Archives par étiquette : Michel Zumkir

Le désir de vivre, le courage de survivre – écrire

Un coup de cœur du Car­net

Mousset-Vos Ravie  au monde

Ravie au monde, Journal (1943–1945)

Autri­ces : Nel­ly Mous­set-Vos et Sylvie Bianchi-Vos

Mai­son d’édition : Les Léonides

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 224

Prix : 22,90 €

Livre numérique : 14,99 €

EAN : 9782488335409

Il y a eu les livres de celles et ceux qui ont vécu l’expérience de la dépor­ta­tion, des camps – entre autres, ceux de Robert Antelme, Edith Bruck, Char­lotte Del­bo, Pri­mo Levi – avec leur écri­t­ure façon­née, mod­elée, sou­vent au cordeau, pour approcher (témoign­er), au plus près, l’organisation implaca­ble des camps, l’extrême dégra­da­tion vécue. Puis il y a eu, il y a encore, les livres de leurs enfants, cher­chant « à rompre l’absolu d’un silence » (Lydia Flem) dans lequel se sont emmurés de nom­breux par­ents revenus des camps de la mort, devenant les otages de leur secret, à leur corps et esprit défen­dant. Citons, par­mi les autri­ces belges, Lydia Flem, Chan­tal Aker­man (pour cer­tains de ses films aus­si), et plus récem­ment Myr­i­am Spi­ra et Mar­i­anne Lefeb­vre-Raep­saet, qui ont écrit pour « se délester du fardeau trau­ma­tique de [leurs] par­ents » (Myr­i­am Spi­ra), pour devenir les héri­tières actives de leur fil­i­a­tion (Lydia Flem). Pour trans­met­tre égale­ment : « Aujourd’hui il ne reste plus que quelques déportées. La généra­tion suiv­ante, la mienne, va bien­tôt dis­paraître. Qu’allons-nous laiss­er à nos enfants, nos petits-enfants, les généra­tions futures ? » (Mar­i­anne Lefeb­vre-Raep­saet). À cette ques­tion, on peut répon­dre que la trans­mis­sion va con­tin­uer – et con­tin­ue déjà – avec la troisième généra­tion, elle aus­si mar­quée. Con­tin­uer la lec­ture

Ce que fait la postmigration aux lettres belges de langue française, et à la Belgique

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence PIEROPAN et Hubert ROLAND (sous la dir. de), Post­mi­gra­tion, Textyles n°68, Ker, 2025, 198 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–535‑9

textyles postmigrationQuelle force, quelle richesse, quelle util­ité bien-fondée, ce numéro 68 de Textyles, la revue des Let­tres belges de langue française ! Il offre à la fois un aperçu d’une lit­téra­ture encore trop mécon­nue, de ses auteurs et autri­ces (Nicole Mal­in­coni, Carmeli­na Car­racil­lo, Car­o­line De Mul­der, Leila Houari, Clé­men­tine Faik-Nzu­ji, Souad Fila, Zaïch Ham­di, Kenan Görgün, entre autres), de ses enjeux, ain­si que de la vie d’une par­tie de la pop­u­la­tion belge. De plus, ici et là, il perce d’un fais­ceau lumineux les ténèbres qui assom­bris­sent le présent, et nous engage vers un monde nou­veau, un monde en com­mun. Vrai­ment en com­mun. Con­tin­uer la lec­ture

Scènes de la vie de campagne et de la destinée humaine

Un coup de cœur du Car­net

Hubert KRAINS, Mes amis, Pré­face d’Éric Brog­ni­et, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2026, 260 p., 20 €, ISBN : 9782803200955

krains mes amisSi vous avez aimé Hors champ, le dernier et beau livre de Marie-Hélène Lafon, pré­cip­itez-vous sur la réédi­tion de Mes amis d’Hubert Krains (1862–1934), pub­lié ini­tiale­ment en 1921, salué en son temps par le prix tri­en­nal de lit­téra­ture française. Son Can­tal à elle tient lieu de sa Hes­baye à lui. Leur région affec­tion­née n’est pas un décor : elle est le suc et l’humus de leur écri­t­ure, l’air et la chair de leurs per­son­nages ordi­naires et inou­bli­ables. En rap­prochant ces deux livres, dis­ons-le sans ambages, nous cher­chons à appâter le lec­torat nom­breux de Marie-Hélène Lafon, lui don­ner envie de se plonger dans ce chef‑d’œuvre d’Hubert Krains, parce que, out­re leur pro­fonde human­ité, leur écri­t­ure apurée, les deux ouvrages se ressem­blent par leur organ­i­sa­tion : com­posés de textes indépen­dants, ils se dévorent, réc­it par réc­it, comme un recueil, ou, dans la foulée, comme un roman. Au final, ils sont comme les pan­neaux d’un polyp­tique rur­al où l’être humain est tout à sa place. Con­tin­uer la lec­ture

