Au rythme d’un “coureur de rails” impénitent

Joël SCHUERMANS, Vers Sarajevo. Une errance ferroviaire, Partis pour, coll. « Errances », 2021, 190 p., 11 €, ISBN : 9782960200461

schuermans vers sarajevoAu long de Vers Sarajevo, Joël Schuermans nous entraîne dans une étonnante « errance ferroviaire », ainsi qu’il a sous-titré son livre.

Nous nous aventurons avec lui dans une exploration des Balkans, dont Sarajevo incarne « un point de mire, un col à atteindre, un cap à suivre, une destination à rêver ». Continuer la lecture

Un joyeux petit vent frais

Un coup de cœur du Carnet

Noelia DIAZ IGLESIAS, Un ouragan dans la barbe, CFC, 2021, 112 p., 18 €, ISBN : 978-2-87572-065-8

diaz iglesias un ouragan dans la barbeUn ouragan dans la barbe est le premier album de l’autrice Noelia Diaz Igelisas. Dans cette bande dessinée qui emprunte des thématiques et certains traits à l’album jeunesse, la narration se révèle efficace, les procédés graphiques joyeux et expressifs et les personnages (dont le grand-père barbu, et Hugo que nous apercevons tous deux sur la couverture) attachants et singuliers. Continuer la lecture

Liège et ses lettres par leur « gardien de but »

Guy DELHASSE, Liège en toutes lettres, préface d’Armel Job, Éditions de la Province de Liège, 2021, 362 p., 20 €, ISBN : 9782390101673

delhasse liege en toutes lettresGuy Delhasse nous a déjà entraîné sur les pas des écrivains à Bruxelles, Namur, Gembloux, Mons, Dinant, Spa et tant d’autres cités. Nous avions d’ailleurs consacré un article à cette activité touristico-littéraire originale dans Le Carnet et les instants 192 d’octobre 2016. Mais sa ville d’élection et de prédilection reste Liège. Il y revient toujours, il l’a arpentée seul ou en excellente compagnie littéraire des milliers de fois, il lui a consacré déjà de nombreux guides mais aussi des passages dans ses propres ouvrages de fiction. Une passion qui trouve une consécration dans ce Liège en toutes lettres, où l’on apprend que l’ami Bernard Gheur a un jour baptisé Guy Delhasse « gardien de but de la littérature liégeoise ». Continuer la lecture

Naitre à nouveau

Yves NAMUR, N’être que ça, Lettres Vives, coll. « Entre 4 yeux », 2021, 92 p., 16 €, ISBN : 978-2-914577-72-4

namur n'être que ça« J’avais soudainement l’intime et profonde conviction de naître ». Ainsi débute le nouveau livre d’Yves Namur, inscrit d’emblée dans le scénario de l’illumination, cette expérience bouleversante que plusieurs traditions – hindouiste, bouddhiste, chrétienne – présentent comme une seconde naissance, le moi s’y effaçant au profit d’une sensation souveraine. Continuer la lecture

Où en sommes-nous avec la mort ?

Un coup de cœur du Carnet

Anne GUINOT, Un si profond silence, Âme de la Colline, 2021, 178 p., 15 €, ISBN : 978-2-9602025-2-6

guinot un si profond silenceAnne Guinot est née en 1983 dans « un pays de forêts et de rivières ». Elle vit en Belgique depuis 2008 (Bruxelles d’abord, le Condroz ensuite). Un si profond silence est son premier livre. Un lieu de mots d’où elle nous parle de comment sa vie s’est figée quand elle a perdu sa mère, alors enceinte de jumeaux, et de comment le silence s’est installé dans son corps. Elle avait deux ans. Continuer la lecture

Jeune, jolie, riche et morte

Bernadette DE RACHE, La fille sur le banc, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2021, 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 9782874896675

Sans doute est-ce une caractéristique majeure et heureuse du roman policier actuel que de donner tout autant de place à la vie intime des enquêteurs en charge d’élucider un crime qu’à la résolution de l’énigme criminelle elle-même. En marge de l’enquête, d’autres enjeux personnels existent, qui interagissent avec celle-ci tout en formant un récit parallèle. Lafille sur le banc s’inscrit pleinement dans cette veine narrative en nous intégrant dans l’équipe policière chargée de l’affaire sous la direction de Steve, un taiseux tout entier voué à sa mission qui le mobilise de jour comme de nuit, au point qu’il en oublie sa famille, ou néglige de dormir ou de manger. Sa volonté de comprendre les ressorts du crime et de dépasser les apparences crée en lui un mouvement mental sans repos auquel Bernadette De Rache nous associe tout en suivant tour à tour les autres membres de l’équipe : Marie l’impétueuse, qui fonctionne à l’instinct, Angelo, le magicien qui délie les secrets des ordinateurs et portables. Continuer la lecture

