Archives par étiquette : Récit

Valse avec Camille Claudel

Veroni­ka MABARDI, Sous le regard des stat­ues de Camille Claudel, Esper­luète, 2026, 260 p., 20 €, ISBN : 9782359842067

mabardi camille claudelCom­ment abor­der Camille Claudel après les visions romanesques, dra­maturgiques, ciné­matographiques, choré­graphiques offertes par Anne Del­bée, Michèle Des­bor­des, Lau­rence Cre­ton, Bruno Nuyt­ten, Bruno Dumont, Marie-Claude Pietra­gal­la et d’autres ? C’est à par­tir d’un dou­ble geste que Veroni­ka Mabar­di inter­roge l’œuvre et la vie de l’artiste. D’une part, comme le titre l’énonce, le réc­it se tient au plus près du geste créa­teur de Camille Claudel. Veroni­ka Mabar­di écrit depuis un lieu, sous un angle défi­ni : sous le regard des stat­ues, depuis la mise en abyme de l’œil de Camille Claudel dans ses sculp­tures. D’autre part, tail­lé à coups de burin, le bloc textuel décrit le chemin d’une ren­con­tre élec­tive qui s’inscrit dans une tem­po­ral­ité longue. On suit Veroni­ka Mabar­di sur les traces géo­graphiques, esthé­tiques de Camille Claudel, sur les lieux où elle vécut ; elle nous fait entr­er dans le ven­tre des musées qui abri­tent ses œuvres. Con­tin­uer la lec­ture

« Le hors-champ reste infini »

Un coup de cœur du Car­net

Émil­ia STÉFANI-LAW, S’en sou­venir, CFC, 2026, 136 p., 18 €, ISBN : 9782875721235

stefani law s'en souvenirAvec S’en sou­venir, Émil­ia Sté­fani-Law part du sin­guli­er pour dégager l’universel, une poé­tique de la mémoire active. Son enquête débute par l’ouverture de la con­ces­sion de son père, décédé trente-cinq ans plus tôt, le 4 décem­bre 1984, d’un infarc­tus, à trente-sept ans. Détenir cette urne con­cré­tise cette dis­pari­tion et pointe du doigt les mor­celle­ments mémoriels qu’il va s’agir de venir combler à coups d’images, fix­es ou mou­vantes, ou d’histoires, fouil­lées avec un regard neuf, dans l’espoir de « trou­ver la pièce man­quante ». Con­tin­uer la lec­ture

Humaine jusqu’au bout

Mar­i­anne LEFEBVRE-RAEPSAET, À fleur de mémoires. Lulu Raep­saet, résis­tante com­mu­niste, rescapée de Ravens­brück, Cerisi­er, coll. « Quo­ti­di­ennes », 2025, 176 p., 17 €, ISBN : 9782872672561

lefebvre rapsaet a fleur de mémoireRésis­tance. Sol­i­dar­ité. Human­ité. Ajou­tons : mémoire. Trans­mis­sion. Voilà quelques-uns des ter­mes qui se détachent par­mi tous les autres dans À fleur de mémoires de Mar­i­anne Lefeb­vre-Raep­saet, un livre con­sacré à sa mère, Lulu Raep­saet, déportée au camp de Ravens­brück et qui, comme beau­coup de sur­vivantes et sur­vivants des camps, a (très) peu racon­té ce qui s’y était passé. Certain·es se sont même tu·es totale­ment, lais­sant leurs descendant·es aux pris­es avec des béances d’autant plus douloureuses. On pense, par exem­ple, à la mère de Chan­tal Aker­man, si silen­cieuse (même si par­fois bavarde), si présente dans la vie et dans l’œuvre de sa fille : « [le silence de ma mère] c’est sur quoi je tra­vaille, depuis des années, d’une manière ou d’une autre (…) comme elle a eu la parole coupée, vrai­ment, j’essaie à ma manière de la lui redonner. » Con­tin­uer la lec­ture

Pour une liberté qui pétille comme un air de jazz

Simon GRONOWSKI, Plaidoy­er pour la paix, Racine, 2025, 114 p., 19,95 €, ISBN : 9782390253631

