Archives par étiquette : Véronique Bergen (autrice de la recension)

L’enfance, une royauté découronnée

Un coup de cœur du Car­net

”Mertens

Une paix royale

Auteur : Pierre Mertens

Mai­son d’édition : Espace Nord

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 580

Prix : 12 €

Livre numérique : /

EAN : 9782875687418

La chute, la col­li­sion entre les exis­tences indi­vidu­elles et le corps de l’Histoire, l’enfance, emblème d’une perte cen­trale, la Bel­gique comme improb­a­ble terre de fic­tion, la fêlure au sens de Fran­cis Scott Fitzger­ald… les leit­mo­tivs de l’œuvre de Pierre Mertens for­ment la musique de fond d’Une paix royale, un roman paru en 1995, dont la récep­tion et la lec­ture ont été altérées, sur­déter­minées par le procès intro­duit par deux mem­bres de la famille royale. Sou­veraine­ment (mais d’une sou­veraineté batail­li­enne, étrangère à la roy­auté) post­facée par Benoît Denis et pré­facée par Guy Scar­pet­ta, la nou­velle édi­tion d’Espace Nord nous per­met de relire ou de décou­vrir un roman vir­tu­ose, tail­lé dans l’ambition de qui, tout en se défi­ant de Sartre, envis­ageait la lit­téra­ture comme une forme de pen­sée, de déchiffre­ment du monde. Alter ego de Pierre Mertens, Pierre Ray­mond, lassé d’être guide, chroniqueur chez Touristes sans fron­tières, délaisse le voy­age dans l’espace pour se livr­er à une enquête qui tient tout à la fois d’un roman des orig­ines, d’un retour sur l’enfance et d’une aus­cul­ta­tion de la péri­ode trou­ble, de « l’affaire royale ». Con­tin­uer la lec­ture

Feu éternel de la matière homérique

Emond L’iliade

L’Iliade

Auteur : Paul Emond

D’après l’oeuvre de : Homère

Mai­son d’édition : Le lion z’ailé

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 168

Prix : 16 €

Livre numérique : /

EAN :978–2‑39066–113‑9

Emond l’odyssée

L’Odyssée

Auteur : Paul Emond

D’après l’oeuvre de : Homère

Mai­son d’édition : Le lion z’ailé

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 186

Prix : 17 €

Livre numérique : /

EAN :978–2‑39066–113‑9

Le cycle troyen s’offre comme la matrice de lec­ture des guer­res passées et actuelles en Occi­dent. La puis­sance de l’adaptation théâ­trale de L’Iliade et de L’Odyssée pro­posée par le romanci­er, dra­maturge et essay­iste Paul Emond (qui a égale­ment adap­té pour la scène La légende de Tris­tan et Yseult, Don Qui­chotte, Madame Bovary, Le château, Moby Dick, L’éducation sen­ti­men­tale) se loge dans un jeu entre resti­tu­tion textuelle et choix scénique. Dans ces deux vol­umes parus aux Édi­tions Le Lion Z’Ailé dans la col­lec­tion « Théâtre » dirigée par Jean Jau­ni­aux, la matière épique homérique est traduite dans deux dis­posi­tifs théâ­traux com­mandés ini­tiale­ment par Jules-Hen­ri Marchant afin d’être joués au Rideau de Brux­elles. L’adaptation de L’Iliade se con­cen­tre sur la gigan­tomachie, la guerre qui opposa la Grèce aux Troyens durant dix ans, déclenchée par le rapt d’Hélène, femme de Ménélas, par Pâris, fils du roi troyen Pri­am. L’intervention des dieux dans les affaires humaines, les exploits guer­ri­ers d’Achille, de Patro­cle, d’Hector, les querelles et coups bas entre divinités de l’Olympe, le déchaine­ment des pul­sions destruc­tri­ces, les champs de morts, les lamen­ta­tions d’Andromaque, les thrènes des veuves, la cul­pa­bil­ité d’Hélène délivrent une fic­tion anthro­pologique de la con­di­tion humaine. L’universalité du thème de la guerre traité dans L’Iliade four­nit un éclairage des con­flits sanglants, des mas­sacres qui embrasent la planète de nos jours. Paul Emond choisit les alter­nances entre scènes d’embrasement, de folie mar­tiale et moments où la vio­lence se sus­pend, reflue (accueil du roi Pri­am par Achille et resti­tu­tion du cadavre de son fils Hec­tor). Con­tin­uer la lec­ture

