Archives du mot-clé Rony Demaeseneer

Tentative d’épuisement du bestiaire de Leclercq

Un coup de coeur du Carnet

Pascal LECLERCQ, Jac VITALI (ill.), Épuisé : Rue Trottechien, Demain revient de loin, Un bâton, Animaux noirs, Flandres intimes, Vandœuvre-les-Nancy, La Dragonne, 2016, 262 p., 18€   ISBN : 978-2-37584-003-0

Viens
même si tout est
perdu

Nougé

leclercqIl existe deux voies que peuvent emprunter les livres épuisés pour échapper à l’oubli. Soit ils font l’objet d’une chasse méticuleuse de la part des bibliophiles-chineurs, soit on les réédite. C’est la bonne idée qu’ont eue les éditions La Dragonne de nous proposer ce recueil anthume, Épuisé, de Pascal Leclercq et qui rassemble donc cinq textes ; trois livres parus précédemment chez le même éditeur, le recueil intitulé Rue Trottechien publié en 2000 aux éditions de L’Arbre à paroles ainsi qu’une série d’inédits, datés de 2016 et présentés sous le titre Flandres intimes. Lire la suite

Élégie lumineuse

Yves NAMUR, Les lèvres et la soif : élégies, Lettres vives, 2016, 89 p., 18€

namur_demaeseneerAvec une quarantaine de recueils publiés, Yves Namur n’est plus ni un novice, ni un carabin. D’autant moins, puisque le poète se double d’un médecin, profession qu’il exerce depuis qu’il a prêté le serment d’Hippocrate en 1976. Cette double appartenance d’écrivain-médecin qui n’est pas rare dans l’histoire de la littérature, le relie, de manière imperceptible, à cette lignée d’auteurs qui ont en commun de partager une écriture où se lient rigueur et abnégation. L’œuvre d’Yves Namur, récompensée par de nombreux prix, est de cette trempe-là. Avec ce nouveau recueil, Les lèvres et la soif, le poète poursuit en quelque sorte sa conversation avec l’acte poétique dont on trouve l’amorce dans La tristesse du figuier, paru chez le même éditeur en 2012. Le questionnement sans cesse renouvelé de l’utilité, de l’essence du poème, de son jaillissement aussi, face aux plaies des corps et aux paquets de larmes auxquels le poète-médecin se confronte. Lire la suite

Les quatre mains de l’artiste

Daniel DE BRUYCKER, Christophe AGOU (ill.), Prisme, La Renverse, coll. « Deux Choses Lune », 64 p., 16€

de bruyckerIl arrive que le dialogue artistique entre deux créateurs soit tel qu’il aboutisse à une œuvre d’une extrême homogénéité, une pièce qui ne pourrait être jouée autrement qu’à quatre mains. C’est le cas avec ce dernier recueil signé Daniel De Bruycker et illustré par les belles photographies macro de Christophe Agou. Dédié à la mémoire de celui-ci, décédé subitement en 2015 à New York à l’âge de 46 ans, l’ouvrage n’est pas la première collaboration entre les deux artistes puisqu’en 2013 déjà, ils s’étaient réunis autour du livre d’artiste Les faits secondaires. Lire la suite

La peur aux trousses

Véronique DAINE, Alain DULAC (ill.), Extraction de la peur, L’herbe qui tremble, 2016, 72 p., 14€

daineTout au long des cinq parties qui composent son dernier recueil, Véronique Daine se garde bien de reprendre son souffle. Ici, aucun signe de ponctuation permettant au lecteur de lever la tête. L’écriture cursive, parfois acérée, coule et se déverse telle une fugue de Bach jouée en staccato. Un débit verbal qui irrigue, comme le flux sanguin, tous les recoins du corps. C’est que les mots de l’auteure s’infiltrent justement dans ces zones d’ombre pour traquer nos angoisses les plus profondes. Celles tapies dans les replis d’une chair flétrie ou dans la pénombre d’une (veine) cave. Ces peurs viscérales qui nous rappellent que les tripes sont bien logées au cœur du ventre, quand la boule d’angoisse fait chavirer l’âme. Allitérative, métaphorique, souvent hallucinée, la langue est percutante, dit le monde et les êtres tels qu’ils sont, c’est-à-dire souvent terrifiants. Les images dès lors s’entrechoquent, font craquer le reste de vernis lyrique auquel on pensait pouvoir se raccrocher.  Lire la suite

Les « Mille e tre » du professeur Sojcher

Jacques SOJCHER, Richard KENIGSMAN (ill.), Éros errant, Fata Morgana, 2016, 57 p.

sojcher erosOn reconnaîtrait entre mille le timbre de la voix du philosophe et poète Jacques Sojcher. Ce cheveu sur la langue qui s’avère vite une arme de séduction massive, on le retrouve avec plaisir, sous une plume caressante et ironique, dans ce nouveau recueil publié chez Fata Morgana. Ni juif, ni chevalier, ou peut-être justement les deux à la fois, le démon Éros dont l’auteur se fait ici le tératologue, poursuit sa route, inlassable voyageur qui se moque des possibles dégâts collatéraux. Joueur invétéré, Éros se plait à piper les dés. Le pire, c’est qu’on le sait ! Mais on continue pourtant de miser sur lui, sur sa capacité à renouveler cette pulsion de vie qu’est le désir. Un désir qui peut à l’occasion s’éroder mais qui renaît sans cesse, subtilement inventif, toujours pluriel, réactivé qu’il est par le grain d’une peau ou le frémissement d’une voix. C’est que la langue, les mots, leur sonorité font partie du jeu. À chaque fois, ce sont les cartes qu’on rebat. Et si les donnes semblent les mêmes, elles sont pourtant différentes. Lire la suite

Des vies sous un toit de tôle

Thierry WERTS, For intérieur : Haïbuns, préface de Werner LAMBERSY , illustrations d’Alexia CALVET, Paris, Pippa, 2016, 15€

Couverture de : For intérieur -  Ouverture dans une nouvelle fenêtre Le recueil de Thierry Werts qui paraît aux éditions Pippa se lit comme un carnet d’impressions de voyages. Ou plutôt, comme les éclats d’une mémoire vagabonde en prise directe avec un monde qui tourne certes mais qui ne va pas pour autant très bien. Et ce monde, l’auteur le connaît assurément, dans ses travers et ses failles puisqu’il poursuit, depuis plus de vingt ans, une carrière de procureur en Belgique dans des matières aussi difficiles que les homicides ou la protection de la jeunesse. Comme l’écrit Werner Lambersy dans sa préface, l’auteur va à l’essentiel et touche juste. Le porte-parole du Parquet fédéral laisse ici sa robe de magistrat pour enfiler la pelisse du poète-photographe, témoin des détresses et des souffrances de ceux auxquels il a pu être confronté. On sait l’importance du choix de la forme dans la construction d’un recueil. Celui qu’opère Thierry Werts n’aurait pu être plus judicieux. Lire la suite