Archives de catégorie : Coups de coeur du Carnet

Comment on devient belgophobe

Un coup de cœur du Carnet

Jean-Baptiste BARONIAN, Baudelaire au pays des Singes : essai, Pierre-Guillaume de Roux, 2017, 153 p., 19,50 €, ISBN : 978-2-36371-198-4

baronian baudelaire1864 : un écrivain français de quarante-deux ans, qui commence à faire parler de lui à Paris pour ses écrits sur la peinture, ses traductions des contes de l’Américain Edgar Alan Poe et une condamnation pour des poèmes sulfureux, arrive en exil volontaire à Bruxelles à la recherche d’éditeurs et pour y faire des conférences. Il n’y rencontrera que déboires, déceptions et contrariétés. 150 ans après la mort de Charles Baudelaire, Jean-Baptiste Baronian, qui lui avait déjà consacré une brillante biographie, nous convie à une enquête fouillée sur le long séjour belge du poète des Fleurs du Mal. Continuer la lecture

Pierre Alechinsky, dans les marges et au cœur de l’imprimé

Pierre Alechinsky, les Palimpsestes, exposition au Centre de la Gravure et de l’Image imprimée, La Louvière, jusqu’au 5 novembre 2017.

alechinsky affiche« Palimpseste : historiquement, parchemin dont on a effacé la première écriture pour pouvoir écrire un nouveau texte », nous dit Le Robert. Le palimpseste aujourd’hui, c’est ce que nous donne à voir Pierre Alechinsky, dans une remarquable et foisonnante exposition, au Centre de la Gravure et de l’Image imprimée, à La Louvière. Près de trois cents œuvres de l’artiste, créées à partir de papiers oubliés, manuscrits et imprimés d’autrefois.

Depuis plus de six décennies, une grande partie de l’œuvre d’Alechinsky, né à Bruxelles en 1927, a trouvé sa source dans le monde du papier. Passionnément attiré par les documents anciens, lettres commerciales, actes notariés, factures, correspondances, cartes de géographie ou plans de villes, il en a fait la matière de détournements qui laissent le champ libre à l’imagination et composent ainsi très librement des créations nouvelles. Artiste dont le travail n’a jamais cessé de jongler avec les arts plastiques et l’écriture, de (se) jouer des images et des mots, de passer du pinceau à la plume et vice-versa, Pierre Alechinsky a pour habitude de se désigner comme « un peintre qui vient de l’imprimerie » : souvenir de ses années d’études à La Cambre, en typographie et illustration du livre, où cet étudiant « classé cancre » réalisa dès 1948, pour décrocher son diplôme, ses premières estampes, autour du Poète assassiné de Guillaume Apollinaire. Continuer la lecture

Bang bang

Un coup de cœur du Carnet

Véronique BERGEN et Sadie von PARIS, Gang blues ecchymoses, Al Dante, 2017, 176 p., 30 €, ISBN : 978-2-84761-726-9
bergen gang blues ecchymoses

Véronique Bergen sort, avec la jeune photographe Sadie von Paris, chez Al Dante, Gang Blues Ecchymoses, sous-titré rites & passages vers la vie, un recueil de textes poétiques et de photographies sur lequel on se couche comme on s’aimante, un livre-totem à poser entre les deux yeux telle une balle en plein front. Continuer la lecture

La lecture entre parenthèses

Un coup de cœur du Carnet

Jan BAETENS, Milan CHLUMSKY (photos), La lecture, Les Impressions Nouvelles, 2017, 74 p., 12€, ISBN : 978-2-87449-460-4

