Archives de catégorie : Divers

L’aphorisme : de l’artisanat à l’industrie

Jean-Louis MASSOT, L’A.À.F.L.A – L’Appareil À Fabriquer Les Aphorismes, Cactus inébranlable, 2020, 66 p., 10 €, ISBN : 978-2-39049-012-8

jean-louis massot L'AAFLANe gâchons surtout pas notre plaisir en ces temps de rentrée et de prédictions tous azimuts, aussi fatales que dérisoires souvent : L’A.À.F.L.A – L’Appareil À Fabriquer Les Aphorismes est enfin à notre disposition ! Jean-Louis Massot vient de publier aux éditions Cactus inébranlable un nouveau mode d’emploi et on sait que les modes d’emploi sont souvent les textes qui résistent le plus à l’intelligibilité et la compréhension de l’honnête homme. Continuer la lecture

« Réveille-toi, le monde brûle »

Urgence poétique, orchestrée par Laurence VIELLE et Corentin LAHOUSTE, Presses universitaires de Louvain, 2020, 15 €, ISBN : 978-2-87558-938-5

urgence poetiqueIl y a urgence climatique, urgence environnementale, urgence de justice sociale et d’accueil. Et pour métamorphoser nos êtres en péril, il y a aussi URGENCE POÉTIQUE. 

La poésie échappe à toute tentative de saisissement. Elle se module au gré des approches qui tentent de la circonscrire sans jamais l’enclore dans une définition univoque. C’est du moins le point de vue proposé par l’ouvrage Urgence poétique, publié aux Presses Universitaires de Louvain. Ce petit livre est un carnet d’atelier, « réalisé dans une certaine urgence – adéquat en cela à son titre », qui est le fruit de la résidence de Laurence Vielle, assistée de Corentin Lahouste, à l’UCLouvain. Continuer la lecture

Olivier Deprez. Noise gravure et épilepsie du sémiotique

Olivier DEPREZ, Wrek not work, Bibliotheca Wittockiana et FRMK, 2020, 25 €, ISBN : 9782873060047

Paru à l’occasion de l’exposition que la Bibliotheca Wittockiana consacra au projet Wrek mené par Olivier Deprez, coédité par cette dernière et les éditions FRMK, le catalogue Wrek Not Work (en français et en néerlandais) délivre un voyage dans l’œuvre gravée d’un artiste qui place la co-création (avec Adolpho Avril, Jan Baetens…) au centre de ses recherches. Son introduction de la gravure sur bois dans le monde de la bande dessinée a révolutionné le neuvième art. Interrogeant les questions de la narration graphique, du statut de l’image, de la représentation, Olivier Deprez a, depuis sa magistrale adaptation du Château de Kafka (éditions FRMK) exploré le potentiel narratif des images dans un geste qui excède et déconstruit la frontière entre figuratif et abstraction. Les sortilèges de la littérature, la tour de Babel des livres de ce lecteur passionné mais aussi les images glanées sur la toile, dans les journaux, sous-tendent et nourrissent sa démarche. Continuer la lecture

Auprès de mon chêne

Pierre SOMVILLE, Journal de la peste, Taillis pré, 2020, 74 p., 12 €, ISBN : 978-2-87450-167-8

C’est le mystère du mal (…) pour une fois les « politiques », dos au mur, osent enfin agir et faire leur devoir.

