La Fondation Maurice Carême décerne ses prix

Laurent Demoulin

La Fondation Maurice Carême a remis ses prix ce mardi 10 décembre à l’hôtel de ville de Wavre. L’un récompense une oeuvre poétique, l’autre prime un essai ou une étude sur l’œuvre et la personnalité de Maurice Carême. Continuer la lecture

Une vie de prof, côté coeur

Alain DANTINNE, 68, rue des écoles, Academia, 2019, 192 p., 18 €, ISBN : 978-2-8061-0479-3

« Plongez dans le parcours d’un enseignant libre et rétif à toute discipline imposée, imaginatif, fou de poésie et de théâtre ! Un prof philosophe qui voyage et aime partager ses découvertes, n’hésitant pas à transformer sa classe en agora et à pousser chaque élève au bout de lui-même. »

Alain Dantinne est poète, romancier et critique. Il vient de publier un tout récent 68 rue des Écoles qui est véritablement roboratif.

Les quatrièmes de couverture d’éditeurs se laissent écrire et l’auteur souvent écrase en le minéralisant, son texte dans ces quelques lignes de promo-vente… Heureusement, ces phrases de « com » sont souvent contestées par l‘œuvre elle-même. En l’occurrence, Alain Dantinne, dans 68, rue des écoles ne livre pas un texte aussi éruptif que celui annoncé, au contraire, nous découvrons un récit amoureux subtil et engagé, une traversée d’une époque, celle de l’École qui vécut sans cesse les conditions du raidissement après les fausses libertés du tout venant pédagogique… C’est un livre de confessions, de joies partagées, de magnifiques batailles pour l’intelligence et la poésie de chacune et chacun, d’illuminations et de rébellion… que nous propose l’éditeur. Comment faire de cette École un lieu de joie et de partage, c’est ce que nous raconte Alain Dantinne  avec verve. Continuer la lecture

Au-delà de l’érotisme

Arnaud DELCORTE, Tjukurrpa, Peintures de Kevens Prevaris, Éranthis, 2019, 134 p., 20 €, ISBN : 978-2-87483-019-8

« Tjukurrpa » est un mot de la langue anangu, propre à un peuple aborigène d’Australie. Il signifie « le temps du rêve », cette ère mythique totalement éthérée qui a précédé la création de la Terre, mais continue de coexister discrètement avec le monde tangible. Utiliser comme titre d’un recueil poétique ce mot exotique – qui reviendra une seule fois, en fin de volume – n’est pas un geste superficiel. C’est suggérer d’emblée l’existence d’une « quatrième dimension », de nature à la fois cosmogonique et spirituelle, sans toutefois que l’auteur juge nécessaire d’en mener davantage l’exploration. Au fil des pages, il accorde en effet une plus grande place aux origines du bouddhisme, à travers le personnage de Shakyamuni, « fils aîné du soleil et havre de sagesse », également qualifié de « Tathâgata », et auquel succèdera un jour Maitreya ; un autre poème mentionne l’érudit-traducteur Kumârajîva, patriarche de l’école des Trois Traités, qui influença fortement le bouddhisme chinois… Troisième grande référence spirituelle d’Arnaud Delcorte : l’épopée de Gilgamesh dans la Mésopotamie antique, où apparaissent son ami Enkidu, Soumouqân, dieu des troupeaux et des bêtes sauvages, mais aussi la déesse Arourou, génitrice de Gilgamesh. Continuer la lecture

Oubliée de l’Histoire

Sylvie LAUSBERG, Madame S, Slatkine & Cie, 2019, 240 p., 20 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-88944-087-0

Qui se souvient de Marguerite Japy-Steinheil, qui a pourtant défrayé la chronique et enflammé les passions il y a plus d’un siècle ? Sylvie Lausberg est historienne et elle livre avec Madame S les résultats d’une recherche menée sur deux décennies en quête du vrai visage d’une femme qui a marqué son temps. Continuer la lecture

Poésie, va, je ne te hais point

Daniel VANDER GUCHT, Pourquoi je n’écris plus de poésie, dessins de Xavier Noiret-Thomé, Lettre volée, 2019, 78 p., 19 €, ISBN : 978-2-87317-528-3 ; Sous influence, aquarelles de Damien De Lepeleire, Lettre volée, 2019, 176 p., 25 €, ISBN : 978-2873175290

Pourquoi je n’écris plus de poésie repose sur un double mouvement, une aspiration romantique à une poésie oraculaire lors de l’adolescence et une déconstruction rock de la posture du poète-mage. Rythmés par les dessins sauvages de Xavier Noiret-Thomé, les textes sont taillés comme des chants, des uppercuts rock’n roll innervés par l’absurde. Écriture automatique, cut-ups burroughiens concourent à mettre en œuvre un surréalisme du quotidien. Ce n’est qu’à la fin du recueil que nous apprenons qu’à l’exception des quatre derniers textes composés récemment, l’ensemble a été rédigé par Daniel Vander Gucht à l’adolescence. En son essence, davantage que les autres arts, la poésie est tiraillée entre la postulation de sa mission et le renoncement à elle-même, écartelée entre l’absolu de sa visée et le hara-kiri. L’exhumation de textes écrits dès l’âge de quinze ans s’assortit à un abandon ultérieur de la poésie. La percutance dans l’auscultation des signes, le parfum de ballade rock, la radiographie du « zoo humain », d’un monde qui dérape donnent la tonalité du recueil. Continuer la lecture