Liliana Cavani et Véronique Bergen : hérétiques et révolutionnaires

Un coup de cœur du Carnet

Véronique BERGEN, Portier de nuit : Liliana Cavani. Impressions nouvelles, 2021, 224 p., 20 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-87449-899-2

bergen portier de nuit liliana cavaniVéronique Bergen propose une réflexion éblouissante à partir de la trame thématique d’un film-culte qui fit scandale au moment de sa diffusion (1974) : Portier de nuit de Liliana Cavani, réalisatrice qui, dans la plupart de ses films, s’attache à décrire la complexité des sentiments amoureux, les zones d’ombre de l’être humain, englué dans des situations historiques, politiques ou sociales troublées.

Bergen, dont l’œuvre elle-même explore depuis ses débuts des personnalités en rupture et des états limites, traite de manière arborescente de l’histoire du cinéma italien, des parallélismes entre l’art de Cavani et de Pasolini, de ce qui les différencie ou rapproche des autres réalisateurs de leur génération ; du contexte socio-politique de l’Italie et de l’Europe d’après-guerre ; de l’essence du Troisième Reich[1] ; de la psychologie des bourreaux et des victimes ; de la psychologie  individuelle et de masse ; de la fonction de l’art et de la nature de la fonction scopique, de l’image et du cinéma. Continuer la lecture

Louis Adran ou l’éblouissement fauve

Un coup de cœur du Carnet

Louis ADRAN, Nu l’été sous les fleurs précédé de Traquée comme jardin, Cheyne, coll. « Verte », 2021, 96 p., 17 €, ISBN : 978-2841163052

adran nu l'été sous les fleursAprès un éblouissant premier recueil poétique Cinq lèvres couchées noires, paru aux Éditions Cheyne en 2020, Louis Adran nous plonge dans l’incandescence fauve d’un deuxième recueil, Nu l’été sous les fleurs précédé de Traquée comme jardin.

Qu’est-ce que la syntaxe ? Comment épouse-t-elle une autre langue après avoir consommé le divorce avec la langue officielle ? L’économie poétique de Louis Adran est celle d’un écrire qui rompt avec le dire. L’écrire surgit dans l’après-désastre, dans l’après-temps perdu et revient sur ce passé. Poussant plus avant le mouvement d’effacement, le poète inscrit dans le verbe même le frôlement d’aile du non-écrire, l’interruption de la lettre. Sa langue porte trace des guerres qu’on a menées contre elle, contre des populations, contre des corps, contre des paysages. Continuer la lecture

Architectes de l’imaginaire : une exposition à découvrir

affiche architectes de l'imaginaire

Du 22 septembre au 10 novembre 2021, le Forum des Halles à Louvain-la-Neuve accueille l’exposition Architectes de l’imaginaire : regards sur la scénographie belge du 20e siècle. L’exposition est produite par l’UCLouvain Culture, les AML (Archives & Musée de la Littérature), en partenariat avec le Centre d’études théâtrales. Continuer la lecture

Le roman d’un destin

Claude RAUCY, Les orages possibles, M.E.O., 2021, 146 p., 15 €, ISBN : 9782807002920

raucy les orages possibles

Certains livres nous donnent le bonheur de renouer avec le plaisir simple de la lecture d’une histoire. Le dernier roman en date de Claude Raucy appartient à cette catégorie, donnée par ces écrivains qui nous immergent littéralement dans la fiction. Coleridge évoquait cette nécessaire démarche sollicitée chez le lecteur de fiction : « la suspension volontaire de lincrédulité ». Avec le roman Les orages possibles, le lecteur renoue, au fil des 146 pages du récit, avec cette sensation. Continuer la lecture

Tout est bien qui finit bien…

Claude DONNAY, L’heure des olives, M.E.O, 2021, 280 p., 20 €, ISBN : 978-2-8070-0296-8

donnay l'heure des olives« Les écrivains passent souvent pour des obsédés sexuels, à tort ou à raison, mais moi je n’écris rien… Je ne fais rien… je ne suis rien… Parfois je me demande si mon faux burn out n’est pas en train de muter comme un virus asiatique. » Tels sont les propos désenchantés de Nathan Rivière, « héros » de L’heure des olives, dernier roman de Claude Donnay. Continuer la lecture