Journal de la peste, initié mi-mars 2020, est celui de la COVID-19 entrant sans fracas dans l’intimité de Pierre Somville, confiné entre son jardin et les informations des médias. Continuer la lecture

Les mots pour le traduire

Katrien LIEVOIS et Catherine GRAVET (éditrices invitées), Parallèles, Revue de la faculté de traduction et d’interprétation de l’université de Genève, n° 32/1 : La littérature belge francophone en traduction, avril 2020, 210 p., URL : https://www.paralleles.unige.ch/fr/tous-les-numeros/numero-32-1/

Katrien LIEVOIS et Catherine GRAVET (éditrices invitées), Parallèles, Revue de la faculté de traduction et d’interprétation de l’université de Genève, n° 32/1 : La littérature belge francophone en traduction, avril 2020Soulever la question de la traduction d’œuvres littéraires estampillées « belges », du fait du lieu de naissance de leur auteur, ne va pas de soi. Comme Katrien Lievois et Catherine Gravet prennent à cœur de le rappeler dans leur introduction parfaitement documentée : l’appartenance nationale des écrivains belges a eu tôt fait de céder le pas à leur appartenance linguistique. Davantage que les Français de province ou d’autres auteurs périphériques par rapport à une culture dominante (pensons par exemple aux Autrichiens), les Belges « habitent une langue » – en l’occurrence, pour ceux traités dans ce volume, le français. Continuer la lecture

Le sacré chez Henry Bauchau

Revue internationale Henry Bauchau, Traces du sacré, n°10, 2019, Presses Universitaires de Louvain, 215 p., 23 € / PDF : 15.50€, ISBN : 978-2-87558-928-6

Dans ce dernier volume de la Revue internationale Henry Bauchau, dirigé par Myriam Watthee-Delmotte et Catherine Mayaux, l’œuvre d’Henry Bauchau est approchée sous l’angle du sacré. À côté de très beaux inédits — inédits poétiques, Blason de décembre, circa 1967 et extraits de la correspondance avec Jean-Pierre Jossua —, figure un dossier thématique réunissant principalement les contributions de chercheurs lors d’un colloque dirigé par Anne-Claire Bello et Olivier Belin. Interrogeant l’agissement du sacré dans l’imaginaire de Bauchau, nombreux sont les chercheurs à analyser la manière dont le sacré transit la langue du romancier, du poète, du dramaturge, du diariste, soit qu’ils se penchent sur les figures de saints, de mystiques, de héros mythologiques (Saint François d’Assise, Œdipe, Gengis Khan…), qui parcourent ses créations, soit qu’ils abordent l’adhésion de Bauchau à la philosophie personnaliste d’Emmanuel Mounier ou encore son rapport à Rimbaud. Marqué par le christianisme de son milieu culturel d’origine, défenseur ardent de la foi lors de ses premières années, Henry Bauchau se détachera de l’Église après la Deuxième Guerre mondiale, poursuivant une quête spirituelle détachée de l’institution ecclésiale, ouverte aux spiritualités orientales, bouddhisme, taoïsme. Continuer la lecture

Kikie Crêvecœur, des rencontres gravées dans les pages

Kikie Crêvecoeur entre les pages, textes de Pierre-Jean Foulon, Caroline Lamarche et Michel Barzin, préface de Géraldine David, Esperluète, 2020, 96 p., 22 €, ISBN : 9782359841251

couverture de kikie crevecoeur entre les pages éditions esperlueteKikie Crêvecœur aime les livres et, depuis plus de trente ans, elle dépose ses images entre leurs pages. Il était donc naturel qu’un livre soit consacré à cette artiste passionnée par les résonnances que créent les mots, par les objets qui les véhiculent, les hommes et les femmes qui les façonnent, les portent, les font vivre et jouent avec eux. Continuer la lecture

Les paroles restent, elles aussi

Un coup de cœur du Carnet

SYLLOGE, Paroles données, paroles perdues ?, MaelstrÖm, 2020, 276 p., 14 €, ISBN : 978-2-87505-362-6

« […] Enfin, commençons. […] Bonjour, je m’appelle Jean-Louis, je suis travailleur social et animateur des réunions. […] : je donne la parole aux uns et aux autres, je coupe, parfois, les uns et les autres. […] L’idée, c’est que globalement, on demande un peu aux gens leur avis. […] ce qu’on essaye de faire ici, c’est de mettre ensemble les gens qui vivent un peu les mêmes choses pour, collectivement, parler de ce qui se passe… » Ces « espaces de paroles » mensuels et itinérants sont nés en 1999 à Bruxelles et sont orchestrés par la Strada (le Centre d’appui au secteur de l’aide aux personnes sans abri, devenu Bruss’help en 2019) depuis 2008. Continuer la lecture

