Archives par étiquette : Charline Lambert (autrice de la recension)

Véronique Bergen et Zoë Lund : « Tu cherches l’infini »

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Voy­age avec Zoë Lund, Lan­sk­ine, 2025, 48 p., 14 €, ISBN : 978–2‑35963–162‑3

bergen voyage avec zoe lundGar­rotée d’existence, Zoë Lund est un être flam­boy­ant. Elle est née en 1962 et morte en 1999 – ceci pour ren­seign­er les fanas de Chronos. Zoë Lund est aus­si immortelle – ceci pour les fanas d’Aïon. Et pour les fanas de Kaïros : saluez la sor­tie de cet opus de Véronique Bergen, qui opère un saut magis­tral, et sans filet, dans la Lit­téra­ture. Con­tin­uer la lec­ture

Évidemment que les monstres existent

Un coup de cœur du Car­net

Christophe MEUREE, Ellen Rip­ley. Sur­vivre à l’alien. Sur­vivre à l’avenir, Impres­sions nou­velles, coll. “La fab­rique des héros”, 2025, 128 p., 13 € / ePub : 8,99 €, ISBN : 978–2‑39070–212‑2

meurée ellen ripleyEût-il fal­lu atten­dre, patiem­ment, la nais­sance d’un écrivain tel que Christophe Meurée, alien au sein des let­tres (cette per­son­ne étant – au même titre que Sigour­ney Weaver, actrice qui a incar­né Ellen Rip­ley – au croise­ment de la recherche, de l’enseignement et de l’art) pour com­pren­dre davan­tage qui est ce per­son­nage d’Ellen Rip­ley ? Ce per­son­nage un peu bizarre de la saga Alien qui accouche de trucs tout aus­si mon­strueux, peu importe la forme ? Con­tin­uer la lec­ture

Lumineuse Hilda Bertrand

Un coup de cœur du Car­net

Hil­da BERTRAND, Poésies com­plètes, Édi­tion et pré­face par Gérald Pur­nelle, Tail­lis Pré, 2024, 120 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87450–235‑4

bertrand poesies completes« Je suis nue autour de moi, sub­tile, loin­taine, intime. »

Il faut saluer le tra­vail de Gérald Pur­nelle et du Tail­lis Pré d’avoir remis au jour la poésie d’Hil­da Bertrand au tra­vers de cette édi­tion de ses Poésies com­plètes cohérente et sen­si­ble. La poésie d’Hilda Bertrand (1898 – 1979) reste encore mécon­nue. Gérald Pur­nelle, après une mise en con­texte de la vie et l’éducation de la poétesse, se penche sur quelques jalons et évo­lu­tions de son écri­t­ure. « Décidé­ment, c’est la lec­ture mosaïque d’une œuvre faite de frag­ments sans unité qui peut seule con­venir à notre lec­ture », écrit le pré­faci­er, en ajoutant : « Je gage qu’elle nous révèle une Hil­da Bertrand au moins aus­si matéri­al­iste que mys­tique. » De fait, après la lec­ture de cette édi­tion de poèmes d’une prodigieuse autrice, nous ne pou­vons qu’y souscrire. Con­tin­uer la lec­ture

Le soleil de l’insurrection

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Moctezu­ma. Le dernier Soleil, Mael­ström reEvo­lu­tion, 2024, 160 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87505–506‑4

bergen moctezumaLa civil­i­sa­tion aztèque ne peut retourn­er à la pous­sière, se voir plongée dans la nuit. Nous qui avons con­nu les feux de la gloire, le raf­fine­ment des sci­ences et des arts, tombe­ri­ons-nous comme des fruits, anéan­tis par des êtres incultes ? 

