Archives par étiquette : extrait

L’aventure, c’est l’aventure !

Ghislain COTTON, Itinéraire d’un voyou, Murmure des soirs, 2017, 265 p., 20€, ISBN : 978-2930657-34-9

cotton.gifC’est « le récit […] d’une tranche de vie passée dans ce monde de voyous qui, pour survivre, nous oblige à nous faire voyous à notre tour. À moins de rester pieds et mains liés par notre morale que les plus rusés nous imposent pour ne pas nous trouver sur leur chemin pourri ». C’est le récit d’Adrien de Bucy, né Debucy le 4 juin 1951, « quelques semaines avant qu’un gamin ne saute de l’uniforme de boy-scout dans celui de roi des Belges ». Son père, l’honorable Auguste, était juge de profession ; un sacerdoce pour cet homme à l’austérité bornée, qui sanctionnait avec fermeté la moindre incartade des justiciables, aussi bien au sein du Palais de Justice que sous son toit. Quant à sa mère, la douce et belle Sabine, toute pétrie de convenances catholiques et de pathologies imaginaires, elle couvait ses deux fils d’une affection inquiète. Non, Adrien n’était pas l’unique enfant de ce foyer bourgeoisement étouffant, ce qui ne signifie pas pour autant qu’il n’était pas seul : son fayot de frère et lui ne partageaient rien, si ce n’est la génétique.

À lire : extrait d'Itinéraire d'un voyou

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La chasse et l’amour

Caroline LAMARCHE, Dans la maison un grand cerf, Gallimard, 2017, 131 p., 12,50 €/ePub : 8.99 €, ISBN 978-2-07-270024-8

lamarcheIl est difficile de s’arracher au ton mineur qui prélude au dernier récit de Caroline Lamarche, Dans la maison un grand cerf. Dès le départ, le battement irrité du sang, le sifflement dans les oreilles vient oblitérer l’écoute. Pourtant elle a lieu l’écoute tout intime et si particulière du père qui, en contraste avec le bruit de la conversation à la table familiale, poursuit son marmonnement discret. Déjà cet environnement envahissant et le brouhaha général font comme une censure et évoquent la violence, que ce soit celle de la meute, des chasseurs, de l’amour même qui lui aussi peut forcer. Mais Lamarche dira tout de l’amour éternel des filles pour leur père, quoi qu’il en aille de ses aléas. Il aurait été et serait encore un antidote aux complications de l’amour. Le charme est donc bien réel. Continuer la lecture

Juste des jours meilleurs

Grégoire POLET, Tous, Gallimard, 2017, 348p., 22 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 9782072704659

poletAmateur de défis littéraires, Grégoire Polet nous a habitués aux récits polyphoniques et aux fictions à entrées multiples. Cette fois, il a décidé de rembobiner le film des dernières années et de réécrire l’histoire en imposant des variantes aux faits tels qu’ils nous sont connus. Pour ce faire, il se déplace aux côtés de protagonistes du mouvement des Indignés par la voix de Carolina Gracq, une Liégeoise d’origine qui nous dévoile dans ses mémoires les sources de son engagement. Infirmière partie en mission avec Médecins Sans Frontières, elle y rencontre Romuald Salis, médecin, et entre eux s’amorce une indéfectible complicité. Revenus en Europe, ils sillonnent les villes et rejoignent les mouvements sociaux qui suivent le crash boursier de 2008.  Cette militance urbaine trouve à s’exprimer dans des manifestes et se sent vite à l’étroit dans les habits d’un simple groupe de pression. C’est pourquoi la participation aux élections législatives s’impose d’évidence comme la continuité de cette lame de fond qui ne cesse de recruter des émules partout en Europe. L’altermondialisme, la démocratie directe, la non-violence, le refus des privilèges et l’écologie sont au menu d’un raz-de-marée électoral qui ouvre les portes du pouvoir, fermant la voie au vieux monde contesté. Continuer la lecture

L’innamoramento de deux ‘mature love’

Un coup de coeur du Carnet

Clara MAGNANI, Joie, Sabine Wespieser, 2017, 175 p., 17 €/ePub : 11.99 €   ISBN : 978-2-84805-214-4

magnani« Toutes nos histoires se valent, parce qu’il n’y en a jamais qu’une seule. Celle du temps qui fiche le camp », peut-on lire en dernière page de Joie, le premier roman de Clara Magnani. Et si l’écriture n’était pas autre chose qu’un moyen de fixer ce temps, en particulier quand il s’agit de se souvenir d’une passion, d’une belle et grande histoire d’amour, comme celle décrite ici.

Le roman tient en trois volets. Celui d’Elvira qui, à la mort brutale et inattendue de son père de 70 ans, découvre dans ses affaires un manuscrit où il évoque l’amour intense qu’il éprouve pour une Belge : Clara… Magnani, grande critique belge de cinéma (excusez du peu !) qu’il a rencontrée à l’occasion d’une interview. Elvira décide de prendre contact avec Clara, la fille avec l’amante. Continuer la lecture

En direct de l’Autistan

Un coup de coeur du Carnet

Laurent DEMOULIN, Robinson, Gallimard, 2016, 230 p., 19.50 €/ePub : 13.99 €   ISBN : 9782070179985

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Lui-même père d’un enfant autiste, Laurent Demoulin s’est assigné le défi de consigner les épisodes de la vie d’un homme avec son fils atteint de ce trouble, Robinson, et il nous livre un texte étonnant, ni roman, ni récit, ni témoignage, mais d’une force littéraire indéniable qui, transgressant les genres, nous offre une lecture insolite et intense. Continuer la lecture

A chacun son idée de la vérité

Un coup de coeur du Carnet

Vincent ENGEL, Le miroir des illusions, Les Escales, 2016, 509 p., 21,9 €, ePub : 14.99 €    ISBN : 978-2-36569-191-8

engelOctobre 1849, dans l’étude d’un notaire genevois, Atanasio assiste au rendez-vous qui changera le cours de sa vie, levant le voile sur son passé et le chargeant d’une mission pour l’avenir. Le même jour, le jeune homme découvre que Don Carlo, son protecteur de toujours, était en réalité son père et qu’il a fait de lui son héritier, posant toutefois une condition de taille. Pour bénéficier de la fortune de Don Carlo, Atanasio devra d’abord le venger en éliminant, suivant des consignes précises, quatre personnes désignées comme les artisans de son malheur. Continuer la lecture

En performant en écrivant

Jan BAETENS, À voix haute. Poésie et lecture publique, Les Impressions nouvelles, 190 p., 17 €/ePub : 11.99 €

baetensSes lecteurs fidèles savent que Jan Baetens ne s’empare jamais d’une question à la légère, si décalée semble-t-elle par rapport aux champs de la recherche littéraire. Voilà de surcroît un universitaire qui se refuse à considérer la poésie comme lettre morte, juste bonne à être disséquée. Lui est un praticien, qui s’applique à saisir sur le vif les manifestations et les évolutions de l’expression artistique qui le passionne depuis toujours. Mais l’homme de terrain n’en est pas moins bardé de références livresques, et sait en user s’il s’agit de retracer les rapports que les auteurs entretiennent entre l’oral et l’écrit, plus particulièrement entre leur oral et leur écrit, depuis l’époque charnière du XIXe siècle. Continuer la lecture