Archives par étiquette : Tito Dupret

Le poème est un sursis

Christophe KAUFFMAN, 68-18, Tétras Lyre, 2020, 76 p., 14 €, ISBN : 978-2-930685-50-2

68-18 de Christophe Kauffman,
c’est 57 sonnets sur cinquante années,
vers cette fatalité, heurtant de sa canne :
Désormais j’ai vécu plus que je ne vivrai.
Ce qui nous conduit à cette double détresse :
la vie sera plus lente et passera plus vite. Continuer la lecture

Cabinet de lettrosités

Tristan ALLEMAN, Sarabandes, Chat polaire, 2019, 104 p., 12 €, ISBN : 978-2-9311028-04-9

Depuis Prélude jusqu’à Silence, Sarabandes de Tristan Alleman sculpte 88 pages de petits objets littéraires qui sont autant de déridantes dérisions et de petits dérèglements. Vingt heures : l’heure du crime. Le fantôme est en avance. Chaque textes est un petit pavé astucieusement taillé et amusément jeté dans la marre du bon sens. Il éclabousse l’esprit de pensées nouvelles a priori sans connexions. Pourtant pertinentes : Que seraient châteaux et manoirs sans leur hantise ? Continuer la lecture

À la poursuite de l’enfant-diamant

Alain LALLEMAND, L’homme qui dépeuplait les collines, Lattès, 2020, 347 p., 20,90 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978-2-7096-6614-5

L’aventure est grande, dense, jules-vernienne : c’est un roman d’exploration où l’on course le diamant, le coltan, l’uranium, l’enfance, la filiation, l’amour. Il y a dans L’homme qui dépeuplait les collines un luxe d’humanité dont on se doute que la réalité est beaucoup plus dure sur place, au Congo, Sud-Kivu, en pleine jungle rongée par l’avidité des uns et la survie des autres. Continuer la lecture

« Ode à l’amour, la souffrance et la mort »

Jasmine NGUYEN, Po’aime-moi, Bleu d’encre, 2019, 52 p., 12 €, ISBN : 78-2-930725-27-7

La poésie joue un rôle ultime dans la vie des auteurs ; sans doute aussi des lecteurs. S’il existe cent mille raisons de prendre la plume et d’écrire des poèmes, il en est une majeure où toutes peut-être se rejoignent : transcender la langue et par ce chemin, sublimer la réalité. Or celle-ci est sans mesure pour Jasmine Nguyen. Médecin spécialisée dans les cancers du sang, auteure ici d’un premier recueil, elle a manifestement acquis une conscience précise de ce que l’écriture et la poésie apportent à sa vie. Un exutoire et une libération. Continuer la lecture

La ronde honnie

Stanislas COTTON, Le joli monde, Murmure des soirs, 2020, 94 p., 16 €, ISBN : 978-2-930657-58-5

Une plume s’offre à une autre pour écrire son œuvre posthume et raconter l’indicible, l’ineffable ; ce que personne ne peut accepter ni comprendre. Et surtout pas l’humanité. Peu avant sa mort, Ariel Bildzek, ce géant de la littérature mondiale, m’a révélé ce qu’il n’avait jamais raconté à personne.

La réalité nazie reste sans réponse possible, incommensurable et sans réconciliation entre l’être et l’humain. Et justement… si être humain n’était pas un lumineux supplément d’âme, mais bien une sombre erreur de la nature ? Je suis entré, j’ai repoussé le panneau et je me suis retrouvé nez à nez avec un type qui me souriait. J’ai remarqué une tête de mort sur le col de son uniforme.


Lire aussi : Écrire sur les camps aujourd’hui (C.I. 199)


Continuer la lecture

Déborderoman caniculaire

Claude DONNAY, On ne coupe pas les ailes aux anges, M.E.O., 2020, 284 p., 20 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978-2-807002-28-9

Bruxelles en fusion, l’asphalte nappe plus que mollement les pavés, à portée de poings d’esprits chauffés à blanc. Claude Donnay campe un été prophétique où les thèmes écologiques, économiques, politiques et sociaux envahissent la fiction pour se heurter à un grand chaos. Tout a fondu en une mélasse grise et puante. Soit une fable qui met aux tréfonds de notre bonne société un thermomètre rougi par une flambante actualité. Il y a peut-être un brin d’anticipation dans ce roman : et s’il nous racontait un prochain été en nos belles régions tempérées ? Continuer la lecture

C’était sait

Edgar KOSMA, #VivreAuVingtEtUnièmeSiècle, Arbre à paroles, 2019, 113 p., 15 €, ISBN : 978-2-87406-688-7

Samedi soir, lors de dédicaces chez Home Frit’ Home, librairie-galerie-boutique du surréalisme et micro-musée de la frite à Forest, Edgar Kosma m’accueille avec douceur et simplicité. Il a manifestement l’habitude de recevoir un inconnu venu de nulle part. Et d’emblée, il absorbe les questions d’un regard profond dans celui de son interlocuteur. De temps en temps, son champ de vision s’élargit et part pas mal loin pendant qu’il répond. Continuer la lecture