Archives de catégorie : Coups de coeur du Carnet

Les livres qui ont particulièrement séduit la rédaction du Carnet et les Instants et ont reçu la mention « Coup de coeur »

Et du dépl(o)iement

Un coup de cœur du Carnet

Marc DUGARDIN, D’une douceur écorchée. Janvier 2016 – Décembre 2018, suivi d’une approche par Vincent Tholomé, Rougerie, 2020, 13 €, ISBN : 978-2-85668-408-5

[…]
par où commencer
n’est pas
une question d’oiseau

Par où commencer, par quel bout prendre notre existence, comment composer avec notre « mémoire d’être né », avec quel silence conjuguer notre parole, comment faire entrer notre grande soif de vivre dans notre étroit gosier, où « […] c’est la honte qu’ils ont enfoncée »? Ces questions émergent sans doute à la lecture du recueil D’une douceur écorchée de Marc Dugardin (Éditions Rougerie). Continuer la lecture

Les paroles restent, elles aussi

Un coup de cœur du Carnet

SYLLOGE, Paroles données, paroles perdues ?, MaelstrÖm, 2020, 276 p., 14 €, ISBN : 978-2-87505-362-6

« […] Enfin, commençons. […] Bonjour, je m’appelle Jean-Louis, je suis travailleur social et animateur des réunions. […] : je donne la parole aux uns et aux autres, je coupe, parfois, les uns et les autres. […] L’idée, c’est que globalement, on demande un peu aux gens leur avis. […] ce qu’on essaye de faire ici, c’est de mettre ensemble les gens qui vivent un peu les mêmes choses pour, collectivement, parler de ce qui se passe… » Ces « espaces de paroles » mensuels et itinérants sont nés en 1999 à Bruxelles et sont orchestrés par la Strada (le Centre d’appui au secteur de l’aide aux personnes sans abri, devenu Bruss’help en 2019) depuis 2008. Continuer la lecture

De la plaie à la plénitude, la chair se fait verbe

Un coup de cœur du Carnet

Charline LAMBERT, Une salve, Préface de Christophe Meurée, Âge d’homme, coll. « Littératures », 2020, 41 p., 17 €, ISBN : 978-2-8251-4811-2

Après Chanvre et lierre (Le Taillis pré, 2016, Prix Lockem de l’Académie et prix de la première oeuvre de la Fédération Wallonie-Bruxelles) placé sous le signe d’Ulysse et de son combat intérieur, puis Sous dialyses (L’Âge d’homme, 2016), où le ralentissement des flux vitaux était évoqué sous le signe d’un « même mouvement de rétention » provoquant « un rien de félicité », Désincarcération (L’Âge d’homme, 2017) disait une forme d’extraction de soi permettant une incorporation du sujet à l’ensemble de la matière vivante. Une salve poursuit le travail de réflexion de Charline Lambert sur le corps parlant : de recueil en recueil et à l’intérieur même de chaque corpus poétique, trois espaces actantiels sont discernables. Continuer la lecture

Burroughs. Pour en finir avec les shits

Un coup de cœur du Carnet

Laurent DE SUTTER, Johnsons & Shits. Notes sur la pensée politique de William S. Burroughs, Léo Scheer, 2020, 96 p., 15 €, ISBN :  9782756113227

« Hé mec, vous tenez là un grand livre, un livre dément. Une bombe ». Voilà ce que William S. Burroughs s’exclamerait s’il éprouvait l’envie de quitter le monde des morts pour faire un tour dans le marécage du 21e siècle. À coup sûr, la qualité des substances psychotropes le décevrait mais l’essai de Laurent de Sutter Johnsons & Shits. Notes sur la pensée politique de William S. Burroughs qu’un dealer de Bruxelles lui fournirait en bonus l’exalterait. Si  Burroughs est connu et reconnu comme écrivain majeur de la Beat Generation (Le festin nu, Les garçons sauvages, La machine molle, Junky, Queer, Nova Express…), la vision du monde qu’il élabora dans ses essais et conférences n’a pas fait l’objet de nombreuses recherches. C’est au cœur des observations burroughsiennes sur le monde, sur la pensée, les techniques de contrôle que Laurent de Sutter nous plonge, nous dotant d’une arme conceptuelle fabuleuse pour penser et agir sur le présent. Continuer la lecture

Charlotte et Maximilien, « Ce couple heureux que l’Histoire eût dû oublier… »

Un coup de cœur du Carnet

André BÉNIT, Légendes, intrigues et médisances autour des « archidupes » Charlotte de Saxe-Cobourg-Gotha, princesse de Belgique Maximilien de Habsbourg, archiduc d’Autriche Récits historique et fictionnel, Postface de Marc Quaghebeur, Peter Lang, 2020, 437 p., 62 € / ePub : 65.41 €, ISBN : 978-2-8076-1472-7

Dans la brève histoire (moins de deux siècles) de la famille royale belge, les noms qui suscitent encore aujourd’hui le plus de controverses sont ceux de Léopold II et Léopold III, respectivement associés aux mains coupées du Congo ou à la main serrée d’Hitler. L’attention des hagiographes s’est aussi davantage concentrée sur les mâles couronnés, pour saisir les états d’âme de Léopold Ier à régner sur un peuple de « petits esprits », pour forger le mythe du « Roi-Chevalier » Albert Ier ou pour magnifier le doux sourire du « binamé » Baudouin. Il fallait une tragédie pour que soit sacralisée la Reine Astrid ou encore les qualités du dévouement ou du bon goût artistique, pour que prenne consistance la Reine Élisabeth… Continuer la lecture

Trafic à tous les étages

Un coup de cœur du Carnet

Valentine DE LE COURT, À vendre ou à louer, Mols, 2020, 319 p., 20,9€ / ePub : 13,99 €, ISBN : 978-2-87402-253-1

Libre, sans attaches, Jean-Baptiste a la belle vie. Agent immobilier, il profite des logements cossus parisiens dont il doit gérer la mise en vente ou en location, changeant d’abri au gré de ses envies ou en fonction de la géolocalisation de ses conquêtes. De ce côté-là non plus, pas question de s’installer et, sans adresse fixe, pas de problème pour disparaître sans donner suite. Professionnellement, tout roule : ses compétences et ses résultats font sa fierté et sa réputation. Aucun risque que son employeur ou ses collègues ne découvrent son circuit de location parallèle. Continuer la lecture

À l’affiche ce soir…

Un coup de cœur du Carnet

Mirages. Tout l’art de Laurent Durieux, Huginn & Muninn, 2019, 254 p., 44.95 €, ISBN : 9782364807143

Merci à Sam Lion pour le cadeau

laurent durieuxL’anecdote est connue, elle est entrée dans la légende. Le téléphone d’un jeune designer belge spécialisé dans la réalisation d’affiches de films en tirage limité sonne. L’affiche de Jaws (Spielberg, 1975) ? Le mystérieux interlocuteur veut le stock entier. Au bout du fil ? Steven Spielberg en personne. Continuer la lecture