Résonner, construire, relier

Véronique WAUTIER et Pierre TRÉFOIS, Dans nos mains silencieuses, Éranthis, 2018, 34 p., 12€, ISBN : 978-2-87483-017-4

« À la fin deven[ir] / le contraire / de [sa] souffrance » ne se fait pas sans arrachement. Véronique Wautier et Pierre Tréfois le savent parfaitement – du moins, c’est ce que rend sensible le recueil Dans nos mains silencieuses, issu de la collaboration entre la poète et l’artiste. « En nous deux armées s’affrontent / mais l’une est sans armes / et c’est elle qui l’emportera » ; jusque-là il faudra s’armer de bienveillance et d’attention pour ce qui nous lie, ce qui nous relie à l’autre, à la présence, à la « vie rude ». Il faudra s’armer de douceur, ce « point d’attache entre les deux mondes ». Continuer la lecture

L’urgence est aussi littéraire

Un coup de cœur du Carnet

Caroline LAMARCHENous sommes à la lisière, Gallimard, 2019, 165 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 9782072819292

Nous sommes à la lisière : superbe titre pour un recueil de nouvelles qui ne l’est pas moins. Caroline Lamarche s’était déjà, dès ses débuts, révélée comme une auteure exigeante en matière de littérature et d’écriture peaufinée. Le recueil de nouvelles, Le jour du chien, publié aux éditions de Minuit en 1996, lui valut d’emblée le prix Rossel. À la suite d’un chien en errance, elle traçait le portrait d’humanités au bord de gouffres.

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Redécouvrir la satire dans la presse des années 1930

Amélie CHABRIER et Marie-Astrid CHARLIER (dir.), Coups de griffe, prises de bec. La satire dans la presse des années trente, Impressions Nouvelles, 2018, 222 p., 29,50 €, ISBN : 978-2-87449-636-6

Comme elle était vivante, foisonnante, percutante, la satire dans la presse francophone de cette époque !

Elle se déploie dans le livre-album Coups de griffe, prises de bec, qui en explore, par le texte et par l’image, toutes les facettes, de la gouaille à l’insolence mordante, de l’humour à la causticité, de la moquerie à la charge virulente, de la pochade à la caricature féroce.

Un ensemble détonant, passionnant, composé, sous la direction d’Amélie Chabrier et de Marie-Astrid Charlier, par une équipe internationale de chercheurs (France, Belgique, Canada). Continuer la lecture

Franca Doura et les territoires du désir

Franca DOURA, La boutique des fins heureuses, Academia, coll. « Livres libres », 2018, 130 p., 14 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-8061-0432-8

Si le titre du troisième roman de Franca Doura fait songer au recueil de nouvelles de Bruno Schulz, Les boutiques de cannelle, son récit construit l’espace de la lecture comme une boutique dans laquelle on pénètre, happé dans un climat de hasard, de fête foraine et de magie. Arpentage poétique des territoires de l’enfance, des paysages de l’amour, d’une recherche d’insolite, de rencontres fulgurantes, La boutique des fins heureuses s’ouvre sur une attraction d’une fête foraine, un spectacle intitulé Mémoire du monde. Sur la piste, un homme doué d’une mémoire prodigieuse répond sans faille aux questions les plus diverses du public. Les performances mnémoniques de l’artiste réveillent les souvenirs de la narratrice qui reconnaît un de ses amants, le « poète fou » Diogène qui, pour consommer leurs ébats, l’amenait dans des maisons closes. La réalité n’est jamais ce qu’elle est, elle se révèle sous son double. Les évidences se complexifient, la roue du hasard tourne. Si le prodige des chiffres ressemble à Diogène, il est en réalité son frère jumeau, Paco. Après avoir été l’amante du premier, la femme devient celle du second. Continuer la lecture

Rendez-vous impossible au château de Portavent

Pierre  HOFFELINCK, Les héritiers de Portavent, Murmures des soirs, 2019, 134 p., 16€, ISBN : 978-2-930657-49-3

Enfants, Irina et Pavel, qui sont cousins, ont passé leurs vacances d’été au château de Portavent, en compagnie de leur tante Olga. À sa mort, celle-ci leur a légué le château de leur enfance, où ils se retrouvent des années plus tard. Ainsi commence Les héritiers de Portavent, deuxième roman du Liégeois Pierre Hoffelinck.

Le récit explore l’effet des retrouvailles sur ces deux personnages, qui se sont quittés enfants et se revoient devenus adultes, dans un lieu isolé, chargé d’histoire. Retrouvailles, mais aussi huis clos, car, hormis Irma, la bonne, les deux cousins sont seuls au château. Continuer la lecture