Archives par étiquette : amour

C’est quoi l’amour ?

Un coup de coeur du Carnet

Thomas DEPRYCK, Étreintes dans le noir, Lansman, 2016, 60 p., 11 €   ISBN : 978-2-8071-0127-2

depryckQu’est-ce qu’une histoire d’amour ? Quelque chose que nous vivons tous, ou presque. Deux solitudes qui se rassemblent et qui se lancent, plongent et sautent ensemble. Un processus chimico-social qui reste, dans la plupart des cas, très éphémère. L’amour fait place, le plus souvent, à la routine, mais peut aussi faire place à la douleur, à la rancœur, voire à la haine. Une histoire d’amour n’est jamais toute blanche ou toute noire. Elle est joyeuse et triste à la fois. Des sentiments les plus opposés s’y manifestent. Continuer la lecture

Big Bang History

Jean Claude Bologne, Histoire du coup de foudre, Albin Michel, 2017, 313 p., 21.5€/ePub : 14.99 €   ISBN : 978-2-226-32013-1

9782226320131-jAprès l’Histoire du couple, en 2016, c’est sur l’histoire du coup de foudre que le romancier et essayiste Jean Claude Bologne se penche cette fois, en fin sondeur des sentiments et des comportements humains.

Le coup de foudre, vaste sujet… Beaucoup y croient, d’aucuns l’ont vécu, d’autres l’attendent encore tandis que diverses sources l’abordent par le biais notamment des symptômes qu’il fait naitre chez ses « victimes ». Ce sont ces récits, légendaires, empruntés à l’Histoire ou à la littérature, qui ont retenu l’attention de l’auteur et constituent la matière première de cet essai. Continuer la lecture

L’innamoramento de deux ‘mature love’

Un coup de coeur du Carnet

Clara MAGNANI, Joie, Sabine Wespieser, 2017, 175 p., 17 €/ePub : 11.99 €   ISBN : 978-2-84805-214-4

magnani« Toutes nos histoires se valent, parce qu’il n’y en a jamais qu’une seule. Celle du temps qui fiche le camp », peut-on lire en dernière page de Joie, le premier roman de Clara Magnani. Et si l’écriture n’était pas autre chose qu’un moyen de fixer ce temps, en particulier quand il s’agit de se souvenir d’une passion, d’une belle et grande histoire d’amour, comme celle décrite ici.

Le roman tient en trois volets. Celui d’Elvira qui, à la mort brutale et inattendue de son père de 70 ans, découvre dans ses affaires un manuscrit où il évoque l’amour intense qu’il éprouve pour une Belge : Clara… Magnani, grande critique belge de cinéma (excusez du peu !) qu’il a rencontrée à l’occasion d’une interview. Elvira décide de prendre contact avec Clara, la fille avec l’amante. Continuer la lecture

Sur le terreau d’un souvenir

Paul DE RÉ, Mademoiselle de ces gens-là, Murmure des soirs, 2016, 396 p., 20 €   ISBN : 978-2-930657-32-5

de ré.pngVoici un roman attachant, au charme suranné d’une époque révolue, au parfum léger d’eau de rose, situé à la charnière des XIXe et XXe siècles dans un univers petit-bourgeois liégeois tout empreint de convenances, de bondieuserie et de corsetage moralisateur. Mademoiselle de ces gens-là est l’histoire de « Mademoiselle », c’est-à-dire la jolie Clémence, fille de notaire, qui un jour d’enfance fut éblouie par un jeune forain merveilleux et un premier baiser innocent à travers la haie du jardin ; elle en contracta un amour secret et ne vécut plus jamais que par le souvenir obsédant de ce Romain. Durant vingt ans, jusqu’à ce qu’elle le retrouve enfin – nous ne dévoilons rien vraiment ici tant les retrouvailles sont prévisibles –, elle subira, plus que ne vivra réellement, une existence dominée par un fantôme. « Ces  gens-là » est le terme dénigrant et apeuré dont la « bonne » société désigne les gens du voyage, saltimbanques et forains, ces « moins que rien » ou barakîs comme on dit à Liège, dont on se méfie quoiqu’ils apportent fête, imaginaire et goût de l’ailleurs. Continuer la lecture

