Archives de catégorie : Coups de coeur du Carnet

Joseph Gillain, dit Jijé : de la BD aux arts plastiques, un artiste témoin de son temps

Un coup de cœur du Carnet

Philippe DELISLE et Benoît GLAUDE, Jijé, l’autre père de la BD franco-belge, PLG, coll. « Mémoire vive », 2019, 180 p., ISBN : 978-2-917837-33-7

Deux chercheurs, l’un, Philippe Delisle, français, qui enseigne l’histoire contemporaine à l’Université de Lyon III, en s’intéressant à l’idéologie portée par la « littérature dessinée », et l’autre, Benoit Glaude, belge, docteur en langues et lettres, chercheur au FNRS et chargé de cours à l’UCL, nous livrent ici un passionnant essai, très structuré, bien documenté, richement illustré par des documents inédits ou précieux, avec un appareil critique sérieux : catalogue des œuvres littéraires illustrées par Joseph Gillain, bibliographie comportant : catalogues de l’œuvre de Jijé, études centrées sur l’œuvre de Jijé, études générales abordant l’œuvre de Jijé ; index des noms de titres et de personnages. La structure de l’ouvrage, écrit lisiblement, dans un style à la fois rigoureux quant à l’analyse, mais limpide quant à sa formulation, et parsemé d’exemples, grâce à des planches, dessins ou autres documents graphiques auxquels il est fait référence dans l’analyse en corps du texte, aborde en six chapitres le parcours et le travail de ce père créateur, avec Hergé, de la bande dessinée belge : Fils de Tintin ; Fils d’écrivain ; Fils de curé ; Jijé confrère ; Frère des peuples ; Père fondateur. Continuer la lecture

Le vieux métier de vivre et d’écrire

Un coup de cœur du Carnet

William CLIFF, Immortel et périssable, choix anthologique et postface de Gérard Purnelle, Impressions Nouvelles, coll. « Espace Nord », 2019, 240 p., 10 €, ISBN : 978-2-87568-424-0

Il porte un nom (pseudonyme) d’acteur américain, une gueule pareille ; il est à faire se damner un saint, William Cliff. Mais plutôt que de s’exhiber sur les écrans tout en longueur du cinématographe, c’est sur d’autres surfaces blanches qu’il a inscrit son corps, sa vie (matière quasi exclusive de son œuvre, avec l’espèce humaine) : celles des pages des recueils de poésie et des romans. Bien qu’on puisse l’entendre murmurer qu’il est malcontent :

de quelle insatisfaction souffrez-vous 
(c’est la gloire la gloire qui me manque)
, Continuer la lecture

Trois petits tours et puis s’en vont…

Un coup de cœur du Carnet

Aïko SOLOVKINE, Rodéo, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2020, 220 p., 8.50 €, ISBN : 978-2-87568-482-0

Le roman Rodéo d’Aïko Solovkine, bien que salué par les critiques lors de sa première publication en 2014 chez Filipson et récompensé par le prix de la Première œuvre de la Fédération Wallonie-Bruxelles en 2016, avait continué de circuler dans une communauté restreinte de lecteurs. Sa deuxième édition est un événement attendu, tant il est évident que le récit de cette jeune autrice n’avait pas eu alors la visibilité qu’il méritait. Augmenté d’une postface, comme c’est toujours le cas dans la collection Espace Nord, ce roman met en scène les actions d’une jeunesse mâle oubliée dans une région rurale belge délaissée. Continuer la lecture

Celui-là n’est peut-être pas l’homme à la pipe

Un coup de cœur du Carnet

Nicolas MARCHAL, Les faux Simenon, Weyrich, coll. « Plumes du coq, 2019, 235 p., ISBN : 978-2-87489-558-6

Lorsque l’on apprécie particulièrement l’univers d’un auteur, on est impatient et curieux à l’idée de découvrir son dernier opus. En même temps, on repousse la lecture de peur de le dévorer trop vite ou de devoir attendre la sortie du prochain. Nicolas Marchal fait partie de ceux-là, écrivains qui vous surprennent toujours. Chaque livre vient peaufiner un univers personnel où les surprises narratives voisinent avec la jubilation dans l’écriture. Après Le grand cerf publié en 2016 chez le même éditeur, dans la collection « Plumes du coq », Les faux Simenon confirme le talent de l’auteur. Continuer la lecture

À la naissance des rides

Un coup de cœur du Carnet

Claude DONNAY, Le bourdonnement de la lumière entre les chardons, Coudrier, 2019, 90 p., 18 €, ISBN : 978-2-930498-83-6

Après lecture du dernier recueil de Claude Donnay, l’esprit quelque peu flottant, mon regard se repose sur son titre, Le bourdonnement de la lumière entre les chardons, et s’y agrippe comme une bouée au réel. Car de pointes et de picots, il y en a à vous traverser la peau pour rejoindre l’âme du poète. Je suis surpris et conquis : ses textes vont tellement à contre-courant de cette photo récente parue pour habiller un article dans L’Avenir-Dinant. Claude Donnay y est joyeux, tout sourire et jeans, casquette sur ses yeux d’éternel adolescent, le bic toujours prêt à l’emploi, entouré des livres de sa maison d’édition Bleu d’Encre. Continuer la lecture

Hommage d’un destin cousu main à un costume prêt-à-porter

Un coup de cœur du Carnet

Nathalie SKOWRONEK, Un monde sur mesure, Impressions nouvelles, coll. « Espace Nord », 2019, 219 p., 9 €, ISBN : 978-2-87568-423-3

Dans la collection Espace Nord, les classiques de la littérature belge des siècles passés côtoient ce que Tanguy Habrand, son directeur, aime à appeler « les classiques de demain ». Parmi ces derniers, Un monde sur mesure de Nathalie Skowronek, tout jeune roman datant à peine de 2017, d’une autrice dont la bibliographie démarre en 2011. Dans ce récit en grande partie autobiographique, l’écrivaine se penche précisément sur ce qui a précédé sa carrière littéraire. Continuer la lecture

La comtesse et le général

Un coup de cœur du Carnet

Serge QUOIDBACH, L’affaire Ruspoli¸ Murmure des soirs, 2019, 247 pages, 18 €, ISBN : 978-2-930657-56-1

Un roman à propos des épisodes de la collaboration, de la résistance et des drames qui s’invitèrent dans de nombreuses familles belges est assez rare en Belgique… francophone. La mémoire s’effiloche dans le temps présent, lisse et événementiel de l’époque. Les historiens, avant nombre de domaines de l’esprit, ont et auront une fonction essentielle pour raccorder nos éphémérides grotesques et tragiques à ce besoin essentiel que les hommes partagent, celui de s’inscrire aussi dans un antérieur qui rappelle la permanence de la discontinuité dans la fabrique de l’Histoire. Continuer la lecture