La petite boule ne l’aura pas…

Anne WOLFERS, Le doute, Esperluète, 2020, 240 p., 22 €, ISBN : 9782359841220

anne wolfers le doute éditions Esperluète (couverture du livre-Lorsque vous prenez le doute entre vos mains – un livre à la jaquette en papier Kraft ordinaire sur lequel vous pouvez lire ce titre laconique sans majuscule et observer un amusant dessin au bic d’un dromadaire, ou plutôt d’un chameau à trois bosses – vous êtes déjà happé par l’univers d’Anne Wolfers.

Quand elle était enfant, Anne Wolfers passait son temps à se fabriquer de petites marionnettes. Elle aurait voulu s’orienter vers l’illustration, mais cette formation n’existait pas à l’époque. Après avoir découvert la gravure au cours d’un stage, elle décide de s’inscrire dans cette section à la Cambre (ENSAV) et cette passion ne l’a plus quittée. Cette graveuse hors pair a été professeure pendant de longues années à l’École des arts d’Uccle. Continuer la lecture

Faisceau de lignes blanches

COLLECTIF, La ligne blanche, Arbre à paroles, coll. « iF », 2020,126 p., 14 €, ISBN : 978-2-8704-696-2

À l’invitation, à l’appel lancé par Antoine Wauters qui dirige la collection « iF » à L’Arbre à paroles, vingt-trois auteurs ont répondu : écrire sur ce que signifie pour eux la ligne blanche. Traversé par une crise, tenaillé par une pulsion qui se traduit en une décision — arrêter d’écrire —, Antoine Wauters voit dans la ligne blanche la manifestation du grand retrait, de l’effacement, une césure, un syndrome Bartleby. La pureté de la ligne blanche est telle qu’elle ne doit plus se traduire en mots. Le syntagme lancé aux contributeurs venus du monde du roman, de la bande dessinée, de la poésie, du journalisme s’apparente à un signifiant flottant que chaque auteur va interpréter, diffracter en récits ou en poèmes. Continuer la lecture

De l’aphorisme au fragment

Harry SZPILMANN, À propos de tout et surtout de rien, Lettre volée, coll. « Poiesis », 2019, 123 p., 18 €, ISBN 978-2-87317-545-0

Il existe dans l’ensemble des littératures une tradition de l’écrit aphoristique qui traverse les temps et les modes. Les théoriciens sont nombreux à s’être penchés sur ce genre, cherchant à en délimiter les contours, en définir les caractéristiques, à clarifier les termes en distinguant notamment maxime, sentence, pensée ou aphorisme. Blanchot, Barthes ou Valéry par exemples ont interrogé les œuvres de Joubert, de La Rochefoucauld, de Lichtenberg, de Schlegel. Sans évoquer ici les différents enjeux terminologiques qui ont pu animer ces débats, il est bon de rappeler néanmoins l’intérêt accru, depuis plusieurs décennies, pour l’écriture du fragment comme genre ayant ses propres codes. Continuer la lecture

À l’affiche ce soir…

Un coup de cœur du Carnet

Mirages. Tout l’art de Laurent Durieux, Huginn & Muninn, 2019, 254 p., 44.95 €, ISBN : 9782364807143

Merci à Sam Lion pour le cadeau

laurent durieuxL’anecdote est connue, elle est entrée dans la légende. Le téléphone d’un jeune designer belge spécialisé dans la réalisation d’affiches de films en tirage limité sonne. L’affiche de Jaws (Spielberg, 1975) ? Le mystérieux interlocuteur veut le stock entier. Au bout du fil ? Steven Spielberg en personne. Continuer la lecture

