue Textyles, dirigé par Laurent Demoulin et Pierre Piret, pour considérer l’ampleur et la diversité d’une œuvre singulière et plurielle comme la sienne. C’est dire que tous les articles portent un éclairage nouveau et un regard différent quel que soit l’aspect envisagé. Ils recouvrent la presque totalité des textes publiés jusqu’alors. D’Hôpital silence à l’Abécédaire des mots détournés, ils relatent l’expérience intime comme dans Nous deux ou détachent un pan de l’histoire sociale comme dans De fer et de verre. Continuer la lecture

Au-delà de l’érotisme

Arnaud DELCORTE, Tjukurrpa, Peintures de Kevens Prevaris, Éranthis, 2019, 134 p., 20 €, ISBN : 978-2-87483-019-8

« Tjukurrpa » est un mot de la langue anangu, propre à un peuple aborigène d’Australie. Il signifie « le temps du rêve », cette ère mythique totalement éthérée qui a précédé la création de la Terre, mais continue de coexister discrètement avec le monde tangible. Utiliser comme titre d’un recueil poétique ce mot exotique – qui reviendra une seule fois, en fin de volume – n’est pas un geste superficiel. C’est suggérer d’emblée l’existence d’une « quatrième dimension », de nature à la fois cosmogonique et spirituelle, sans toutefois que l’auteur juge nécessaire d’en mener davantage l’exploration. Au fil des pages, il accorde en effet une plus grande place aux origines du bouddhisme, à travers le personnage de Shakyamuni, « fils aîné du soleil et havre de sagesse », également qualifié de « Tathâgata », et auquel succèdera un jour Maitreya ; un autre poème mentionne l’érudit-traducteur Kumârajîva, patriarche de l’école des Trois Traités, qui influença fortement le bouddhisme chinois… Troisième grande référence spirituelle d’Arnaud Delcorte : l’épopée de Gilgamesh dans la Mésopotamie antique, où apparaissent son ami Enkidu, Soumouqân, dieu des troupeaux et des bêtes sauvages, mais aussi la déesse Arourou, génitrice de Gilgamesh. Continuer la lecture