Archives de catégorie : Romans et récits

Dans l’aura de Gilgamesh

Anatole ATLAS, Axiome de la Sphère, Miroir Sphérique, 2020, 496 p. 20 €, ISBN : 978-2-96018-252-1

La lecture vécue plus que jamais comme une aventure. À la fois intérieure et multiple.

Le dernier livre d’Anatole Atlas, Axiome de la Sphère, nous invite à larguer les amarres pour un étourdissant voyage à travers l’espace et le temps, qui se double, se prolonge de réflexions tantôt graves et denses, tantôt véhémentes, sarcastiques, à l’emporte-pièce.  Continuer la lecture

Anne-Marie La Fère. Les sept tiroirs et les giroflées

Anne-Marie LA FÈRE, Le semainier, Névrosée, coll. « Femmes de lettres oubliées », 2020, 294 p., 16 €, ISBN : 978-2-931048-26-9

Bonheur absolu de découvrir ou redécouvrir dans la très belle collection « Femmes de lettres oubliées » des éditions Névrosée Le Semainier d’Anne-Marie La Fère. Née en 1940, romancière (Le semainier, Aux six jeunes hommes, La renarde), souveraine critique littéraire durant de nombreuses années, productrice d’émissions culturelles radio durant une vingtaine d’années, Anne-Marie La Fère est l’une des plumes les plus fines de la critique belge, une grande voix de la RTBF. Continuer la lecture

Andre Baillon. Du double et de l’absolution

André BAILLON, Un homme si simple, Postface de Maria Chiara Gnocchi, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2020, 240 p., 8,50 €, ISBN : 978-2-87568-484-4

Qu’est-ce qu’une confession ? Comment, sacré par Rousseau, le genre littéraire de la confession se noue-t-il aux registres du religieux et de la psychanalyse ? Paru en 1925, Un homme si simple délivre une confession en cinq actes prononcée par un homme, Jean Martin, interné à la Salpêtrière. Dans sa remarquable postface, Maria Chiara Gnocchi analyse les rapprochements entre le roman d’André Baillon et les grands modèles des œuvres « confessantes » — Saint Augustin le précurseur, Rousseau le fondateur du genre, Dostoïevski, Tolstoï, Duhamel… Comme nombre de personnages d’André Baillon, le narrateur traverse une crise qui lézarde son existence. Écrivain montant à Paris afin de se consacrer à la littérature, affligé depuis l’enfance d’une hypersensibilité, d’obsessions tenaces, écartelé entre deux femmes Jeanne et Claire, éprouvant une attirance pour Michette, la fille de Claire, Jean Martin glisse peu à peu dans l’anorexie, la dissociation de la personnalité, la dissolution du réel qui se met à proliférer, à perdre ses assises. Le récit d’Un homme si simple évoque sous bien des angles les séismes psychiques, existentiels, les internements à la Salpêtrière qu’a endurés André Baillon, lequel se suicidera en 1932. Continuer la lecture

Une amitié littéraire d’exception

Yves PEYRÉ, Henri Michaux. Dans la ferveur d’une complicité, Tandem, 2019, coll. « Alentours », 166 p., 14€, ISBN : 978-2-87349-136-9

couverture yves peyré henri michaux dans la ferveur d'une complicité Octobre 1984 : le corps d’Henri Michaux est mis en bière en présence d’une vingtaine de personnes, désignées avec soin de son vivant. Parmi elles Yves Peyré, bibliothécaire, poète, essayiste, proche de l’écrivain-artiste depuis 1978, année où il vient de lancer à Lyon une nouvelle et ambitieuse revue littéraire, L’Ire des Vents. Timidement consulté, Michaux lui a aussitôt accordé son intérêt et promis sans doute l’une ou l’autre contribution. Les deux hommes se rencontrent, sympathisent rapidement malgré la dissymétrie : Michaux a 79 ans, Peyré 26, le premier est un créateur célèbre et fort sollicité, l’autre un provincial encore peu connu. Mais de nombreux engouements littéraires, picturaux et philosophiques leur sont communs, sans compter une profonde complémentarité de caractères. « J’avais rencontré ce mythe inaccessible » écrit Peyré, évoquant « l’émulation qu’il voulait bien m’offrir ». Leur rapport était-il du type père-fils, ou plutôt de maitre à disciple ? L’auteur préfère les formules « grand frère » et « cadet », chacun trouvant dans leur complicité son intérêt propre : le premier, se perpétuer en transmettant un précieux héritage moral, le second, s’enrichir d’une expérience humaine et créatrice hors du commun, tous deux relançant la curiosité et la réflexion de l’autre. Ainsi ces six années sont-elles marquées par une intensité relationnelle rare, dont le livre de Peyré donne le récit à la fois émouvant et minutieux. Continuer la lecture

La danse, force de vie

Louisa de GROOT, Relève-toi et danse. Récit biographique de Chantal-Iris Mukeshimana, Préface de Colette Braeckman, Memory, 2020, 244 p., 18 €

L’histoire de Chantal-Iris Mukeshimana, Relève-toi et danse, s’ouvre sur les images d’une enfance heureuse, rythmée par les saisons, dans un village du Rwanda,  au sein d’une famille de quatre enfants dont la mère est l’âme.

Première douleur : la mort de sa sœur aînée, Kakouzé.

Première épreuve : la soudaine paralysie de ses jambes. Polio, diagnostiquent les médecins de l’hôpital de Rilima. Continuer la lecture

Des guerrières en huis-clos

Christophe KAUFFMAN, Vieille peau, Basson, coll. “Basson rouge”, 2020, 162 p., 12 €, ISBN : 978-2-930582-71-9

christophe kauffman vieille peau editions bassonLe fait divers a toujours livré la matière première des films et des romans noirs comme si la purulence ne pouvait se donner à voir véritablement que dans le huis-clos d’une vie saisie dans l’horreur d’un tragique crapuleux. Le tout est de « flairer » le délétère qui s’évade de cette concentration. La mise en scène, la narration exacerbe dans la violence verbale ou physique ce qui nous est généralement commun : la peur, le sentiment de la perte… Le noir, c’est la couleur des révélations ordinaires quand la vie privée, la vie intime, la vie banale sont frappées du fouet de l’extraordinaire démence des hommes.  La vie des personnages mis en scène sublime alors cette marée noire qui  stagne au fond de chacun. Continuer la lecture

Une femme a marché sur la Lune !

Benoît SAGARO, La conjonction dorée, Nouveaux auteurs, 2020, 546 p., 19,95 € / ePub : 13,99 €, ISBN :978-2-8195-0615-7

Une belle mise en place

Une note, avant l’ouverture du récit, tente de lui conférer une dose de crédibilité, teintée d’une mise en alerte narrative : le projet spatial américain aurait profilé dans son sillage une litanie de disparitions inquiétantes ; il y a à Athènes, dans le musée archéologique national, un objet antique, le mécanisme d’Anticythère, qui n’en finit pas d’interpeller les chercheurs. Un prologue, dans la foulée, zoome sur une machine engourdie par le froid lunaire. Elle se dresse à côté des débris d’un module, d’empreintes « connues de l’humanité entière » et qui, pourtant, recèlent les indices d’une « histoire dramatique ». Soudain, « une lueur verdâtre » sur un écran, des chiffres défilent, tout se fige, une « lueur rougeâtre » et le mot « ERROR ». Continuer la lecture