Le roman Moctezu­ma de Véronique Bergen évoque la fin de l’empire aztèque dans les années 1510–1522 suite à l’appropriation de ses ter­res et de sa cul­ture par les con­quis­ta­dores chré­tiens espag­nols. Ceux-ci, assoif­fés de richesse et de sang, pil­lent et sacca­gent les formes du vivant qui s’y déploient, vio­lent les lois sacrées mis­es au dia­pa­son des cycles saison­niers et leurs croy­ances. Con­tin­uer la lec­ture

Contemplation au bord du vacillement

Serge NUÑEZ TOLIN, Sur le fil de la présence, Tail­lis pré, 2024, 75 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87450–227‑9

nunez tolin sur le fil de la presenceTail­lé dans une langue toute en déli­catesse, ce nou­v­el opus de Serge Núñez Tolin, Sur le fil de la présence, déplie plusieurs de ses thé­ma­tiques de prédilec­tion, déjà présentes notam­ment dans ses derniers recueils L’exercice du silence (Le Cad­ran Ligné) et Les mots sont une foudre lente (Edi­tions Rougerie, 2023, titre qui lui a par ailleurs valu le Grand prix de poésie 2023 de l’Académie royale de Langue et de Lit­téra­ture français­es de Bel­gique). Celles-ci ne sont autres que l’éveil et le silence, face à l’obstacle que con­stituent les mots, le lan­gage. Con­tin­uer la lec­ture

Véronique Bergen : l’alphabet de l’insurrection

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Clan­des­tine, Lamiroy, 2024, 25 €, ISBN : 978–2‑87595–908‑9

bergen clandestineTou­jours à la croisée de la grande His­toire col­lec­tive et de la micro-his­toire indi­vidu­elle, l’écriture de Véronique Bergen s’impose une nou­velle fois et exulte dans son nou­veau roman, Clan­des­tine. Ce livre est cer­taine­ment l’un des plus puis­sants et des plus boulever­sants de l’œuvre de la roman­cière et poète, en ce qu’il attaque toute pudi­bon­derie – parce qu’ensauvagé, indompt­able ; la langue faisant bas­culer l’horizon à l’exacte mesure de toute quête. Con­tin­uer la lec­ture

Ruines et cuissardes

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Les dans­es de Rober­to Suc­co, Mael­ström reEvo­lu­tion, coll. « Book­leg », 2023, 3 €, ISBN : 978–2‑87505–480‑7

bergen les danses de roberto succoD’une den­sité dessil­lante, l’opus Les dans­es de Rober­to Suc­co de Véronique Bergen est con­stru­it à l’image de la rêver­ie de sa nar­ra­trice. Celle-ci arpente les rues de Brux­elles, de même que nous, lecteurs, arpen­tons les phras­es de Véronique Bergen ser­ties dans l’émail de la langue.

D’emblée, le réc­it emprunte une voix et des ruelles : la voix d’amorce, servie en italiques, annonce une forme de soli­tude, tan­dis que les rues amon­cel­lent quan­tités de pas. Ain­si de tout l’opus, oscil­lant entre voix intérieure et échos extérieurs, l’un et l’autre s’interpénétrant, se trans­fig­u­rant mutuelle­ment jusqu’à se con­fon­dre et se brouiller au sein de ce « pèleri­nage anar­chiste ». Con­tin­uer la lec­ture

Marie Darah : du décloisonnement

Marie DARAH, Meutes, Midis de la Poésie, 2023, 116 p., 12 €, ISBN : 978–2‑931054–12‑3

darah meutes« Lam­beaux de texte sur bras
Lam­belles de sexe dans draps
Et sur revers des agneaux ten­dres
Des tâch­es rouges et noires cen­dres 
»

Meutes de Marie Darah est, en soi, un hori­zon. Les yeux et les paumes grands ouverts, la poésie de Marie Darah arpente le monde en l’absorbant par tous les pores de la sen­si­bil­ité, offre « beau­coup de Ciel / Et de mots ». Con­tin­uer la lec­ture

Allers-retours d’une chorégraphe

Agathe DUMONT, Décli­naisons du quo­ti­di­en. Met­tre le corps au tra­vail, L’L édi­tions, 2023, 208 p., 10 €, ISBN : 978–2‑9601533–8‑5

dumont déclinaisons du quotidienL’ouvrage Décli­naisons du quo­ti­di­en, de l’autrice, danseuse et enseignante-chercheuse Agathe Dumont, décline toutes les étapes de recherch­es qui ont présidé à l’écriture de ce livre, con­sacré à la danse.

