Archives de catégorie : Divers

Avec les marins d’eau douce

Christine VAN ACKER, Domiciliés à bord, Les grands lunaires, 180 p., 20 €

van acker domicilies a bordIls arpentent nos fleuves et canaux, semble-t-il depuis toujours, sans que nous puissions voir vraiment leurs visages, sans que nous entendions leur voix brouillée par les mouvements des flots. Christine Van Acker est issue d’une lignée de bateliers depuis cinq générations et elle nous livre pour mémoire ce que fut la vie de ses parents et les profondes mutations connues par leur métier. Paru chez Quorum en 1994, l’ouvrage est aujourd’hui réédité et il constitue une mine de renseignements patiemment collectés et exposés. Continuer la lecture

Lucien François, un architecte bruxellois au pays du Guépard

Coup de coeur du Carnet

Lettres de Sicile. Un architecte belge à Palerme, 1919-1921, enquête et récit d’Alice VERLAINE-CORBION, AAM Éditions, 2017, 228 p., 24 €, ISBN : 978-2871433248

verlaine corbion« Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. » Cette phrase tirée du Guépard, le film que Luchino Visconti réalisa en 1963 d’après le roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, conviendrait bien en sous-titre à l’étonnante aventure vécue en Sicile par un jeune architecte bruxellois, Lucien François, au tournant des années 1920.

Certes, l’époque n’est plus celle des révolutionnaires de Garibaldi, mais l’île que découvrent Lucien François (1894-1983) et son épouse Lia Heylighen (1886-1970), connaît à nouveau des soubresauts, préludes à de grands changements. Le couple, qui séjourne à Palerme d’août 1919 à septembre 1921, n’est pas en Sicile à l’occasion d’un « Grand Tour » artistique de l’Italie, ce qui aurait pourtant beaucoup plu à l’artiste peintre qu’était Lia, et au dessinateur, architecte autodidacte, qu’est le jeune Lucien François. Il a 25 ans, elle est de huit ans son aînée. Il vient de signer un contrat avec la Société belge des Tramways de Palerme, comme architecte et chef des constructions immobilières, pour un projet d’une envergure colossale : développer un réseau de lignes de tramways entre Palerme et sa périphérie. Et en même temps, assurer la construction d’une cité balnéaire haut-de-gamme dans la baie de Mondello, à douze kilomètres de là : Grand Hôtel, kursaal, établissement de bains, terrain de golf, et des dizaines de villas individuelles… Continuer la lecture

Où l’on entre avec plaisir dans les images d’une douce et discrète plasticienne

Anne LELOUP, Trouvé par terre (notes d’atelier), Esperluète, 2017, 64 p., 18 €, ISBN : 9782359840759

leloupVoilà belle lurette qu’Anne Leloup traîne discrètement ses guêtres dans le milieu littéraire. Une vingtaine d’années au moins. Esperluète, sa maison d’éditions, toute discrète qu’elle soit, affiche tout de même au moins cent cinquante auteurs. Ça n’est pas rien. Ça fait un fichu beau catalogue d’objets singuliers, mêlant souvent écriture poétique et sensible, à douce fleur de peau, et arts plastiques. Ça donne toujours des objets-livres hyper soignés, d’une grande beauté plastique, donnant envie de s’y perdre, de s’y plonger un peu beaucoup, d’y prendre son bain de calme et de tendre repos alors que ça s’agite partout autour de nous. Oui, les objets-livres qu’édite Anne Leloup ont cette force-là : ils offrent l’opportunité de poétiquement nous poser. Souffler un coup, comme on dit.

Oui mais.

Continuer la lecture

Louis Scutenaire : « J’ai quelque chose à dire. Et c’est très court »

Coup de coeur du Carnet

Louis SCUTENAIRE, Mes inscriptions 1945-1963, Allia, 2017, 330 p., 15 €/ePub : 7.49 €, ISBN : 979-10-304-0521-7

scutenaireÀ l’instar de Paul Nougé et Marcel Mariën, Louis Scutenaire (1905-1987), « Scut » pour les intimes, mena jusqu’au bout « l’expérience continue » du surréalisme. Mes Inscriptions 1945-1963, qui reparaissent au catalogue d’Allia, attestent de cette dynamique particulière, en somme assez spécifique aux surréalistes belges, où le « primum vivere » semble l’emporter sur l’impérieux devoir de « faire œuvre ». Se tenir debout, pour Scut, n’était pas une posture d’écrivain, juste une position naturelle. Continuer la lecture

Morts et vifs

Coup de coeur du Carnet

Jean-Luc OUTERS, Le dernier jour, avant-propos de JMG Le Clézio, Gallimard, 2017, 152 p., 14,50 €/ePub : 10,99 €, ISBN : 9782072732775

outersL’écriture et l’art en général ont au moins en commun avec la mort de comporter une part importante de mystère. Se fondant sur la connaissance intime qu’il en avait, complétée par les souvenirs des proches, Jean-Luc Outers a composé six tableaux relatant les derniers jours de six personnalités belges d’exception. Un défi singulier qu’il relève avec brio et finesse, s’inscrivant ainsi dans les traces de Mallarmé et de ses Tombeaux, comme le souligne JMG Le Clézio dans son avant-propos chaleureux. Continuer la lecture

Léopold II sous la plume du pamphlétaire Paul Gérardy

Paul GERARDY, Les Carnets du Roi, édition présentée et annotée par Anne Cornet, Regain de lecture, 256 p., 23,40 €, ISBN : 9782353910076

gerardyNous sommes en 1903. Un scandale d’une ampleur inédite secoue la Belgique, le France, et les pays voisins. Les Carnets du Roi, un ouvrage publié anonymement à Paris, et rapidement interdit à Bruxelles, dresse le portrait d’un autocrate à barbe blanche. Arrogant, prétentieux et roublard, il se révèle plus soucieux de s’enrichir et de collectionner les maîtresses que de veiller au bien commun des citoyens et au respect des lois d’un état démocratique. Continuer la lecture

Une correspondance de travail et d’amitié

Marguerite YOURCENAR, En 1939, l’Amérique commence à Bordeaux. Lettres à Emmanuel Boudot-Lamotte (1938-1980), Édition d’Elyane Dezon-Jones et Michèle Sarde, Gallimard, 2016, 302 p., 21€/ePub : 14.99 €, ISBN : 9782070139781

yourcenar-lettresMarguerite Yourcenar était une épistolière prolixe. L’époque, ses nombreux voyages, sa vie d’exilée sur son île états-unienne étaient propices à la correspondance. Nombre de ses lettres ont déjà paru en volume[1], il en paraît encore et probablement qu’il en paraîtra davantage quand ses archives, tenues secrètes jusqu’en 2037, selon sa volonté de fer, seront enfin dévoilées. Volonté de fer : Yourcenar blindait sa correspondance comme son œuvre. Ses lettres à Emmanuel Boudot-Lamotte « n’ont pas été déposées par l’écrivaine dans les archives de la bibliothèque Houghton avec les correspondances destinées d’emblée à la postérité », comme le rappellent Elyane Dezon-Jones et Michèle Sarde, dans l’avant-propos. D’ordinaire, Yourcenar doublait sa correspondance sur papier carbone ; dans ce cas, il semblerait que non. Les lettres originales ont été découvertes par le neveu d’Emmanuel Boudot-Lamotte alors qu’il mettait de l’ordre dans la succession de son oncle. Continuer la lecture