Après une première sélection de six ouvrages, le prix Naissance d’une œuvre dévoile ses trois finalistes. Continuer la lecture
… cet infini tiré à quatre épingles…
Patrick DEVAUX (texte) et Catherine BERAEL (gravures), Avaloirs, Coudrier, 2026, 75 p., 20 €, ISBN : 978–2‑39052–082‑5
Les gravures de Catherine Berael résonnent en un écho idéal aux courts textes de Patrick Devaux réunis sous le titre d’Avaloirs. Elles ont en effet la double caractéristique de conserver les traces presque diaphanes d’un instant et, en même temps de les effacer jusqu’à l’abstraction. La brièveté, la sobriété des poèmes résonnent ainsi comme l’écho, lointain et transparent, de ce qui fut l’inspiration du poète jusqu’à ce qu’il réussisse à en retenir l’essentiel. Chaque texte se situe au bord d’un précipice, dont l’alignement vertical de la typographie accentue l’abîme qu’il dévoile. Continuer la lecture
Des silhouettes qui vont, viennent et disparaissent…
Roland LADRIÈRE, La danse universelle, Taillis Pré, 2026, 75 p., 16 €, ISBN : 978–2‑87450–252‑1
La danse universelle, titre du nouveau recueil de Roland Ladrière, pourrait être un mouvement balancé originaire d’Espagne ou d’Italie, une chaconne peut-être. En tous cas, une danse à trois temps rythmée par les trois moments de l’existence, la naissance, la vie, la mort. Une danse, un mouvement perpétuel qui s’illustre ici par la présence du même poème en tête et en fin de volume. Continuer la lecture
Je m’attends ailleurs
Marc VAN STAEN, Les derniers jours de Larry Parker, 180°, 20 €, ISBN : 9782940721870
Tout quitter et s’installer dans un bled perdu pour y finir sa vie. Tel est le projet de Larry Parker, écrivain renommé, lorsqu’il arrive à Bridge Town avec sa chienne et qu’il découvre la bourgade en commençant par son cimetière. Et ce n’est pas pour rien. Sur son état de santé, il ne fait aucun secret : les excès auxquels il a soumis son corps et les maux tenaces qui le rongent lui laissent peu d’espoir, il sait sa fin proche. Dans un sursaut salvateur, il a décidé de savourer le temps qui lui reste sans avoir à s’encombrer des obligations et des relations qui lui pèsent. Mais il est difficile de passer inaperçu quand on a fait la une avec un roman devenu un classique et que l’on a des fans partout en Amérique qui ont rêvé de serrer la main d’un auteur qui a compté pour eux. Et il est aussi malaisé, quoi qu’on en dise, de se passer de la caresse douce de la notoriété et des louanges que l’on a pris l’habitude de recevoir. Aussi la nouvelle de sa présence circule-t-elle sans peine en ce lieu où il se passe peu de choses et où l’on surveille volontiers ses semblables. Continuer la lecture
Mozart, de père en fils
Éric-Emmanuel SCHMITT, Juste après Dieu, il y a papa, Albin Michel, 2026, 193 p., 20 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 9782226488589
En 2026, nous fêtons le 270e anniversaire de la naissance de Mozart. Éric-Emmanuel Schmitt, habitué aux parenthèses musicales dans sa bibliographie, lui consacre aujourd’hui un nouveau roman, Juste après Dieu, il y a papa. Continuer la lecture
Au cœur d’un drame
Nathalie NOTTET, Et la vie est à prendre, Weyrich, coll. “Plumes du coq”, 2026, 248 p., 20 €, ISBN : 9782390770077
Après L’envers des pôles (2015) et Le premier accroc (2022), Nathalie Nottet revient avec un nouveau roman déroutant Et la vie est à prendre publié aux éditions Weyrich, dans leur collection « Plumes du coq ».
