Deux familles juives dans la tourmente

Coralie VANKERKHOVEN, La bon­bon­nière des Wag­ows­ki, Mur­mure des soirs, coll. « Brèves du soir », 2026, 304 p., 19 €, ISBN : 978–2‑931235–35‑5

vankerkhoven la bonbonnière des wagowskiLes cir­con­stances m’ont amené à lire La bon­bon­nière des Wag­ows­ki avant, pen­dant et après une journée de com­mé­mora­tion au Mémo­r­i­al et camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. L’occasion de pren­dre con­science de l’importance d’un texte comme celui-ci et d’en soulign­er l’urgence dans l’actualité du moment. Le tra­vail de mémoire qui con­cerne tout le monde se révèle plus néces­saire que jamais alors qu’il ne restera bien­tôt plus de sur­vivants et sur­vivantes pour témoign­er en direct. Con­tin­uer la lec­ture

Un jouet sur la mappemonde

Carme­lo VIRONE, Pren­dre ses quartiers, Herbe qui trem­ble, coll. « D’autre part », 2026, 103 p., 16 €, ISBN : 978–2‑488–229173

Virone-Prendre-ses-quartiersCarme­lo Virone est un poète dis­cret, rare. Avec ce nou­veau recueil, Pren­dre ses quartiers, le troisième depuis 2002, Virone pose ses bagages de bourlingueur lit­téraire. Qu’ils soient d’hiver ou d’été, il prend ses quartiers dans les ter­ri­toires de l’enfance, là où la fron­tière entre mémoire et nos­tal­gie se fait plus poreuse. Au fil du mots, les sou­venirs éclosent par bribes. Éclats, pépites qui sur­gis­sent comme une sur­prise décou­verte, avec émer­veille­ment, dans le creux de l’œuf en choco­lat. Un peu de jus de gro­seille sur les mains, une marelle dess­inée sur le pavé ou la toupie que l’enfant rêve de voir tourn­er indéfin­i­ment, voilà sans doute les rem­parts con­tre le temps qui passe. Con­tin­uer la lec­ture

Un anti-héros aux prises avec la vie

Loren­zo MORELLO, J’espère que vous allez bien, M.E.O., 2026, 180 p., 19 € / ePub : 11,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0567‑9

morello j'esmère que vous allez bienFaute d’occupations, un homme insignifi­ant devient écrivain. For­tuné à la mort de son père, il cherche à s’occuper entre ges­tion immo­bil­ière déléguée et séances de mus­cu­la­tion.

Nous ne con­naitrons jamais le prénom de ce jeune ren­tier. Seule cer­ti­tude : le nar­ra­teur n’est pas un gag­nant. Il a tout de l’anti-héros : pas d’amis, pas de famille, pas d’amoureuse. Jaloux des suc­cès lit­téraires de son ex qui rem­porte le Rous­sel (enten­dez par là le Rossel), il déroule des lieux com­muns sur les femmes et le cli­mat, entre deux ater­moiements : « Qu’avais-je fait pour mérit­er son mépris ? Pour quelle rai­son se fai­sait-elle un point d’honneur à m’ignorer ? Étais-je à ce point trans­par­ent, à ce point dénué de présence qu’elle me jugeât si peu digne d’intérêt ? » Con­tin­uer la lec­ture

Le poids du silence

Annie PRÉAUX, Quelque chose à te dire, M.E.O., 2026, 199 p., 20 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑8070–0570‑9

preaux quelque chose a te direLe nou­veau réc­it d’Annie Préaux s’ouvre sur l’annonce d’un décès : l’héroïne Agathe apprend le départ de sa mère. Agathe est une dame de 77 ans qui a gran­di dans le Bori­nage à Mons et a été élevée par sa tante Yvette, appelée affectueuse­ment Mamouyette, avec son cousin Michel, qu’elle con­sid­ère comme son « jumeau de cœur ». Elle n’est pas affec­tée par la perte de sa mère et pour cause, celle-ci ne s’est jamais occupée d’elle. Nous plon­geons alors dans les sou­venirs d’Agathe, qui n’a pas d’explication à cet aban­don. Tout ce qu’elle sait, c’est que sa mère (Blanche) était enceinte lorsqu’elle a épousé son père (Armand), et que ce dernier a été tué par une balle per­due en 1944, quelques mois avant sa nais­sance. Con­tin­uer la lec­ture

