Archives par étiquette : Weyrich

Crimes en Ardenne

Christian JOOSTEN, Le roi de la forêt, Weyrich, coll. « Noir Corbeau », 2020, 212 p., 17 €, ISBN : 978-2—87489-615-6

joosten le roi de la foretArchiviste et spécialisé dans la préservation du patrimoine industriel, le Carolo Christian Joosten oriente aujourd’hui sa plume vers le roman policier. Du reste, la mention « une enquête de Guillaume Lavallée », laisse présager que l’auteur et son personnage n’en resteront pas là. Tant mieux parce que la façon dont ils abordent le genre échappe au schéma de l’enquête traditionnelle avec l’enchaînement d’indices et l’affrontement manichéen entre criminels et enquêteurs ou entre le bien et le mal, cela au bénéfice du travail en pleine pâte humaine. Continuer la lecture

Le goût doux-amer des secrets de famille

Un coup de cœur du Carnet

Catherine BARREAU, La confiture de morts, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2020, 16 € / ePub : 11.99 €, ISBN : 978-2-87489-591-3

barreau la confiture de mortsDans ce roman d’apprentissage, nous suivons Véra, jeune adolescente entêtée et peu sociable, qui s’évade dès qu’elle en a l’occasion grâce à la lecture. Véra vit à Namur avec son père, un avocat renommé, dans une maison un peu délabrée, campée au bas d’un coteau de la citadelle. L’obligation scolaire et les mesquineries des jeunes adolescentes de son école obscurcissent le quotidien de la jeune femme qui se verrait bien vivre en autarcie avec son père, figure complice et bienveillante, avec qui elle partage de nombreux traits. Continuer la lecture

Tueurs d’espoirs

André-Joseph DUBOIS, Le septième cercle, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2020, 508 p., 20 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978-2-874896-10-1

andré-joseph dubois le septieme cercleAndré-Joseph Dubois est décidément un auteur singulier. Loin des effets de mode, il pratique l’écriture au long cours et il accoste de temps à autre un roman à la main, sans tambour ni trompettes. Son nouvel opus est doublement placé sous le signe du chiffre sept, par son titre et son ordre dans son œuvre publiée. Le septième cercle fait sans doute référence, sans que l’auteur y fasse explicitement allusion, à l’Enfer de Dante Alighieri, qui classifie les âmes damnées en neuf zones circulaires selon la catégorie de péché commis. La septième concerne plus précisément les actes de violence, une réalité qui imprègne sans aucun doute l’existence entière de Léon Bourdouxhe dont ce dernier nous livre le récit dans l’ordre chronologique. Continuer la lecture

Sugar Baby Love !

Agnès DUMONT et Patrick DUPUIS, Une mort pas très catholique, Weyrich, coll. « Noir Corbeau », 2020, 188 p., 17 €, ISBN : 978-2-87489-603-3

L’intrigue

Roger Staquet, policier à la retraite, arrondit ses fins de mois en gérant un immeuble. Une odeur suspecte attire son attention. Serrurier, ouverture d’appartement, découverte d’un cadavre alité :

Individu d’une cinquantaine d’années, corpulence moyenne, chevelure poivre et sel, début de calvitie.  Continuer la lecture

Ceux qui boivent le soleil

Luc BABA, Nous serons heureux, Weyrich, coll. « La Traversée », 2020, 84 p., 7.90 €, ISBN : ISBN : 978-2-87489-585-2

De Luc Baba, nous connaissons bien des facettes : le poète, le romancier, l’auteur jeunesse, le passionné de musique… L’humoriste est moins connu. Pourtant, il ne manque pas de talent : pour s’en convaincre, il suffit de regarder ses « Conversations avec Ludo », postées durant le confinement, ou se plonger dans Nous serons heureux, savoureux roman paru chez Weyrich. Continuer la lecture

L’amour selon Libens

Christian LIBENS, Sève de femmes, Weyrich, 2020, 128 p., 13 €, ISBN : 9782874895883

La peinture de nus féminins, signée Geneviève Van Der Wielen, en couverture du recueil de nouvelles de Christian Libens, Sève de femmes, ainsi que son titre, pourraient le ranger dans la catégorie des erotica. Ce qu’il est mais pour partie seulement. Il fait d’ailleurs écho à un autre titre, Amours crues, publié au Grand Miroir en 2009, dont le présent recueil reprend trois textes aux versions remaniées et définitives. Continuer la lecture