Un geste déconstruit page après page, des phrases courtes qui analysent les raisons de maux plus profonds qu’un geste… Angèle, la narratrice, fait face aux conséquences du drame qu’elle a provoqué : un coup de trophée sur le crâne de son mari, une mort rapide, laconique. Et puis la longue recherche d’une explication pour elle, un drame décortiqué par les juges, les amis, la famille, sans jamais prendre en compte la réalité d’Angèle et ses véritables raisons. Continuer la lecture
Bouillon de mots
Jacques NICOLAS, Inventaires, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026, 132 p. 16 €, ISBN : 9782390770053
À la faveur d’un séjour à l’hôpital, au temps du confinement, Jacques Nicolas s’est pris au jeu de la nostalgie « qui engendre à la fois la jouissance et l’amertume ». Loin de son Bouillon natal, dans ce cube en béton où il regarde s’égoutter une perfusion, il arpente les couloirs, scrutant un monde si loin du sien, prend des notes et nous informe de l’évolution de son état. Pour lui et pour nous, il se remémore le temps jadis et feuillette son album mental, faisant défiler les visages et les anecdotes. Une figure s’impose, celle de l’Hypocras dont il a visité la demeure abandonnée quelques années après son décès. Dans ce sanctuaire où le fil du temps est demeuré suspendu, il scrute les objets, les traces de vie et les mots que son ami laissait un peu partout, au gré de ses observations et pensées, sur tous les papiers qu’il avait sous la main. Il procède à un relevé minutieux des scories du passé, témoins d’une existence singulière. Au pays de la Semois, c’est la rivière qui donne le ton, elle qui préfère les méandres aux lignes droites. Elle dicte son rythme nonchalant et invite à la rêverie et à la promenade. Au fil des chemins, on salue les hommes et les femmes qui prennent le soleil ou taquinent le goujon, on engage la conversation mêlée de patois : Continuer la lecture
La guerre afghane d’un père… belge
Un coup de cœur du Carnet
Alain LALLEMAND, Ma plus belle déclaration de guerre, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026, 420 p., 22,50 €, ISBN : 978–2‑39077–012‑1
Si Ma plus belle déclaration de guerre a connu une première édition en 2014 chez Luce Wilquin, cette reparution chez Weyrich a gardé toute son actualité. La toile de fond en est l’Afghanistan en 2008–2009 sous tutelle des États-Unis et de leurs alliés à l’époque, mais la situation de ce pays désormais sous régime taliban est catastrophique, en particulier pour les Afghanes, totalement oubliées. De plus, l’Histoire bégaie et d’autres bourbiers humanitaires se sont multipliés depuis. Quant à la relation intime entre un parent et son enfant, ici un père et son fils confrontés à des choix cruciaux, elle a cette universalité qui fait la qualité d’un grand roman. Continuer la lecture
Le centenaire d’André Delvaux
Le cinéaste André Delvaux aurait 100 ans aujourd’hui. Considéré comme l’un des maitres du réalisme magique au cinéma et comme l’un des plus grands réalisateurs belges, il a souvent puisé l’inspiration de ses films dans la littérature. Continuer la lecture
Souffles et lueurs de la nuit
Un coup de cœur du Carnet
François EMMANUEL, Véronique GOOSSENS, Avant que nos corps s’illuminent, Chat polaire, 2026, 60 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931028–42‑1
Dans l’atelier de Véronique Goossens, dont il apprécie depuis longtemps les gravures, François Emmanuel découvre un jour une série intitulée Errance et Aubade. Lui vient alors l’envie d’écrire à partir d’elle un récit poétique ; ayant choisi vingt-et-une planches, il les range dans un ordre précis, préfigurant ainsi le cours du texte dont il entreprend la rédaction. Avec la vigilante éditrice Marie Tafforeau, les images sont recadrées puis reproduites, la mise en page ajustée, le format accru, aboutissant aujourd’hui à ce livre mince et magnifique où la vie d’une femme aimante est saisie dans sa pure intériorité, de l’enfance jusqu’à l’approche de la fin… Les gravures initiales, cependant, n’ont rien de flatteur ou de charmant : en noir et blanc sur un fond légèrement jaune-vert qui les réchauffe à peine, elles présentent une allure fantomatique, parfois même inquiétante, telles des apparitions dans la brume. Sauf une exception, chaque image comporte d’un à trois personnages adultes ou enfants, ici immobiles et là en mouvement, alternativement debout, assis ou couchés sur le sol. Parfois nus, parfois vêtus, le plus souvent méconnaissables, les corps peu sexués éludent toute forme de séduction ou d’érotisme. Au contraire, la facture crépusculaire, voire cauchemardesque, semblerait se prêter à un drame fantastique mieux qu’à une rêverie amoureuse. Continuer la lecture
Valse avec Camille Claudel
Veronika MABARDI, Sous le regard des statues de Camille Claudel, Esperluète, 2026, 260 p., 20 €, ISBN : 9782359842067
Comment aborder Camille Claudel après les visions romanesques, dramaturgiques, cinématographiques, chorégraphiques offertes par Anne Delbée, Michèle Desbordes, Laurence Creton, Bruno Nuytten, Bruno Dumont, Marie-Claude Pietragalla et d’autres ? C’est à partir d’un double geste que Veronika Mabardi interroge l’œuvre et la vie de l’artiste. D’une part, comme le titre l’énonce, le récit se tient au plus près du geste créateur de Camille Claudel. Veronika Mabardi écrit depuis un lieu, sous un angle défini : sous le regard des statues, depuis la mise en abyme de l’œil de Camille Claudel dans ses sculptures. D’autre part, taillé à coups de burin, le bloc textuel décrit le chemin d’une rencontre élective qui s’inscrit dans une temporalité longue. On suit Veronika Mabardi sur les traces géographiques, esthétiques de Camille Claudel, sur les lieux où elle vécut ; elle nous fait entrer dans le ventre des musées qui abritent ses œuvres. Continuer la lecture
L’Autre est-il un autre ?