Prix Naissance d’une œuvre 2026 : les finalistes

Après une pre­mière sélec­tion de six ouvrages, le prix Nais­sance d’une œuvre dévoile ses trois final­istes. Con­tin­uer la lec­ture

… cet infini tiré à quatre épingles…

Patrick DEVAUX (texte) et Cather­ine BERAEL (gravures), Aval­oirs, Coudri­er, 2026, 75 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–082‑5

Devaux AvaloirsLes gravures de Cather­ine Berael réson­nent en un écho idéal aux courts textes de Patrick Devaux réu­nis sous le titre d’Aval­oirs. Elles ont en effet la dou­ble car­ac­téris­tique de con­serv­er les traces presque diaphanes d’un instant et, en même temps de les effac­er jusqu’à l’abstraction. La brièveté, la sobriété des poèmes réson­nent ain­si comme l’écho, loin­tain et trans­par­ent, de ce qui fut l’inspiration du poète jusqu’à ce qu’il réus­sisse à en retenir l’essentiel. Chaque texte se situe au bord d’un précipice, dont l’alignement ver­ti­cal de la typogra­phie accentue l’abîme qu’il dévoile. Con­tin­uer la lec­ture

Des silhouettes qui vont, viennent et disparaissent…

Roland LADRIÈRE, La danse uni­verselle, Tail­lis Pré, 2026, 75 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87450–252‑1

ladriere la danse universelleLa danse uni­verselle, titre du nou­veau recueil de Roland Ladrière, pour­rait être un mou­ve­ment bal­ancé orig­i­naire d’Espagne ou d’Italie, une cha­conne peut-être. En tous cas, une danse à trois temps ryth­mée par les trois moments de l’existence, la nais­sance, la vie, la mort. Une danse, un mou­ve­ment per­pétuel qui s’illustre ici par la présence du même poème en tête et en fin de vol­ume. Con­tin­uer la lec­ture

Je m’attends ailleurs

Marc VAN STAEN, Les derniers jours de Lar­ry Park­er, 180°, 20 €, ISBN : 9782940721870

van staen les derniers jours de larry parkerTout quit­ter et s’installer dans un bled per­du pour y finir sa vie. Tel est le pro­jet de Lar­ry Park­er, écrivain renom­mé, lorsqu’il arrive à Bridge Town avec sa chi­enne et qu’il décou­vre la bour­gade en com­mençant par son cimetière. Et ce n’est pas pour rien. Sur son état de san­té, il ne fait aucun secret : les excès aux­quels il a soumis son corps et les maux tenaces qui le ron­gent lui lais­sent peu d’espoir, il sait sa fin proche. Dans un sur­saut sal­va­teur, il a décidé de savour­er le temps qui lui reste sans avoir à s’encombrer des oblig­a­tions et des rela­tions qui lui pèsent. Mais il est dif­fi­cile de pass­er inaperçu quand on a fait la une avec un roman devenu un clas­sique et que l’on a des fans partout en Amérique qui ont rêvé de ser­rer la main d’un auteur qui a comp­té pour eux. Et il est aus­si malaisé, quoi qu’on en dise, de se pass­er de la caresse douce de la notoriété et des louanges que l’on a pris l’habitude de recevoir.  Aus­si la nou­velle de sa présence cir­cule-t-elle sans peine en ce lieu où il se passe peu de choses et où l’on sur­veille volon­tiers ses sem­blables. Con­tin­uer la lec­ture

Mozart, de père en fils

Éric-Emmanuel SCHMITT, Juste après Dieu, il y a papa, Albin Michel, 2026, 193 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782226488589

Schmitt Juste après dieu il y a papaEn 2026, nous fêtons le 270e anniver­saire de la nais­sance de Mozart. Éric-Emmanuel Schmitt, habitué aux par­en­thès­es musi­cales dans sa bib­li­ogra­phie, lui con­sacre aujourd’hui un nou­veau roman, Juste après Dieu, il y a papa. Con­tin­uer la lec­ture

Au cœur d’un drame

Nathalie NOTTET, Et la vie est à pren­dre, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2026, 248 p., 20 €, ISBN : 9782390770077

nottet et la vie est à prendreAprès L’envers des pôles (2015) et Le pre­mier accroc (2022), Nathalie Not­tet revient avec un nou­veau roman déroutant Et la vie est à pren­dre pub­lié aux édi­tions Weyrich, dans leur col­lec­tion « Plumes du coq ».