Mari­am Faquir et moi-même sommes arrivées à L’L un matin de l’hiver 2015 pour un pro­jet de recherche pra­tique et créatif sur l’entraînement des danseur-euses et leur quo­ti­di­en au tra­vail.  Con­tin­uer la lec­ture

« Quelque part l’avant m’attend »

Un coup de cœur du Car­net

Hele­na BELZER et Véronique BERGEN, Avant, pen­dant et après, Let­tre volée, 2023, 25 €, ISBN : 978–2‑87317–615‑0

Bergen Belzer Avant pendant et après« j’aime pra­ti­quer l’ascèse comme une danse entre mon non-moi et mon sans-moi
la pein­ture ou mon unique domi­cile
nomade et séden­taire
sous­trait au monde 
»

Pub­liée à La let­tre volée, l’ouvrage Avant, pen­dant et après – col­lab­o­ra­tion entre la pein­tre Hele­na Belz­er et l’écrivaine Véronique Bergen – présente quelques étapes sig­ni­fica­tives du tra­vail d’Helena Belz­er. S’ouvrant sur un « prélude », sur la ques­tion « Qu’est-ce que vivre en pein­ture ? », l’ouvrage s’attache à son­der les forces affec­tives, pul­sion­nelles, con­scientes ou incon­scientes de l’esthétique d’Helena Belz­er, depuis la fin des années 1960 jusqu’à aujourd’hui. Il rend égale­ment explicites quelques influ­ences (notam­ment lit­téraires) et voy­ages qui nour­ris­sent la démarche de la pein­tre. Con­tin­uer la lec­ture

Paradoxes de l’asile

Un coup de cœur du Car­net

David BESSCHOPS, Asile d’un seul, Dan­cot-Pin­chart, 2023, 62 p., 14 €, ISBN : 978–2‑9602796–3‑4

besschops asile d'un seulVous m’offrez les murs
Or l’immanence est dans votre camp 

Après son implaca­ble opus Faut-il que tout meure pour que rien ne s’achève ? (pub­lié en 2022 aux édi­tions L’Âne qui butine), David Bess­chops emmène à nou­veau son lecteur dans les con­trées du vac­ille­ment, à tra­vers son nou­veau recueil : Asile d’un seul. Con­tin­uer la lec­ture

Jean Claude Bologne : en lettres dorées

Un coup de cœur du Car­net

Jean Claude BOLOGNE, Légendaire, Tail­lis Pré, 2023, 144 p., 17 €, ISBN : 978–2‑87450–212‑5

bologne legendaireTail­lé dans une langue poé­tique extrême­ment fine et pré­cise, le nou­v­el opus de Jean Claude Bologne, Légendaire, a paru aux édi­tions Le Tail­lis Pré, après le non moins mag­nifique recueil Rit­u­aire (2020) du même auteur.

Scindé en trois par­ties, inti­t­ulées « Il est un peu­ple », « Ce que con­tent les arbres » et « Le roi rebelle », ce recueil oscille entre poésie, suite de petits con­tes et paraboles. Chaque par­tie est dédiée à un écrivain en par­ti­c­uli­er : Otto Ganz, Wern­er Lam­ber­sy et Michel Host, témoignant de la con­stel­la­tion qui se tisse autour du livre. Trois œuvres vien­nent ain­si se pos­er en fron­tispice de cha­cune des sec­tions. Con­tin­uer la lec­ture

La ville porte ses fruits (littéraires)

Jan BAETENS, Cahiers de Grenade (Retrait au noir), Tétras Lyre, 2023, 14 €, ISBN : 978–2‑930685–70‑0

baetens cahiers de grenade« Il me faut un lieu pour écrire
Deux coudes sur la table pour rire
Un moment pour tout bien peser
Le bon­heur de ne rien pro­scrire
L’inspiration à boire corsée 
»

Après ses récentes Vacances romaines (pub­liées aux Impres­sions Nou­velles), le poète et cri­tique Jan Baetens s’est retiré à Grenade. Il en livre ses obser­va­tions dans son nou­v­el opus, Cahiers de Grenade, sous-titré Retrait au noir et pub­lié aux édi­tions Tétras Lyre. Mât­iné de sen­si­bil­ité, de finesse et d’humour, ce recueil nous invite à dépass­er les clichés et le point de vue touris­tique sur la ville espag­nole (comme sur n’importe quelle ville, par ailleurs) en for­mu­lant l’idée que « l’essence d’une ville n’est pas d’être, mais de faire signe ». Alors, quels signes lui adresse Grenade ? Con­tin­uer la lec­ture

