Archives par étiquette : Alain Delaunois

Monochrome, vertige, et regard intérieur

Jacqmin Monochrome atteint par le vertige

Monochrome atteint par le vertige

Auteur : François Jacqmin

Édi­tion et post­face : Gérald Pur­nelle

Mai­son d’édition : Cad­ran ligné

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 62

Prix : 14 €

Livre numérique : /

ISBN : 978–2‑493603–09‑8

Pour­suiv­ant l’inventaire et la mise au jour des écrits non édités, demeurés inédits ou aban­don­nés du poète François Jacqmin – tout au long de son exis­tence, jusqu’à sa mort en 1992 –, Gérald Pur­nelle pub­lie aux édi­tions du Cad­ran ligné Mono­chrome atteint par le ver­tige, un court recueil de textes du poète. Le tra­vail à l’écritoire entend cette fois ques­tion­ner, par­mi les nom­breux chantiers en cours qui coex­is­taient dans l’atelier de Jacqmin, une réflex­ion ontologique sur l’être, son unic­ité, et sa place – ou bien plus sa soli­tude – dans le monde, par le prisme du mono­chrome. Con­tin­uer la lec­ture

Dialogue avec la pierre

Anne-Marie Klenes Conversation avec Alain Delaunois

Conversation avec Alain Delaunois

Auteur : Anne-Marie Klenes

Mai­son d’édition : Tan­dem

Année d’édition : 2025

Nom­bre de pages : 78

Prix : 14 €

Livre numérique : /

EAN : 9782873491604

Par-delà la diver­sité de leur plan d’expression, les sculp­tures, les instal­la­tions, les créa­tions sonores d’Anne-Marie Klenes enga­gent un tra­vail sur le rythme et les formes, sur le corps de la matière et sa rela­tion à l’espace. Au tra­vers de la con­ver­sa­tion stim­u­lante qui se noue avec Alain Delaunois, c’est la justesse du rythme dans le flux des échanges qui frappe le lecteur. L’ombilic du tra­vail d’Anne-Marie Klenes a pour matéri­aux d’élection la pierre de schiste et l’ardoise qui la fasci­nent depuis l’adolescence, qu’elle tra­vaille sous divers­es formes. Comme elle descend dans des ardoisières souter­raines afin d’en remon­ter des pier­res, le dia­logue impul­sé par Alain Delaunois descend dans les strates de la créa­tion de l’artiste. Le par­cours artis­tique se dou­ble d’une déam­bu­la­tion à la fois men­tale, géo­graphique et géologique. Par le biais des mots, des échanges avec Alain Delaunois, il s’agit de faire enten­dre un autre dia­logue, celui que l’artiste noue avec les pier­res dont on suit les lieux d’extraction, les sites. Dans les car­rières à ciel ouvert ou dans les ardoisières souter­raines (la plu­part ont cessé d’être exploitées en Bel­gique), à Ottré, Her­beu­mont, Bertrix, Warmi­fontaine, Marte­lange, dans les car­rières de mar­bre près de Bres­cia, Anne-Marie Klenes part en quête de schiste tan­tôt com­pact, tan­tôt plus fri­able, vieux de 300, de 500 mil­lions d’années. « Donc cer­taines pier­res étaient incurvées naturelle­ment, et ça m’intéressait. Je m’en suis servie notam­ment pour couler du plomb ou de la cire à l’intérieur (…) D’autres pier­res avaient une ‘écri­t­ure’ naturelle de signes et de formes, et c’était le point de départ de ma recherche. » Con­tin­uer la lec­ture