gronowski plaidoyer pour la paixDans Plaidoy­er pour la paix, Simon Gronows­ki délivre un réc­it-essai boulever­sant qui trans­met un mes­sage de com­bat aux jeunes généra­tions. À nonante-trois ans, il prend la plume afin de retrac­er l’histoire de sa famille juive qui fut déportée durant la Deux­ième Guerre mon­di­ale. Avo­cat du bar­reau, pianiste de jazz, Simon Gronows­ki est l’un des derniers sur­vivants de la Shoah, l’un des derniers témoins. Sa plongée dans les années de guerre, son évo­ca­tion de l’invasion de la Bel­gique par Hitler, des mesures pris­es con­tre les Juifs, du port de l’étoile jaune, des rafles sont tout entières sous-ten­dues par la volon­té de racon­ter les crimes du passé afin que les jeunes généra­tions puis­sent défendre la démoc­ra­tie, ses valeurs, com­bat­tre la racisme, l’antisémitisme, l’extrême droite. Ce plaidoy­er pour la paix, pour la tolérance, pour l’amour, pour le devoir de mémoire rend hom­mage à la mère, à la sœur mortes en dépor­ta­tion, au père qui décède de dés­espoir, mais aus­si à toutes les vic­times du nazisme et d’autres géno­cides. Con­tin­uer la lec­ture

La sérénité du plongeur de fond

Jean-Luc OUTERS, Le com­mence­ment, l’éternité, Impres­sions nou­velles, 2025, 200 p., 18 €, ISBN : 9782390702511

outers le commencement l'éternitéToute écri­t­ure de l’enfance est roman davan­tage qu’autobiographie, dans la mesure où il s’agit à l’auteur.ice qui ose s’emparer de ce sujet si flou et flu­ant, son moi ancien, de faire renaitre un monde irrémé­di­a­ble­ment englouti par le cours du temps, enfoui dans les tré­fonds de l’intimité. Pour Jean-Luc Out­ers, renouer avec le com­mence­ment, l’éternité de son être, c’est pro­pos­er en une suite de chapitres ser­rés autant de microfic­tions où il met en scène le per­son­nel de son réc­it famil­ial et fam­i­li­er ; et de microfrictions où il con­voque sen­sa­tions, humeurs, émo­tions, ten­sions et joies pour nous en faire ressen­tir l’étoffe, en toute prox­im­ité. Con­tin­uer la lec­ture

Remonter jusqu’à la langue de la Semois

Mor­gane EEMAN, Une joie longé­vive. Une épopée dans le bassin de la Semois, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2024, 98 p., 13 €, ISBN : 9782875054913

eeman une joie longeviveÉcrire en revenant vers la source, la vie sauvage, les con­fins d’un lan­gage aqua­tique, écrire pour se retrou­ver en se recon­nec­tant à des mots qui ont fui, écrire jusqu’à attein­dre une zone de fusion entre les flux du poème et les flux de la riv­ière Semois… le chant d’amour que Mor­gane Eeman livre à la Semois suit les méan­dres d’un afflu­ent de la Meuse qui a bercé son enfance, qui a forgé les paysages, don­né nais­sance à la vie, autour duquel la faune et la flo­re se sont épanouies. Con­tin­uer la lec­ture

Roman en vie

Riton LIEBMAN, La vedette du quarti­er, Séguier, 2024, 277 p., 21 € / ePub : 13,99 €, ISBN : 978–2‑84049–969‑5

liebman la vedette du quartierRiton Lieb­man est comé­di­en depuis plus de qua­tre décen­nies. Sa pre­mière appari­tion à l’écran remonte à 1977 dans Pré­parez vos mou­choirs de Bertrand Bli­er. Il a alors 13 ans. L’appel pour un cast­ing est paru dans le jour­nal et il s’y est présen­té sans ses par­ents. Il est retenu pour un rôle aux côtés d’acteurs recon­nus et sa vie bas­cule. Il décou­vre la vie sur le tour­nage, celle d’adultes sans com­plex­es alors que lui vient d’un milieu où l’existence est guidée par des principes forts. Son père, Mar­cel Lieb­man, est pro­fesseur de sci­ences poli­tiques à l’ULB, il est de gauche et ne manque aucune occa­sion de le man­i­fester. Sa mère vient d’une famille juive, elle est psy­chothérapeute spé­cial­iste de la méth­ode Gor­don, mieux con­nue sous le nom de Par­ents effi­caces. Chez lui, on ne rigole pas avec les principes. Con­tin­uer la lec­ture

Au premier regard

Chan­tal DELTENRE, Le regard retrou­vé, Esper­luète, 2024, 103 p., 18 €, ISBN : 9782359841817

deltenre le regard retrouvéEn dépit de la météo, la nar­ra­trice décide d’aller « marcher quelque part », elle qui, dans ses lieux com­muns, « trou­ve tou­jours quelque chose à voir ». Scène inau­gu­rale du réc­it, cet élan per­cep­tif fait jail­lir un regard, qui par­court, se dérobe, inter­roge, explore, embrasse, fixe, se suit. Dans un kaléi­do­scope aux prismes intimes et aux clartés touchant le philosophique et l’imminemment col­lec­tif, l’écrivaine, eth­no­logue et pas­sion­née de pho­togra­phie, Chan­tal Del­tenre se met en quête de celui qui per­met de voir, de se voir, de se redé­cou­vrir quand il s’était oublié ou avait été cen­suré, cet œil réson­nant qui trans­met une rumeur qui ranime. Con­tin­uer la lec­ture

