Archives de catégorie : Essais

Le jour où la toile s’est déchirée

Quentin JARDON, Alexandria : les pionniers du web, Gallimard, 2019, 243 p., 21.50 € / ePub : 15.99 €, ISBN : 978-2-07-285287-9

Quentin Jardon AlexandriaC’est énoncer un lieu commun que de dire que les technologies évoluent vite, imposent en quelques années leur usage comme une évidence de toujours, nous entraînant dans une danse qui donne le tournis. Au point que l’on doive parler de fracture numérique touchant ceux qui ont manqué une étape ! Et surtout de nous faire oublier comment était le monde d’avant, de faire passer dans l’ombre le chemin par lequel elles sont nées et surtout les choix ou non-choix qui leur ont permis de s’implanter dans notre vie. Continuer la lecture

Liberté, démocratie et universalisme

Robert LEGROS, L’expérience de la liberté, Hermann, coll. « Le bel aujourd’hui », 2019, 184 p., 24 €, ISBN : 979-1037001436

Que désigne l’expérience et qu’en est-il de l’expérience de la liberté ? Comment, à partir de la phénoménologie, poser une philosophie politique qui ouvre une critique du relativisme ? Professeur émérite de l’Université libre de Bruxelles, de l’Université de Caen, auteur de nombreux essais (Le jeune Hegel et la naissance de la pensée romantique, L’avènement de la démocratie, L’humanité éprouvée, Levinas. La vie de l’esprit…), Robert Legros interroge la singularité de l’expérience phénoménologique (en tant qu’elle « suspend » l’attitude naturelle, elle n’est pas culturelle), ses rapports avec la métaphysique d’une part, avec la philosophie politique de l’autre. Y a-t-il identité entre phénoménologie (« en tant qu’ouverture à une expérience universelle ») et métaphysique (position de Levinas) ou disjonction (Heidegger) ? Dès lors qu’il n’y a pas d’humanité de l’homme sans une appartenance à un monde, doit-on en déduire que le relativisme est de mise, indépassable, ou, au contraire, s’appuyant sur la dimension universelle de l’expérience phénoménologique, conclure à des normes universelles ? Continuer la lecture

Un regard neuf dans le miroir au hibou

Jean-Marie KLINKENBERG (dir.), Relire La Légende d’Ulenspiegel, Textyles n° 54, Éditions Samsa, 2019, 15 €

Durant toute l’année 2017, le sesquicentenaire de La Légende d’Ulenspiegel fut salué par bon nombre de publications d’importance, au premier rang desquelles l’édition définitive du texte, établie par le spécialiste incontesté de la question, Jean-Marie Klinkenberg. Aujourd’hui, le même dirige le dossier de la cinquante-quatrième livraison de la revue Textyles, qui nous invite à relire l’œuvre matricielle de De Coster. L’Académicien (adjectivé « belgique ») y signe une étude exhaustive sur le travail philologique considérable qu’exige ce livre hors-norme, qui est « tout sauf un énoncé consensuel ». Quatre autres contributions substantielles précèdent celle de Klinkenberg, et chacune propose un regard neuf sur des aspects aussi variés que les adaptations, la langue, la réception, enfin la dimension comparative.


Lire aussi : De Coster, entre le rire et le cri (C.I. 198)


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« Le lieu et la formule » d’une révolution !

Frédéric THOMAS, Rimbaud Révolution, L’échappée, 2019, 103 p., 15 €, ISBN : 978-23730905-3-6

Avec ce nouveau livre, Frédéric Thomas, docteur en sciences politiques, poursuit son exploration de la trajectoire politique rimbaldienne. L’homme est loin d’en être à son coup d’essai puisqu’on lui doit déjà quelques textes devenus, depuis leur publication, des ouvrages incontournables sur le sujet. Après une étude rigoureuse publiée en 2007 sous le titre Rimbaud et Marx : une rencontre surréaliste ainsi que Salut et Liberté, regards croisés sur Saint-Just et Rimbaud en 2009, Frédéric Thomas a rassemblé en 2012, sous forme d’anthologie commentée, un choix des poèmes politiques du poète. Collaborateur également du Dictionnaire Rimbaud paru dans la collection « Bouquins », l’auteur est, depuis quelques mois, au centre d’une autre révolution dans les milieux rimbaldiens puisqu’on lui doit la découverte d’une lettre importante (datée du 16 avril 1874) inconnue jusqu’ici et dont il rend compte dans la livraison d’octobre 2018 de la revue Parade sauvage. Avec ce nouvel essai brillant, notre rimbaldien prolonge et affine encore un peu plus sa démonstration des liens qui se tissent, dans l’œuvre du poète de Charleville, entre poésie et révolution. Continuer la lecture

De la nécessité d’attribuer à titre posthume le Prix Nobel à Simenon

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Baptiste BARONIAN, Simenon, romancier absolu, Pierre-Guillaume de Roux, 2019, 190 p., 18,5 €, ISBN : 2-36371-298-1

Dans son dernier essai, Jean-Baptiste Baronian apporte la preuve définitive que tout n’a pas été écrit sur Georges Simenon et que, trente ans exactement après la disparition du plus liégeois des écrivains universels (ou du plus universel des écrivains liégeois, le propos est réversible), son œuvre comme sa vie recèlent encore leur lot de trouvailles. Encore faut-il, pour les dénicher, oser s’aventurer dans les recoins inexplorés ou négligés de son univers, dans des œuvres peu citées – Strip-tease, Un banc au soleil, Il pleut bergère…, La prison – ou dans le massif, parfois rébarbatif, des Dictées. Continuer la lecture

Comment lire un film ?

Natacha PFEIFFER et Laurent VAN EYNDE, Anthony Mann. Arpenter l’image, Presses universitaires du Septentrion, 2019, 287 p., 25 € / ePub : 17.99 €, ISBN : 978-2-7574-2452-0

Il y a beaucoup de façons de ne pas voir un film et la première consiste à le raconter ou la dernière à le thématiser. Bien entendu, tout film de fiction déroule des actions, mais cela ne le différencie pas d’un mythe, d’un roman, de n’importe quelle forme narrative, y compris picturale. Ce qui apparaît spécifiquement dans un film de fiction, c’est à coup sûr qu’il raconte une histoire par des images en mouvement. Le sens naît du commentContinuer la lecture

Une institution pour toujours en cours d’institution

Un coup de cœur du Carnet

Jacques DUBOIS, L’institution de la littérature, préface de Jean-Pierre Bertrand, postface de Jacques Dubois, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2019, 320 p. 9,5 €, ISBN : 978-2-87568-417-2

Jacques Dubois a eu une carrière riche, cohérente et multiple[1]. L’enseignement universitaire (d’assistant en Moyen Âge à professeur émérite), la littérature (Simenon, Proust, Stendhal…) et la sociologie (proche de Pierre Bourdieu) en sont les socles fondateurs et nourriciers. Des socles à l’origine et à l’appui de L’institution de la littérature, paru initialement en 1978 et qui reparaît, augmenté d’une préface et d’une postface, dans la collection Espace Nord qu’il a  contribué à créer et qu’il a lui-même dirigée plusieurs années durant. Continuer la lecture