Quand l’Histoire infiltre une famille

Michel ROSTEN, L’univers de Maxime Sere­brakian, ou les tribu­la­tions de trois pachas (1869 — 1922), Sam­sa, 2025, 358 p., 26 €, ISBN : 978–2‑87593–604‑2

rosten l'univers de maxime serebrakianSur la cou­ver­ture de L’univers de Maxime Sere­brakian, ou les tribu­la­tions de trois pachas (1869 — 1922), la nou­velle incur­sion en lit­téra­ture de Michel Ros­ten, ancien jour­nal­iste de La Libre Bel­gique, on peut lire l’indication générique suiv­ante : « Réc­it-Roman ». Habituelle­ment, c’est l’un ou l’autre – « réc­it » ou « roman » – et le plus sou­vent « roman », car plus vendeur, même lorsque la part romanesque est infime. Cette appo­si­tion sin­gulière ouvre des pistes de lec­ture que nous allons suiv­re et déploy­er. Con­tin­uer la lec­ture

Humaine jusqu’au bout

Mar­i­anne LEFEBVRE-RAEPSAET, À fleur de mémoires. Lulu Raep­saet, résis­tante com­mu­niste, rescapée de Ravens­brück, Cerisi­er, coll. « Quo­ti­di­ennes », 2025, 176 p., 17 €, ISBN : 9782872672561

lefebvre rapsaet a fleur de mémoireRésis­tance. Sol­i­dar­ité. Human­ité. Ajou­tons : mémoire. Trans­mis­sion. Voilà quelques-uns des ter­mes qui se détachent par­mi tous les autres dans À fleur de mémoires de Mar­i­anne Lefeb­vre-Raep­saet, un livre con­sacré à sa mère, Lulu Raep­saet, déportée au camp de Ravens­brück et qui, comme beau­coup de sur­vivantes et sur­vivants des camps, a (très) peu racon­té ce qui s’y était passé. Certain·es se sont même tu·es totale­ment, lais­sant leurs descendant·es aux pris­es avec des béances d’autant plus douloureuses. On pense, par exem­ple, à la mère de Chan­tal Aker­man, si silen­cieuse (même si par­fois bavarde), si présente dans la vie et dans l’œuvre de sa fille : « [le silence de ma mère] c’est sur quoi je tra­vaille, depuis des années, d’une manière ou d’une autre (…) comme elle a eu la parole coupée, vrai­ment, j’essaie à ma manière de la lui redonner. » Con­tin­uer la lec­ture

Le racisme et l’antiracisme à la belge

Sarah DEMART, La fic­tion pos­tra­ciale belge. Antiracisme afrode­scen­dant, fémin­isme et aspi­ra­tions décolo­niales, Édi­tions de l’Université de Brux­elles, coll. « Soci­olo­gie et anthro­polo­gie », 2025, 188 p., 21 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 9782800418650

demart la fiction postcoloniale belgeSi on oublie sou­vent que le racisme est une idéolo­gie fluc­tu­ante, vari­able selon les cul­tures, les pays, les groupes soci­aux…, on réalise encore moins que son pen­dant, l’antiracisme, n’est pas une valeur uni­verselle (ce fameux uni­versel, qui lui aus­si pose bien des ques­tions), intem­porelle et détachée de tout con­texte. Il suf­fi­rait pour­tant, par exem­ple, de réu­nir des militant·es de la mou­vance « Touche pas à mon pote » des années 1980 et des activistes décolo­ni­aux d’aujourd’hui pour provo­quer de vives dis­cus­sions, mesur­er l’ampleur du décalage idéologique alors que tou.tes aspirent à une société égal­i­taire. Mais quar­ante ans de recherche, de luttes, d’évolution de la société les sépar­ent. Con­tin­uer la lec­ture