L’écriture comme meurtre de la mère

Un coup de cœur du Car­net

Harpman La fille démantelée

La fille démantelée

Autrice : Jacque­line Harp­man

Post­face : Lau­rence Boudart

Mai­son d’édition : Espace Nord

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 300

Prix : 10 €

Livre numérique : 6,99 €

EAN : 9782875687395

Com­ment tuer sa mère morte, une mère qui ne vit plus qu’en soi, qui hante et domine sa fille post mortem comme elle l’a fait de son vivant ? « Reste morte, ma Mère ». Aus­si célèbre que l’incipit de L’étranger de Camus avec lequel il offre un effet de con­traste, la pre­mière phrase injonc­tive de La fille déman­telée nous con­vie à entr­er dans le réc­it d’Edmée qu’elle con­stru­it comme un tombeau dédié à sa mère défunte. Met­tant en forme leur rela­tion asphyxi­ante, destruc­trice, son­dant le mélange d’amour et de haine qui lie mère et fille, les phras­es que nous lisons for­ment non pas un tombeau lit­téraire, glo­rieux, au sens clas­sique du terme, mais une sépul­ture de mots, une stèle funéraire afin que la mère Rose se taise à jamais, délivre enfin Edmée. La mort d’une géni­trice proche de Fol­coche, de Madame Lep­ic ne suf­fit pas : l’écriture seule est en mesure de parachev­er la cré­ma­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Eyes wide open

De la croix 13 films de complot

13 films de complot

Auteur : Arnaud de la Croix

Mai­son d’édition : La 5ème couche

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 162

Prix : 18 €

Livre numérique : /

EAN : 9782390081289

Dans la con­stel­la­tion des ouvrages d’Arnaud de la Croix, 13 films de com­plots se présente comme le chain­on man­quant, l’équivalent textuel d’un film qui éclaire l’ensemble de ses recherch­es. Des échos se tis­sent avec son essai 13 com­plots qui ont fait l’histoire et l’angle sous lequel il inter­roge le ciné­ma ren­voie à son dernier essai Esthé­tique et éro­tisme nazis. Les treize films con­vo­qués sont appréhendés en tant que plans de pen­sée dotés de la sin­gu­lar­ité d’être des révéla­teurs de com­plots. À par­tir d’une exégèse filmique, Arnaud de la Croix dégage la portée des con­spir­a­tions, des boîtes noires mis­es à l’écran par le sep­tième art et il élar­git la réflex­ion en la rac­cor­dant à des phénomènes actuels (covid, ère du numérique, sur­veil­lance général­isée…), à des invari­ants anthro­pologiques (pul­sion de savoir, de met­tre au jour des rouages secrets). Les 39 march­es d’Alfred Hitch­cock, Les envahisseurs (Quinn Mar­tin Pro­duc­tion), Z de Cos­ta-Gavras, Con­ver­sa­tion secrète de Fran­cis Ford Cop­po­la, I comme Icare d’Henri Verneuil, JFK d’Oliver Stone, L’échelle de Jacob d’Adrian Lyne, L’affaire Péli­can d’Alan J. Paku­la, Air­ling­ton Road de Mark Pelling­ton, Eyes Wide Shut de Stan­ley Kubrick et enfin la trilo­gie Matrix, Matrix Reloaded, Matrix Rev­o­lu­tions des Wachows­ki : les films choi­sis ont en com­mun avec Arnaud de la Croix de se pencher sur des énigmes de l’histoire, de rou­vrir des affaires non élu­cidées, dont la vul­gate offi­cielle sus­cite le soupçon. Con­tin­uer la lec­ture