Un geste décon­stru­it page après page, des phras­es cour­tes qui analy­sent les raisons de maux plus pro­fonds qu’un geste… Angèle, la nar­ra­trice, fait face aux con­séquences du drame qu’elle a provo­qué : un coup de trophée sur le crâne de son mari, une mort rapi­de, laconique. Et puis la longue recherche d’une expli­ca­tion pour elle, un drame décor­tiqué par les juges, les amis, la famille, sans jamais pren­dre en compte la réal­ité d’Angèle et ses véri­ta­bles raisons. Con­tin­uer la lec­ture

Bouillon de mots

Jacques NICOLAS, Inven­taires, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026, 132 p. 16 €, ISBN : 9782390770053

nicolas inventaireÀ la faveur d’un séjour à l’hôpital, au temps du con­fine­ment, Jacques Nico­las s’est pris au jeu de la nos­tal­gie « qui engen­dre à la fois la jouis­sance et l’amertume ». Loin de son Bouil­lon natal, dans ce cube en béton où il regarde s’égoutter une per­fu­sion, il arpente les couloirs, scru­tant un monde si loin du sien, prend des notes et nous informe de l’évolution de son état. Pour lui et pour nous, il se remé­more le temps jadis et feuil­lette son album men­tal, faisant défil­er les vis­ages et les anec­dotes. Une fig­ure s’impose, celle de l’Hypocras dont il a vis­ité la demeure aban­don­née quelques années après son décès. Dans ce sanc­tu­aire où le fil du temps est demeuré sus­pendu, il scrute les objets, les traces de vie et les mots que son ami lais­sait un peu partout, au gré de ses obser­va­tions et pen­sées, sur tous les papiers qu’il avait sous la main. Il procède à un relevé minu­tieux des scories du passé, témoins d’une exis­tence sin­gulière. Au pays de la Semois, c’est la riv­ière qui donne le ton, elle qui préfère les méan­dres aux lignes droites. Elle dicte son rythme non­cha­lant et invite à la rêver­ie et à la prom­e­nade. Au fil des chemins, on salue les hommes et les femmes qui pren­nent le soleil ou taquinent le gou­jon, on engage la con­ver­sa­tion mêlée de patois : Con­tin­uer la lec­ture

La guerre afghane d’un père… belge

Un coup de cœur du Car­net

Alain LALLEMAND, Ma plus belle déc­la­ra­tion de guerre, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026, 420 p., 22,50 €, ISBN : 978–2‑39077–012‑1

lallemand ma plus belle declaration de guerreSi Ma plus belle déc­la­ra­tion de guerre a con­nu une pre­mière édi­tion en 2014 chez Luce Wilquin, cette reparu­tion chez Weyrich a gardé toute son actu­al­ité. La toile de fond en est l’Afghanistan en 2008–2009 sous tutelle des États-Unis et de leurs alliés à l’époque, mais la sit­u­a­tion de ce pays désor­mais sous régime tal­iban est cat­a­strophique, en par­ti­c­uli­er pour les Afghanes, totale­ment oubliées. De plus, l’Histoire bégaie et d’autres bour­biers human­i­taires se sont mul­ti­pliés depuis. Quant à la rela­tion intime entre un par­ent et son enfant, ici un père et son fils con­fron­tés à des choix cru­ci­aux, elle a cette uni­ver­sal­ité qui fait la qual­ité d’un grand roman. Con­tin­uer la lec­ture

Le centenaire d’André Delvaux

andré delvaux

André Del­vaux

Le cinéaste André Del­vaux aurait 100 ans aujour­d’hui. Con­sid­éré comme l’un des maitres du réal­isme mag­ique au ciné­ma et comme l’un des plus grands réal­isa­teurs belges, il a sou­vent puisé l’in­spi­ra­tion de ses films dans la lit­téra­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Souffles et lueurs de la nuit

