Archives de catégorie : Dossiers du Carnet

Thomas Lavachery : « Nos ados ont droit à la meilleure littérature »

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Faut-il encore présenter Thomas Lavachery ? Grand prix triennal de Littérature jeunesse de la Fédération Wallonie-Bruxelles, cet auteur et illustrateur est surtout connu pour la série des Bjorn, une saga en huit tomes publiée à L’école des loisirs. Lui aussi est un habitué des rencontres en classe. Toujours à L’école des loisirs, viennent de paraitre Un zoo à soi ainsi que Tor et le Cow-Boy. En 2019, Thomas Lavachery  publiait Rumeur et Le voyage de Fulmir : c’est pour évoquer ce dernier titre que nous l’avons rencontré.

Cette interview paraitra dans une version plus courte dans Le Carnet et les Instants n° 206.

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« … toute l’horreur de Malpertuis »

Jean RAY, Malpertuis, Histoire d’une maison fantastique, édition établie par Arnaud Huftier, postface de Jacques Carion et Joseph Duhamel, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2020, 300 p., 10 €, ISBN : 978-2875684790

Pour les férus de fantastique, le nom Malpertuis est, tout comme celui de Ctulhu, synonyme d’épouvante. Chez les amateurs de « Nos Lettres » en général, le titre Malpertuis résonne comme un moment capital de l’histoire littéraire belge et se hisse au rang d’un classique. La définition, attribuée à Mark Twain, de cette catégorie d’ouvrages est connue : « un livre dont tout le monde parle et que personne n’a lu ». Et c’est sans doute le sort réservé depuis sa publication, au mitan de la Seconde Guerre mondiale, à ce roman-monstre, ardu, complexe, unique. Continuer la lecture

Merveilleux Monsieur Hulot

David MERVEILLE, Hulot domino, Rouergue, 2019, 40 p., 17 €, ISBN : 978-2-8126-1740-9

Décidément, Monsieur Hulot n’a pas fini d’inspirer David Merveille ! Et c’est tant mieux pour nous. Depuis son délicieux et surprenant Jacquot de Monsieur Hulot, publié aux éditions du Rouergue en 2006 et lauréat du Prix Québec/Wallonie-Bruxelles en 2007, l’auteur-illustrateur bruxellois, qui est aussi professeur à Saint Luc, a consacré quelques ouvrages à cet emblématique personnage des films de Jacques Tati : Hello Monsieur Hulot (qui reçut le prix de l’album belge Libbylit en 2011), Monsieur Hulot à la plage, sans oublier le catalogue de quatre-vingts planches Monsieur Hulot s’expose. Autant d’albums illustrés truffés de clins d’œil cinématographiques, d’humour et de poésie. Continuer la lecture

Comment lire un film ?

Natacha PFEIFFER et Laurent VAN EYNDE, Anthony Mann. Arpenter l’image, Presses universitaires du Septentrion, 2019, 287 p., 25 € / ePub : 17.99 €, ISBN : 978-2-7574-2452-0

Il y a beaucoup de façons de ne pas voir un film et la première consiste à le raconter ou la dernière à le thématiser. Bien entendu, tout film de fiction déroule des actions, mais cela ne le différencie pas d’un mythe, d’un roman, de n’importe quelle forme narrative, y compris picturale. Ce qui apparaît spécifiquement dans un film de fiction, c’est à coup sûr qu’il raconte une histoire par des images en mouvement. Le sens naît du commentContinuer la lecture

Cinéma on ice et skate-writing

Jean-Philippe TOUSSAINT, La patinoire, Impressions Nouvelles, 140 p., 18 €, ISBN : 978-2-87449-668-4 

Passer de l’écriture de romans à la réalisation de film, de la photographie à l’art conceptuel  exige un art virtuose du patinage. Romancier (La salle de bain, Monsieur, La télévision, Faire l’amour, Nue, Football, Made in China, tous au Éditions de Minuit…), réalisateur, photographe, artiste conceptuel, Jean-Philippe Toussaint met en abyme sa pratique des arts dans le film La patinoire (1999) dont les Impressions Nouvelles édite le texte. Résultat d’une refonte de diverses versions du scénario, ce ciné-roman, accompagné d’un cahier de photos, d’une postface de Laurent Demoulin et d’un dossier de presse, explore le motif du film dans le film. Hommage au septième art, La patinoire accomplit sous une veine comique tenant aussi bien de Jacques Tati, de Buster Keaton que de Chaplin ce qu’Escher poursuit graphiquement, à savoir un enchâssement d’un film (Dolores) dans un film (La patinoire). À la main qui dessine une main qui dessine d’Escher répond ici un cinéma au carré, un film qui parle d’un film en train de se tourner, un film doté d’un exposant x, manière de suggérer que l’une des définitions possibles du cinéma est celle d’un hoquet-hockey sur un terrain glissant parsemé de peaux de banane.

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Laurent De Sutter, pirate de la philosophie et du droit

Un coup de cœur du Carnet

Laurent DE SUTTER, Jack Sparrow. Manifeste pour une linguistique pirate, Impressions nouvelles, coll. « La fabrique des héros », 2019, 128 p., 12 € / ePub : 7.99 €, ISBN : 978-2-87449-647-9

Laurent de Sutter ouvre de manière fulgurante et géniale la nouvelle collection, intitulée « La fabrique des héros », créée par Tanguy Habrand et Dick Tomasovic aux Impressions Nouvelles. Son dévolu s’est porté sur Jack Sparrow, le héros de la série cinématographique Pirates des Caraïbes, interprété par Johnny Depp. Derrière les aventures fantastiques de Jack Sparrow — ses combats avec les soldats, les zombies ou autres créatures surnaturelles —, derrière son esthétique de l’ivresse, Laurent de Sutter met à jour son arme secrète : la parole. Non la déploration du « words, words, words » formulée par Hamlet mais la parole comme subversion. Les batailles entre la Couronne et la piraterie ne sont que l’expression d’une lutte à mort entre deux mondes, entre deux métaphysiques, le monde de l’ordre incarné par la Couronne et le monde utopiste pirate réinventant les bases d’une société qui conteste le pouvoir de la Couronne. Continuer la lecture

Je suis Charlie !

Un coup de cœur du Carnet

Adolphe NYSENHOLC, Charlie Chaplin, Le rêve, M.E.O., 2018, 244 p., 19 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978-2-8070-0177-0

Instant de grâce ! L’auteur, qui a voué une partie de sa riche carrière[1] à Chaplin, au point d’en être considéré de par le monde comme un expert sommital, a réussi l’ultime synthèse, un essai d’une densité louvoyant vers l’art poétique. Qui débute avant les premières lignes officielles, dans un commentaire sur la photo/couverture, au verso de la page de titre :

(…) Chaplin éminence grise de Charlot manipulé par lui, le masque tragique sur un corps comique, Charlot « sentimental puppet », l’empathie distanciée, l’auto-ironie de Chaplin, la chorégraphie comme écriture de songe, le créateur d’images à jamais mémorables, le poète comique, l’auteur en abyme, le rêve dans le rêve… 

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