Archives par étiquette : Famille

Un joyeux petit vent frais

Un coup de cœur du Carnet

Noelia DIAZ IGLESIAS, Un ouragan dans la barbe, CFC, 2021, 112 p., 18 €, ISBN : 978-2-87572-065-8

diaz iglesias un ouragan dans la barbeUn ouragan dans la barbe est le premier album de l’autrice Noelia Diaz Igelisas. Dans cette bande dessinée qui emprunte des thématiques et certains traits à l’album jeunesse, la narration se révèle efficace, les procédés graphiques joyeux et expressifs et les personnages (dont le grand-père barbu, et Hugo que nous apercevons tous deux sur la couverture) attachants et singuliers. Continuer la lecture

Dénouer le passé pour tisser des liens

Un coup de cœur du Carnet

Monique BERNIER, La chambre du premier, M.E.O., 2021, 189 p., 17 €, ISBN : 978-2-8070-0302-6

bernier la chambre du premierVoilà vingt-sept ans que Sylvie est partie vivre en Australie avec son mari. Vingt-sept ans sans donner de nouvelles à sa famille ni en prendre. Vingt-sept années d’absence, de silence, de solitude, à attendre que ses enfants soient indépendants, pour se dégager de l’emprise de cet homme bien loin de celui qu’elle pensait épouser. Vingt-sept ans après avoir laissé sa famille derrière elle pour lui, elle les laisse, lui et leurs enfants, pour la retrouver. Enfin, « famille » est un bien grand mot : aucun lien avec sa mère, depuis toujours ; pas d’affinités avec son frère aîné ; seule sa grand-mère compte, elle qui l’a élevée après la mort de son père dont elle n’a pour souvenir qu’une image figée sur une photographie. Continuer la lecture

Qui étions-nous, exactement ?

Caroline LAMARCHE, L’Asturienne, Impressions nouvelles, coll. « Traverses », 2021, 340 p., 22 €, ISBN : 978-2-87449-893-0

lamarche l'asturienneOui, qui vraiment étions-nous ? se demande Caroline Lamarche dans son dernier récit, L’Asturienne, qui parait aujourd’hui aux Impressions Nouvelles et dans lequel elle (re)découvre l’histoire des siens.

Tout commence douze ans après le décès de son père (2001), dans la cave de la maison familiale où l’autrice retrouve une vieille malle contenant des dizaines de dossiers, autant de documents soigneusement archivés par Freddy Lamarche sa vie durant. Caroline Lamarche entame alors un long travail de recherches qui l’amène à poursuivre le grand œuvre du père, recomposant l’histoire de la famille Lamarche-Hauzeur, ces pionniers de la métallurgie. Continuer la lecture

Les héritières de Dallas

Anne DUVIVIER, Cendres, M.E.O., 2021, 108 p., 14 € / ePub : 8.99 €, ISBN : 9782807002999

duvivier cendresCendres est un court récit qui nous plonge dans les préparatifs d’un voyage de deux sœurs, Violette et Lila, sur l’île d’Ischia au large de Naples, afin de disperser les cendres de leur oncle Robert. Hélène, la fille de ce dernier, accompagnera le duo afin de respecter les volontés mystérieuses du défunt. La raison du choix du lieu est en effet assez énigmatique… Continuer la lecture

Vinciane Moeschler et ses autres

Vinciane MOESCHLER, Alice et les autres, Mercure de France, 2021, 208 p., 18 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-7152-5668-2

moeschler alice et les autresEn littérature, dans les arts, la matière, à savoir ce sur quoi la création repose, ce dont elle s’empare, ne vit qu’à être sondée par la manière. La puissance des œuvres tient dans ce jeu d’invention entre matière et manière. Auteure d’une œuvre marquante — Trois incendies couronné par le Prix Rossel 2019, le non moins sidérant Annemarie S. ou les fuites éperdues ou encore Schéhérazade, ma folie —, Vinciane Moeschler creuse dans Alice et les autres les vertiges d’un psychisme en proie à des troubles dissociatifs. Continuer la lecture

