Archives du mot-clé Murmure des soirs

Sur le terreau d’un souvenir

Paul DE RÉ, Mademoiselle de ces gens-là, Murmure des soirs, 2016, 396 p., 20 €   ISBN : 978-2-930657-32-5

de ré.pngVoici un roman attachant, au charme suranné d’une époque révolue, au parfum léger d’eau de rose, situé à la charnière des XIXe et XXe siècles dans un univers petit-bourgeois liégeois tout empreint de convenances, de bondieuserie et de corsetage moralisateur. Mademoiselle de ces gens-là est l’histoire de « Mademoiselle », c’est-à-dire la jolie Clémence, fille de notaire, qui un jour d’enfance fut éblouie par un jeune forain merveilleux et un premier baiser innocent à travers la haie du jardin ; elle en contracta un amour secret et ne vécut plus jamais que par le souvenir obsédant de ce Romain. Durant vingt ans, jusqu’à ce qu’elle le retrouve enfin – nous ne dévoilons rien vraiment ici tant les retrouvailles sont prévisibles –, elle subira, plus que ne vivra réellement, une existence dominée par un fantôme. « Ces  gens-là » est le terme dénigrant et apeuré dont la « bonne » société désigne les gens du voyage, saltimbanques et forains, ces « moins que rien » ou barakîs comme on dit à Liège, dont on se méfie quoiqu’ils apportent fête, imaginaire et goût de l’ailleurs. Lire la suite

Un dialogue posthume : Bruna et moi

Marc PIRLET, Un jour comme un oiseau, Esneux, Murmure des soirs, 2016, 139 p., 10€   ISBN : 978-2-930657-33-2

pirletPar l’intermédiaire d’un ami, Marc Pirlet rencontre pour la première fois en avril 2013 Bruna, une vieille dame qui habite sur les hauteurs de Seraing. Celle-ci vient souvent l’après-midi en ville, à Liège, prendre un chocolat chaud dans un endroit accueillant sa solitude. Pourquoi va-t-il la rencontrer, bientôt régulièrement ? Parce que cette dame menue, charmante d’ailleurs, a une histoire qu’elle a longtemps tenue sous silence mais qui maintenant, alors qu’elle a atteint quatre-vingt-six ans, doit se confier. C’est avec constance et ferveur que Marc Pirlet va l’écouter et recueillir des propos qu’il faut communiquer à tous. C’est en effet une confidence de l’enfer vécu que Bruna tient à faire avant de disparaître, pour que rien ne s’oublie, ne se perde de la mémoire. L’enfer, ce sont ces années passées dans les camps de concentration nazis, les camps de la mort. C’est en 1941 que Bruna, qui a 16 ans, et son frère sont arrêtés dans la maison familiale de Seraing par les agents de la Gestapo qui recherchent le père, communiste polonais, disparu depuis l’exode de mai 1940. Rapidement déportée en Allemagne et à travers plusieurs lieux de détention, elle arrive au sinistre camp de Ravensbrück où elle passera plusieurs années terribles avant de terminer dans cet autre enfer qu’était Bergen-Belsen, d’où elle sera libérée puis rapatriée vers la Belgique en état d’extrême faiblesse. Lire la suite

Quand la nature insuffle sa vie dans les silences fragiles

Un coup de coeur du Carnet

Michaël LAMBERT, Mad, Esneux, Murmure des soirs, 2016, 281 p., 19€

madLorsque Madeleine, surnommée Mad, obtient ce qu’elle a toujours voulu, à savoir vendre une cinquantaine de ses toiles lors d’un vernissage, elle suffoque et décide de sortir de cette galerie de paysages gris. Une décision s’impose à elle : prendre un nouveau départ à 53 ans. Sans plus attendre, elle rompt avec son agent et achète une maison à la campagne. Lire la suite

Les surprises d’une vie ordinaire

Anne DUVIVIER, My Brussels Beauty, Murmure des soirs, 2016, 228 p., 19 €

Un shampoing deux en un, un balayage à Monsieur Ashton, une discussion sur l’allaitement avec une jeune maman, un brushing pour Madame Durieux, un conseil avisé, une coupe gratuite à ce jeune étudiant sympathique, une inspection de la salle des machines à laver attenante au salon de coiffure… et toujours un sourire, un petit mot gentil, une attention pour ses clients. Tel est le quotidien de Jackie. Lire la suite

Les cartouches d’un anarchiste respectueux

Ghislain COTTON, Ainsi râlait Zara Fouchtra, Murmure des soirs, 82 p., 10 €

Quand arrive leur crépuscule, les idoles ont deux solutions : soit elles se retirent en un Walhalla qui commence à sentir le roussi, pour y agoniser loin des regards et boire jusqu’à lie la coupe amère du déclin ; soit elles ébrouent une dernière fois leur majesté et descendent de la montagne parmi les hommes afin de livrer, façon  prophète, une nouvelle vérité. Lire la suite

Tours jumelles

Ysa CAVALIS, Double Tour, Murmure des soirs, 2015, 188 p., 18€

D’un côté, il y a Violaine Carpentier. Trente ans, même pas cinquante kilos, secrétaire au sein d’une grande boîte, un chat. Non reconnue par son père, faire-valoir de sa mère désaimante. Un viol comme seul passif sexuel. Sa vie ? « Trente ans de tristesse et de malaise indicible à la recherche de mots suffisamment précis pour dépeindre la mélancolie de mes journées passées à me chercher et à comprendre le sens. Le sens d’une vie subie, un peu plus chaque jour, le sens de cette incapacité à sourire pleinement, le sens de cette crispation aigre et amère à l’évocation d’un jour de plus. Une vie à refuser de vivre, vie d’automate, une vie sans mode d’emploi, la vie d’un cadavre articulé par les pulsations cardiaques d’un cœur qui n’en finit pas de saigner. » Invisible aux yeux de sa génitrice Julie/tte (trop occupée à refuser de vieillir et à scruter son reflet dans des pupilles désirantes), de ses collègues et de l’ensemble de l’humanité, Violaine ploie sous le poids de son existence pourtant bien vide, pourtant proche du Néant. Les rares fois où il lui faut faire face à des obligations sociales, elle se documente dans les magazines, visionne des films et laisse traîner ses oreilles dans les cafeterias. Une proie. Lire la suite

Au désert de soi

Un coup de coeur du Carnet
Thierry DETIENNE

hoffelinckVoici le récit d’un basculement, celui du jeune Karl Götz qui s’extirpe de sa vie ordinaire et va franchir toutes les limites. À l’origine de sa mutation, la demande qu’il reçoît du professeur d’archéologie dont il est assistant : victime d’une chute, le vieil homme lui annonce qu’il voit en lui son successeur et qu’il compte sur lui pour le représenter dans une rencontre internationale à Tunis auprès d’un vieil ami. Lire la suite