Hainaut noir

Francis GROFF, Orange sanguine, Weyrich, coll. « Noir Corbeau », 2020, 200 p., 17 €, ISBN: 9782874896040

Avec six romans à l’enseigne du « Noir corbeau », la collection éponyme des éditions Weyrich prend son envol dans le paysage de la littérature  policière. La Belgique francophone s’est déjà illustrée – et de quelle façon ! – dans  la production de romans noirs.  S’il fallait nous en convaincre, ou simplement nous en informer, la Petite histoire du roman policier belge, un ouvrage de passion érudite signé Christian Libens, qui dirige la collection dont il est à l’origine, évoquera la lignée dont Francis Groff est issu. On y retrouve les noms des deux patriarches, Simenon et Stanislas-André Steeman, suivis des Nadine Monfils, Pascale Fonteneau, Barbara Abel, Baronian, Colize et autres Delperdange. Du côté flamand, les rayons des bibliothèques et librairies ne sont pas dépourvus non plus de ces romans qui appartiennent pleinement à la vraie littérature. Ils sont autant d’explorations de l’âme humaine, mais aussi de nos sociétés. Ce n’est pas le lieu ici de développer la capacité d’un roman policier à nous dévoiler un pays, une société, une ville, un mode de vie, une époque. Le roman policier, quel que soit le nom qu’on lui donnera (thriller, roman noir, detective story…), nous entraîne dans le sillage de sa lecture à la découverte de cet « homme nu » que Simenon n’a cessé de débusquer, mais aussi de cette « société nue » que des écrivains comme Peter May, Pierre Lemaître, Boris Akounine, Xiaolong Qiu, et tant d’autres explorent dans toutes les littératures du monde. Continuer la lecture

Un passé en embuscade

Bernard CAPRASSE, Le cahier orange, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2020, 390 p., 17.50 €, ISBN : 9782874895906

La guerre 40-45 est sans aucun doute un ferment narratif qui ne cesse de nourrir la littérature en général et celle des auteurs belges francophones en particulier. Les conflits armés bousculent l’ordre de choses, suspendent le cours des activités habituelles, séparent les familles, déplacent les personnes et créent un espace-temps propice au repositionnement des personnes. Ils permettent des règlements de compte en sous-main, rebattent les cartes relationnelles et sentimentales, remplissent les boîtes à souvenirs de douleurs, de deuils, de privations, de rancoeurs, mais aussi de joies intenses liées aux retrouvailles, au retour de la paix, à la libération. Continuer la lecture

La Foire aux humilités

Claude FROIDMONT, Perversus ou L’histoire d’un imprimeur liégeois au temps des Lumières, Weyrich, 2019, 354 p., 17 €, ISBN : 978-2-87489-560-9

Je suis entré deux fois dans Perversus, ce qui signifie que j’en suis sorti. La première fut aisée : « C’était un soir d’octobre, dans une plaine du nord, où bruissaient des rumeurs de guerre. » Dès les premières lignes, je mesure où je pose le pied. Un roman historique mais épuré, sans descriptions échevelées, digressions alambiquées. Un roman romanesque, avec un zeste de suspense, du mouvement, des personnages en trois dimensions. Un roman bien écrit, narré dans la fluidité. Continuer la lecture

Celui-là n’est peut-être pas l’homme à la pipe

Un coup de cœur du Carnet

Nicolas MARCHAL, Les faux Simenon, Weyrich, coll. « Plumes du coq, 2019, 235 p., ePub : 10.99 €, ISBN : 978-2-87489-558-6

Lorsque l’on apprécie particulièrement l’univers d’un auteur, on est impatient et curieux à l’idée de découvrir son dernier opus. En même temps, on repousse la lecture de peur de le dévorer trop vite ou de devoir attendre la sortie du prochain. Nicolas Marchal fait partie de ceux-là, écrivains qui vous surprennent toujours. Chaque livre vient peaufiner un univers personnel où les surprises narratives voisinent avec la jubilation dans l’écriture. Après Le grand cerf publié en 2016 chez le même éditeur, dans la collection « Plumes du coq », Les faux Simenon confirme le talent de l’auteur. Continuer la lecture

Qui a peur de Félicien Rops ?

