Archives par étiquette : Véronique Bergen

De la paléontologie

Antoine BALZEAU (textes), Pierre BAILLY (dessins), Homo sapiens, Lombard, coll. « La petite bédéthèque des savoirs », 2019, 88 p., 10 € / ePub : 4.99 €, ISBN : 978-2-8036-7272-1

Signé par le paléoanthropologue et chercheur au CNRS Antoine Balzeau et le dessinateur Pierre Bailly (créateur notamment de Petit Poilu), le nouvel opus de la petite bédéthèque des savoirs, intitulé Homo sapiens, retrace l’évolution de la paléontologie et condense les questionnements actuels sur les origines de l’espèce humaine. L’histoire de l’humanité fait l’objet de trois chapitres — les théories, les temps préhistoriques et l’articulation de notre présent et de notre futur — et procède par problématisations qui mettent au jour les a priori, les idées préconçues relatifs à l’évolution. Dans sa préface, David Vandermeulen revient sur l’incompatibilité entre la Bible et les découvertes de Buffon, de Cuvier. Les secondes font état d’une apparition de l’homme avant le déluge, ce qui contredit l’enseignement de l’Église. Afin de ne remettre en cause la théologie, des scientifiques tels que Cuvier ou Buckland concilieront preuves géologiques et récit biblique. Continuer la lecture

Pleins feux sur Batman

Dick TOMASOVIC, Batman. Une légende urbaine, Impressions nouvelles, coll. « La fabrique des héros », 2019, 142 p., 12 € / ePub : 7.99 €, ISBN : 978-2-87449-687-5

En interrogeant le mythe Batman, la plasticité du super-héros de DC Comics, Dick Tomasovic nous plonge non seulement dans les tréfonds de l’inconscient individuel du célèbre justicier masqué mais aussi dans les méandres de l’inconscient collectif de sociétés gangrenées par le crime. Fondateur et directeur avec Tanguy Habrand de la très belle collection « La fabrique des héros » qui a vu le jour il y a peu aux Impressions nouvelles, professeur d’Études cinématographiques et de Théories et pratiques des arts du spectacle à l’Université de Liège, Dick Tomasovic dissèque la singularité de ce personnage créé en 1939 par Bob Kane et Bill Finger. Dépourvu de pouvoirs surnaturels et du folklore propre aux héros de légende, ex-enfant traumatisé par le meurtre de ses parents, devenu un redoutable détective-justicier, évoluant au fil du temps, au fil de ses innombrables adaptations, Batman a pourtant suscité une batmania que le temps n’est pas parvenu à démentir. Continuer la lecture

Conte et catharsis

Veronika MABARDI, Peau de louve, Images d’Alexandra Duprez, Esperluète, 2019, 56 p., 14 €, ISBN : 9782359841107

Quand l’art du récit se noue à la voix du conte, les mots se soulèvent pour évoquer le monde de ceux qui n’ont pas droit au chapitre. Les exilés, les êtres que traverse la fêlure, les animaux, les forêts. Après Pour ne plus jamais perdre, Les cerfs (couronné par le prix triennal de littérature de la Ville de Tournai), publiés tous deux aux éditions Esperluète, l’écrivain et comédienne Veronika Mabardi s’avance avec Peau de louve dans un récit en vers qui renoue avec la fiction vue comme parole magique, à effets performatifs. Le « il était une fois » placé en ouverture du récit (qui a été porté à la scène) pose d’emblée son royaume : un royaume à l’écart du système, des places distribuées et des lois du marché, un royaume où les excommuniés, les oubliés sont souverains. Continuer la lecture

Pierre Avezard dit Petit Pierre, un oublié de l’Art Brut

Daniel CASANAVE, Florence LEBONVALLET, Petit Pierre. La mécanique des rêves, Casterman, 2019, 120 p., 22 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 9782203155275

Dans Petit Pierre. La mécanique des rêves, le dessinateur Daniel Casanave et la scénariste Florence Lebonvallet exhument la vie et les œuvres de Pierre Avezard dit Petit Pierre (1909-1992)  inventeur de génie, pionnier de l’Art Brut. Cette magnifique odyssée graphique et textuelle rend hommage, redonne vie à un homme que sa différence maintint à l’écart de la société. Atteint du syndrome de Treacher Collins, contrefait, malentendant, quasi muet, Petit Pierre construisit, sa vie durant, des œuvres insolites qui faisaient monde, se substituant à la société des hommes dont il était séparé. Entre art et science, Pierre Avezard conçut des dispositifs artistiques dont la logique, la grammaire, le souffle ne s’inscrivaient dans aucun moule culturel.