Le bruit de fond de la poésie

Maszowez Cosmogonie du gouffre

Cosmogonie du gouffre

Auteur : Xénia Mas­zowez

Mai­son d’édition : Abra­pal­abra

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 108

Prix : 15 €

Livre numérique : /

EAN : 9782931324134

L’écriture de Xénia Mas­zowez creuse le ter­ri­toire du con­tin­u­um, de la lignée con­tin­ue qui embrasse les humains et les non-humains, le fini et l’infini, les mots et les choses. L’expérience sen­sorielle est celle d’une immer­sion dans un tout auquel le corps est intime­ment lié. Les césures, les failles, les crevass­es passent dans d’autres zones, celles de la mémoire col­lec­tive et intime, celles de l’amour, du féminin, celles de la vie qui a côtoyé la mort. Couron­né par le prix Plis­nier avant sa paru­tion, le recueil poé­tique Cos­mogo­nie du gouf­fre entend ne pas faire du gouf­fre une métaphore mais danser au-dessus des abîmes que côtoie un soi poreux au dehors. Dans une langue qui emprunte dif­férents reg­istres d’écriture, tan­tôt abrupte, rêche, tan­tôt lyrique, il est ques­tion d’une cos­mogénèse des galax­ies mais aus­si de soi, de l’univers intime, d’une créa­ture-éboulis-ravisse­ment « née d’un trou noir et d’une mon­tagne ». Les caté­gories men­tales sous lesquels, en Occi­dent, l’esprit humain a car­tographié l’ensemble des choses du monde volent en éclats, la « chair de fruit » est « presque viande », l’être est une mon­tagne, un roc, une pluie, un vol­can. L’animisme con­sone avec un vital­isme qui célèbre l’identité des cheveux et des ronces, des ongles et des pétales, du verbe et du lynx, de la sève, du sang et de l’encre. Con­tin­uer la lec­ture

Engagement communiste et art

Un coup de cœur du Car­net

Aron Morelli Les artistes belges et le communisme

Les artistes belges et le communisme : Magritte, Masereel et les autres…

Direc­tion de la pub­li­ca­tion : Paul Aron et Anne Morel­li

Mai­son d’édition : Édi­tions de l’Université de Brux­elles

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 168

Prix : 18 €

Livre numérique : /

EAN : 9782800419428

La ques­tion « quel sens y a‑t-il à par­ler d’artistes com­mu­nistes ? » déployée dans ce remar­quable ouvrage col­lec­tif s’intègre dans une réflex­ion plus vaste por­tant sur la per­ti­nence et les lim­ites des clas­si­fi­ca­tions des arts en ter­mes d’école, de mou­ve­ment, de style. Con­sacré aux artistes belges ayant adhéré au com­mu­nisme ou proches du mou­ve­ment, ce vol­ume dirigé par Paul Aron et Anne Morel­li comble une lacune dans le champ des recherch­es : l’absence d’étude de fond sur les liens com­plex­es entre une nébuleuse hétérogène d’artistes belges et le com­mu­nisme. Inter­ro­geant la doc­trine du réal­isme social­iste impul­sée par Jdanov, la préférence énon­cée par le par­ti pour un art fig­u­ratif ser­vant la cause com­mu­niste, Paul Aron analyse l’influence que le com­mu­nisme, sa lutte antifas­ciste en Bel­gique, en Europe occi­den­tale, a exer­cé sur les artistes et con­clut par la néga­tive, l’inexistence d’un art com­mu­niste. « Il n’y a pas d’art com­mu­niste parce que, à regarder le court XXème siè­cle dans sa total­ité, le com­mu­nisme n’a jamais été un mou­ve­ment organ­isé sur le plan nation­al ou inter­na­tion­al capa­ble d’imposer un mod­èle que les artistes auraient pu ou voulu suiv­re. » Con­tin­uer la lec­ture

Dialogue avec la pierre

Anne-Marie Klenes Conversation avec Alain Delaunois

Conversation avec Alain Delaunois

Auteur : Anne-Marie Klenes

Mai­son d’édition : Tan­dem

Année d’édition : 2025

Nom­bre de pages : 78

Prix : 14 €

Livre numérique : /

EAN : 9782873491604

Par-delà la diver­sité de leur plan d’expression, les sculp­tures, les instal­la­tions, les créa­tions sonores d’Anne-Marie Klenes enga­gent un tra­vail sur le rythme et les formes, sur le corps de la matière et sa rela­tion à l’espace. Au tra­vers de la con­ver­sa­tion stim­u­lante qui se noue avec Alain Delaunois, c’est la justesse du rythme dans le flux des échanges qui frappe le lecteur. L’ombilic du tra­vail d’Anne-Marie Klenes a pour matéri­aux d’élection la pierre de schiste et l’ardoise qui la fasci­nent depuis l’adolescence, qu’elle tra­vaille sous divers­es formes. Comme elle descend dans des ardoisières souter­raines afin d’en remon­ter des pier­res, le dia­logue impul­sé par Alain Delaunois descend dans les strates de la créa­tion de l’artiste. Le par­cours artis­tique se dou­ble d’une déam­bu­la­tion à la fois men­tale, géo­graphique et géologique. Par le biais des mots, des échanges avec Alain Delaunois, il s’agit de faire enten­dre un autre dia­logue, celui que l’artiste noue avec les pier­res dont on suit les lieux d’extraction, les sites. Dans les car­rières à ciel ouvert ou dans les ardoisières souter­raines (la plu­part ont cessé d’être exploitées en Bel­gique), à Ottré, Her­beu­mont, Bertrix, Warmi­fontaine, Marte­lange, dans les car­rières de mar­bre près de Bres­cia, Anne-Marie Klenes part en quête de schiste tan­tôt com­pact, tan­tôt plus fri­able, vieux de 300, de 500 mil­lions d’années. « Donc cer­taines pier­res étaient incurvées naturelle­ment, et ça m’intéressait. Je m’en suis servie notam­ment pour couler du plomb ou de la cire à l’intérieur (…) D’autres pier­res avaient une ‘écri­t­ure’ naturelle de signes et de formes, et c’était le point de départ de ma recherche. » Con­tin­uer la lec­ture