Du sens et des lames

Mar­cel LECOMTE, Le Sens des Tarots et autres sou­venirs, avec des images de Pierre ALECHINSKY, La Pierre d’Alun, coll. « La petite pierre », 2025, 64 p., 15 €, ISBN : 978–2‑87429–109‑8

lecomte alechinsky le sens des tarotsMar­cel Lecomte (1900–1966), poète, écrivain, chroniqueur, com­men­ta­teur des arts plas­tiques, des let­tres – et même de poli­tique – , mem­bre du trio sur­réal­iste qui pub­lia les tracts de Cor­re­spon­dance au milieu des années 1920, a tou­jours man­i­festé un grand intérêt pour l’ésotérisme, une thé­ma­tique récur­rente dans son œuvre. Y cher­chant des points de jonc­tion entre les cul­tures anci­ennes et son pro­pre présent, sans doute, mais ten­tant égale­ment d’en dégager quelques lignes essen­tielles qui pou­vaient peut-être expliciter cette forme d’autonomie créa­trice exis­tant entre les mots, la poésie, et les idées : une voie ini­ti­atrice dans la lit­téra­ture dont il se voulait à la fois l’observateur, le prati­cien, et le com­men­ta­teur. Con­tin­uer la lec­ture

Sortir d’une « éternité dans la solitude »

Un coup de cœur du Car­net

Carmela CHERGUI, L’homme est une fic­tion, Tusi­ta­la, 2025, 128 p., 9,90 €, ISBN : 979–10-92159–39‑4

chergui l'homme est une fictionÉti­enne Méri­aux. Ce nom aujourd’hui dit-il encore quelque chose à quelqu’un ? Dessi­na­teur ? Artiste ? Auteur ? Met­teur en scène ? Sculp­teur ? Danseur ? Tirez donc la bonne carte… Il fig­ure qua­si incog­ni­to au cat­a­logue des auteurs Gal­li­mard, sous une men­tion lap­idaire : a pub­lié Étrange Apoc­a­lypse – un album plutôt punk de bande dess­inée – en 1983 chez Futur­opo­lis (la mai­son d’Étienne Robial et Flo­rence Ces­tac, rachetée depuis). L’eau a coulé sous les ponts, les livres avec, il n’y a aucune infor­ma­tion, et l’ouvrage est évidem­ment indisponible. Si l’on en croit l’une ou l’autre rubrique théâtre, Méri­aux fut salué dans Le Monde en 1986 comme « un jeune homme de tal­ent » (il a vingt-cinq ans). Méri­aux est encore auteur et acteur en 1990 dans une pro­duc­tion du Nou­veau Théâtre de Bel­gique, chez Hen­ri Ronse à Brux­elles, après la Bastille à Paris. Le ciné­ma Nova, tou­jours chez nous, a présen­té en 2004, aux ate­liers Mom­men (où Méri­aux vécut) une pro­jec­tion d’une per­for­mance, sa dernière, filmée en Bre­tagne, où il s’était reclus, atteint de schiz­o­phrénie : Méri­aux meurt en 2001, il avait à peine 40 ans. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2025 d’Alain Delaunois

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2025 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujourd’hui : la sélec­tion d’Alain Delaunois.  Con­tin­uer la lec­ture

Toussaint, entre littérature et cinéma, dans le vice-versa

Christophe MEURÉE, Jean-Philippe Tou­s­saint et le ciné­ma, Pré­face de Lau­rent Demoulin, Archives & Musée de la Lit­téra­ture, coll. « Archives du futur », 2025, 272 p., 28 € / ePub : 14,99 €, ISBN : 978–2‑87168–105‑2

