Archives par étiquette : Tito Dupret

Heuristique saisonnière

David ANDRÉ, Saisons d’encre, L’âme de la colline, 2019, 114 p., 15 €, ISBN : 978-2-9602025-1-9

Un almanach de 365 tercets entre haïkus et aphorismes racontant la météo intérieure d’un nouvel auteur attentif aux mouvements sourds et certains des jours ; mourant et renaissant… encore et toujours. David André compte les syllabes comme les secondes de la course entre éclairs et tonnerres sur un bout de campagne boueux, herbeux ou pierreux selon le calendrier. Continuer la lecture

« Son Bateau ivre »

Rony DEMAESENEER et Alain MUNOZ, L’habitude (presque) rassurante des départs, Éléments de langage, 2019, 106 p., 15 €, ISBN : 978-2-930710-18-1

Collectionneur passionné de Rimbaud, père d’un Arthur de quatre ans, Rony Demaeseneer bâtit avec ce recueil de fragments, son propre Bateau ivre. Tel celui de Thésée, il le construit avec des souvenirs familiaux épars depuis Prague jusque Bruxelles. Cette ligne de huit cents kilomètres d’Est en Ouest, par-dessus le 50e parallèle, tisse son identité et son récit d’un fil à la fois géographique et généalogique ; de ses grands-parents à son fils, ultime destinataire de ce long poème très dense. Continuer la lecture

L’ombre longue de nos épaules

Timotéo SERGOÏ, Traverser le monde avec un sac de plumes, Murmure des soirs, 2019, 168 p., 15 €, ISBN : 978-2-930657-48-6


Pendant dix ans j’ai voyagé, traversé quarante pays, écrit des centaines de feuillets. Des textes courts retraçant au jour le jour mon parcours. C’était au début des années 2000. Je tenais un « blog ». Cela ne s’appelait pas encore comme ça. En route, rien n’était alors techno-simple comme aujourd’hui. C’était un carnet de voyage, un journal de bord en lignes par milliers. Je me suis parfois demandé que faire de tous ces textes intimes et exotiques. Faudrait-il les retravailler pour publier ? Continuer la lecture

Aimer d’amitié

Jean-François FÜEG, Notre été 82, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2019, 127 p., 13 €, ISBN : 978-2-87489-525-8

L’amitié est un sentiment universel. Elle élève l’âme, cette immatérialité à la fois solitaire et solidaire. Ainsi, l’amitié est peut-être la moitié de l’âme. Elle est un alter ego, un autre que soi, égal et juste, une possible libération de l’esprit et du corps. Elle est intangible et pure, comme l’amour. Elle est irrationnelle et non reproductible. Elle est donc immorale, car on ne peut aimer tout le monde de la même manière. Or la morale doit s’appliquer à tout être humain, dixit Kant. Rutebeuf s’en fout. Continuer la lecture

Du dedans des histoires

Thierry LEFÈVRE, Les histoires de la baraque, Lansman, 2018, 123 p., 12 €, ISBN : 978-2-8071-0212-5 – Spectacle à Bruxelles du 19 au 30 mars 2019

On imagine aisément la scène de théâtre expressionniste, les planches de chêne nues aux murs et au sol, une chaise de pin pour seul mobilier, des herbes en brins sur le bas du pantalon, la rosée dans la voix sépulcrale, un tableau bucolique de cabane, des couleurs plus sombres que vives, un éclairage de braises et l’ancien temps retrouvé du griot, du barde, du fableur, du magicien des mots et du conteur de vérités comprises sans démonstration.

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Sens, essence et résonance

Iocasta HUPPEN, 130 haïkus à entendre, sentir et goûter, Bleu d’encre, 2018, 62 p., 10 €, ISBN :978-2-930725-24-6808113

Mi-décembre à Bruxelles, à La Fleur en Papier Doré, salle Magritte à l’étage, Iocasta Huppen préside le kukaï #17, une rencontre de haïjin, auteurs de haïkus. D’une diction parfaite et d’une voix fluide, haute de gamme comme celle d’un oiseau délicat, l’auteure de 130 haïkus lit les tercets anonymisés des participants. Chacun a voté pour ses trois préférés parmi ceux du jour, surgis de contraintes ouvertes: l’hiver, thème libre, la fée Mélusine. Le gagnant est Alain Henry avec trois votes pour « Dernier voyage / mes valises / pas prêtes ».

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Mystique boréale

Françoise DELMEZ, Les nombreuses étendues ouvertes de la mer, Traverse, 2018, 82 p., 14 €, ISBN : 978-2-93078-329-1

Françoise Delmez mouille la plume comme l’ancre d’un bateau dans un été de la vie de Léon Losseau. L’étincelle est l’étonnement. Qu’est-ce que le petit avocat montois (il a peu plaidé), riche bourgeois et grand bibliophile — 100.000 livres ! –, est parti faire tout là-haut sur la carte, dans les eaux froides du cercle polaire ? Contemporain du fameux Paul Otlet qu’il invitait chez lui, tous deux étaient « sûrs que l’accès à la connaissance était un facteur de prospérité et de paix pour l’ensemble de l’humanité. » Tel est peut-être un premier aspect de son départ ? La connaissance ? Continuer la lecture