Parcours d’artiste

Un coup de cœur du Car­net

Patrick CORILLON, Atlas du ten­dre, Actes Sud, 2024, 236 p., 19,50 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑330–18716‑3

corillon atlas du tendre« Mais de quoi vivent nos pen­sées ? ». Cette ques­tion lim­i­naire ani­me le pre­mier réc­it d’un ouvrage qui explore les méan­dres de la créa­tion artis­tique et qui donne le ton. Tout d’abord dans les sou­venirs d’enfance d’un jeune garçon, ceux des pre­mières images : couleurs, lumières, mou­ve­ments de pois­sons bondis­sant dans les bassins du zoo aban­don­né de Spa. Puis celles, au même endroit mais plus tard, des casques col­orés des jeunes qui utilisent le même espace pour faire du skate­board. Puis la décou­verte de Pél­léas et Mélisande dans un fes­ti­val de théâtre et, après le spec­ta­cle, celle du ver­so de la scène, des décors que l’on démonte et des croix blanch­es mar­quant les repères au sol pour les acteurs. Fas­ci­na­tion pour les rit­uels et les objets tan­dis que se des­sine une carte du monde où l’on pointe des noms de lieux aux con­so­nances exo­tiques. Con­tin­uer la lec­ture

À chaque enfant, sa place

Éva BATTAGLIA, L’enfant Do, Cerisi­er, 2023, 93 p., 13 €, ISBN : 978–2‑87267–245‑5

battaglia l'enfant doLes réc­its de par­ents sur leur enfant atteint d’un spec­tre autis­tique ne man­quent pas. Ceux qui atteignent une dimen­sion lit­téraire sont plus rares. En Bel­gique, il y a eu Robin­son, de Lau­rent Demoulin, prix Rossel 2017 (Gallimard/Folio). On pour­ra désor­mais ajouter L’enfant Do, d’Éva Battaglia, pub­lié aux édi­tions belges du Cerisi­er qui pub­lient peu, mais ont élaboré un cat­a­logue de qual­ité au cours du temps. Con­tin­uer la lec­ture

Chronique d’un désenchantement

Claude FROIDMONT, Quand j’étais belge, F dev­ille, 2023, 200 p., 20 €, ISBN : 9782875990747

froidmont quand j'étais belgeClaude Froid­mont s’est déjà fait recon­naître comme romanci­er et il a don­né un ouvrage sur François Mau­ri­ac à l’issue d’un séjour d’études dans la demeure de Mala­gar. Lié­geois et roman­iste, il a nour­ri de tous temps un culte pro­fond pour la France et surtout sa cul­ture, au point d’y pass­er des con­cours pour pou­voir y enseign­er, d’en acquérir la nation­al­ité et d’y demeur­er. Le réc­it qu’il livre aujourd’hui retrace son itinéraire con­vic­tion­nel qui prend des allures de bilan per­son­nel au seuil de la soix­an­taine. Con­tin­uer la lec­ture

Valse à douze temps

Pas­cale FONTENEAU et Kikie CRÊVECOEUR, C’est repar­ti !, La pierre d’alun, coll. « La petite pierre », 64 p., 15 €, ISBN: 978–2‑87429–130‑2

fonteneau crevecoeur c'est repartiMême s’il trou­ve des adeptes sous for­mat numérique, le livre reste un objet que l’on tient en mains et qui s’appréhende par le regard, le touch­er des doigts et plus encore. C’est repar­ti ! tient presque dans le creux de la main, avec sa reli­ure annelée, et il attire les yeux avec les couleurs chaudes de sa cou­ver­ture jaune aux car­ac­tères d’un rouge irisé. Celle-ci tournée et dev­enue la dernière, on décou­vre la fac­ture d’un papi­er car­ton­né et doux et, très vite, cette cita­tion lim­i­naire de Chris­t­ian Dotrement, qui donne le ton : « J’ai l’air de frag­menter comme ça en réal­ité j’unis ». Con­tin­uer la lec­ture

Hors-champ

Fabi­enne VERSTRAETEN, V ou la mélan­col­ie, Arléa, coll. « La ren­con­tre », 2023, 136 p., 18 €, ISBN : 9782363083319

verstraeten v ou la melancolieEn avril, la mai­son d’édition parisi­enne Arléa pub­li­ait dans sa col­lec­tion « La ren­con­tre » le pre­mier roman de Fabi­enne Ver­straeten, déjà con­nue des milieux brux­el­lois de l’art et de la cul­ture.  Inti­t­ulé V ou la mélan­col­ie (comme référence explicite au roman de Georges Perec, W ou le sou­venir d’enfance), le roman que pro­pose Fabi­enne Ver­straeten s’inscrit dans la tra­di­tion des sagas famil­iales.