Voyage dans l’œuvre de Monet

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane Lambert Claude Monet

Claude Monet

Auteur : Stéphane Lam­bert

Mai­son d’édition : Gal­li­mard

Col­lec­tion : Pop-Art

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 41

Prix : 8,90 €

Livre numérique : /

EAN : 9782073145574

Après son remar­quable Vin­cent Van Gogh paru dans la nou­velle col­lec­tion « Pop-Art » de Gal­li­mard, Stéphane Lam­bert nous plonge dans un étince­lant Mon­et, ce pein­tre auquel il a con­sacré deux livres majeurs, L’adieu au paysage et Mon­et, impres­sions de l’étang. La créa­tion choisie pour sur­gir après que le lecteur a replié les pages du livre trans­for­mé désor­mais en œuvre d’art est un tableau de la série des Nymphéas. Les jalons de l’existence d’un pein­tre qui trans­for­ma l’histoire de l’art, qui renou­vela l’espace du regard en frayant la voie de l’impressionnisme sont éclairés de l’intérieur. Stéphane Lam­bert a un tal­ent unique pour descen­dre dans l’imaginaire, la per­cep­tion, les com­bats esthé­tiques d’un artiste. Con­tin­uer la lec­ture

Gnose et nihilisme

Saenen Caraco

« Mon œuvre sera ma vengeance ».
Essai sur la pensée radicale et gnostique d’Albert Caraco

Auteur : Frédéric Sae­nen

Mai­son d’édition : Press­es uni­ver­si­taires de Liège

Année d’édition : 2025

Nom­bre de pages : 200

Prix : 13,50 €

Livre numérique : /

EAN : 9782875624819

Pre­mière étude sur Albert Cara­co parue dans le champ fran­coph­o­ne, con­sacrée à un penseur qui se présente comme le chantre d’un pes­simisme rad­i­cal, l’essai de Frédéric Sae­nen restitue la cohérence et la com­plex­ité d’une œuvre large­ment oubliée en rai­son notam­ment des « obsta­cles mêmes que posent l’homme et son œuvre ». La cohérence se situe dans l’alignement du vécu sur les écrits, dans l’adéquation entre démarche intel­lectuelle et vie. Con­tin­uer la lec­ture

Valse avec Camille Claudel

Veroni­ka MABARDI, Sous le regard des stat­ues de Camille Claudel, Esper­luète, 2026, 260 p., 20 €, ISBN : 9782359842067

mabardi camille claudelCom­ment abor­der Camille Claudel après les visions romanesques, dra­maturgiques, ciné­matographiques, choré­graphiques offertes par Anne Del­bée, Michèle Des­bor­des, Lau­rence Cre­ton, Bruno Nuyt­ten, Bruno Dumont, Marie-Claude Pietra­gal­la et d’autres ? C’est à par­tir d’un dou­ble geste que Veroni­ka Mabar­di inter­roge l’œuvre et la vie de l’artiste. D’une part, comme le titre l’énonce, le réc­it se tient au plus près du geste créa­teur de Camille Claudel. Veroni­ka Mabar­di écrit depuis un lieu, sous un angle défi­ni : sous le regard des stat­ues, depuis la mise en abyme de l’œil de Camille Claudel dans ses sculp­tures. D’autre part, tail­lé à coups de burin, le bloc textuel décrit le chemin d’une ren­con­tre élec­tive qui s’inscrit dans une tem­po­ral­ité longue. On suit Veroni­ka Mabar­di sur les traces géo­graphiques, esthé­tiques de Camille Claudel, sur les lieux où elle vécut ; elle nous fait entr­er dans le ven­tre des musées qui abri­tent ses œuvres. Con­tin­uer la lec­ture