Rendre grâce à la vie…

Un coup de cœur du Carnet

Nicolas CROUSSE, Retour en pays natal, Castor astral,2021, 192 p., 18 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9791027802869

crousse retour en pays natalEn cette fin d’été paraît aux Éditions Le castor astral, le dernier roman de Nicolas Crousse, Retour en pays natal. Ce livre « hors-normes », à la fois récit littéraire et exploration initiatique, mène le lecteur  depuis l’enfance de l’auteur dans les années soixante jusqu’à nos jours. Et au-delà…. . L’auteur nous prévient : « ceci n’est pas un roman, pas un livre de nouvelles, pas non plus un recueil de poésies, pas davantage une autobiographie. » À ce jeu-là, de dire « ce qui n’est pas », Nicolas Crousse nous dévoile en réalité tout ce qui fait ce livre et qui nous a enchanté. Ne poursuit-il pas ici l’écriture de cet autoportrait poétique paru sur le site de son éditeur (Jacques Flament) et qu’il intitulait : Je rends grâce à la vie… ? Le récit se partage en trois scansions : « Réveille-toi mon enfance », « Souviens-toi ma vie », « Dors mon âme ». Le titre est issu d’un haïku du poète  Kobayashi Issa qui paraît en épigraphe : Dans chaque perle de rosée/tremble/mon pays natal. Continuer la lecture

Ces parents-là

Un coup de cœur du Carnet

Virginie JORTAY, Ces enfants-là, Impressions nouvelles, 2021, 256 p., 20 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 9782874498855

jortay ces enfants-làElle se souvient, tout lui revient en détail, sa rage monte et, avec elle, le besoin d’écrire. Les mots se précipitent car tout est devenu clair à présent que l’étau de leur emprise s’est relâché. Dans cet élan, elle nous dit d’une traite son enfance dans une famille en vue, de celles qui attirent le regard et la convoitise et à qui tout semble réussir. Le père est animateur-vedette, il enchaîne les succès. La mère accompagne cette réussite et en organise la mise en scène. Elle saisit toutes les occasions d’affirmer l’ascension sociale de leur couple au travers de réceptions au cours desquelles il se donne en spectacle, toute pudeur mise de côté. Une maison neuve est construite pour affirmer ce statut, avec une piscine dans laquelle il est de bon ton de se baigner nu. Ces festivités largement arrosées rassemblent des adultes libérés qui recherchent un plaisir sans limite, et les hôtes semblent s’en réjouir tout y en prenant part. Continuer la lecture

Généalogie d’Amélie Nothomb

Un coup de cœur du Carnet

Amélie NOTHOMB, Premier sang, Albin Michel, 2021, 170 p., 18 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978-2-226-46538-2

nothomb premier sangAmélie Nothomb ouvre cette année encore la rentrée littéraire. Pour sa trentième, elle publie Premier sang, un roman dans lequel elle raconte son père, Patrick Nothomb.

Patrick Nothomb est décédé en mars 2020. Dans ses romans autobiographiques, dont il est évidemment un personnage important, Amélie Nothomb souligne la ressemblance, jusqu’au trouble, qui l’unit à son père : Continuer la lecture

Ombres et doubles-fonds

Un coup de cœur du Carnet

Giuseppe SANTOLIQUIDO, L’été sans retour, Gallimard, 2021, 265 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978-2-07-291575-8