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L’expérience poétique

COLLECTIF, La découverte de la poésie. De ontdekking van de poëzie, Midis de la poésie & L’Arbre à paroles, coll. « Poésie », 2019, 38 p., 8 €

À l’initiative de Passa Porta, du Poëziecentrum et des Midis de la Poésie, huit poètes belges, quatre francophones, quatre néerlandophones, interrogent sous la forme poétique leur découverte, leur entrée en poésie, les liens qu’ils tissent avec elle. Face à la question « comment devient-on poète ? », certains mettent à nu l’épreuve subjective de leur rencontre avec la muse poétique tandis que d’autres placent la poésie en amont, comme une voix qui, depuis toujours, appelle ses possibles hôtes. Rencontre accidentelle ou, au contraire, destinale et élective ? Rencontre physique, avec des mots charnels ou compagnonnage d’ordre conceptuel ? Continuer la lecture

Dominique Rolin, « la forêt des mots »

Dominique ROLIN, Plaisirs suivi de Messages secrets, Entretiens avec Patricia Boyer de Latour, Gallimard, coll. « L’Infini », 2019, 343 p., 21,50 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 978-2-07-284905-3

Le doute, la mémoire, l’amour, le double, Venise, la musique, les Primitifs flamands, les visages, les miroirs, la Belgique… autant de portes d’entrée du voyage qui mena Dominique Rolin et Patricia Boyer de Latour à tisser un ensemble d’entretiens réunis sous le titre Plaisirs. Dès 1999, bien après Les marais, Le lit, La maison la forêt, Le corps, Les éclairs, à l’époque où paraissent des œuvres majeures comme La rénovation, Journal amoureux, débute une série d’échanges placés sous le signe de « la promenade dans un jardin » (Rolin), le jardin Rolin dont les fleurs s’appellent le doute, la passion, l’enfance, l’écriture comme « investissement total de l’être ». Continuer la lecture

Stéphane Mandelbaum : c’est derrière que tout se passe, pas à l’avant-plan

Anne MONTFORT (dir.), Catalogue de l’exposition Stéphane Mandelbaum, préface de Bernard Blistène, textes d’Anne Monfort, Gérard Preszow, Choghakate Kazarian, Bruno Jean et Pierre Thoma, notes d’Anne Lemonnier, Éd. Dilecta/Centre Pompidou, 2019, 153 p., 30 €, ISBN : 978-2-37372-079-2

À l’occasion de l’exposition Stéphane Mandelbaum qui s’est tenue ce printemps au Centre Pompidou et qui s’ouvre au Musée Juif (du 14 juin au 22 septembre), les Éditions Dilecta/Centre Pompidou publient un saisissant catalogue de l’artiste assassiné en décembre 1986 à l’âge de vingt-cinq ans. Qui rencontre les dessins, les gravures de Stéphane Mandelbaum fait l’expérience d’un choc sensoriel. La sidération et le trouble que ses créations induisent naissent de l’intensité dramatique de ses portraits, de la déconstruction qu’elles opèrent de l’espace et des formes afin de convoquer l’irreprésentable. La déroute des formes sous les forces d’un trait sismique se renforce par une articulation singulière du visuel et du textuel qui peut faire songer à leur alliance chez Jean-Michel Basquiat. Magnifiquement conçu, présentant une centaine de dessins, le catalogue montre, au travers des textes d’Anne Monfort, Gérard Preszow, Choghakate Kazarian, d’un entretien entre Bruno Jean et Pierre Thoma, des notes d’Anne Lemonnier  — certains ont connu l’artiste —, un univers stéphanemandelbaumien hautement chargé en vertiges. Continuer la lecture