baetens la lectureLa liberté du lecteur a quelque chose de désarmant, justement parce qu’elle est illimitée, inconditionnelle. Partant de deux tableaux d’Henri Fantin-Latour ayant pour titres La Lecture et réalisés respectivement en 1870 et 1877, Jan Baetens poursuit, dans ce nouveau recueil, son questionnement sur les liens qui unissent, de manière parfois souterraine, le texte et l’image. On pourrait dire d’ailleurs que ces correspondances sont envisagées ici selon un triple dialogue puisqu’aux textes inspirés par les tableaux du peintre grenoblois né en 1836 viennent se greffer les photographies de Milan Chlumsky qui ouvrent et ferment le volume. Une construction tridimensionnelle cohérente et exigeante, comme toujours chez Baetens, et qui permet cet échange décuplé entre trois formes artistiques. Le peintre d’abord, Fantin-Latour, que tous les amateurs de littérature connaissent pour son coin de table en 1872. Un portrait de groupe réaliste représentant les poètes présents lors d’un dîner des Vilains Bonshommes à Paris et où l’on voit, dans le coin gauche, Rimbaud face à Verlaine et tournant le dos aux autres littérateurs. On reconnaît facilement le style de Fantin-Latour dans les deux tableaux qui servent au poète de déclencheurs d’écriture. Deux peintures qui mettent chacune en scène deux femmes, l’une faisant la lecture à l’autre. Comme le précise Jan Baetens dans son introduction,  « il était clair que la réponse textuelle devait être autre chose qu’une illustration verbale de l’image ». Les quarante textes-fragments du recueil sont donc à envisager comme des prolongements, des extensions de tous les non-dits, de tous les secrets qui sont contenus dans les deux toiles et donc dans l’acte de lire. Continuer la lecture

Une affaire de femmes

Un coup de cœur du Carnet

Nicole MALINCONI, Hôpital silence suivi de L’attente, postface de Jean-Marie Klinkenberg, Les Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2017, 224 p., 9 €, ISBN : 9782875681485

malinconiNicole Malinconi n’avait pas envisagé d’écrire un jour. Mais lorsque l’écriture s’est imposée à elle, à l’âge de trente-huit ans, plus jamais il n’a pu en être autrement. Et dans un geste admirable, programmatique, que l’on pourrait dire définitif s’il n’était inaugural, dans Hôpital silence, elle a déposé sa poétique à venir. Elle a commencé à l’écrire quand elle a perdu son emploi, le travail le plus important de sa vie jusqu’alors, le poste d’assistante sociale qu’elle occupait, depuis 1979, à la Maternité provinciale de Namur, au service du docteur Peers, un médecin humaniste tout entier dévoué à la cause des femmes. Continuer la lecture

Cuistax – Compilax

Coup de coeur du Carnet

COLLECTIF, Cuistax – Compilax, 2017, 40 p., gratuit.

cuistaxObserver les voyageurs de la nuit avec Jina Cho, reconnaitre des becs oiseaux avec Loïc Gaume, retrouver les sept différences dans un panier de légumes avec Anne Brugni, ou cuisiner pour les mésanges avec Morgane Somville, voici quelques-unes des activités proposées dans Compilax, un numéro spécial de Cuistax. Tiens, un cuistax, ça ne sert donc pas qu’à pédaler sur les digues de Blankenberge ? Et non, car c’est aussi le nom d’un fort sympathique fanzine bruxellois bilingue pour enfants. Continuer la lecture

Lucien François, un architecte bruxellois au pays du Guépard

Coup de coeur du Carnet

Lettres de Sicile. Un architecte belge à Palerme, 1919-1921, enquête et récit d’Alice VERLAINE-CORBION, AAM Éditions, 2017, 228 p., 24 €, ISBN : 978-2871433248

verlaine corbion« Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change. » Cette phrase tirée du Guépard, le film que Luchino Visconti réalisa en 1963 d’après le roman de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, conviendrait bien en sous-titre à l’étonnante aventure vécue en Sicile par un jeune architecte bruxellois, Lucien François, au tournant des années 1920.

Certes, l’époque n’est plus celle des révolutionnaires de Garibaldi, mais l’île que découvrent Lucien François (1894-1983) et son épouse Lia Heylighen (1886-1970), connaît à nouveau des soubresauts, préludes à de grands changements. Le couple, qui séjourne à Palerme d’août 1919 à septembre 1921, n’est pas en Sicile à l’occasion d’un « Grand Tour » artistique de l’Italie, ce qui aurait pourtant beaucoup plu à l’artiste peintre qu’était Lia, et au dessinateur, architecte autodidacte, qu’est le jeune Lucien François. Il a 25 ans, elle est de huit ans son aînée. Il vient de signer un contrat avec la Société belge des Tramways de Palerme, comme architecte et chef des constructions immobilières, pour un projet d’une envergure colossale : développer un réseau de lignes de tramways entre Palerme et sa périphérie. Et en même temps, assurer la construction d’une cité balnéaire haut-de-gamme dans la baie de Mondello, à douze kilomètres de là : Grand Hôtel, kursaal, établissement de bains, terrain de golf, et des dizaines de villas individuelles… Continuer la lecture