Archives de catégorie : Romans et récits

La peau d’une autre

Hélène DELHAMENDE, Lara Gardner a disparu¸Basson, 2018, 320 p., 20 €, ISBN : 978-2-930582-58-0

delhamende_lara gardner a disparuJeanne Morin, une femme apparemment sans histoires, nous livre, en un récit par épisodes datés, la singulière aventure qui lui est arrivée. Alors qu’elle se rend aux toilettes du club de tennis qu’elle fréquente, son regard est attiré par un sac rouge dont elle s’empare. Ce geste très peu réfléchi mais irrépressible l’entraîne dans un imbroglio sur lequel se bâtit l’intrigue de ce roman qui ne vous lâche plus. Continuer la lecture

Vivre le génocide des Tutsis… et revivre

Félicité LYAMUKURU et Nathalie CAPRIOLI, L’ouragan a frappé Nyundo, Cerisier, coll. « Quotidiennes », 2018, 296 p., 14,50 €, ISBN : 9782872672097

lyamukuru_l ouragan a frappe nyundo.jpgFélicité Lyamukuru était adolescente lorsque, le 7 avril 1994, se déclencha le carnage. « Le génocide m’a trouvée en troisième secondaire. J’avais seize ans, j’étais vieille. »

Presque toute sa famille fut anéantie dans le cataclysme qui ensevelit au Rwanda un million de Tutsis.

Elle voulut d’abord oublier ces mois d’épouvante, d’arrachements, d’insoutenable douleur, terminer ses études, vivre « normalement ». « J’ai mis du temps à entrer dans la grotte de mes souvenirs », écrit-elle aux premières pages de son récit poignant L’ouragan a frappé Nyundo. Continuer la lecture

L’Élu

Alain DOUCET, 41 centimètres, Basson, 2018, 204 p., 16 €, ISBN : 978-2-930582-55-9​

doucet 41 centimetresÂmes sensibles s’abstenir ! Si vous appréciez les histoires bien propres sur elles et le vocabulaire châtié, vous n’aimerez pas 41 centimètres. Si par contre le sexe, la folie, la drogue et la vue du sang ne vous font pas peur, ce texte est fait pour vous.

41 centimètres… Les titres sont parfois utilisés pour leur sens poétique ou métaphorique. Pas besoin de chercher ici midi à quatorze heures. Oui, vous l’aurez bien compris, il s’agit de la taille d’un sexe, d’un phallus pour être plus précise, ou carrément d’une bite si j’emprunte le vocabulaire propre au texte. Le roman commence en beauté : le narrateur, un certain Johnny Gourdin – son vrai nom ne nous sera livré que vers la fin du livre – s’enferme dans la cuisine de l’asile où il se trouve pour se couper le jonc. Qu’est-ce qui a poussé cet homme à arriver à cet acte suprême d’automutilation ? On rembobine et on reprend à son enfance. La route jusqu’à ce geste désespéré est longue et parsemée d’embûches et d’épisodes plus rocambolesques les uns que les autres. Car oui, cette verge lui aura permis de gagner beaucoup d’argent et de devenir célèbre. Mais elle aura surtout été la cause de nombreux problèmes. Continuer la lecture

Chopin, évidemment

Éric-Emmanuel SCHMITTMadame Pylinska et le secret de Chopin, Albin Michel, 2018, 119 p., 13.50 €/ ePub : 8.99 €, ISBN : 9782226435736

schmitt_madame pylinska et le secret de chopinQu’y a-t-il de pire que de devoir supporter les leçons de piano de sa sœur aînée ? Éric-Emmanuel n’en peut plus des sons ingrats qui sortent péniblement de cette boite sans âme. Le parasite est infect et prend une place folle, trônant au beau milieu du salon depuis toujours. Quelle audace ! Le jour de ses neuf ans, Aimée, sa tante adorée, s’approche de la bête et s’aventure à essayer de la dompter. Ses doigts glissent sur les touches ivoire et la mélodie s’envole, légère, chargée d’une émotion jamais ressentie jusque-là. Pour le jeune garçon, c’est la stupéfaction. Continuer la lecture

Du côté de la vie

Michelle FOUREZ, Elisabeth, en hiver, Luce Wilquin, coll. « Sméraldine », 2018, 114 p., 12 €, ISBN : 978-2-88253-545-0

Michelle Fourez, Elisabeth en hiverDepuis quelques romans déjà (Une famille, Adrienne ne m’a pas écrit…), Michelle Fourez semble s’être donné une ligne d’écriture (comme on dit une ligne de conduite) : explorer la psyché, le quotidien, les humeurs, les relations des femmes qui ont pour compagne la solitude. Des femmes, seules peut-être, seules mais pas exclusivement ; des femmes du côté de la vie. Sans se cacher de ses ratages, de ses douleurs et de ses duretés. Continuer la lecture

Serial qui leurre

Yves LAURENT, Jeux de mains…, Esfera, 2017, 374 p., 18 €, ISBN : 978-2930950006

laurent jeux de mains.jpgAmateurs de sensations fortes, approchez-vous, vous ne serez pas déçus. Âmes sensibles, passez votre chemin. Au cours des 374 pages de ce fort volume, peu de répit est laissé au lecteur tant l’intrigue parsemée de crimes sanglants est serrée et forte. Dès les premières pages, le ton est donné : un tueur en série avec cinq crimes à son palmarès reprend ses activités après un temps d’arrêt. Un cadavre vient d’être découvert avec un message à destination de David Corduno, le policier en charge de l’enquête qui n’a jusqu’ici pas abouti : « Alors Dave, tu penses toujours à moi ? Tu arrives à dormir la nuit ? Prêt à reprendre la partie où on l’a abandonnée ? Et de 6 ».  Continuer la lecture

« Oui, murmura-t-il, quel tas de blagues…»

Un coup de cœur du Carnet

Albert T’SERSTEVENS, Un apostolat, Suivi de Un apostolat d’A. t’Serstevens : misère de l’utopie de J.-P. Martinet, Rocher, coll. « Motifs », 2018, 340 p., 9,5 €, ISBN : 979-10-95071-33-4

t serstevens un apostolatNulle trace de lui dans le fort volume Littératures belges de langue française signé Berg et Halen ni dans l’histoire collective de la littérature belge francophone parue chez Fayard en 2003. À peine une maigre notice dans le Dictionnaire des œuvres de Frickx et Trousson, et encore, rendue inaccessible par une erreur d’indexation… L’absence d’Albert t’Serstevens (1886-1974) dans les ouvrages de références est douloureuse, surtout à qui vient d’achever, éberlué, Un apostolat et cherche à en connaître davantage sur son auteur. Alors, autant retourner aux fondamentaux et le dénicher chez Camille Hanlet, où lui est accordée, dans l’introduction des Écrivains belges 1800-1946, une mention unique, mais qui permet peut-être de comprendre pourquoi cet écrivain nous aura échappé : « […] nous laissons volontairement de côté certains auteurs, Belges de naissance et d’éducation, mais devenus Français par l’habitat, qui semblent avoir de parti pris renié toute attache littéraire avec leur patrie et dont les œuvres, tellement imprégnées de l’esprit français, ne conservent plus rien de spécifiquement belge. C’est cependant encore un honneur pour la littérature belge d’avoir donné ces écrivains à la France, qui a été fière de les adopter et de consacrer leur talent. » Hanlet range, parmi ces fils prodigues jamais revenus, J.-H. Rosny, le dramaturge Henry Kistemaekers et un certain… Albert t’Serstevens. Continuer la lecture