meuree jean philippe toussaint et le cinémaÉcrivain et cinéaste, écrivain-cinéaste, ou écrivain s’échappant de la lit­téra­ture grâce au ciné­ma ? Ces ques­tions se posent lorsqu’on observe depuis qua­tre décen­nies les mul­ti­ples activ­ités de Jean-Philippe Tou­s­saint, et les liens entre­croisés qu’il a inex­tri­ca­ble­ment noués entre la lit­téra­ture et le sep­tième art. Certes, les rap­ports entre les deux, chez le réal­isa­teur de La pati­noire (en 35 mm) ou de The Hon­ey Dress (2015, en vidéo numérique légère) ont par la force des choses été régulière­ment abor­dés par la cri­tique, à chaque sor­tie d’un film, mais aus­si lorsque parais­sait un nou­veau livre – et qu’on assur­ait à l’écrivain qu’il pra­ti­quait « une écri­t­ure ciné­matographique », ce qui sem­ble l’avoir tou­jours agacé. Sur son pro­pre site inter­net, mais égale­ment dans d’autres recueils d’études qui lui ont été con­sacrés, le ciné­ma occupe une place sou­vent cru­ciale. Tou­s­saint lui-même a tou­jours recon­nu qu’il était davan­tage, dès l’enfance, attiré par le grand écran plutôt que par les livres, et qu’il pra­ti­qua très jeune, out­re l’apprentissage des échecs, une cinéphilie dévo­rante, déployée avec appétit dans la plu­part des gen­res ciné­matographiques. Con­tin­uer la lec­ture

Marcel Lecomte ou le vif renouvellement d’un sentiment ancien

Mar­cel LECOMTE, Le sus­pens, suivi de Autres scènes et per­son­nages, Pré­face d’Éric Brog­ni­et, lec­ture cri­tique de Philippe Dewolf, Tail­lis Pré, coll. « Erotik », 2025, 224 p., 22 €, ISBN : 978–2‑87450–240‑1

lecomte le suspensLe nar­ra­teur, et son lecteur avec lui, observe la scène. Il la regardera se dérouler en la décom­posant men­tale­ment, ten­tera de décel­er la part de mys­tère qu’elle con­tient et qui vient lente­ment de faire réap­pa­raitre –  bien mieux qu’un sou­venir per­son­nel –, une présence, celle « d’un moi passé, d’un moi des loin­tains ». La scène en ques­tion se répète, en de mul­ti­ples et frag­iles vari­a­tions, d’un court chapitre à l’autre. Les per­son­nages de ce théâtre intime ne sont sou­vent que deux. Con­tin­uer la lec­ture

Décès d’Edmond Thomas, imprimeur, éditeur et franc-tireur

Edmond Thomas

Edmond Thomas à Bas­sac en 1990. Crédit pho­to : The Sam Spoon­er Archives.

Créa­teur et maitre d’œuvre depuis 1970 des édi­tions Plein Chant, instal­lées à Bas­sac en Char­ente, spé­cial­isées notam­ment dans la lit­téra­ture pro­lé­tari­enne, Edmond Thomas, a (ré)édité dans son cat­a­logue bon nom­bre d’écrivains belges, dont Con­stant Mal­va, Neel Doff, André Blavier et Louis Scute­naire. Il est décédé à Angoulême ce 18 octo­bre 2025. Con­tin­uer la lec­ture

… Et je n’ai pas (encore) écrit tous les livres

Luc DELLISSE, Le temps de l’écrivain, Impres­sions nou­velles, 2025, 192 p., 18 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978–2‑39070–236‑8

dellisse le temps de l'écrivainDepuis qua­tre décen­nies au moins, Luc Del­lisse s’est coif­fé alter­na­tive­ment, grâce à une rigoureuse et impa­ra­ble con­ti­nu­ité d’écriture, de toutes les cas­quettes qu’il est per­mis d’emprunter (et de garder) lorsqu’on exerce le curieux méti­er d’écrivain : romanci­er, chroniqueur, essay­iste, nou­vel­liste, poète, dra­maturge, scé­nar­iste (de bande dess­inée), enseignant (le ciné­ma notam­ment), con­férenci­er, et même, depuis 2021, académi­cien, suc­cé­dant à cette fig­ure majeure et regret­tée des let­tres belges que fut Jacques De Deck­er. Con­tin­uer la lec­ture