Léonce, Herman, Paul et tous les autres

Un coup de cœur du Car­net

Vio­laine LISON, avec les Car­nets de tranchées de Léonce DELAUNOY, Lequel de nous portera l’autre ?, Esper­luète, coll. « En toutes let­tres », 2025, 208 p., 22 €, ISBN : 9782359842029

lison lequel de nous portera l'autreLequel de nous portera l’autre ?, le livre de Vio­laine Lison, pub­lié belle­ment par les édi­tions Esper­luète, nous ramène à l’époque meur­trière de la Pre­mière Guerre mon­di­ale, à ce que la lit­téra­ture peut en dire aujourd’hui. Il nous plonge au cœur de l’inhumanité des con­flits, de l’humanité anni­hilée par toutes les bel­ligérances. Il brode, entremêle, tri­cote les voix, les écri­t­ures et les objets pour dire, au plus près, au plus juste, l’histoire de Léonce Delaunoy, sémi­nar­iste tour­naisien réqui­si­tion­né pour trans­porter les sol­dats au front, et de ses deux amis, Her­man Schiltz et Paul Nackart – ils sont dédi­cataires du réc­it, et leur por­tait, en uni­forme, ouvre le vol­ume. Con­tin­uer la lec­ture

Parole d’écrivain : Guy Goffette

parole d'écrivain 1 guy goffette

Alors que le nou­veau numéro du Car­net et les Instants con­sacre un volu­mineux dossier à des entre­tiens lit­téraires, notre série d’été « Parole d’écrivain » invite à (re)découvrir des inter­views qui ont forgé l’histoire de la revue. Chaque dimanche, du 13 juil­let au 17 août 2025, un auteur, une autrice a la parole. Con­tin­uer la lec­ture

On a tous en nous quelque chose de Keetje trottin

Neel DOFF, Keet­je trot­tin, post­face d’Élisabeth Costa­dot, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2025, 208 p., 9,50 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 9782875687098

doff keetje trottinCom­mençons par la fin, com­mençons par saluer la post­face de la nou­velle édi­tion de Keet­je trot­tin, dans la col­lec­tion Espace Nord. Extrême­ment bien doc­u­men­tée, due à Élis­a­beth Costa­dot, elle est net­te­ment plus réussie que celle de la précé­dente édi­tion (1999) qui n’avait pas perçu l’originalité de l’écriture de Neel Doff, allant jusqu’à affirmer qu’elle écrivait mal, notam­ment en rai­son des néer­lan­dismes qu’elle employ­ait. Rap­pelons sim­ple­ment qu’à une époque, Gus­tave Flaubert fut égale­ment accusé de malmen­er la gram­maire française, et Mar­guerite Duras de même. Autant dire que ce type de reproche man­quait l’essentiel : l’originalité et la nature de la langue de Neel Doff. Con­tin­uer la lec­ture

La psychanalyse en mode mineur

Un coup de cœur du Car­net

Fab­rice BOURLEZ, Tacts. Remanier la psy­ch­analyse avec les fémin­istes et les queers, PUF, coll. « Per­spec­tives cri­tiques », 2025, 435 p., 24 € / ePub 19,99 €, ISBN : 9782130869559

bourlez tactsEn France, les mois qui ont précédé l’adoption du mariage pour tou·tes (2013) ont été par­ti­c­ulière­ment pénibles à vivre. Le plus offen­sant, insul­tant, blessant à subir a été pour certain·es de se voir définir par des psy­ch­analy­ses gonflé·es d’a pri­ori, à qui l’on offrait micros et tri­bunes à tout va. Iels avaient décidé d’interdire. Rien de ce qui était ânon­né ne cor­re­spondait à ce que nous sommes et vivons, nous, les queers. À chaque fois, c’était un coup de marteau asséné directe­ment au cœur par celleux qui, au con­traire, auraient dû mieux nous com­pren­dre s’iels avaient réelle­ment enten­du ce qui se dis­ait sur leur divan. Con­tin­uer la lec­ture

D’amour, de jazz et d’amitié

Emmanuelle POL, Jan (sur un air de jazz), Fini­tude, 2025, 176 p., 18 €, ISBN : 9782363392343

pol jan sur un air de jazz« La musique est moins mys­térieuse que la vie, c’est peut-être pour ça que je fais de la musique », dis­ait un jour Kei­th Jar­rett. Jan, le pianiste (fic­tif) du roman éponyme d’Emmanuelle Pol, au touch­er aérien, aurait pu le dire lui aus­si — lui pour qui « la musique était le réel. Pas de tran­scen­dance. Elle était le con­cret, ce qu’il y avait de plus con­cret. » Un con­cret fait de com­po­si­tions, de répéti­tions, de con­certs, d’enregistrements. Tan­dis que sa vie, elle, est faite de blessures, d’angoisses, de peurs, de soli­tude. De creux aus­si. Et ce, dès avant sa nais­sance. Et ce prénom qu’il porte, peut-être à cause d’un célèbre col­lab­o­ra­teur nazi fla­mand, dont c’était le deux­ième prénom… Con­tin­uer la lec­ture