L’été sans retour est d’abord l’histoire d’un homme, Pasquale Serrai, de sa famille, de la relation proche et riche de silence qu’il a avec Sandro, le fils d’un des ses amis décédé. C’est aussi l’histoire d’un drame dans le beau village de Ravina qui se blottit dans les collines du sud de l’Italie, la disparition d’une adolescente. C’est encore et surtout l’histoire du rapport des hommes avec leur terre, « les hommes sont indissociables de la nature qui les a vus naître et dont ils sont le portrait le plus fidèle, effrayante de beauté et d’âge ». Giuseppe Santoliquido rend bien ce lien fort, quasi irrationnel, à la terre natale qui est pour plusieurs personnages le fondement de leur rapport au monde, leur raison de vivre, avant les relations sociales ou amoureuses. Ainsi, Pasquale Serrai a connu la misère de l’après-guerre et un bref exil pour raisons économiques en Belgique, mais il est revenu très vite chez lui préférant le travail de forçat d’arracher à la terre sa subsistance à la relative aisance d’un travail dans la sidérurgie. Sandro Lucano a vécu longtemps à Ravina, auquel il reste lui aussi viscéralement attaché. Des années plus tard, il raconte le drame qui a secoué le village et ses propres souffrances. Le roman offre de la vie villageoise un portrait complexe et nuancé. Bien sûr, il y a les rancœurs et les tensions entre personnes et familles, l’insatisfaction des jeunes qui pour la plupart n’aspirent qu’à partir, fascinés par la vie dans les villes que leur révèle la télévision. Et il y a ceux qui, victimes des anciennes fractures sociales les condamnant à la misère, ont lutté toute leur vie pour l’amélioration de leur sort et voient leurs efforts presque anéantis. Mais le village, c’est aussi une vie sociale riche et souvent heureuse, rythmée par les moments de fête. Et puis surtout il y a cette terre, difficile à cultiver, mais pas si ingrate puisqu’elle offre sa beauté particulière.  G. Santoliquido situe le roman en 2005, à une époque charnière. Celle où les rêves de mieux-être par un travail agricole acharné laissent place aux mirages que proposent la télévision et les moyens modernes de communication. Le drame que vit le village va d’ailleurs être profondément influencé par la couverture télévisuelle tout sauf anodine, les présentateurs de téléréalité dictant les attitudes et les propos des protagonistes décervelés par les mirages de réussite et de visibilité sociales. Fort de sa connaissance des médias italiens, l’auteur décrit à plusieurs reprises pour les dénoncer les procédés du « mécanisme du spectacle » qui n’illustre plus la réalité, mais s’est substitué à elle.  Les valeurs auxquelles s’accroche Pasquale peuvent ainsi paraître périmées. Dans le passé, elles ont été nécessaires à la survie des hommes et du village. Elles sont partagées par Sandro. Si le roman est construit autour de la disparition de l’adolescente, il s’agit d’abord de la mise en avant de l’importance des liens : les liens familiaux, ceux fondés sur la complicité et la proximité que donne la vie dans un même petit village, ceux qui fondent la solidarité lorsque frappe le deuil. Mais tous ne sont finalement que des variations de ce lien fondamental à la terre. Cette problématique apparaissait déjà dans les autres romans de l’auteur, mais elle est ici traitée dans toutes ses implications.  Entre autre, est abordée la difficulté pour la communauté villageoise de s’ouvrir à d’autres réalités. Comment est-il possible d’être vraiment soi-même là où tout le monde se fait une certaine image de l’autre ? Cela pousse Sandro dans une voie en miroir de celle de Serrai : tout le pousse à partir, mais il choisit de rester, jusqu’au jour où le départ devient inéluctable, suspendant ce lien vital. Et le paradoxe veut que ce soit la ville qui devienne la garante de sa liberté. Giuseppe Santoliquido revient souvent sur la notion de destin, surtout vers la fin du roman, quand Sandro, le narrateur, tire des enseignements de ce à quoi il a été confronté. Il a le sentiment que « le destin est une bête sournoise, il procède par touches légères, infinitésimales, vous laissant accumuler mauvais choix et petites erreurs… ». D’autant plus quand s’y mêle le sentiment d’une faute commise, faute peut-être non définie mais qui pollue le vécu d’un drame ; à l’image du garçon se reprochant la mort accidentelle de sa mère parce qu’il ne s’est pas levé assez tôt. Dans cette loterie du destin, Santoliquido montre sa sympathie pour deux de ses personnages, chez qui se marque le sentiment d’infériorité des laissés-pour-compte acceptant l’injustice « sans jamais se révolter ». Le roman est émaillé de l’adaptation de délicieuses expressions locales, comme « Vouloir discuter avec le gros Dino, cela revenait à creuser un puits avec un doigt ». Ou d’heureuses  formules, parfois graves : « Le danger avec les souvenirs, c’est qu’ils sont souvent l’antichambre des remords », parfois drôles : « Les confidences sont la propriété du vent, il vous suffit de tendre l’oreille où que vous soyez pour les entendre roucouler à la cantonade ». Perplexe devant la complexité des situations, Sandro a cette phrase qui peut résumer son récit : « Aucune pensée n’est jamais totalement juste. Totalement pure. Aucun sentiment ». C’est la conclusion que l’on peut tirer à la fin de L’été sans retour, qui laisse ouvertes les interprétations.  Joseph DuhamelL’été sans retour est d’abord l’histoire d’un homme, Pasquale Serrai, de sa famille, de la relation proche et riche de silence qu’il a avec Sandro, le fils d’un des ses amis décédé. C’est aussi l’histoire d’un drame dans le beau village de Ravina qui se blottit dans les collines du sud de l’Italie, la disparition d’une adolescente. C’est encore et surtout l’histoire du rapport des hommes avec leur terre, « les hommes sont indissociables de la nature qui les a vus naître et dont ils sont le portrait le plus fidèle, effrayante de beauté et d’âge ». Continuer la lecture

Fils et entre-fils

François EMMANUEL et Marc DESGRANCHAMPS, Petit frère, Chemin de fer, 2021, 64 p., 14 €, ISBN : 9782490356256

emmanuel petit frereL’on sait François Emmanuel fin observateur des relations humaines ; qu’il s’agisse d’un couple ou d’une famille complète, il sonde les âmes et nous en rend compte avec une infinie subtilité. Ses personnages interagissent vivement avec le monde qui les entoure, en ressentent les contradictions, mettent à l’épreuve les limites des lois des hommes, de leur morale, et cette sensibilité les rapproche inexorablement de leurs semblables en proie aux tourments. Continuer la lecture

