Lumière – eau

Philippe MATHY et Anne LE MAÎTRE, Îles de la Gargaude, Atelier des Noyers, coll. « Carnets de nature », 2018, 48 p., 10€, ISBN :978-2-490185-09-2

Dieu sait combien certains paysages sont propices aux promenades silencieuses, à la contemplation et à la réminiscence. Le paysage des îles de la Gargaude, modulé par la Loire, en est un. Du moins, c’est ce dont rend compte ce recueil issu de la collaboration entre le poète Philippe Mathy et l’aquarelliste Anne Le Maître, publié dans la collection « Carnets de Nature » des Éditions de l’Atelier des Noyers. Les circonstances de la rencontre entre Le Maître et Mathy, formulées à la fin de ce petit livre,participent à la douceur de l’ouvrage : fruit d’une rencontre entre l’artiste et l’écrivain au début de l’été 2017, ce livre aura mûri au fil des saisons et est offert au regard à l’automne 2018. Voilà qui tombe à point.

Continuer la lecture

Ulysse des temps modernes

René BIZAC, Je suis un héros, Lansman, 2018, 54 p., 10 €, ISBN : 978-2-8071-0210-1

Un valeureux gaillard, Jean-Denis Coumba, petit-fils de Sibri-le-Colosse, descendant de Mamba, le chef de cavalerie du roi des Mossi, quitte l’Afrique et entreprend la traversée vers l’Europe. Un autre gars de son village, Diabaté, son presque frère, celui dont le grand-père a trahi, l’accompagne. Le petit rafiot qui les transporte coule et emporte au fond des abysses tous ses occupants, excepté Jean-Denis qui survit et nage jusqu’à Anvers. Là, le bourgmestre – un ancien gros qui cherche à redorer son blason – le prend sous son aile et lui propose de devenir lieutenant-colonel à cheval. Mais Jean-Denis s’ennuie rapidement et continue sa route jusqu’à Paris. S’il veut vivre comme un prince, c’est là qu’il doit se rendre ! L’homme ne s’en sort pas trop mal : il travaille illégalement à Rungis, aide les touristes au pied de la Tour Eiffel et se nourrit dans les poubelles du XVIème. Toutefois, un chinois, Monsieur Ping, qui a remarqué sa puissance, désire l’embaucher. À force de refuser, l’Asiatique lui colle l’inspection au cul. Diabaté fait son grand retour. L’homme a également survécu au naufrage. Les aventures de Jean-Denis ne sont pas terminées. En échange d’une promesse de papiers, il se retrouve à garder le chien de la femme du patron de Rungis. Un petit chien nerveux qui ne cesse d’aboyer et qui fera basculer la pièce dans une toute autre dimension. Continuer la lecture

Darwin : un voyage initiatique

Fabien GROLLEAU et Jérémie ROYER, HMS Beagle, aux origines de Darwin, Dargaud, 2018, 176 p., 21 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2205077063

Fabien Grolleau et Jérémie Royer, qui nous avaient déjà régalés avec leur roman graphique sur le naturaliste  du XVIIIe siècle Jean-Jacques Audubon (cité juste comme un petit clin d’œil  à la p. 144), ont remis le couvert et nous offrent un nouvel opus, consacré cette fois à un autre grand naturaliste : Charles Darwin. Continuer la lecture

Amours contrariées

Pierre CORAN (texte adapté de William Shakespeare) et Charlotte GASTAUT (illustrations), Roméo et Juliette, Flammarion jeunesse / Père Castor, 2018, 14€, 32 p., ISBN : 9782081373143