Du poème à l’esthétique, les écrits tous azimuts de Pol Bury

Frédérique MARTIN-SCHERRER, Pol Bury – Antholo­gie. Recueil de textes (1949–2004), CFC, 2025, 464 p., 35 €, ISBN : 978–2‑875–72-100–6

martin scherrer pol bury anthologieLe cen­te­naire de la nais­sance de Pol Bury (1922–2005) avait don­né lieu, durant l’automne 2022, à deux expo­si­tions lou­vièrois­es, l’une au Cen­tre de la Gravure et de l’Image imprimée, la sec­onde au Cen­tre Dai­ly-Bul & Co, cha­cune étant accom­pa­g­née d’une pub­li­ca­tion. Frédérique Mar­tin-Scher­rer (spé­cial­iste par ailleurs du poète Jean Tardieu, ami de Bury) avait livré en cette occa­sion un pré­cieux vol­ume con­sacré aux Livres et écrits de celui qui, out­re ses activ­ités inin­ter­rompues de plas­ti­cien (œuvres mon­u­men­tales, mobiles, fontaines, pein­tures, estam­pes, mul­ti­ples, bijoux…), n’en était pas moins égale­ment saisi en per­ma­nence – ou presque – d’un poly­graphisme aigu. Con­tin­uer la lec­ture

Dans l’atelier de François Jacqmin

François JACQMIN, Un ciel unique, suivi de Le livre du moi, Édi­tion et pré­face de Gérald Pur­nelle, Tail­lis Pré, coll. « Ha ! », 2025, 146 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87450–239‑2

jacqmin un ciel uniqueLes édi­tions du Tail­lis Pré pour­suiv­ent avec régu­lar­ité et sous la direc­tion de Gérald Pur­nelle, leur con­tri­bu­tion à la pub­li­ca­tion des œuvres poé­tiques de François Jacqmin (1929–1992). Réédi­tions et inédits (L’œuvre du regard, 2012 ; Le Domi­no gris, 2017 ; Stèles, 2019) vien­nent com­pléter les paru­tions aux Archives et Musée de la Lit­téra­ture d’un pre­mier vol­ume d’œuvres com­plètes (L’amour la terre, 1946–1956, 2022) et d’un deux­ième con­sacré aux artistes (Écrits sur l’art et les artistes, 1954–1991, 2023). Si l’on y ajoute les réédi­tions en Espace Nord de Les saisons et Le livre de la neige (tous deux en 2016), on peut con­sid­ér­er que l’accès à la pro­duc­tion écrite de l’ancien mem­bre du groupe Phan­tomas est aujourd’hui large­ment facil­itée, d’autant que d’autres recueils posthumes sont égale­ment sor­tis de l’imprimerie ces dernières années (à La Pierre d’alun, au Tétras-Lyre). Con­tin­uer la lec­ture

Jacques Lacomblez, ses brèves de comptoir

Jacques LACOMBLEZ, Sou­venirs, avatars & pec­ca­dilles, Recueil­lis et annotés par Ben Durant, Quadri, 2025, 40 p., 25 €

Lacomblez Souvenirs avatars et peccadillesAnnées 1950, Brux­elles. Jacques Lacomblez retrou­ve Mar­cel Lecomte à la galerie St-Lau­rent. Lecomte vient de bris­er ses lunettes sur le coin d’un tramway dont il est descen­du. Lacomblez a, lui, un pied dans une chaus­sure, l’autre dans une pan­tou­fle. Magritte est à Ostende et super­vise la réal­i­sa­tion de sa fresque murale, si adéquate­ment nom­mée « Le Domaine enchan­té » pour le casi­no de Knokke. Devant Lacomblez, Magritte apos­tro­phe un des pein­tres : « Joseph, met­tez plus de vert dans cette pomme. » Paris. Bre­ton décou­vre, au 42 rue Fontaine, les pein­tures que Lacomblez lui présente, intro­duit par l’artiste et col­lec­tion­neur Jean-Jacques Lebel. Bre­ton est con­trar­ié par l’encrier qu’il vient de ren­vers­er sur son bureau, mais se révèle un homme char­mant, dit appréci­er le pein­tre Vic­tor Servranckx (pas sur­réal­iste), s’enquiert de Chavée, de Lecomte, et s’informe sur Edouard Jaguer, ami de Lacomblez et fon­da­teur du groupe sur­réal­iste dis­si­dent « Phas­es ». E.L.T. Mesens déje­une au whisky lors de ses pas­sages à Brux­elles, Paul Col­inet dis­serte sur le Catéchisme de Malines, Rober­to Mat­ta tue des crabes à la tâche (noire) pour ses dessins… Con­tin­uer la lec­ture

