Archives par étiquette : SonaLitté

Les mots d’une passion tue

Dominique LOREAU, Ne pas dire, Esperluète, 2017, 40 p., 16 €, ISBN : 9782359840742

loreauLe texte de Dominique Loreau repose, dès son titre, Ne pas dire, sur un paradoxe puisqu’est mise en avant l’obligation de taire certaines choses, alors que le livre apparaît comme le dévoilement subtil d’une passion.

Mais dire n’est jamais innocent. Les conséquences d’une parole lâchée, parfois d’un seul mot énoncé, vous amènent au-delà de ce que l’on avait imaginé. Le monde n’est plus aux engagements, chacun a tendance à rester sur son quant-à-soi, par peur de rompre un enchantement ou, pire, de s’enfermer dans un quotidien aliénant. Continuer la lecture

Invitation à la danse

Corinne HOEX, Tango, gravures de Martine Souren, éditions Esperluète, 2016, 20 p., 8 €   ISBN : 9782359840711

hoex-tangoSavez-vous danser le tango?

Corinne Hoex vous y invite, dans un poème troublant, cerné des sombres, intrigantes gravures de Martine Souren, intitulé tout simplement Tango.

Il faut danser, nous rappelle-t-elle, mais il lui manque une robe qui tienne au corps, alors que la sienne se dérobe en soieries glissantes, en rubans satinés, en franges mouvantes.

Une étrange plaquette, qui nous laisse au bord d’un secret. L’art de danser le tango, de tout son cœur, de tout son corps, peut-être.

Francine Ghysen

Où l’on balbutie comme on peut la langue des nuages

Pierre WARRANT, Confidences de l’eau, L’Arbre à paroles, 2016, 70 p., 12 €   ISBN : 978-2-87406-642-9

warrantPierre Warrant ? Qui est Pierre Warrant ? Un lascar qui aime les fuites, je dirais. Les échappées belles hors des villes. Loin du tumulte. Du bruit de fond lancinant que sont, généralement, nos langues quotidiennes. Si racoleuses. Pétillantes. Séduisantes parfois. Si légères. Bondissant sans cesse d’un sujet à l’autre. Altitudes, son premier recueil, nous avait déjà mis la puce à l’oreille comme on dit : Pierre Warrant y tentait de saisir une expérience quasi indicible, celle qui, littéralement, nous prend aux tripes quand on se frotte aux neiges, aux vents, au froid, à 8000 mètres d’altitude, dans les montagnes de l’Himalaya. Continuer la lecture

Où l’on assiste en direct à l’invention de l’amour

Un coup de cœur du Carnet

Marc DUGARDIN, Lettre en abyme, Rougerie, 2016, 70 p., 13 €   ISBN : 978-2-85668-390-3

dugardinUn jour, nous naissons. Sommes enfantés par nos mères. Sommes lancés dans ce monde. Pour le meilleur comme pour le pire. Chacun, chacune, s’en sort ensuite comme il ou elle peut. Certains et certaines en écrivent des livres. Juan Gelman aura été un de ces poètes. Marc Dugardin en est un autre. Sa Lettre en abyme peut être lue, entre autres choses, comme un hommage à Lettre à ma mère de Gelman, ce frère d’écriture, pour ainsi dire.

C’est que tous deux ont un « œuf à peler ». Une histoire à vider avec leurs mères mortes. Ces boules de peur et de haine. Ces êtres qui, à leurs corps défendant, auront, en même temps que la vie, « fait cadeau » à leurs fils de leurs vieilles casseroles. Vieilles peines. Vieilles marottes qui vous bouffent l’existence. Tarissent aisément les élans. Continuer la lecture

La neige, sans contrefaçon

François JACQMIN, Le Livre de la neige, postface de Gérald Purnelle, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2016, 152 p., 8 €

Le Livre de la neige | Espace NordLa collection « Espace Nord » a l’excellente idée de remettre à la disposition des lecteurs deux ouvrages majeurs du poète François Jacqmin (1929-1992) : Les Saisons, initialement paru dans la collection du vivant de l’auteur, en 1988 ; et Le Livre de la neige, dernier recueil de poèmes en prose publié aux Editions de la Différence par Jacqmin, avant son décès en 1992. Deux recueils, qui ne sont que l’arbre finement taillé cachant la forêt d’écrits qu’a laissés le poète – vingt caisses de manuscrits déposés aux Archives et Musée de la Littérature –, parmi lesquels ont déjà été extraits des recueils sensiblement achevés, comme nous l’évoquions l’an dernier à propos du Plumier du vent. Continuer la lecture

L’étrangère

Edith SOONCKINDT, La femme défaite, Éléments de langage, 2015, 123 p.

soonckindtEdith Soonckindt est une femme dynamique aux multiples passions. À la fois auteure, traductrice, éditrice et bloggeuse, son nouveau livre, La femme défaite, est un roman dialogué entre un homme et une femme, paru aux éditions Eléments de langage. Qualifié d’Olni (objet littéraire non identifié), cette jeune maison d’édition belge a été créée par Nicolas Chieusse pour mettre à l’honneur des textes souvent considérés comme plus difficiles d’accès, se destinant à un lectorat désireux de découvrir des univers non formatés, une forme de littérature laissant place à une imagination sans bornes. Continuer la lecture

Une rencontre capitale

Un coup de coeur du Carnet

Stéphane LAMBERT, Avant Godot, Paris, Arléa, 2016, 176 p., 18 €

Déjà en 1936, le régime nazi évacue des collections publiques  les œuvres d’art « dégénéré ». Beckett a trente ans lorsqu’il fait un voyage en Allemagne. Il y séjourne plusieurs mois et visite différentes villes et leurs musées. De ce périple on retiendra surtout les impressions qu’il communique dans ses lettres ou qu’il note dans ses carnets à propos des œuvres qu’il a pu contempler : leur nom et celui des peintres, notamment. Il n’a pas encore beaucoup écrit et encore moins publié. Un prélude sur l’un des personnages qui lui deviendront familiers, Murphy, un essai sur Proust qui en dit autant sur lui-même et ses intentions littéraires que sur son sujet, la traduction d’écrits du philosophe flamand Geulincx et l’étude de son enseignement. Pour le reste, il n’est pas vraiment en bonne santé, fatigué par le voyage et le mauvais temps, accablé par toutes sortes de soucis et traînant la tentation de garder la chambre et de se réfugier dans son lit. Continuer la lecture