Demeure le souvenir d’une amitié ronde et pleine

Claire HUYNEN, À ma place, Paris, Le Cherche Midi, 2016, 123 p., 12 €/ePub : 9.99 €

huynenLa subtile nuance, si déplaçable, entre Love and Friendship, se rappelle à nous grâce au  film récent ainsi titré, qui est l’adaptation cinématographique du premier roman de Jane Austen,  Lady Susan. Pourquoi recourir à l’anglais pour évoquer le dernier roman de Claire Huynen, À ma place ? Parce que le rapprochement s’est imposé par la formule compacte et si aisément assimilable qu’on n’a pas cru nécessaire d’en donner une version française, et aussi, parce que le précédent d’une romancière anglaise si experte dans l’analyse des sentiments humains susceptible d’encore inspirer des relectures et transpositions n’est pas inadéquat. En effet, tout, dans le bref roman de Claire Huynen, invite, à l’instar d’Austen,  à nuancer, ou plus exactement à hésiter, peu mais souvent comme en est le mouvement, à aller dans un sens et à en revenir pour en suivre un autre. Cela en toute légèreté. Certes, dès les premières pages du roman, une information matérielle est donnée, dont l’importance apparaît définitive. Continuer la lecture

Le monde comme transfiguration

Pierre-Yves SOUCY, Neiges. On ne voit que dehors, Bruxelles, La Lettre Volée / Ante Post, 2015, coll. « Poiesis », 78 p.

soucy.jpgOuvrir Neiges, de Pierre-Yves Soucy, c’est entrer dans un monde éthéré, austère, presque abstrait, apparemment dépourvu de chaleur ou de sensualité. Y alternent sans relâche fragments de paysages le plus souvent minéraux (cimes, déserts, villes, torrents, ciels, sources), détails du corps (yeux, peau, bouche, lèvres, épaules, genoux, paupières surtout), météores (givre, hiver, neige, giboulées, éclaircie, grésil), états de la conscience (fièvre et désir, doute, silence, incertitude, anxiété, méprise, oubli), mille mouvements de diverses sortes mais toujours indociles : débâcle, bourrasques, tremblement, errance, torrents, désordres, désastre, déflagrations, battements, rafales, salves, etc.  Toutes les constructions mentales qui pourraient fixer le sens ou l’organiser sont battues en brèche : « suppriment l’étreinte de nos convictions » (p. 9), « le doute pulvérise toute pensée » (p. 10), « jusqu’à nous détacher du récit » (p. 14), « l’espérance d’une partition » (p. 15), « fausses couches de nos légendes » (p. 16), « la rotation […] déracine nos fictions » (p. 18), « les malentendus s’inventent. » (p. 24)  Bref, le tableau qui s’offre au lecteur est de nature profondément chaotique : ce long poème – car il ne s’agit pas d’un recueil – semble avoir pour propos la défaite ou l’impossibilité de l’unité, l’insistance sur tout ce qui délie et se délie, l’incoercible instabilité du monde, sinon son inhabitabilité. Continuer la lecture

Quand la nature insuffle sa vie dans les silences fragiles

Un coup de coeur du Carnet

Michaël LAMBERT, Mad, Esneux, Murmure des soirs, 2016, 281 p., 19€

madLorsque Madeleine, surnommée Mad, obtient ce qu’elle a toujours voulu, à savoir vendre une cinquantaine de ses toiles lors d’un vernissage, elle suffoque et décide de sortir de cette galerie de paysages gris. Une décision s’impose à elle : prendre un nouveau départ à 53 ans. Sans plus attendre, elle rompt avec son agent et achète une maison à la campagne. Continuer la lecture