Un coup de cœur du Car­net

François EMMANUEL, Véronique GOOSSENS, Avant que nos corps s’illuminent, Chat polaire, 2026, 60 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931028–42‑1

emmanuel avant que nos corps s'illuminentDans l’atelier de Véronique Goossens, dont il appré­cie depuis longtemps les gravures, François Emmanuel décou­vre un jour une série inti­t­ulée Errance et Aubade. Lui vient alors l’envie d’écrire à par­tir d’elle un réc­it poé­tique ; ayant choisi vingt-et-une planch­es, il les range dans un ordre pré­cis, pré­fig­u­rant ain­si le cours du texte dont il entre­prend la rédac­tion. Avec la vig­i­lante éditrice Marie Taffore­au, les images sont recadrées puis repro­duites, la mise en page ajustée, le for­mat accru, aboutis­sant aujourd’hui à ce livre mince et mag­nifique où la vie d’une femme aimante est saisie dans sa pure intéri­or­ité, de l’enfance jusqu’à l’approche de la fin… Les gravures ini­tiales, cepen­dant, n’ont rien de flat­teur ou de char­mant : en noir et blanc sur un fond légère­ment jaune-vert qui les réchauffe à peine, elles présen­tent une allure fan­toma­tique, par­fois même inquié­tante, telles des appari­tions dans la brume. Sauf une excep­tion, chaque image com­porte d’un à trois per­son­nages adultes ou enfants, ici immo­biles et là en mou­ve­ment, alter­na­tive­ment debout, assis ou couchés sur le sol. Par­fois nus, par­fois vêtus, le plus sou­vent mécon­naiss­ables, les corps peu sex­ués élu­dent toute forme de séduc­tion ou d’érotisme. Au con­traire, la fac­ture cré­pus­cu­laire, voire cauchemardesque, sem­blerait se prêter à un drame fan­tas­tique mieux qu’à une rêver­ie amoureuse. Con­tin­uer la lec­ture

Valse avec Camille Claudel

Veroni­ka MABARDI, Sous le regard des stat­ues de Camille Claudel, Esper­luète, 2026, 260 p., 20 €, ISBN : 9782359842067

mabardi camille claudelCom­ment abor­der Camille Claudel après les visions romanesques, dra­maturgiques, ciné­matographiques, choré­graphiques offertes par Anne Del­bée, Michèle Des­bor­des, Lau­rence Cre­ton, Bruno Nuyt­ten, Bruno Dumont, Marie-Claude Pietra­gal­la et d’autres ? C’est à par­tir d’un dou­ble geste que Veroni­ka Mabar­di inter­roge l’œuvre et la vie de l’artiste. D’une part, comme le titre l’énonce, le réc­it se tient au plus près du geste créa­teur de Camille Claudel. Veroni­ka Mabar­di écrit depuis un lieu, sous un angle défi­ni : sous le regard des stat­ues, depuis la mise en abyme de l’œil de Camille Claudel dans ses sculp­tures. D’autre part, tail­lé à coups de burin, le bloc textuel décrit le chemin d’une ren­con­tre élec­tive qui s’inscrit dans une tem­po­ral­ité longue. On suit Veroni­ka Mabar­di sur les traces géo­graphiques, esthé­tiques de Camille Claudel, sur les lieux où elle vécut ; elle nous fait entr­er dans le ven­tre des musées qui abri­tent ses œuvres. Con­tin­uer la lec­ture

L’Autre est-il un autre ?

Giuseppe SANTOLIQUIDO, Let­tres à l’Autre, Ker, 2026, 108 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–532‑8

santoliquido lettres a l'autreLet­tres à l’Autre, de Giuseppe San­toliq­ui­do est con­sti­tué de deux réc­its qui alter­nent rigoureuse­ment. D’une part, celui d’un homme en prison qui écrit à quelqu’un, dans une nar­ra­tion en « je ». Et d’autre part, la descrip­tion en « il » de la vie de Pierre Augi­er ; il vit avec sa femme Mireille et ses deux enfants dans le domaine agri­cole de ses beaux-par­ents. Il est infir­mi­er à l’hôpital et essaye d’aider à la ferme le reste du temps. Lui aus­si écrit, des let­tres à « l’Autre », autant à l’hôpital qu’à la ferme, en se cachant. Ce n’est que pro­gres­sive­ment et par petits indices (par exem­ple, un pronom per­son­nel inat­ten­du) que l’on devine l’identité de la per­son­ne à laque­lle ces let­tres, de cha­cun des réc­its, sont des­tinées. Et la révéla­tion de cette iden­tité crée une sur­prise à la fin du roman. Le titre Let­tres à l’Autre indique autant le nom­bre élevé de let­tres que la dou­ble orig­ine de celles-ci, la prison et le domaine. Con­tin­uer la lec­ture