Archives par étiquette : Tito Dupret

Érotiquement correct

Caroline LAMARCHE et Nathalie AMAND, Papier-collants, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 2018, 64 p., 15 €, ISBN : 978-2-87429-107-4

Au nichon, pardon, au sein du politiquement incorrect, il y a l’érotisme. Un genre soi-disant désuet, à la fois confus et diffus, c’est-à-dire complexe et donc incompatible avec notre moderne époque des #MeToo et #BalanceTonPorc. Nous vivotons dans une période manichéenne où la pudibonderie et la pornographie échangent plus aisément sur les tournantes sodomites ou sur la théorie des genres plutôt que — trop simplement — sur les corps. Période de vaches maigres pour l’érotisme ? Mort aux vaches quand même !


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La plume de pigeons combattant

Jean-Marc RIGAUX, L’Armistice se lève à l’Est, Murmure des soirs, 2018, 173 p., 16 €, ISBN : 978-2-930657-45-5

À La Grande Librairie sur France 5, Amélie Nothomb affirmait récemment qu’après « quatre heures d’écriture, on est exténué. C’est un sport de haut niveau. » Or, pour Jean-Marc Rigaux aussi, l’écriture est physique. Marathonien très entraîné, il fut un temps où il finissait parmi les cinquante premiers coureurs à l’arrivée de New York. Coureur de fond, il a besoin de pousser ses limites jusques aux bouts : la saturation, l’épuisement voire le rejet. Son nouveau recueil est le résultat de cent relectures. Continuer la lecture

Derrière l’impossible des mots

Jean-Marie CORBUSIER, L’air, pierre à pierre, Taillis Pré, 2018, 137 p., 16 €, ISBN : 978-2-87450-134-0

Au téléphone, Jean-Marie Corbusier me dit qu’il est perfectionniste et pessimiste. Quel paradoxe ! Vouloir atteindre le sommet et ne pas y croire… Pour justifier cette apparente contradiction, il ajoute que pour lui, le mot est un obstacle derrière lequel il existe un espace nouveau et plus grand : le bonheur. À l’exemple du boxeur qui trouve la victoire après le combat. Autre explication : il fait une différence majeure entre le poème et la poésie. Continuer la lecture

Arbres, poème et paix

Anne ROTHSCHILD, Nous avons tant voyagé, Taillis Pré, 2018, 95 p., 13 €, ISBN : 978-2-87450135-4

Parmi les pistons de la poésie, les pulsions priment. De mort comprises. En amont, elles se forment, se compriment en pépites dans le corps et de cette mine s’extrait un trésor de mots sélectionnés avec soin (sens, son, respiration) pour les exposer et transmettre… en aval, à bout de souffle, au moment de rejoindre l’océan, le néant. Continuer la lecture

Le petit prince prend le métro

Ludovic FLAMANT et Jeroen HOLLANDER, Passagers, Esperluète, 2018, 48 p., 14 €, ISBN : 978-2-35984-097-1

A priori, on peut hésiter entre des cartes du ciel et des cartes souterraines. Ou bien ce sont des circuits pour apprendre l’électricité ? Des plans de connexions synaptiques dans la boîte crânienne ? Ou bien le labyrinthe à bords perdus de minces terriers ? C’est peut-être le réseau raisonné des racines des hêtres de la Forêt de Soignes ? De ces points et lignes ainsi fixés sur les pages fourmille une intense mobilité… Probablement celle de nos émotions, de nos obsessions enfouies dans la profondeur incartographiable de nos cerveaux. Continuer la lecture

Le pervers guette

Élodie WILBAUX, Le voisin de la cité Villène, M.E.O., 2018, 170 p., 16 €, ISBN : 978-2-8070-0168-8

Suffit-il d’une mention sur la couverture et d’un avertissement pour faire d’un témoignage un roman ?

Cette histoire est basée sur des faits réels. Par souci de confidentialité, les noms des personnes, lieux et dates ont été changés.

L’écriture attentive d’Élodie Wilbaux, entre reportage et procès-verbal, fait nettement pencher la balance vers le témoignage. À la fois celui des victimes, une bande de garçons de sept-huit ans pris dans la sordide confusion des sentiments orchestrés par un adulescent pédophile, et sa propre expérience : Continuer la lecture

Page-soleil à incendier le futur

Rio DI MARIA, Énigmes du seuil, L’Arbre à paroles, 2018, 148 p., 15 €, ISBN : 978-2-87406-674-0

Pour énigmatique qu’il soit, ce nouveau recueil de Rio Di Maria est en continuité des précédents et il place au seuil d’un espace littéraire qu’il maîtrise autant qu’il s’y perd à volonté. Ses poèmes ressemblent rigoureusement à ses dessins ; entre abstraction et surréalisme. Ils sont d’un égal effet à partir d’un scrupuleux souhait de ne pas avoir de destination au départ de la plume. La forme et la lettre cherchent le parcours le plus libre sur la feuille blanche. Continuer la lecture