À la recherche du tant perdu

Didier ROBERT, L’empreinte du silence, F. Deville, 2021, 150 p., 15 €, ISBN : 9782875990389

robert l empreinte du silenceLes secrets de famille, on le sait aujourd’hui, peuvent empeser l’existence de ceux et celles qui en supportent la charge, parfois sans le savoir. Ils ont la peau dure, peuvent faire sentir leurs effets par-delà les générations, jusqu’à ce que quelqu’un se décide à lever l’omerta et trouve les mots pour lever le verrou. C’est la démarche effectuée par Didier Robert qui est parti à la recherche d’un parent arrêté au petit matin par l’occupant allemand durant la Seconde guerre mondiale et qui n’est jamais revenu : Continuer la lecture

Au verso des cartes postales

Françoise HOUDART, Au revoir Lisa, M.E.O., 2021, 132 p., 15 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-8070-0264-7

houdart au revoir lisaFrançoise Houdart signe, avec Au revoir Lisa, son vingt-et-unième roman, le premier aux éditions M.E.O. À rebours de son titre tout chargé d’adieux, le roman propose une histoire de retrouvailles : celles d’une famille disloquée par l’absence et le mur du mensonge.

« Au revoir Lisa » sont les derniers mots laissés à la hâte par Auguste à sa petite fille de dix ans, sur le papier d’une enveloppe déchirée. C’était en 1966. Suivront pour Auguste de nombreuses années d’exil à travers l’Europe, et quelques mots : des lettres adressées à son épouse Eugénie, des cartes postales pour leur fille Lisa. Les unes et les autres resteront sans réponse, confrontées au silence d’une épouse blessée. Alignés sur la cheminée, les merveilleux paysages d’Espagne, d’Italie et de France n’affichent que leur face muette. Continuer la lecture

Illusions perdues

Rebecca NICAIS, Requiem à deux voix, Dricot, 2021, 203 p., 18 €, ISBN : 9782870956304

nicais requiem a deux voixLe titre Requiem à deux voix convient parfaitement à ce roman car il s’agit d’un hommage aux parents décédés de l’autrice. Rebecca Nicais a en effet pris le parti d’imaginer la parole de son père puis de sa mère pour raconter l’histoire de leur jeunesse et de leur vie de couple à travers le point de vue de chacun. Continuer la lecture

Jolie fratrie d’ours

Marine SCHNEIDER, Petit ours, Tout petit ours, Cambourakis, 2021, 32 p., 12 €, ISBN : 978-2-36624-547-9

schneider petit ours tout petit oursMarine Schneider, qu’on a pu notamment découvrir avec Hiro, hiver et marshmallows en 2018 chez Versant Sud Jeunesse, nous embarque d’album en album dans un univers graphique élaboré, où l’imagination est reine et le fond de l’air chargé de poésie et de merveilleux. Continuer la lecture

Le festin de Dominique

Un coup de cœur du Carnet

Dominique COSTERMANS, Les petits plats dans les grands, postface de Sarah Béarelle, Weyrich, 2021, 136 p., 14 €, ISBN : 9782874896132

costermans les petits plats dans les grandsDominique Costermans nous invite à une vraie fête des sens tout en entrouvrant une fenêtre sur son intimité familiale dans ce livre atypique, Les petits plats dans les grands. Il renoue avec un genre que pratiquaient nos grands-mères et arrière-grands-mères. Allègrement, on l’espère pour elles, comme c’est le cas ici.

Ce recueil, le septième de textes courts ou de nouvelles dont Dominique Costermans est devenue coutumière, se situe à l’intersection de deux familles, celle d’où vient l’auteure et celle qu’elle a ensuite formée. Raison pour laquelle elle utilise par moments le tutoiement derrière lequel nous devinons qu’elle s’adresse à l’une de ses filles auxquelles le livre est dédicacé. Continuer la lecture

Ton berceau centenaire

Violaine LISON et Valérie ROUILLIER, Ce soir, on dort dans les arbres, Esperluète, 2021, 48 p., 14 €, ISBN : 978-2-35984-137-4

lison rouillier ce soir on dort dans les arbresDes textes et des illustrations à parts égales, il se dissémine d’emblée du délice, facile à reconnaitre et partager. La recette est en effet transparente de simplicité et de vérité : une petite-fille s’adresse à sa grand-mère tout juste centenaire. Complicité, humour, bonne humeur et gâteau d’anniversaire ouvrent les papilles du lecteur.

Moi : Tu as cent ans aujourd’hui, bonne-maman.
Toi : Mais non…
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