Sous quelle forme aborder certains textes du patrimoine théâtral avec les enfants ? Que montrer lorsqu’il s’agit de tragédies dont ils ne sont au départ guère le public cible, mais qu’il faudra néanmoins illustrer ? Au sein des éditions Père Castor, en matière d’adaptations, on peut se fier sans sourciller au duo formé par le poète et romancier montois Pierre Coran et l’illustratrice Charlotte Gastaut. En 2015, ils s’étaient déjà tous deux attaqués, pour la même maison d’édition, à l’opéra de Mozart avec un livret de Schikaneder : La Flûte enchantée, autre récit où l’amour se voit contrarié. En 2008, pour Gautier-Languereau, c’est une histoire originale de Pierre Coran qui les avait réunis : Le Prince Hibou. Une façon de poser les bases de leur penchant commun pour les contes et le merveilleux grâce à une fantaisie où un château de gruyère dévoré par les rongeurs ne pourrait trouver de salut que grâce à l’intervention d’un rapace nocturne, pour peu qu’une princesse passe avec lui un marché nuptial. Continuer la lecture

Un surdoué dans la tourmente

Pierre-Marie DUMONT-SAINT MARTIN, Le temps des coquelicots, Lilys Editions, 2018, 448 p., 24 € , ISBN : 978-2-93084-859-4

Sous ce nom de plume, Pierre-Marie Dumont-Saint Martin, musicien confirmé, revisite la guerre de 14-18 avec une fiction romanesque certes, mais largement guidée par l’Histoire – une de ses passions – et par des souvenirs et des témoignages rapportés au sein de sa propre famille. Récit d’aventures et d’initiation, porté par les jeunes épaules de Gérard Vandervelde, musicien lui aussi, et déjà flûtiste de talent, engagé à dix-sept ans par l’orchestre symphonique de Liège (sa ville natale tout comme celle de l’auteur). On est en 1914. La guerre va se charger de maculer la partition et Gérard la découvre de la façon la plus horrible qui soit en assistant, lors d’une rencontre fortuite avec les premiers envahisseurs, à la torture et à l’exécution de Marcel Kerff, gloire du cyclisme belge, avec lequel il cheminait joyeusement à moto. Plus tard, lors des massacres de Namur et Dinant, c’est Richard, son meilleur ami, qui est abattu avant que ne disparaisse aussi Elise, la sœur de Richard, dont il était épris. Continuer la lecture

Nostalgies anthropologiques

David BERLINER,Perdre sa culture, Zones sensibles,2018, 156 p., 15 €, ISBN : 978-293-0601-35-9

« Le temps passe », « les temps changent », « ce n’est plus ce que c’était », « tout fout le camp », « les traditions se perdent »… On pourrait continuer ainsi à énumérer les phrases disant la perte et la nostalgie d’un passé irréversible. De l’étude de cette nostalgie David Berliner, anthropologue, professeur à l’Université libre de Bruxelles a fait un très beau livre qu’il destine aux chercheurs en sciences sociales, aux spécialistes du patrimoine et des études mémorielles et muséales, aux philosophes, aux historiens, aux psychanalystes et psychologues, aux politologues ou aux géographes. On ajoutera à tout citoyen en quête de réponses aux replis nationalistes qui se servent de la perte pour exprimer la peur et la haine de l’autre et empoisonnent nos sociétés, pour retrouver un peu d’optimisme au tout nostalgique qui pourrait nous étreindre, pour raffiner la pensée au sujet de la patrimonialisation et ne pas tomber dans le politiquement correct de l’authenticité. Pour cela, David Berliner conçoit le métier d’anthropologue comme celui d’un diplomate « qui parvient à trouver le mot juste pour parler de et avec l’autre ». Continuer la lecture

Mal de mère

Valérie NIMAL, Nous ne sommes pas de mauvaises filles, Anne Carrière, 2019, 17 €, 172 p., ISBN : 978-2-8433-7932-1

Au chevet de sa mère, hospitalisée pour avoir une fois encore joué avec les limites mortelles, la narratrice n’en mène pas large. Il faudrait que la température du corps de l’alitée, à deux doigts de jouer sa dernière grande scène, redevienne acceptable. C’est que la génitrice de Maud et de sa sœur cadette, Marie, n’est pas de celles qui s’effaceraient sans bruit. À peine sortie des limbes, la voici d’ailleurs qui réclame son fer à friser, un Paris Match et surtout, de l’attention. Qui tempête sur le personnel soignant, congédie son psychiatre, et admoneste son aînée pour avoir écrit « suicide » dans le dossier médical.   Continuer la lecture