Au départ d’une pho­togra­phie, prise dans l’immédiat après-guerre, de l’enterrement de son grand-père Aloïs, l’autrice fouille son his­toire famil­iale. Elle l’interroge dans le but de débus­quer les caus­es d’un atavisme bien par­ti­c­uli­er : la mélan­col­ie. Con­tin­uer la lec­ture

Aghar, l’expulsée

Un coup de cœur du Car­net

Tarek ESSAKER, Les Chem­i­nants, Réc­it poé­tique, Trad. en arabe de Ziad Ben Youssef, Pré­face de Vin­cent Lefèvre, Post­face en français et pré­face en arabe de Rafi­ka Bhouri, Arbre à paroles, 2023, 284 p., 18 €, ISBN : 9782874067327

essaker les cheminantsÉblouis­sante médi­ta­tion poé­tique autour de la fig­ure d’Agar/Aghar, ser­vante de Sarah, qui donne à Abra­ham un fils, Ismaël, Les Chem­i­nants mène la poésie dans des régions invo­ca­toires et oniriques où langue, monde, vision, his­toire, reli­gion se ressour­cent. À la femme sac­ri­fiée de la Genèse, à la femme qui don­na nais­sance aux douze tribus et que Sarah con­damna au désert avec l’assentiment d’Abraham et la béné­dic­tion de Dieu, Tarek Essak­er donne une voix plurielle, de sable et de silence brûlant, soutenue par les fig­ures d’Aref, le témoin, de Dieu, des Chem­i­nants, des prophètes, de Yaccoub/Jacob. Con­tin­uer la lec­ture

« U Can’t Touch This »

Un coup de cœur du Car­net

Alex­is ALVAREZ, Rela­tion, Arbre à paroles, coll. « iF », 2023, 20 p., 14 €, ISBN : 978–2‑87406–735‑8

alvarez relationQua­si-corol­laire de tout début vu que « pour absol­u­ment tout dans la vie, marcher, respir­er, boire du vin ou se faire pipi dessus, il y [a] une pre­mière et une dernière fois », elle peut enlis­er, empoiss­er, embourber, comme oxygén­er, alléger, stim­uler. Elle rebat en tout cas imman­quable­ment les cartes, qui façon­neront d’autres châteaux à l’architecture espag­nole ou végéteront en tas informe sur une table crasseuse. La fin d’une rela­tion, et plus par­ti­c­ulière­ment d’une rela­tion amoureuse, c’est notre lot à (presque) tous, un jour ou l’autre. Si l’expérience s’envisage comme banale­ment com­mune avec une dis­tance poéti­co-cynique, moins fréquents sont ceux qui la ressen­tent comme telle à l’instant T et à tous les autres qui suiv­ront et s’accumuleront le temps de… Quelle que soit sa con­fig­u­ra­tion sin­gulière, elle déplace tou­jours nos lignes intérieures. Con­tin­uer la lec­ture

Portrait du compositeur en fin de vie et du joueur en fin de nuit

Emmanuel REGNIEZ, Au bord du lit, suivi de La chute de la mai­son Ush­er d’Edgar Allan Poe, Tripode, 2023, 122 p., 15 €, ISBN : 9782370553409
Emmanuel REGNIEZ, Le joueur, Dynastes, 2022, 8 €, ISBN : 9782956942191

regniez au bord du litEmmanuel Rég­niez aime écrire la musique, la lit­téra­ture, la répéti­tion, et la mélan­col­ie qui vient sub­sumer le tout. Dans ce nou­veau roman, Au bord du lit, une fois encore, jusqu’à l’obsession. Un com­pos­i­teur : Claude Debussy. Une œuvre lit­téraire : La chute de la mai­son Ush­er d’Edgar Allan Poe (reprise en fin de vol­ume, dans la tra­duc­tion de Baude­laire). Le com­pos­i­teur est, dans les dernières années de sa vie, aux pris­es avec un opéra qu’il voudrait ter­min­er absol­u­ment et qu’il sait ne pou­voir finir. Con­tin­uer la lec­ture