La rage au corps

Catherine LOCANDRO, Cassius, Albin Michel, 2019, 242 p., 15 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782226437570

La collection « Litt’ » chez Albin Michel Jeunesse est assez intéressante dans la mesure où elle propose des biographies romancées d’hommes et de femmes qui ont marqué l’histoire. Par exemple, on peut y découvrir le destin particulier de Simone Veil, Marie Curie ou Katherine Johnson.

Dans Cassius, Catherine Locandro nous propose de plonger dans l’enfance et l’adolescence de Cassius Clay, surnommé plus tard Mohamed Ali. Cassius a grandi à Louisville (Ohio) dans les années 1950 avec ses parents et son frère cadet, Rudy. La vie n’était pas toujours un long fleuve tranquille avec un père colérique souvent ivre, parfois violent, mais l’amour bienveillant de « Mama bird » a permis de maintenir la cellule familiale soudée et de faire grandir deux garçons solides. Continuer la lecture

La vie (près de) chez soi

William CLIFF, Le temps suivi de Notre-Dame, Table ronde, 2020, 128 p., 15 €, ISBN : 979-10-371-0650-6

Il est une des modalités de la lecture qu’Umberco Eco regrettait mais estimait inévitable : le titre d’un livre s’avère presque toujours déjà une clef interprétative. Ainsi se prépare-t-on, peut-être, à lire LE TEMPS suivi de NOTRE-DAME comme une réflexion philosophique versifiée (au regard de l’indication générique : Poésie) prolongé d’un hommage à la cathédrale parisienne dont la flèche et une partie du toit ont été détruits il y a un an. Une fois le livre ouvert et six pages tournées, en découvrant que le titre dédié à la première et principale partie du recueil a perdu ses capitales (même à l’initiale) pour devenir le temps, on recadre. Continuer la lecture

À pleines dents

Aylin MANÇO, Ogresse, Sarbacane, coll. « Exprim’ », 2020, 274 p., 16€/ ePub : 11.99 €,  ISBN : 978-2-37731-375-4

Paru dans la collection « Exprim’ » chez l’éditeur Sarbacane, Ogresse est un roman pour adolescents frontal, sans détour, et surtout, honnête.

D’un bout à l’autre de l’histoire, la psychologie des personnages est soignée, tant dans les relations entre les différents protagonistes que dans l’expression des tensions et désirs qui habitent l’héroïne, justement surnommée « H ».

On retrouve dans ce récit les préoccupations des ados d’hier et d’aujourd’hui : l’amitié, la peur de rejet, la divorce des parents et l’éveil, parfois déroutant, d’une sexualité. Ces sujets sont traités sans détour, avec une loyauté face au réel dont seule fait preuve une autrice qui garde bien en tête les joies et douleurs de l’adolescence. Continuer la lecture

Tenaces amitiés d’enfance au pays des mille collines

Monique BERNIER, Les hibiscus sont toujours en fleurs, MEO, 2020, 192 p., 17 € / ePub : 10.99 €, ISBN : 978-2-8070-0236-4

Le génocide rwandais restera un fait majeur de la fin du 20e siècle. L’ampleur du nombre de victimes en regard de la population, la rapidité méthodique des massacres et l’absence d’intervention de la communauté internationale ont donné à ce drame une dimension tragique qui ne cesse d’interpeller. De nombreux écrivains ont puisé leur inspiration dans ces faits, qu’ils les aient vécus ou non en tant que Rwandais. Si le sujet est loin d’avoir été épuisé, plus le temps passe, plus il impose d’apporter une contribution originale, d’autant que Monique Bernier a déjà abordé cette thématique dans La honte (Les Éperonniers, 1999), Le silence des collines (Les Éperonniers, 2001), ou encore La magie du frangipanier, roman paru en 2016 aux éditions Academia.


Lire aussi : le génocide des Tutsi au Rwanda dans la littérature belge 


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Pierre-Yves Soucy. Poésie des confins

Pierre-Yves SOUCY, D’un pas déviant, Fragments de l’attente, Lettre volée, 2020, 144 p., 19 €, ISBN : 9782873175443

Les rivages poétiques auxquels Pierre-Yves Soucy accoste dans son dernier recueil se singularisent par une géographie de l’attente et de la promesse. L’œuvre poétique qu’il construit ne cesse d’approfondir l’espace d’un verbe à venir au sens où Blanchot parlait du livre à venir. Le recueil D’un pas déviant. Fragments de l’attente met en abyme le pouvoir des mots, leur impouvoir aussi, dans une langue qui sécrète ses conditions de possibilité. Les territoires qu’il arpente sont ceux du verbe et de son avant (la partie « Ce qu’il y a toujours… avant les mots »), ceux du temps, d’un réel en suspens dont Pierre-Yves Soucy capte le double phénomène d’apparition et de dissipation. La langue est au diapason de cette phénoménologie du surgissement et du retrait, en proie au battement entre inscription et effacement. Continuer la lecture