En toute humanité

COLLECTIF, Quelqu’un à qui par­ler, Esper­luète, coll. « En toutes let­tres » 2024, 128 p., 19,5 €, ISBN : 9782359841930

collectif quelqu'un à qui parlerLe pre­mier cen­tre de Télé-Accueil belge a été créé à Brux­elles le 9 novem­bre 1959 par le Chanoine Ray­mond Van Schoubroeck. Sor­ti assez rapi­de­ment du giron de l’Église, il a évolué au cours des décen­nies tout en main­tenant son objec­tif pre­mier : accueil­lir par télé­phone, vingt-qua­tre heures sur vingt-qua­tre, dans l’anonymat, toute per­son­ne désir­ant par­ler à quelqu’un et sor­tir de son isole­ment. Avec l’évolution des tech­niques, l’écrit con­ver­sa­tion­nel a aus­si trou­vé sa place, avec le chat. Si on le sait moins, on ne peut que saluer une autre fonc­tion de cette ASBL. Témoin de l’évolution des phénomènes soci­aux, le Télé-Accueil agit en tant qu’Observatoire social. Avec d’autres acteurs, il réper­cute les ten­dances, les ques­tions émer­gentes aux décideurs poli­tiques, au monde asso­ci­atif et au grand pub­lic. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2024 de Michel Zumkir

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2024 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujourd’hui : la sélec­tion de Michel Zumkir.  Con­tin­uer la lec­ture

Une histoire clandestine

Paul GERARD, Impasse de la Fidél­ité, CFC et Iselp, coll. « non-couché », 2024, 64 p., 16 €, ISBN : 9782875721051

gerard impasse de la fideliteImpasse de la Fidél­ité. Il ne faut pas faire dire au titre du livre de l’artiste Paul Gérard ce qu’il ne développe ni ne sous-tend – une réflex­ion sur le respect de la foi et de l’engagement con­ju­gal, ce serait fon­cer droit dans un cul-de-sac. Il faut le com­pren­dre pour ce qu’il énonce : le nom d’une voie sans issue brux­el­loise sise près de la cen­trale petite rue des Bouch­ers qui, bien qu’aujourd’hui surtout vis­itée pour la stat­ue de Jean­neke Pis et pour ses bistrots hou­blon­nés, fait par­tie inté­grante de l’histoire de la vie noc­turne homo­sex­uelle belge. On y trou­vait notam­ment dans les années 1930 des bars gays et les­bi­ens où l’on pou­vait s’asseoir à la vue de tous·tes et plus tard, des étab­lisse­ments davan­tage clan­des­tins quand la nuit homo­sex­uelle fut moins libre, dans les années 1960 notam­ment. Con­tin­uer la lec­ture

La misère

Un coup de cœur du Car­net

Hubert KRAINS, Le pain noir, Post­face de Frédéric Sae­nen, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace nord », 2024, 192 p., 9 € / ePub : 6,99 €, ISBN : 9782875686893

krains le pain noirDès le pre­mier para­graphe du Pain noir d’Hubert Krains (1862–1934), on sait que tout est fini, qu’un monde est détru­it (et un autre en cours d’apparition, de con­struc­tion, mais ce n’est pas celui qui intéresse Hubert Krains) : « L’auberge de l’Étoile – qui se trou­vait sur le route de Huy à Tir­lemont – a été démolie quelques années après la con­struc­tion du chemin de fer Hes­baye-Con­droz. » L’action com­mence quelques para­graphes plus tard, après que le décor et le paysage ont été plan­tés ; on retourne dans le passé, un deux­ième dimanche de juin du 19e siè­cle, dans un vil­lage de Hes­baye baigné par la Mehaigne, le jour de l’inauguration du chemin de fer, sym­bole de la moder­nité, de l’industrialisation… Con­tin­uer la lec­ture

La douleur

Jean Marc TURINE, Le cahi­er de David Jan­napol­li, Metrop­o­lis, 2024, 312 p., 12 €, ISBN : 9782883402171

turine le cahier de david jannapolliDans Révérends Pères paru en 2022 aux édi­tions Esper­luète, Jean Marc Turine expli­quait qu’à la source de ses livres, de ses films et de ses créa­tions radio­phoniques fig­u­rait sa ren­con­tre avec « des femmes ou des hommes qui ont con­nu des appren­tis­sages de vie douloureux, inhu­mains voire trag­iques. » Qu’il les écoute et leur donne la parole. Cette fois encore, dans son nou­veau roman, Le cahi­er de David Jan­napol­li. Nous pou­vons y ajouter le trau­ma­tisme des agres­sions sex­uelles répétées qu’il a subies jeune garçon et racon­tées, sous forme de réc­it, dans Révérends Pères. Con­tin­uer la lec­ture