« De quoi vit l’homme ? »

Un coup de cœur du Carnet

Christophe POOT, Hareng Couvre-chef et autres chansons de marins, Cinquième couche, 2019, 68 p., 20 €, ISBN : 978-2-39008-034-3

Entier je suis entré, tête et menton devant, fier-bras tout gonflé de mon dur travail de docker, m’asseoir auprès d’hommes rugueux qui soulèvent comme moi bien plus que ce qu’on demande au corps d’un homme normal. Voilà de quoi sont faites mes sombres soirées. 

Dans un troquet, dont l’ambiance est suggérée par l’illustration de quelques personnages à la première page, débute l’aventure de Hareng Couvre-Chef. Celui-ci, après son travail harassant aux docks, part vider « quelques bières épaisses et lourdes au gosier » qui, forcément, mènent à une envie irrépressible de pousser la chansonnette. Une histoire de séduction s’y mêle, un peu casse-gueule, et nous savons à quel point, l’alcool aidant, une telle situation peut rapidement tourner au vinaigre. Voilà pour la trame narrative de Hareng Couvre-chef et autres chansons de marins, brillamment écrit et dessiné par Christophe Poot, qui a une petite dizaine d’ouvrages à son actif. Mais il y a beaucoup plus à dire à propos de ce livre. Continuer la lecture

Bruxelles au 19e vue par les écrivains

Joseph VAN WASSENHOVE, Bruxelles. La ville vue par des écrivains du XIXe siècle, Samsa, 312 p., 30 €, ISBN : 978-2-87593-084-2

Repris sous une forme modifiée par Julien Gracq dans l’incipit de La forme d’une ville, le vers de Baudelaire tiré du poème Le cygne —  « la forme d’une ville / Change plus vite, hélas ! que le cœur d’un mortel » — compose la basse continue de l’essai de Joseph Van Wassenhove. Par quel prisme appréhender Bruxelles au 19e siècle, sachant qu’elle a subi, au nom du progrès et de la modernité, des modifications architecturales, urbanistiques souvent désastreuses, sinon par celui de la littérature ? Dans Bruxelles. La ville vue par des écrivains du XIXe siècle, l’auteur se livre à une enquête archéologique qui prend la forme d’une promenade littéraire. Continuer la lecture

Des notes sur toute la gamme

Cristian RONSMANS, Le bâton de Plutarque. Miscellanées, Pont de l’Europe, 2019, 160 p., 12 €, ISBN : 978-2-36851-422-1

Dans Le bâton de Plutarque, deuxième volet de ses Miscellanées (le beau nom, quelque peu oublié, des mélanges littéraires), Cristian Ronsmans nous livre une nouvelle brassée de notes cueillies dans ses carnets, aux couleurs et humeurs variées. Groupées par chapitres fantaisistes : Aphorismes et périls, Aphorismes et mantilles, Aphorismes et basse continue, Aphorismes et vieilles dentellesContinuer la lecture

Rencontres avec Simenon

« Présence de Georges Simenon », Revue Générale, Presses Universitaires de Louvain, automne 2019, 250 p., 22 €, ISBN : 978-2-87558-872-2

Coordonné par Jean-Baptiste Baronian, grand spécialiste et amoureux de Simenon, le dossier « Présence de Georges Simenon » au sommaire du dernier numéro de la Revue Générale a choisi d’opérer à la façon de Maigret, en prolongeant sa méthode de travail. Le commissaire définissait ainsi sa philosophie de détective : « Dans tous les cas, il s’agit de connaître. Connaître le milieu où le crime est commis, connaître le genre de vie, les habitudes, les mœurs, les réactions des gens qui y sont mêlés, victimes, coupables ou simples témoins. Entrer dans leur monde sans étonnement, de plain-pied et en parler naturellement le langage. » (Les Mémoires de Maigret). Continuer la lecture