Estampillé « ritournelle »

Corinne HOEX et Kikie CRÊVECOEUR, Elles viennent dans la nuit, Esperluète, 2018, 24 p., 20 €, ISBN : 978-2-35984-105-3

un bruit léger de pas
elles viennent dans la nuit
depuis ce lieu perdu
les embrasser
les perdre

Cinq vers – une estampe.

Dans l’ouvrage Elles viennent dans la nuit de la poète Corinne Hoex et de l’artiste Kikie Crêvecoeur, cinq vers sur chaque page entrent en résonance avec une estampe sur l’autre page. Davantage qu’un dialogue, il faudrait sans doute parler d’un diptyque : les poèmes se voient non véritablement illustrés par les estampes mais, eux-mêmes devenus empreintes fragiles (de par la retenue et la délicatesse qui sourd d’eux), ils sont embrassés et perdus à travers elles – et vice versa. Continuer la lecture

Marc Wilmet a quitté le paradis

Marc Wilmet

Ce titre est inspiré par l’ultime ouvrage du philosophe Clément Rosset, L’endroit du paradis, publié en 2018 un mois après sa mort. Rosset était né à Carteret, souvent et avec ferveur fréquenté par Marc, Anne-Rosine et Margot ; Marc a rencontré une seule fois Rosset, à Nice, tout en ignorant son lieu de naissance, que je lui ai révélé ; le philosophe l’avait longuement entretenu de Hergé. Continuer la lecture

Sus aux moumoutons !

Noémie FAVART, Tibor et le monstre du désordre, Versant Sud, 2018, 40 p., 15.90€, ISBN : 978-2-930358-96-3

De notre plus tendre enfance nous reste le souvenir d’un petit album carré, publié chez Dupuis et signé Gunilde Wolde, une illustratrice suédoise. On y suivait Titou, garçonnet désordonné qui, à mesure qu’il cherchait son ours dans l’amas de jouets de sa chambre, finissait par retrouver son éléphant bleu, son ballon et ses crayons de couleur, avant d’enfin mettre la main sur la très convoitée peluche. Façon à peine déguisée (et un peu moralisatrice) de dire « Sois méticuleux, mon bonhomme, et plus jamais tu n’égareras tes trésors ». Continuer la lecture

La nature : grimoire ou miroir ?

Thierry-Pierre CLÉMENT, Approche de l’aube, préface de Jean-Pierre Lemaire, Ad Solem, 2018, 119 p., 19 €, ISBN : 978-2-37298-096-8

Retour délibéré aux fondamentaux de l’existence, la poésie de Thierry-Pierre Clément octroie au monde naturel une préférence souveraine : montagne, forêt, oiseaux, horizon mer-ciel, lumière du jour, jeux du vent, nulle attention n’étant accordée à la modernité urbaine ou technique. Tous ces éléments de la nature primitive, empreints de familiarité autant que de mystère, il s’agit pour le poète d’en guetter les signes les plus ténus, de les accueillir en lui, d’explorer les sentiments et les questions qu’ils lui inspirent. « Il est bon d’appartenir à la terre », écrit-il, ou, devant le spectacle d’une glycine, « stupéfait de recevoir ce matin / tant de merveille imméritée ». Ainsi une relation à la fois constante et dissymétrique s’exerce-t-elle entre le Dehors et le Dedans, assignés respectivement aux rôles de dispensateur et de bénéficiaire, mais sans exclure un profond désir de communion, sinon même de fusion : « laisse-la devenir toi / et toi / deviens la rose », « et nous laissons la mer / entrer dans notre cœur ». Même si elle n’est pas explicitée, la dimension spirituelle de cette poésie ne laisse guère de doute : évocation brève de thèmes tels que l’attente, l’espoir, l’éternité, sans oublier cette voix « qui habite au fond de notre cœur / mais est plus vaste que notre cœur ». Ainsi la relation nature-poète forme-t-elle le parfait réceptacle d’une foi en devenir. Continuer la lecture

Prix Rossel : les finalistes

Le jury du Rossel 2018 
(c) Le Soir

Alors que la saison des grands prix d’automne se termine en France, le prix Rossel, le plus prestigieux prix littéraire belge francophone, a livré ses cinq finalistes. La sélection 2018 fait la part belle aux premières œuvres et aux éditeurs français. Le lauréat sera connu le 6 décembre.  Continuer la lecture

Où l’on se dit qu’il est bon de se sentir un peu, beaucoup, comme tout le monde

Un coup de cœur du Carnet

Jérôme POLOCZEK, Autubiographie, Arbre à paroles, coll. « IF », 2018, 84 p., 12 €, ISBN : 978-2-87406-664-1

Jérôme Poloczek est un monsieur comme tout le monde. Jérôme Poloczek aime et s’endort, se prépare à manger, boit des quantités de verres d’eau, jalouse, se sent humble, scrute son corps, les minuscules changements de son corps, se pose des questions quant au fait de vieillir, habite un appartement qui est son appartement ou un appartement qui n’est pas son appartement, ressent des fois de la joie des fois de la crainte, s’endort seul ou avec quelqu’un, a des amis et des amies, sait que plus tard son cœur et son corps connaîtront des épreuves. Bref, Jérôme Poloczek fait l’expérience du monde, de la vie dans le monde, et nous la rapporte dans une Autubiographie pince-sans-rire, faussement naïve, faussement douce, mais percutante. Continuer la lecture