Archives par étiquette : SonaLitté

Le fil de l’adolescence

Myriam LEROY, Ariane, Don Quichotte, 2018, 208 p., 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978-235949-675-8

leroy_ariane.jpgL’adolescence est un labyrinthe. On y entre au sortir de l’enfance et on en cherche l’itinéraire et la sortie pour entrer dans l’âge adulte. À la suite de deux amies qui sont au cœur de son premier roman, Ariane, Myriam Leroy nous déroule quelques fils pour traverser cette période qualifiée d’ingrate.

La narratrice est née au cœur du Brabant wallon, déjà tout un programme à ses yeux, dans une famille catholique, conventionnelle, ennuyeuse à mourir (et notre héroïne a de fréquentes velléités de suicide), qui mène une vie de privations, mais qui se gargarise d’appartenir à la bourgeoisie nantie. À tel point que leur fille s’est mise à haïr les riches du BW, « Haïr les riches, qu’ils soient ou non gentils, haïr davantage les gentils, les riches philanthropes, ceux qui donnent aux pauvres, qui leur ouvrent leurs bras et leur porte ». Ce foyer passablement névrosé s’est établi à Nivelles, « une machine à crever d’ennui ». Et pourtant, ceux qui y naissent y reviennent toujours. Mais l’appartenance sociale vous colle à la peau, ce que la narratrice constate des années après sa jeunesse : « non seulement tu ne seras jamais aussi riche qu’eux, mais surtout tu ne seras jamais comme eux (…) Tu appartiendras toujours à une autre race, gauche, empruntée, constamment à la lisière du burlesque. » Continuer la lecture

« Pourquoi / s’abonner / au monde ? »

Un coup de cœur du Carnet

Alexis ALVAREZ, Une année sans lumière, Tétras Lyre, 2017, 96 p., 15 €

alvarez_une annee sans lumiereLa poésie contemporaine (soit celle qui est signée par des vivants) est devenue un objet encombrant au XXIe siècle. Personne ne la lit, a fortiori personne ne l’achète, et elle ne pullule encore, invisiblement, que parce que certains éditeurs qui se lancent dans ce créneau profitent de naïfs prêts à se faire publier à compte d’auteur, pour au final n’être ni diffusés ni promotionnés. Bien sûr, il y a l’oralité, circulant dans les cabarets littéraires ou les soirées de lecture entre coteries d’initiés ; mais aujourd’hui, en librairie, où se cueillent Les Fleurs du mal, où se gausse-t-on des Amours jaunes, et où La nuit remue-t-elle ? Continuer la lecture

D’une Audrey à l’autre

Pascale TOUSSAINT, Audrey H., Samsa, 2017, 144 p., 14 €, ISBN : 2875931415

toussaint audrey h.jpgPremière Audrey du livre de Pascale Toussaint, Audrey H.: la narratrice, bibliothécaire, spécialiste des biographies de femmes (George Sand, Colette…), aimée de Jean, son compagnon attentif, tendre et malicieux.

Un caractère net, franc, parfois tranchant, sans complaisances (« Aujourd’hui, j’ai cinquante ans. Et je fais mon âge »), volontiers caustique (« Aujourd’hui encore, les femmes « méritantes » m’horripilent »). Doublé d’une nature inquiète, doutant d’elle-même, guettant anxieusement son image dans les miroirs, se liant difficilement (pas d’amies vraies dans son paysage), que sa pudeur retient au creux de silences dont elle garde quelquefois des regrets cuisants : Continuer la lecture

La vie d’artiste. Entre liberté et asservissement

Christine VAN ACKER, La dernière convocation, Cactus Inébranlable, 2017, 60 p., 5 €, ISBN : 978-2-930659-63-3

van acker la derniere convocation.jpgOn est en avril 2017. Au fonctionnaire chargé de contrôler si elle est suffisamment active dans sa recherche d’emploi, Christine Van Acker remet une lettre. Un brûlot plutôt. Doux et amer. Ironique. Où elle signifie qu’elle en a soupé de se soumettre aux diktats d’une administration la réduisant à une étiquette : demandeuse d’emploi. Une administration qui n’a que faire de Christine Van Acker en tant que que personne et de ce qu’est réellement son boulot d’artiste. Une administration qui réduit à peau de chagrin tout qui, un jour, est confronté au vaste complexe des réglementations en tout genre. Continuer la lecture

Bons baisers d’Athènes

Un coup de cœur du Carnet

Anne PENDERS, Kalá, La Lettre Volée, 2017, 128 p., 19 €, ISBN : 978-2873174842

penders.jpgDepuis longtemps, Anne Penders traîne ses tongs un peu partout dans le monde. En Chine. Aux States. À Marseille. À Bruxelles, mais oui, aussi, parfois. Depuis longtemps, Anne Penders écrit, photographie, filme, prend du son, partout où elle passe, partout où elle laisse traîner ses tongs. Non qu’Anne Penders serait une de ces autrices dites voyageuses, écrivant, de livre en livre, des espèces de journaux de voyages où elle nous narrerait ses états d’âme nomades, ses rencontres splendides, ses déboires ou ses confrontations avec le paysage, la mère nature ou toute autre chose du même acabit. Non. Pas du tout son genre. Anne Penders serait plutôt du style, me semble-t-il, à faire de ses voyages des prétextes. Des occasions de susciter l’écriture, tant littéraire que radiophonique ou photographique. Des occasions de mettre en branle, en quelque sorte, la « machine à penser, la machine à écrire Penders ». Continuer la lecture

Manuel de survie à l’usage des sauvages

Thomas GUNZIG, La vie sauvage, Au diable vauvert, 2017, 336 p., 18 €/ ePub : 7.99 €, ISBN : 978-2-84626-961-2

gunzigIl y a quatre ans, Thomas Gunzig publiait son Manuel de survie à l’usage des incapables, déjà aux éditions Au diable vauvert auxquelles il est fidèle depuis quelques années. Pour la rentrée littéraire, dont il est un incontournable aux côtés d’Amélie Nothomb et Éric-Emmanuel Schmitt selon la presse tous azimuts, il sort La vie sauvage qui a bien des points communs avec le précédent. Continuer la lecture

Les mots d’une passion tue

Dominique LOREAU, Ne pas dire, Esperluète, 2017, 40 p., 16 €, ISBN : 9782359840742

loreauLe texte de Dominique Loreau repose, dès son titre, Ne pas dire, sur un paradoxe puisqu’est mise en avant l’obligation de taire certaines choses, alors que le livre apparaît comme le dévoilement subtil d’une passion.

Mais dire n’est jamais innocent. Les conséquences d’une parole lâchée, parfois d’un seul mot énoncé, vous amènent au-delà de ce que l’on avait imaginé. Le monde n’est plus aux engagements, chacun a tendance à rester sur son quant-à-soi, par peur de rompre un enchantement ou, pire, de s’enfermer dans un quotidien aliénant. Continuer la lecture