Écriture et peinture, le paysage dans tous ses éclats

Un coup de cœur du Car­net

Eugène SAVITZKAYA et Babis KANDILAPTIS, Paysages. L’arythmie du temps, Yel­low Now, coll. « Côté Arts », 2024, 128 p., 25 €, ISBN : 978–2‑873405076

savitzkaya paysages l'arythmie du tempsIl y a une ving­taine d’années déjà, l’auteur d’On n’y voit rien, l’écrivain et his­to­rien de l’art Daniel Arasse (1944–2003) notait avec un fatal­isme dés­abusé que la plu­part des petites chapelles ital­i­ennes qu’il affec­tion­nait avaient été restau­rées. Autre­fois, dis­ait-il, on pou­vait y pass­er des heures à regarder les motifs, les per­son­nages, les détails, les couleurs passées, et les inscrire dans un temps lente­ment écoulé. Depuis les restau­ra­tions, l’entrée était mon­nayée et régle­men­tée, le temps de vis­ite réduit à un quart d’heure. Le vis­i­teur voy­ait peut-être mieux les détails, mais il n’en avait plus le temps : on voy­ait mieux, mais on ne voy­ait rien. Con­tin­uer la lec­ture

Des images, des mots, et vice-versa

Yves NAMUR (sous la direc­tion de), Lit­téra­ture et Pho­togra­phie. Académie royale de langue et de lit­téra­ture française de Bel­gique, 2025, 128 p., 16 €, ISBN : 978–2‑8032–0088‑7

collectif litterature et photographieImman­quable dès le pre­mier abord : la diver­sité même de cet ouvrage où dix auteurs/autrices s’intéressent aux rela­tions entretenues avec la pho­togra­phie par une série d’autres l’ayant, depuis le début des années 1980, pra­tiquée, ou observée, ou com­men­tée, ou mise en retrait. Ce petit livre réu­nit les inter­ven­tions pronon­cées en novem­bre 2024, lors d’un col­loque organ­isé à Brux­elles par l’Académie royale de langue et de lit­téra­ture française. Dix inter­ven­tions : celles de Jan Baetens, Danielle Bajomée, Muriel Claude, Luc Del­lisse, Hélène Gian­nec­chi­ni, Philippe Lekeuche, Yves Namur et Mar­tine Renouprez. Autant dire qu’il en ressort des approches sig­ni­fica­tive­ment dif­férentes sur la thé­ma­tique abor­dée, témoignant de l’impact incroy­able­ment fécond qu’a procuré l’image pho­tographique depuis son inven­tion par Niépce, vers 1825, et ce qu’il en advint par la suite. Impos­si­ble ici de ren­dre compte en détail des apports par­ti­c­uliers de ces dix chapitres en noir et blanc. Mais à tra­vers ces pages vien­nent s’inscrire des élé­ments qui, dans leur dis­par­ité, sem­blent autant de pointeaux mar­quants au sein du ter­ri­toire délim­ité. Con­tin­uer la lec­ture