Les tremblements de la nomination

Un coup de cœur du Car­net

Yves NAMUR, Fig­ures de l’éphémère, Post­face de Daniel Laroche, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2026, 274 p., 12 €, ISBN : 9782875687388

namur figures de l'éphémèreL’œuvre d’Yves Namur se tient sous le signe de la poésie pen­sante au sens où l’espace du poème se con­stru­it comme un lieu de médi­ta­tion et de réflex­ion méta­physique. Fig­ures de l’éphémère, mag­nifique­ment post­facé par Daniel Laroche, abrite des frag­ments de trois recueils poé­tiques des années 1990, Frag­ments de l’inachevée (1992), Une parole dans les failles (1997), Fig­ures du très obscur (2000). La matière lan­gag­ière, l’acte de la nom­i­na­tion sont au cœur de l’imaginaire du poète, médecin des corps-âmes et médecin des mots, qui plante son inter­ro­ga­tion dans la ques­tion tout à la fois philosophique, poé­tique, exis­ten­tielle et spir­ituelle du dire, de la rela­tion (pos­si­ble et impos­si­ble) entre les mots et les choses. Liée à la con­ci­sion, à une ligne orac­u­laire, à un mou­ve­ment heuris­tique, la pré­va­lence de la forme ques­tion­nante est exigée par la rad­i­cal­ité du geste namurien : remon­ter aux sources du pas-de-deux entre le réel et la parole. L’oreille col­lée aux écrits d’Héraclite d’Éphèse, des Pré­socra­tiques, aux mys­tères du nom (sacré et pro­fane), Yves Namur aus­culte les promess­es, mais aus­si les failles, les lim­ites, l’impuissance du verbe, les para­dox­es dans lesquels le souf­fle de la parole nous entraine. Con­tin­uer la lec­ture

Saut hors de la surface du miroir

Tris­tan SAUTIER, Michel AUDOUARD, Miroy­ances, Coudri­er, Coll. « Sor­tilèges », 2025, 52 p., 20 €, ISBN : 9782390520795

sautier audouard miroyancesC’est à pas de loup ou de colombe, de colombe-loup qu’on entre dans Miroy­ances, dans son jeu de miroirs entre les poèmes de Tris­tan Sauti­er et les encres de Michel Audouard.  Le recueil se place sous le signe du miroir pul­vérisé, d’un ébran­le­ment de la sur­face miroi­tante de la page en vue d’une ren­con­tre avec soi-même. L’ombre de René Char se lève. On pense à son recueil Le poème pul­vérisé, on vibre à l’hommage-détournement dis­cret que Tris­tan Sauti­er opère au détour de vers épars rap­pelant ceux du poète. Con­tin­uer la lec­ture

Des vies fécondes

Claire MAY, Rêves d’azote, Hélice Hélas, 2026, 192 p., 20 €, ISBN : 978–2‑940700–93‑6

may rêves d'azoteMédi­ta­tion romanesque sur la fécon­dité, sur les liens entre généra­tions, Rêves d’azote con­stru­it un réc­it autour de ce qui relie les mon­des, de ce qui assure la per­pé­tu­a­tion de la lignée. Après un pre­mier roman, Oost­duinkerke (Édi­tions de l’Aire) couron­né par le prix de la pre­mière œuvre fran­coph­o­ne de la Fédéra­tion Wal­lonie-Brux­elles et par le prix SPG, Claire May nous plonge dans le rêve de mater­nité et ce qui, par­fois, l’entrave. Délais­sant l’approche psy­chologique, l’exploration du désir d’enfanter, elle donne à enten­dre le par­cours d’une femme médecin recourant à la fécon­da­tion in vit­ro. Avec son com­pagnon Frédéric, la nar­ra­trice gagne la Lig­urie avec pour via­tique un ouvrage-tal­is­man, Au bon­heur des morts de Vin­ciane Despret. Là où l’essai de Vin­ciane Despret inter­roge les liens, les réc­its qui relient les morts aux vivants, la nar­ra­trice envis­age d’accomplir sem­blable tra­vail avec ceux et celles qui n’arrivent pas à naitre, qui échouent à voir le jour. Con­tin­uer la lec­ture

