Archives par étiquette : Murmure des soirs

Du côté de saint Jordi

COLLECTIF, Du côté des librairies, Murmure des soirs, 2020, 188 p., 13 €, ISBN : 978-2-930657-62-2

du côté des librairies murmure des soirsDans Éloge de l’amitié, Tahar Ben Jelloun écrivait : « Le libraire est l’ami du livre ; pas de tous les livres, mais de ceux qu’il considère assez pour les transmettre aux lecteurs. » La librairie se révèle en effet ce lieu singulier de passage, de partage, de mise en lumière, mais également de sélection, de choix, de défense. En parcourant étagères et présentoirs, le lecteur concentré devine l’orientation idéologique, l’impératif de qualité et parfois l’intérêt particulier du personnel qui la peuple. Car, oui, une librairie est peuplée de livres qui battent, chacun à sa pulsation, chacun à son tempo, et appellent leur lecteur prédestiné. C’est du moins la conviction d’une étrange libraire, aux envoûtements bohémiens et à la boutique évanescente, lorsqu’elle affirme : « Promenez-vous librement dans mon magasin, vous y trouverez peut-être ce que vous cherchez. Regardez tout autour de vous, prenez-les en mains, feuilletez-les, jusqu’à ce que vous tombiez sur celui qui vous dira : “Prends-moi, je t’attendais.” Car – savez-vous cela ? – ce sont les livres qui nous choisissent. Ils nous attendent patiemment, sur une étagère, et puis quand nous passons à leur portée, ils nous appellent, et là… c’est inutile de vouloir résister. » Continuer la lecture

La voix/voie de la résilience

Jacqueline CALEMBERT, La nuit du manuscrit, Murmure des soirs, 2019, 110 p., 16 €, ISBN : 978-2-930657-54-7

« Les horreurs, qu’elles soient d’hier ou d’aujourd’hui, nous atteignent tous à des degrés différents. Chacun se débrouille avec ce qu’il vit, ce qu’il ressent, ce qu’il endure, ce qu’il espère. » Voilà le postulat posé par Jacqueline Calembert dans son avant-propos, hommage à son père et à la capacité de résilience de celui-ci. Et c’est une illustration en mots qu’elle nous propose dans La nuit du manuscrit, histoire d’une rencontre à la fois fortuite et prédestinée de deux âmes agitées. Continuer la lecture

Paradoxes et contradictions

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Marc DEFAYS, Dico-tomies, Murmure des soirs, 2020, 242 p., 18 €, ISBN : 978-2-930657-59-2

Il est des livres dont on aimerait à l’instant tutoyer l’auteur… Il apparaît si proche de ce que nous vivons comme lecteur. En tout cas, c’est que je vécus récemment lorsque je découvris Dico-tomies, le dernier essai de Jean-Marc Defays.

Professeur à l’université de Liège, Jean-Marc Defays est l’auteur de nombreux ouvrages et articles dans le domaine des sciences du langage, de la didactique du français langue étrangère et de la communication interculturelle. Il se tourne aussi depuis quelques années vers une réflexion et une écriture plus personnelles, comme dans l’essai Babel et Frankenstein. Singularité et pluralité des langues, des groupes et des individus (2016), et le roman Rue des Trois limites (2019). Continuer la lecture

Aux frontières du réel

Thibaud PETIT, Jack, Murmure des Soirs, 2020, 224 p., 18 €, ISBN : 978-2-930657-61-5

« On peut survivre de mille et un passés mais on meurt dès qu’on a perdu son seul avenir. » Ce constat cristallise les élans scripturaux du narrateur de Jack. Cet homme, fragilisé, dans la trentaine, emménage dans un appartement (aussi étriqué que ses moyens et peu pimpant que son allure) suite à une rupture sentimentale non métabolisée. Bien sûr, il y a déjà eu le tri des souvenirs, l’installation dans un quartier agréable, les encouragements des proches, la formulation positive de résolutions. Mais tout s’est enchaîné très vite, trop même. À présent, il y a surtout cet espace de célibat, ce minimalisme imposé, cette nouvelle page d’existence à écrire. Alors pourquoi ne pas se prendre au mot et l’écrire, ce roman jamais abouti, tel « un mec ayant besoin d’outils pour aller mieux » ? « Il m’offrait la possibilité d’adopter un autre regard sur mon histoire et de faire de ce fardeau que je traînais de la matière à travailler et à espérer. En quelque sorte, il me poussait à regarder vers l’avant et à arrêter de croire que le passé m’emprisonnait, au risque d’en mourir. » Continuer la lecture

Une étoile solitaire à la recherche de la rédemption

Un coup de cœur du Carnet

Martine ROUHART, Les fantômes de Théodore, Murmure des soirs, 2020, 116 p., 16 €, ISBN : 978-2-930657-60-8

Comme tous les dimanches, Charlie rend visite à son père Théodore. Ces deux-là sont unis par une belle complicité où les mots sont superflus : contemplatifs, ils aiment se gorger des petites contingences de la vie. Continuer la lecture

Un thriller olympique !

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Marc RIGAUX, Kipjiru 42… 195, Murmure des Soirs, 2020, 413 p., 22 €, ISBN : 978-2-93065-757-8

Il suffit d’une page. D’un coup d’œil en surplomb sur l’ouvrage. Et on pressent la magie du grand large :

Je cours. Poumons brûlés.
J’ai dégringolé la pente rocailleuse, frôlé des squelettes de séneçons géants et les lobélies.
Je cours. Je cours dans la caldera. À 4000 mètres.
Expirer est une douleur. Jusqu’au dernier souffle.
La menace se rapproche. Elle me frôle maintenant. Ils sont là. Tout près. J’entends le roulement de la caillasse. 

L’écriture et la narration de Jean-Marc Rigaux sont travaillées, tendues. La structure interpelle. Une alternance de chapitres et d’intervalles. Un chapitre 12 à l’entame, un prologue aux allures d’épilogue. Vérification sur la table : il y aura un chapitre 13 ! Continuer la lecture

La ronde honnie

Stanislas COTTON, Le joli monde, Murmure des soirs, 2020, 94 p., 16 €, ISBN : 978-2-930657-58-5

Une plume s’offre à une autre pour écrire son œuvre posthume et raconter l’indicible, l’ineffable ; ce que personne ne peut accepter ni comprendre. Et surtout pas l’humanité. Peu avant sa mort, Ariel Bildzek, ce géant de la littérature mondiale, m’a révélé ce qu’il n’avait jamais raconté à personne.

La réalité nazie reste sans réponse possible, incommensurable et sans réconciliation entre l’être et l’humain. Et justement… si être humain n’était pas un lumineux supplément d’âme, mais bien une sombre erreur de la nature ? Je suis entré, j’ai repoussé le panneau et je me suis retrouvé nez à nez avec un type qui me souriait. J’ai remarqué une tête de mort sur le col de son uniforme.


Lire aussi : Écrire sur les camps aujourd’hui (C.I. 199)


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