Archives par étiquette : Rony Demaeseneer

Un tram à travers les trames de la ville

JOY, Tram 25, Maelström, 2017, n.p. + C.D., 20€, ISBN : 978-2-87505-286-5

joyUne ville, ça grouille, ça s’agite, ça bouillonne, surtout pour une jeune fille de la campagne venue étudier la littérature à Bruxelles. JOY s’enflamme, lucide et rebelle, dans ce livre, road-book où se croisent, telles les trames d’un réseau ferroviaire, confidences, rêves et choix de vie. Lauréate du Prix Paroles Urbaines en 2013, JOY/Gioia Kayaga emprunte ici la ligne du tram 25 qui traverse la capitale. Les stations de cet itinéraire urbain défilent et sont, pour l’artiste, autant d’escales personnelles vers ses propres origines partagées entre la Belgique, l’Italie et le Burundi. Origines bigarrées qui sont à l’image des quartiers que traverse le véhicule quand il serpente jusqu’aux quartiers populaires proches de la gare du Nord. Avec JOY, pas de langue de bois mais des paroles limpides, lucides, précises qui disent la société comme elle est! Magouilles, fraudes des politiques, hypocrisies des journalistes, passé colonial, JOY dénonce, s’indigne et dit les incohérences, les méfaits d’un système qui chavire. Continuer la lecture

Zone Slam

Un coup de cœur du Carnet

Simon RAKET, Mustapha MEZMIZI (photo.), Slam : poésies & voix de Liège, Ed. de la Province de Liège/La Zone asbl, 2017, 94 p., ISBN 978-2-39010-063-8

raketD’emblée, il faut saluer la réussite graphique du livre édité dans ce format à l’italienne toujours agréable à feuilleter quand il s’agit de ce genre d’ouvrage mêlant textes et photographies. Un beau livre donc dédié à cette pratique artistique du Slam qui, depuis une trentaine d’années, a réussi à s’imposer et fidéliser un public par le biais d’une multitude de structures à travers le pays. Les trente premières pages, rédigées avec clarté et concision par Simon Raket, retracent l’histoire du Slam et plus particulièrement l’implantation des scènes ouvertes à Liège. Bien connu dans l’univers de la performance poétique, Simon Raket a entre autres obtenu en 2015 le Prix Paroles Urbaines de la Fédération Wallonie-Bruxelles et a été sacré champion de Belgique de Slam. Autant dire qu’il maîtrise le sujet ! Actuellement coordinateur de La Zone, initialement Maison de Jeunes expérimentale, l’association est aujourd’hui un des hauts lieux du Slam en Wallonie. Continuer la lecture

Léo et la pureté des âmes

Léo BEECKMAN, Poèmes quantiques, Maelström, 2017, 42 p., 12€, ISBN : 978-2-875052-72-8

J’ai sous les yeux les Poèmes quantiques de notre cher Léo. Inutile de préciser le nom de famille. Les habitués du Carnet et tant d’autres auront deviné sans peine qu’il s’agit de Léo Beeckman qui nous a quittés sans crier gare en ce début d’année. Inutile d’ajouter non plus que sa silhouette rassurante comme sa voix et ses conseils toujours judicieux nous manquent profondément. Mais si la voix s’est tue, il reste les mots ! Et quels mots ! De ceux qui ont la force de prolonger, de raviver le dialogue, de faire entendre encore un peu le timbre complice d’une écoute franche et amicale. Des textes qui ne s’adressent pas seulement au cercle intime, mais des mots justes, pleins de cet humour lucide que seuls le jeu ou la pirouette d’une formule peuvent éveiller chez chacun. Car si l’ami Léo est resté, comme souvent, modeste et discret vis-à-vis de sa production, c’est sans doute parce que son exigence de la juste tonalité était à la hauteur de la confiance qu’il mettait dans la parole échangée avec l’autre, son égal. Continuer la lecture

L’équilibre d’un regard « dansé »

Pierre SCHROVEN, Hermann AMANN (ill.), Haute voltige d’une présence sans nom, L’Arbre à paroles, 2017, 53 p., 10 €, ISBN : 978-2-87406-652-8

schroven.jpgC’est qu’il faut être un peu funambule, donc un peu poète soi-même, pour s’aventurer dans les altitudes où nous entraîne le dernier recueil de Pierre Schroven qui poursuit, avec persévérance, sa quête, intime et universelle, du mystère du vivant. Un même questionnement qui traverse la dizaine de recueils publiés à ce jour et qui confirme la cohérence d’une œuvre tout entière tournée vers la luminosité du sensible à explorer. Continuer la lecture

« Les prophètes sont à venir »

CEEJAY, Le prophète du néant, Maelström, 2017, 264 p., 17€, ISBN : 978-2-87505-270-4

ceejay.pngÀ l’heure où le dialogue semble de plus en plus difficile à nouer entre l’Occident et l’Orient, Ceejay fait le pari du prophète-poète car il sait justement que nul ne l’est dans son pays. Avec ce second recueil, l’auteur, qui est d’abord peintre et sculpteur, développe une langue dépliée, incantatoire par moments comme un chant, une prière, celle lancée par le muezzin, une psalmodie et revendique une parentèle avec le projet poétique soufi. Si le pari est audacieux, c’est qu’il va à rebours du contexte de repli identitaire auquel on assiste aujourd’hui. En misant sur l’autre, en interrogeant  les vécus intimes de chacun, le poète érige des ponts du Nord au Sud, tend « des cordes de clocher à clocher » – à minaret – pour tenter de s’extraire du néant, pour échapper à cette « saison en enfer » qui plombe et enferme. Sans oublier de laisser la parole à ceux qui n’ont peut-être pas ou plus assez de mots pour chanter, Ceejay traverse son Orient à la manière d’un pèlerin, d’un frère. La poursuite du dialogue, la liberté de la parole échangée sont les derniers remparts contre l’aveuglement et la cécité. Le poète est prophète, voyant bien sûr et toujours curieux des choix de l’Autre. Il nous rappelle que les feux qui attisent la foi du croyant comme de l’athée sont des âtres dansant et non les flammes d’un bûcher. Continuer la lecture