Marcel Thiry, entre poésie, prose et convictions

Lau­rent BEGHIN, Mar­cel Thiry. Essai de biogra­phie, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es, 2024, 526 p., 30 €, ISBN : 978–2‑8032–0087‑0

beghin marcel thiryLe nom de Thiry est peut-être de nos jours plus vivant dans la mémoire col­lec­tive du pays quand on l’associe au prénom de Lise : diplômée de médecine de l’université de Liège à 25 ans, en 1946, dev­enue chercheuse et viro­logue émi­nente à l’Institut Pas­teur, qui par­tic­i­pa de près aux tests de dépistage du VIH, elle fut égale­ment une mil­i­tante fémin­iste, une femme poli­tique qui fit adopter dans la lég­is­la­tion belge la dépé­nal­i­sa­tion de l’avortement, avant d’être très active­ment engagée dans la défense des sans-papiers. Elle n’était pas loin d’atteindre les cent ans lorsqu’elle est décédée le 16 jan­vi­er 2024. Cette renom­mée sci­en­tifique et human­iste dont elle ne s’enorgueillissait en aucune manière ne l’a pas empêchée de per­pétuer tout aus­si active­ment dans ses mémoires, inti­t­ulés Mar­copo­lette (Les Éper­on­niers, 1999) et avec une ardeur affec­tive qui ne devait rien à la sci­ence, l’œuvre et le sou­venir de son père dont il est ques­tion ici, l’écrivain, poète et académi­cien Mar­cel Thiry (1897–1977). Con­tin­uer la lec­ture

Dotremont et les parts cachées de l’iceberg

Chris­t­ian DOTREMONT, Les grandes choses. Antholo­gie poé­tique 1940–1979, Edi­tion de Michel Sicard, post­face d’Yves Bon­nefoy, Gal­li­mard, coll. « Poésie/Gallimard », 2025, 416 p., 12,30 €, ISBN : 978–2‑07–308738‑6
Chris­t­ian DOTREMONT, Études et inédits, Vol­ume coor­don­né par Paul Aron, Flo­rence Huy­brechts, Stéphane Mas­sonet, avec la col­lab­o­ra­tion de Lau­rence Boudart, AML, coll. « Archives du futur », 2024, 210 p., 28 €, ISBN : 978–2‑87168–100‑7

dotremont les grandes chosesSur cet ice­berg nom­mé Chris­t­ian Dotremont, croisant dans les mers polaires, se lais­sant dériv­er vers les paysages d’une Laponie fan­tas­ma­tique et pour­tant tou­jours à portée du regard, voyageur inces­sant chargé de valis­es débor­dantes de man­u­scrits, de tracts, de livres, de cour­ri­ers, d’idées et de polémiques, plutôt que de linge, on a déjà beau­coup dit, écrit, et vu. Et ce n’est qu’une juste recon­nais­sance pour l’un des grands inven­teurs (belge de sur­croit) de l’art et la lit­téra­ture européenne du 20e siè­cle, poète, romanci­er, co-fon­da­teur de CoBrA, et créa­teur des « logogrammes ». Sa mort pré­maturée en 1979, à l’âge de 56 ans, ne lui a cepen­dant pas per­mis de mesur­er lui-même l’envergure de ce mas­sif détaché de la ban­quise qu’il avait gardé accrochée à ses basques, depuis ses débuts pré­co­ces. En 1940, il envoy­ait ses pre­miers poèmes à Magritte, Scute­naire et Ubac, qui l’adoubèrent aus­sitôt au sein du sur­réal­isme brux­el­lois, avant qu’il n’emprunte, non sans épreuves, d’autres courants plus per­son­nels. Ces pre­miers poèmes sont ceux d’Anci­enne éter­nité, écrits et autoédités à 17 ans, et dédiés à une jeune femme, Doris. Le sen­ti­ment amoureux, chez Dotremont, déploiera jusqu’à la fin de ses jours les ver­tus – et les désas­tres – d’un puis­sant philtre mag­ique : la « beauté con­vul­sive » et ses effets seront peut-être le seul point fon­da­men­tal d’entente entre Dotremont et Bre­ton. Con­tin­uer la lec­ture