Archives de catégorie : Romans et récits

Omniprésente absence

Barbara ABEL, Et les vivants autour, Belfond, 2020, 443 p., 19 € / ePub : 13.99 €, ISBN : 978-2-7144-9316-3

Voilà quatre ans que Jeanne n’est plus là, sans vraiment être partie non plus. Son corps repose sur un lit d’hôpital, un peu comme un appareil électrique en stand-by : alimenté mais inactif. Son esprit semble en pause, ou absent, ou en tout cas hors d’atteinte. Néanmoins, depuis ses contrées inconnues, Jeanne continue d’influencer la vie de sa famille. Continuer la lecture

La voix/voie de la résilience

Jacqueline CALEMBERT, La nuit du manuscrit, Murmure des soirs, 2019, 110 p., 16 €, ISBN : 978-2-930657-54-7

« Les horreurs, qu’elles soient d’hier ou d’aujourd’hui, nous atteignent tous à des degrés différents. Chacun se débrouille avec ce qu’il vit, ce qu’il ressent, ce qu’il endure, ce qu’il espère. » Voilà le postulat posé par Jacqueline Calembert dans son avant-propos, hommage à son père et à la capacité de résilience de celui-ci. Et c’est une illustration en mots qu’elle nous propose dans La nuit du manuscrit, histoire d’une rencontre à la fois fortuite et prédestinée de deux âmes agitées. Continuer la lecture

« La vie est trop courte pour être petite »

Marianne PIERSON-PIÉRARD, Dora , Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées », 2019, 232 p., 16 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-931048-14-6

Dora nous est une belle occasion d’évoquer la collection « Femmes de lettres oubliées » au catalogue de laquelle figure le roman que Marianne Pierson-Piérard publiait en 1951.

Pas moins de treize romans composent le catalogue de cette maison d’édition apparue de façon fulgurante dans le paysage éditorial belge. Juriste, romancière et passionnée de lettres, Sara Dombret avec une énergie infatigable, défend la démarche qui l’a amenée à rendre justice aux femmes de lettres belges francophones oubliées. Cette initiative saluée par la presse et les médias, trouvera bien vite un public de lecteurs  qui ont enfin accès à ces titres et à ces autrices oubliés.    Continuer la lecture

Par la grâce de la Muse

Éric NEIRYNCK, J’ai un projet : devenir fou, Lamiroy, 2020, 123 p., 12 €, ISBN : 978-2-87595-260-8

J’ai un projet : devenir fou, le dernier livre d’Éric Neirynck, fait référence à une citation de Fiodor Dostoïevski, reprise par Bukowski et claquant comme la bannière de tant d’écrivains ou artistes rongés par une fièvre d’inadaptation sociale vertigineuse… Ces rares auteurs célébrés par le narrateur de ce court roman aux allures de provocation ressemblent plutôt au parfait portrait d’un auteur empêtré dans des illusions de littérature et d’édition qui ont toujours été le véhicule des rêves avortés. Continuer la lecture

Vertige de l’amour

Natacha DIEM, L’invention d’Adélaïde Fouchon, Piranha, 2020, 208 p., 18 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978-2371190818

Deux Adélaïde se racontent. Il y a d’abord la petite fille, du genre « garçon manqué », skateboard sous le bras, qui pourtant rêverait de ressembler aux autres petites filles en jolies robes, cordes à sauter en mains. Il y a ensuite la femme qui, apprenant le décès de son père, part à la rencontre d’elle-même. Deux récits se racontent, se construisent parallèlement, se croisent, se répondent et s’éclairent l’un l’autre. Continuer la lecture

Être soi et le dire

Lisette LOMBÉ, Venus poetica, Arbre à paroles, coll. « iF », 2020, 61 p.,

Selon la deuxième de couverture de son premier roman Venus poetica, Lisette Lombé est une « artiste queer, afroféministe, belgo-congolaise », fondatrice du Collectif L-SLAM. Ce roman est publié dans la collection « iF » dirigée par Antoine Wauters qui propose des textes transfrontaliers et privilégie la liberté de ton et le plaisir d’oser. Définitions qui caractérisent le présent ouvrage, pas tout à fait roman mais poétique sans être un poème. Il commence par une évocation de masturbation et se termine par une allusion claire au lesbianisme. Entre les deux une traversée érotique, celle d’une femme libre et libérée, deux informations évidentes. Qu’il s’agisse d’énumérations rythmées, de séries de mots éblouissantes. D’emblée se présente une fille noire qui écrit je t’aime à un garçon blond et oriente le texte sur la différence, de sexe, de couleur, de statut. De classe aussi. Continuer la lecture

Pour qui sont ces serpents ?

Bernard SWYSEN, Le syndrome de la Gorgone, Lamiroy, 2020, 144 p., 12 €, ISBN : 978-2-87595-259-2

Dessinateur et scénariste prolifique, Bernard Swysen inaugure une carrière de romancier avec cette fantaisie mythologique, a priori réjouissante et qui peut se lire en fredonnant, entre autres parodies apocryphes, les couplets allègres de La belle Hélène. C’est encore une femme – et quelle femme ! – qui tient la vedette de ce peplum : Shaia, plus connue sous le nom calamiteux de Méduse, celle des trois Gorgones décapitée par Persée. Tout débute sur un coup de foudre entre Shaia, jolie jeune fille entreprenante (elle n’a pas encore échangé sa belle chevelure contre un nœud de vipères) et le puceau Pausanias, futur chroniqueur d’une biographie, forcément mythifiée, de Persée. Celui-ci vient alors de récupérer le trône d’Argos et y fait son entrée royale, flanqué de ses « mignons » baraqués comme des buffets normands. Las, ce demi-dieu, fils de Danae et de Zeus (qui, déguisé en pluie d’or avait forcé la porte de la prison d’airain censée garantir la virginité de la recluse, prouvant par là qu’en ces temps reculés, l’or ouvrait déjà bien des portes), Persée donc, se prend lui aussi d’une passion dévorante pour le jeune Pausanias contraint dès lors à jouer sa propre vertu à pile comme à face. Et ce avec la bénédiction de son ambitieuse bien-aimée qui le fait passer pour son frère et investit ainsi le palais royal bientôt suivie par ses propres sœurs Euryale et Stheno trop heureuses de profiter de l’aubaine. Continuer la lecture