Francis GROFF, Vade Retro, Félicien !, Weyrich, coll. « Noir corbeau », 2019, 204 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-87489-580-7

Francis Groff, dès les premières pages de son deuxième roman, confirme un art certain pour les entrées en matière, il signe les meilleures de la collection « Noir Corbeau ». Un détail ? Du tout. Le policier ou le thriller ont leurs codes et leurs lecteurs, qui ne sont pas ceux de Proust ou Modiano : les rapports au temps, à la sensation, à l’information sont différents, intensifiés, accélérés.

Un prologue très réussi, donc. Qui m’a rappelé mes lectures de Pierre Véry, ou leurs adaptations cinématographiques. Ah, Les Disparus de Saint-Agil ! Et ces aventures dans un pensionnat à l’atmosphère glauque, où il était question de disparitions, de meurtre… Continuer la lecture

Pas de sauce lapin pour les doudounes

Christian O. LIBENS, Les seins des saintes, Weyrich, Coll. « Noir Corbeau », 2019, 170 p., 14 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 9782874895340

Peur sur Liège depuis qu’un gastronome d’une espèce particulière saigne des jeunes femmes, prostituées de préférence, en leur dévorant goulument les seins… Tout cru, à même le corps et sans autre accommodement. Continuer la lecture

Eau à la bouche et mise en bière !

Francis GROFF, Morts sur la Sambre, Weyrich, coll. « Noir Corbeau », 2019, 276 p., 19 € / ePub : 14.99 €, ISBN : 978-2-87489-532-6

Comme toujours à cette heure matinale, les abords de l’écluse de Landelies étaient déserts. Dans leur haute maison dont deux fenêtres laissaient passer une lumière jaunâtre, chaudement tamisée par des filets de brume, l’éclusier et sa famille terminaient probablement leur petit déjeuner, mais nul bruit ne filtrait au-dehors. 

Dès l’entame, un récit bien écrit et atmosphérique. Un suspense efficacement campé. Qui nous installe dans la foulée de Jean-Régis de Chassart, un magistrat, quand il s’ébroue le long d’un chemin de halage des bords de Sambre, se lance dans son jogging bihebdomadaire, croise un traquenard aux limites du fantastique, lutte contre la noyade et d’énigmatiques agresseurs : Continuer la lecture

Et si le crime n’était qu’un prétexte

Ziska LAROUGE, La grande fugue, Weyrich, 2019, 219 p., 17 € / ePub : 12.99 €, ISBN : 978-2-87489-533-3

Une violoniste étendue dans une mare de sang, son archet planté dans la carotide, sur scène. C’est sur cette image que commence La grande fugue. Enfin, c’est sur cette image que s’ouvre le roman mais l’intrigue, elle, commence quelques jours auparavant, voire encore plus tôt. Qui est la victime ? Qui lui a ôté la vie ? Pourquoi ? L’enquête policière proprement dite attendra un peu. Le temps de retracer les derniers instants de la défunte, et de son quatuor à cordes à l’avenir désormais plutôt compromis : les Barrées. Continuer la lecture

« Une heure de joie »… ou Conan Doyle mis en pratique !

Un coup de cœur du Carnet

Christian LIBENS, Une petite histoire du roman policier belge, Weyrich, coll. « Noir Corbeau », 2019, 99 p., 6,90 €, ISBN : 978-2-87489-541-8

Que voilà un ouvrage curieux ! De par son dynamisme. Qui se dépêtre d’un (faux) paradoxe : en dire beaucoup et, sans doute, vouloir exécuter un tour complet de la question tout en se révélant court, compact et… très comestible. À mille lieues d’un ennuyeux pensum. De par sa mise en page, aussi, ou sa mise en images : la moitié du livre consiste en couvertures de livres, des allures de Rosebud (nul doute qu’une larme perlera chez beaucoup au détour de l’une ou l’autre plongée vers nos lectures de jeunesse). Continuer la lecture

Quand deux mémoires s’enroulent…

Geneviève MAIRESSE, Les mémoires enroulées, Weyrich, 2019, 184 p., 15 €, ISBN : 9782874895302

Il y a des titres qui en disent long. Celui du premier roman que Geneviève Mairesse publie dans la collection « Les plumes du coq » des éditions Weyrich, Les mémoires enroulées, appartient à cette catégorie. Le récit se déroule sur quatre époques : les années ’30, ’70, ’90 ainsi qu’en 2016, le temps que l’on imagine être celui de l’écriture. Continuer la lecture