Archives de catégorie : Divers

Au refuge des mots

COLLECTIF, Des traversées et des mots. Écritures migrantes, Mardaga, 2019, 96 p., 14.90 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-80470-714-9

Voici une initiative originale née dans la foulée de la Foire du livre : rassembler en un recueil des textes écrits par des migrants et d’autres créés pour l’occasion par quelques-uns de nos écrivains francophones et par des personnes impliquées dans les mouvements aux côtés des réfugiés. Ce pari littéraire qui juxtapose les contributions en un jeu de miroirs ne va pourtant pas de soi. Comme le rappelle justement Xavier Deutsch : Continuer la lecture

De ceux qui ont pris la route sans savoir où aller

Un coup de cœur du Carnet

Anne HERBAUTS, Je ne suis pas un oiseau, Esperluète, 2019, 80 p., 22 €, ISBN : 9782359841091

L’horizon n’est à personne. Il recule. Ne cesse.
Et des ciels beaux d’opéra, lambeaux, tomberont, tragiques, sur une espérance inimaginable.

Il a fallu du temps à Anne Herbauts pour parvenir à parler d’un sujet qui s’imposait à elle, mais qui, par sa gravité, ne pouvait ni être pris à la légère, ni être traité de façon conventionnelle : les migrants, le déracinement imposé. On en parle à toute les sauces, les médias mettent sur le sujet des mots qui déshumanisent, qui enferment. Comment parler des migrations humaines au sens large, en se soustrayant à l’emprise de l’actualité ? Continuer la lecture

Swinging Belleville rendez-vous

Ivan ALECHINE et Pierre ALECHINSKY, Belleville sur un nuage, Yellow Now, coll. « Les carnets », 2019, 114 p., 14 €, ISBN : 9782873404451

Alechine Alechinsky Belleville Yellow NowEn photo de couverture, une Pontiac Parisienne quatre portes défraîchie, modèle fin des années 50, exhibe sa carrosserie de paquebot, salement amochée aux ailes avant-arrière. Un immeuble tout aussi décati, les fenêtres murées de béton, se maintient comme il peut en arrière-plan. On ne voit pas le mot « Hôtel », mais la suite du lettrage donne son nom : « de l’Avenir ». Visiblement, ça ne lui a pas trop réussi. Mais il n’y a pas que ce bâtiment ni la lourde Américaine qui en ont pris un coup. Au milieu des années 60, tout le haut quartier de Belleville, dans le 20e arrondissement de Paris, se trouve entre deux eaux : une longue rénovation urbaine a commencé par la démolition d’ilots abandonnés ou insalubres, mais une grande partie du quartier est toujours constituée d’habitations aux loyers guère coûteux, de cabanons branlants, de petites rues, d’impasses, de cours et courettes, de jardinets imbriqués les uns dans les autres. « Paris était encore provincial, chaleureux et doux », écrit Ivan Alechine qui y a passé son enfance. « Les petits commerces, l’artisanat populaire nous nourrissaient, une certaine idée de l’entraide entre gens d’une même rue subsistait. Il y avait des ponts entre le passé et le présent. Nous avions les pieds dans le XIXe siècle, le nez au vent du XXe. » Continuer la lecture

« Je suis un peu inquiet de votre absence totale d’inquiétude »

Silence, Chavée, tu m’ennuies. 1031 aphorismes rassemblés par Jean-Philippe Querton, préface de Christine Béchet, postface d’Alain Dantinne, Collage d’Emelyne Duval, Cactus inébranlable éditions, 2019, 140 p., 17 €, ISBN : 978-2-930659-95-4 

Querton Silence chavée tu m'ennuies couverture aphorismesFigure incontournable du surréalisme belge (et plus particulièrement du groupe hennuyer), Achille Chavée demeure nimbé d’une aura qui, cinquante ans après sa disparition, rend toujours son cas aussi fascinant et épineux. Ayant physiquement combattu la « bête immonde » durant la guerre d’Espagne puis en tant que résistant entré dans la clandestinité, le brigadier international Chavée traîne cependant quelques dérangeantes casseroles rouges. À commencer par les soupçons d’interrogatoires musclés durant des procès staliniens à l’encontre de militants anarchistes. L’info est catégoriquement relayée dans la notice Wikipedia, mais sérieusement réévaluée dans certain article de Paul Aron sur l’engagement des écrivains belges francophones contre le franquisme… Continuer la lecture

Keelbeek libre. Contre la prison de Haren

Ni prison, ni béton. Contre la maxi-prison de Bruxelles et son monde, Collectif Vrije Keelbeek Libre et Maesltröm, 2019, 321 p., 20 €

Il est au pouvoir de certains livres de faire souffler un vent de liberté tant sur la société que sur la bibliothèque du monde. Livre-action, livre zadiste, Ni prison, ni béton décoche une salve de résistance qui, espérons-le, mettra le feu à tout ce qui nous entrave. Dispositif de textes, d’archives, de plans, cet ouvrage retrace les étapes d’une lutte toujours en cours contre le projet de méga-prison à Haren. Le sous-titre indique la teneur de l’enjeu : en s’opposant à ce projet, la mobilisation du collectif Vrije Keelbeek Libre entend récuser le monde qu’il incarne. Au-delà du combat contre l’implantation d’un gigantesque ensemble pénitentiaire sur un terrain en friche de 18 hectares à Haren, Ni prison, ni béton est solidaire de toutes les initiatives citoyennes qui refusent la bétonisation des forêts, des corps et des consciences. Qui bitume la nature, les champs, les bois travaille à goudronner les esprits. Continuer la lecture

Bruxelles sous la loupe de Baronian

Jean-Baptiste BARONIAN, Guide secret de Bruxelles, Ouest-France, 2019, 143 p., 14 €, ISBN : 978-2737379215

Voilà le genre d’ouvrage qui séduit d’emblée, par sa seule facture, les bibliophiles au rang desquels s’inscrit l’auteur, Jean-Baptiste Baronian. Couverture cartonnée, vignette reprenant une gravure de la Grand-Place en couverture, iconographie sépia sur papier crème et autres caractéristiques qui invitent le lecteur à découvrir ce Guide secret de Bruxelles. Continuer la lecture

Hautes fréquences, micro-ondes, et marchés boursiers

Un coup de cœur du Carnet

Alexandre LAUMONIER, 4, Zones sensibles, 2019, 114 p., 15 €, ISBN : 978-293-0601-36-6

Amis lecteurs, ne partez pas de suite à la lecture de ce titre ! Il existe des livres qui, a priori, ne devraient jamais réussir à atteindre, pour différentes raisons, certains de nos contemporains : ils ne lisent pas, ou plus (c’est très tendance, dans un monde où penser et écrire passent pour des pertes de temps et où Proust est synonyme d’ennui abyssal) ; ils ne s’intéressent qu’à l’actualité économique ou boursière (et donc ont développé d’autres capacités supérieures dans un lexique particulier) ; ils préfèrent lire des ouvrages strictement catégorisés (au choix, polar, manga, botanique, colombophilie, gastronomie, philosophie kantienne ou roman historique) ; et parfois la découverte de technologies nouvelles et de codages informatiques performants leur semble plus appropriée à la culture « geek » de l’époque dont ils se revendiquent. À tous ceux-là – s’ils ont la chance que l’information leur parvienne –, mais aussi à tous les curieux de littérature haut de gamme, on recommandera chaudement la lecture de 4 (c’est bien son titre), nouvel opus d’Alexandre Laumonier publié chez Zones sensibles. Continuer la lecture