Giuseppe SANTOLIQUIDO, Lettres à l’Autre, Ker, 2026, 108 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–532‑8
Lettres à l’Autre, de Giuseppe Santoliquido est constitué de deux récits qui alternent rigoureusement. D’une part, celui d’un homme en prison qui écrit à quelqu’un, dans une narration en « je ». Et d’autre part, la description en « il » de la vie de Pierre Augier ; il vit avec sa femme Mireille et ses deux enfants dans le domaine agricole de ses beaux-parents. Il est infirmier à l’hôpital et essaye d’aider à la ferme le reste du temps. Lui aussi écrit, des lettres à « l’Autre », autant à l’hôpital qu’à la ferme, en se cachant. Ce n’est que progressivement et par petits indices (par exemple, un pronom personnel inattendu) que l’on devine l’identité de la personne à laquelle ces lettres, de chacun des récits, sont destinées. Et la révélation de cette identité crée une surprise à la fin du roman. Le titre Lettres à l’Autre indique autant le nombre élevé de lettres que la double origine de celles-ci, la prison et le domaine. Continuer la lecture
Ligne claire sur fond noir
Arnaud COLLETTE, Cathédrale Nord, Ker, 2026, 186 p., 20 €, ISBN : 978–2‑87586–537‑3
Arnaud Collette, qui a travaillé pour L’Avenir, La Libre ou Le Matin, avait déjà coécrit une biographie politique d’André Cools, participé à divers projets tournant autour de Liège ou de la Wallonie, mais Cathédrale Nord est son premier roman, un policier qui vient de décrocher le prix du Roman noir de la Foire du Livre de Bruxelles 2026, la neuvième édition d’un prix (ex-Fintro) réservé aux nouveaux conteurs. Continuer la lecture
De cœur à cœur
Frank ANDRIAT, Je vous aime, Ker, 2026, 177 p., 10 €, ISBN : 978–2‑87586–529‑8
Maxence est un jeune homme de 16 ans qui s’est forgé une image de glandeur assis dans le fond de la classe pour cacher les mille et une questions qui le traversent en permanence. Plutôt solitaire, il est en décalage avec ses camarades constamment penchés sur leur smartphone. Il reste un peu en retrait jusqu’au jour où Manon, une fille de la classe, annonce qu’elle a un cancer et qu’elle va subir une chimiothérapie. Maxence n’est pas ami avec elle, mais cette annonce le touche et il ose le manifester auprès de la jeune fille. Une amitié se tisse peu à peu entre eux, leurs différences s’effacent alors pour laisser la place à l’essentiel. Continuer la lecture
Un prix pour Théo Casciani
Théo Casciani a remporté la première édition du prix La Perle. Continuer la lecture
Scènes de la vie de campagne et de la destinée humaine
Un coup de cœur du Carnet
Hubert KRAINS, Mes amis, Préface d’Éric Brogniet, Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, 2026, 260 p., 20 €, ISBN : 9782803200955
Si vous avez aimé Hors champ, le dernier et beau livre de Marie-Hélène Lafon, précipitez-vous sur la réédition de Mes amis d’Hubert Krains (1862–1934), publié initialement en 1921, salué en son temps par le prix triennal de littérature française. Son Cantal à elle tient lieu de sa Hesbaye à lui. Leur région affectionnée n’est pas un décor : elle est le suc et l’humus de leur écriture, l’air et la chair de leurs personnages ordinaires et inoubliables. En rapprochant ces deux livres, disons-le sans ambages, nous cherchons à appâter le lectorat nombreux de Marie-Hélène Lafon, lui donner envie de se plonger dans ce chef‑d’œuvre d’Hubert Krains, parce que, outre leur profonde humanité, leur écriture apurée, les deux ouvrages se ressemblent par leur organisation : composés de textes indépendants, ils se dévorent, récit par récit, comme un recueil, ou, dans la foulée, comme un roman. Au final, ils sont comme les panneaux d’un polyptique rural où l’être humain est tout à sa place. Continuer la lecture

