Archives par étiquette : Tito Dupret

Mystique boréale

Françoise DELMEZ, Les nombreuses étendues ouvertes de la mer, Traverse, 2018, 82 p., 14 €, ISBN : 978-2-93078-329-1

Françoise Delmez mouille la plume comme l’ancre d’un bateau dans un été de la vie de Léon Losseau. L’étincelle est l’étonnement. Qu’est-ce que le petit avocat montois (il a peu plaidé), riche bourgeois et grand bibliophile — 100.000 livres ! –, est parti faire tout là-haut sur la carte, dans les eaux froides du cercle polaire ? Contemporain du fameux Paul Otlet qu’il invitait chez lui, tous deux étaient « sûrs que l’accès à la connaissance était un facteur de prospérité et de paix pour l’ensemble de l’humanité. » Tel est peut-être un premier aspect de son départ ? La connaissance ? Continuer la lecture

Jeux de maux, jeux de l’égo

Luc TEMPLIER, Les derniers jours du Moi, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2018, 211 p., 15 €, ISBN : 978-2-87489-497-8

Les derniers jours du Moi en sont confis. C’est une apothéose du je pour le non-nommé Personne. Celui-ci écrit son anamnèse, reconstituant sur le conseil de son psychiatre, l’histoire pathologique de sa maladie : « Mal dans ma peau ? C’est peu dire ! Surtout mal dans ma peau de mâle. Imbu de ma personne, j’avais la gueule de bois », la gueule de moi. Continuer la lecture

Au bord des précipiscines

Jean-Luc & Simon OUTERS, Maîtres nageurs, Pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2018, 64 p., 15 €, ISBN : 978-2-87429-106-7

Dans Le voyage de Luca, prix Rossel des jeunes en 2008, Jean-Luc Outers s’émerveillait au travers des yeux de ses personnages, incrédules sur les bords du précipice du Colorado, grand auteur liquide du Grand Canyon. Devant tant d’une magnificente beauté, hébété, il se demandait devant le divin œuvre de la nature : « combien de conversions au bord du précipice ? » Continuer la lecture

Érotiquement correct

Caroline LAMARCHE et Nathalie AMAND, Papier-collants, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2018, 64 p., 15 €, ISBN : 978-2-87429-107-4

Au nichon, pardon, au sein du politiquement incorrect, il y a l’érotisme. Un genre soi-disant désuet, à la fois confus et diffus, c’est-à-dire complexe et donc incompatible avec notre moderne époque des #MeToo et #BalanceTonPorc. Nous vivotons dans une période manichéenne où la pudibonderie et la pornographie échangent plus aisément sur les tournantes sodomites ou sur la théorie des genres plutôt que — trop simplement — sur les corps. Période de vaches maigres pour l’érotisme ? Mort aux vaches quand même !


Lire aussi : « Littérature & érotisme », numéro thématique du Carnet


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La plume de pigeons combattant

Jean-Marc RIGAUX, L’Armistice se lève à l’Est, Murmure des soirs, 2018, 173 p., 16 €, ISBN : 978-2-930657-45-5

À La Grande Librairie sur France 5, Amélie Nothomb affirmait récemment qu’après « quatre heures d’écriture, on est exténué. C’est un sport de haut niveau. » Or, pour Jean-Marc Rigaux aussi, l’écriture est physique. Marathonien très entraîné, il fut un temps où il finissait parmi les cinquante premiers coureurs à l’arrivée de New York. Coureur de fond, il a besoin de pousser ses limites jusques aux bouts : la saturation, l’épuisement voire le rejet. Son nouveau recueil est le résultat de cent relectures. Continuer la lecture

Derrière l’impossible des mots

Jean-Marie CORBUSIER, L’air, pierre à pierre, Taillis Pré, 2018, 137 p., 16 €, ISBN : 978-2-87450-134-0

Au téléphone, Jean-Marie Corbusier me dit qu’il est perfectionniste et pessimiste. Quel paradoxe ! Vouloir atteindre le sommet et ne pas y croire… Pour justifier cette apparente contradiction, il ajoute que pour lui, le mot est un obstacle derrière lequel il existe un espace nouveau et plus grand : le bonheur. À l’exemple du boxeur qui trouve la victoire après le combat. Autre explication : il fait une différence majeure entre le poème et la poésie. Continuer la lecture

Arbres, poème et paix

Anne ROTHSCHILD, Nous avons tant voyagé, Taillis Pré, 2018, 95 p., 13 €, ISBN : 978-2-87450135-4

Parmi les pistons de la poésie, les pulsions priment. De mort comprises. En amont, elles se forment, se compriment en pépites dans le corps et de cette mine s’extrait un trésor de mots sélectionnés avec soin (sens, son, respiration) pour les exposer et transmettre… en aval, à bout de souffle, au moment de rejoindre l’océan, le néant. Continuer la lecture