Se réinventer collectivement

Lyly­beth MERLE, Échard­es, Arbre de Diane, coll. « Les deux Sœurs », 2026, 170 p., 15 €, ISBN : 9782930822419

merle echardesLes plumes de paon, l’arc-en-ciel qui relie les humains et les forêts, les échard­es, les vio­lences exer­cées par la société, la décon­struc­tion de l’identité gen­rée, du genre garçon et la décou­verte d’un autre corps, d’un iel, tra­ver­sé par les noces du féminin et du mas­culin… Dans ce con­te scan­dé en treize par­ties, ryth­mé par le « chant des oréades », Lyly­beth Mer­le délivre un texte queer qui par­court les cer­cles d’une exis­tence s’inventant d’autres pos­si­bles. Autrice, per­formeuse drag, met­teuse en scène, mil­i­tante, artiste de cabaret, Lyly­beth Mer­le dénoue, retisse les fils qui nouent l’intime et le social, la ques­tion du genre et celle de la langue, le regard posé sur soi et celui que la société pose sur les non-binaires, sur les anges du troisième sexe, les déracineurs de normes. Con­tin­uer la lec­ture

Ce qui résiste

Thier­ry WERTS, Là où trébuche la lumière, La Trace, 2026, 172 p., 16 €, ISBN : 9782487261457

werts la ou trebuche la lumiereDans ce car­net de voy­age, la forme poé­tique, les médi­ta­tions se char­gent de porter au dici­ble et au vis­i­ble la mémoire de l’extermination des Juifs. Com­ment ren­dre compte des noms rayés de la carte, des lieux effacés, des années de cen­dres ? Com­ment s’approcher des zones géo­graphiques, his­toriques et psy­chiques qui ont som­bré dans les ténèbres ? Mag­is­trat, poète (For intérieur), romanci­er (Demain n’existe pas encore, Le monde rêvé d’Alva Teimosa), Thier­ry Werts pose ses pas dans une car­togra­phie de la mort indus­trielle, tra­verse durant huit jours des villes, des vil­lages, des cam­pagnes frap­pés par l’Aktion Rein­hard. L’appel qui le saisit lui intime d’aller « là-bas », là où la lumière a vac­il­lé, là où le passé brûle encore, sou­vent sous une forme invis­i­ble. Il ne s’agit ni d’un devoir de mémoire, ni d’un besoin de com­pren­dre, ni d’un pèleri­nage, d’une his­toire famil­iale, ni d’une recherche de répa­ra­tion. Con­tin­uer la lec­ture

Le palimpseste Marilyn

Daniel CHARNEUX, I’m not M.M., Arléa, coll. “La ren­con­tre”, 2026, 208 p., 19 €, ISBN : 9782363084309

charneux i'm not mmOn ne peut que revenir vers Mar­i­lyn lorsqu’elle nous a hap­pés. L’écriture ne peut que se remet­tre en mou­ve­ment, ques­tion­ner au fin­ish le mythe Mar­i­lyn Mon­roe, ce qu’il révèle de nous, de nos sociétés, ce qu’il cache, la part intime, la per­son­ne de Nor­ma Jeane Bak­er qu’il étouffe. Vingt ans après Nor­ma, roman, Daniel Charneux livre un chant tout en clair-obscur qui s’enracine dans la phrase rédigée par la star en 1955 dans l’agenda ital­ien, I’m not M.M. Cinq mots, dont un bar­ré, raturé, qui con­densent la tragédie de l’actrice, qui posent simul­tané­ment l’affirmation de son iden­tité en tant que M. M. et la néga­tion de ce rôle forgé par le sys­tème et l’industrie du sep­tième art. Chronologique­ment, nous descen­dons dans le vécu de l’idole plané­taire déchirée entre la quête d’un père incon­nu, d’une libéra­tion et l’enfermement dans le monde des images, dans la machiner­ie hol­ly­woo­d­i­enne des rêves. Le dia­logue avec l’entité duelle Nor­ma Jeane/Marilyn se voit étof­fé par la mise en scène dis­crète de la voix de l’auteur, par l’analyse de son obses­sion, de sa pas­sion Mar­i­lyn. Le motif du dou­ble, du miroir agit à tous les niveaux, entre Mar­i­lyn et Nor­ma, entre le pub­lic et l’icône, entre l’écriture qui court vers M. M. et celle-ci qui danse dans l’impossible. Daniel Charneux passe en dessous de la ligne de flot­tai­son des songes, en dessous des mil­liers de pho­tos, de pel­licules, de films qui exha­lent la pho­togénie mythique de Mar­i­lyn. Con­tin­uer la lec­ture