Déracinés

Chris­tine GUINARD, Ils passent et nous pensent, Unic­ité, 2023, 12 €, ISBN : 978–2‑37355–922‑4

guinard ils passent et nous pensentje n’ai pas par­cou­ru des cen­taines de mil­liers de pas sous la tem­pête
et la peur d’être vue décou­verte
la peur d’être et d’avoir une langue pro­pre
qui ne con­vien­dra pas
au sur­vivant 

S’ouvrant sur une cita­tion de Niki Gian­nari issue du poème « Des spec­tres hantent l’Europe », l’opus Ils passent et nous pensent de Chris­tine Guinard évoque la  Reti­ra­da des Répub­li­cains de 1939. Fuyant l’Espagne alors fran­quiste, des mil­liers de per­son­nes ont rejoint la France. Plus large­ment, le recueil s’inscrit dans le sil­lage thé­ma­tique de l’exil. Quels lieux (intérieurs comme extérieurs) tra­versent les per­son­nes exilées, de quelles attach­es et de quelles langues sont-elles for­cées de s’exproprier, avec « l’espoir / un jour prochain / de revenir » ? Con­tin­uer la lec­ture

Plus d’un vers dans son sac

M’SIEUR 13, Sac à mots, Mael­ström reEvo­lu­tion,  coll. « Root­leg », 2023, 10 €, ISBN : 978–2‑87505–458‑6

m'sieur 13 sac a mots« la vie se vit
c’est pour­tant si
évi­dent

appren­dre
c’est tutoy­er l’urgence d’une sit­u­a­tion et con­tin­uer
à tout pren­dre »

Comme un immense slam jeté à la face de la vie, le ver­sant pile du recueil Sac à mots du slam­meur et poète M’sieur 13 délivre une sen­si­bil­ité à fleur de peau, à la fois lucide et rêveuse. Ce qui frappe d’emblée, à la lec­ture de ce livre, est le rythme des textes : il saisit, à bras-le-corps et en « porte-à-porte-art-error­ista », les lignes du vivant, leurs vibra­tions. Ce rythme bat, con­tre le cap­i­tal­isme, con­tre les con­ve­nances qui nous épuisent ; il se fond dans des vers-ques­tions-excla­ma­tions, au plus loin des don­neurs de leçons qui peu­plent les rivages de la parole. Se mesure alors l’ampleur de l’assertion for­mulée dans le recueil : « l’art est action » — et même « créa­tion », « acti­va­tion », « cité »,… et M’sieur 13 a rai­son. Con­tin­uer la lec­ture

Réel et fiction à la chaîne

Un coup de cœur du Car­net

Fan­ny GARIN, Des tueries et un film, Sabot, 2023, 136 p., 12 €, ISBN : 978–2‑492352–13‑3

garin des tueries et un film« C’est cela la fic­tion, ce corps mou, spongieux et rose pâle de porc aux pieds noirs. C’est cela la fic­tion, le polar, des fleurs jetées au corps du porc, des fleurs jetées autour et déjà fanées, flétries. On imag­ine n’importe quoi. »

L’opus Des tueries et un film, de Fan­ny Garin, sous-titré « poème dra­ma­tique et doc­u­men­taire », explose les digues de la représen­ta­tion, aggrave la ten­sion entre fic­tion et réel. Oscil­lant entre scé­nario de film, pièce de théâtre, poème, notes, ce livre est, lit­térale­ment, inclass­able. Nulle autre voix que celle de Fan­ny Garin n’aurait pu livr­er cette espèce de « polar sanglant agro-indus­triel ». Nulle autre mai­son d’édition que Le sabot, dont l’objectif est d’ « inter­venir sur le monde et le dire sans pas­siv­ité », n’aurait pu l’accueillir. Con­tin­uer la lec­ture