Archives par étiquette : Weyrich

Un passé en embuscade

Bernard CAPRASSE, Le cahier orange, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2020, 390 p., 17.50 €, ISBN : 9782874895906

La guerre 40-45 est sans aucun doute un ferment narratif qui ne cesse de nourrir la littérature en général et celle des auteurs belges francophones en particulier. Les conflits armés bousculent l’ordre de choses, suspendent le cours des activités habituelles, séparent les familles, déplacent les personnes et créent un espace-temps propice au repositionnement des personnes. Ils permettent des règlements de compte en sous-main, rebattent les cartes relationnelles et sentimentales, remplissent les boîtes à souvenirs de douleurs, de deuils, de privations, de rancoeurs, mais aussi de joies intenses liées aux retrouvailles, au retour de la paix, à la libération. Continuer la lecture

La Foire aux humilités

Claude FROIDMONT, Perversus ou L’histoire d’un imprimeur liégeois au temps des Lumières, Weyrich, 2019, 354 p., 17 €, ISBN : 978-2-87489-560-9

Je suis entré deux fois dans Perversus, ce qui signifie que j’en suis sorti. La première fut aisée : « C’était un soir d’octobre, dans une plaine du nord, où bruissaient des rumeurs de guerre. » Dès les premières lignes, je mesure où je pose le pied. Un roman historique mais épuré, sans descriptions échevelées, digressions alambiquées. Un roman romanesque, avec un zeste de suspense, du mouvement, des personnages en trois dimensions. Un roman bien écrit, narré dans la fluidité. Continuer la lecture

Celui-là n’est peut-être pas l’homme à la pipe

Un coup de cœur du Carnet

Nicolas MARCHAL, Les faux Simenon, Weyrich, coll. « Plumes du coq, 2019, 235 p., ePub : 10.99 €, ISBN : 978-2-87489-558-6

Lorsque l’on apprécie particulièrement l’univers d’un auteur, on est impatient et curieux à l’idée de découvrir son dernier opus. En même temps, on repousse la lecture de peur de le dévorer trop vite ou de devoir attendre la sortie du prochain. Nicolas Marchal fait partie de ceux-là, écrivains qui vous surprennent toujours. Chaque livre vient peaufiner un univers personnel où les surprises narratives voisinent avec la jubilation dans l’écriture. Après Le grand cerf publié en 2016 chez le même éditeur, dans la collection « Plumes du coq », Les faux Simenon confirme le talent de l’auteur. Continuer la lecture

Qui a peur de Félicien Rops ?

Francis GROFF, Vade Retro, Félicien !, Weyrich, coll. « Noir corbeau », 2019, 204 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-87489-580-7

Francis Groff, dès les premières pages de son deuxième roman, confirme un art certain pour les entrées en matière, il signe les meilleures de la collection « Noir Corbeau ». Un détail ? Du tout. Le policier ou le thriller ont leurs codes et leurs lecteurs, qui ne sont pas ceux de Proust ou Modiano : les rapports au temps, à la sensation, à l’information sont différents, intensifiés, accélérés.

Un prologue très réussi, donc. Qui m’a rappelé mes lectures de Pierre Véry, ou leurs adaptations cinématographiques. Ah, Les Disparus de Saint-Agil ! Et ces aventures dans un pensionnat à l’atmosphère glauque, où il était question de disparitions, de meurtre… Continuer la lecture

Pas de sauce lapin pour les doudounes

Christian O. LIBENS, Les seins des saintes, Weyrich, Coll. « Noir Corbeau », 2019, 170 p., 14 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782874895340

Peur sur Liège depuis qu’un gastronome d’une espèce particulière saigne des jeunes femmes, prostituées de préférence, en leur dévorant goulument les seins… Tout cru, à même le corps et sans autre accommodement. Continuer la lecture

Eau à la bouche et mise en bière !

Francis GROFF, Morts sur la Sambre, Weyrich, coll. « Noir Corbeau », 2019, 276 p., 19 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978-2-87489-532-6

Comme toujours à cette heure matinale, les abords de l’écluse de Landelies étaient déserts. Dans leur haute maison dont deux fenêtres laissaient passer une lumière jaunâtre, chaudement tamisée par des filets de brume, l’éclusier et sa famille terminaient probablement leur petit déjeuner, mais nul bruit ne filtrait au-dehors. 

Dès l’entame, un récit bien écrit et atmosphérique. Un suspense efficacement campé. Qui nous installe dans la foulée de Jean-Régis de Chassart, un magistrat, quand il s’ébroue le long d’un chemin de halage des bords de Sambre, se lance dans son jogging bihebdomadaire, croise un traquenard aux limites du fantastique, lutte contre la noyade et d’énigmatiques agresseurs : Continuer la lecture

Et si le crime n’était qu’un prétexte

Ziska LAROUGE, La grande fugue, Weyrich, 2019, 219 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-87489-533-3

Une violoniste étendue dans une mare de sang, son archet planté dans la carotide, sur scène. C’est sur cette image que commence La grande fugue. Enfin, c’est sur cette image que s’ouvre le roman mais l’intrigue, elle, commence quelques jours auparavant, voire encore plus tôt. Qui est la victime ? Qui lui a ôté la vie ? Pourquoi ? L’enquête policière proprement dite attendra un peu. Le temps de retracer les derniers instants de la défunte, et de son quatuor à cordes à l’avenir désormais plutôt compromis : les Barrées. Continuer la lecture