Archives de catégorie : Coups de cœur du Carnet

Les livres qui ont par­ti­c­ulière­ment séduit la rédac­tion du Car­net et les Instants et ont reçu la men­tion “Coup de coeur”

On ne peut pas tout acheter

Un coup de cœur du Car­net

Pitz D’où personne ne revient

D’où personne ne revient

Autrice : Clarence Pitz

Mai­son d’édition : Bel­fond

Col­lec­tion : Bel­fond noir

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 400

Prix : 21,50 €

Livre numérique : 14,99 €

EAN : 9782714405579

Pondich­ery, 2005. Un homme aux aguets se dirige vers la mer, le corps d’un enfant mort con­tre lui. À l’abri des regards, il va le brûler avant de le livr­er à la mer. Il sourit et pense déjà à sa prochaine petite vic­time. Tout de suite : 2025, ile de la Sen­tinelle (à l’extrême sud de l’Inde). Marie Seghers a entrainé son fiancé Enguer­rand et son frère Louis dans une équipée folle, bra­vant l’interdiction absolue d’accéder à un ter­ri­toire stricte­ment réservé aux Jarawas, une peu­plade restée coupée du monde mod­erne qui se défend farouche­ment con­tre toute intru­sion. Leurs flèch­es vien­nent de tuer les deux jeunes hommes, Marie est blessée et elle ne doit sa survie qu’à l’intervention d’un héli­cop­tère des autorités indi­ennes. À son réveil sur un lit d’hôpital, on l’informe qu’elle risque 20 ans de prison ferme. Elle a beau expli­quer qu’elle est venue faire pro­vi­sion d’une algue rare qui peut la soulager du mal qui la ronge depuis son enfance, rien n’y fait. Des douleurs atro­ces s’emparent régulière­ment d’elle qui la lais­sent épuisée et aucun remède ne per­met de les prévenir. Et pour ne rien arranger, on lui annonce dans la foulée que ses par­ents, que la police a voulu prévenir, ont été retrou­vés morts à l’autre bout du monde, dans la piscine de leur belle demeure du Zoute. Con­tin­uer la lec­ture

Engagement communiste et art

Un coup de cœur du Car­net

Aron Morelli Les artistes belges et le communisme

Les artistes belges et le communisme : Magritte, Masereel et les autres…

Direc­tion de la pub­li­ca­tion : Paul Aron et Anne Morel­li

Mai­son d’édition : Édi­tions de l’Université de Brux­elles

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 168

Prix : 18 €

Livre numérique : /

EAN : 9782800419428

La ques­tion « quel sens y a‑t-il à par­ler d’artistes com­mu­nistes ? » déployée dans ce remar­quable ouvrage col­lec­tif s’intègre dans une réflex­ion plus vaste por­tant sur la per­ti­nence et les lim­ites des clas­si­fi­ca­tions des arts en ter­mes d’école, de mou­ve­ment, de style. Con­sacré aux artistes belges ayant adhéré au com­mu­nisme ou proches du mou­ve­ment, ce vol­ume dirigé par Paul Aron et Anne Morel­li comble une lacune dans le champ des recherch­es : l’absence d’étude de fond sur les liens com­plex­es entre une nébuleuse hétérogène d’artistes belges et le com­mu­nisme. Inter­ro­geant la doc­trine du réal­isme social­iste impul­sée par Jdanov, la préférence énon­cée par le par­ti pour un art fig­u­ratif ser­vant la cause com­mu­niste, Paul Aron analyse l’influence que le com­mu­nisme, sa lutte antifas­ciste en Bel­gique, en Europe occi­den­tale, a exer­cé sur les artistes et con­clut par la néga­tive, l’inexistence d’un art com­mu­niste. « Il n’y a pas d’art com­mu­niste parce que, à regarder le court XXème siè­cle dans sa total­ité, le com­mu­nisme n’a jamais été un mou­ve­ment organ­isé sur le plan nation­al ou inter­na­tion­al capa­ble d’imposer un mod­èle que les artistes auraient pu ou voulu suiv­re. » Con­tin­uer la lec­ture

Le désir de vivre, le courage de survivre – écrire

Un coup de cœur du Car­net

Mousset-Vos Ravie  au monde

Ravie au monde, Journal (1943–1945)

Autri­ces : Nel­ly Mous­set-Vos et Sylvie Bianchi-Vos

Mai­son d’édition : Les Léonides

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 224

Prix : 22,90 €

Livre numérique : 14,99 €

EAN : 9782488335409

Il y a eu les livres de celles et ceux qui ont vécu l’expérience de la dépor­ta­tion, des camps – entre autres, ceux de Robert Antelme, Edith Bruck, Char­lotte Del­bo, Pri­mo Levi – avec leur écri­t­ure façon­née, mod­elée, sou­vent au cordeau, pour approcher (témoign­er), au plus près, l’organisation implaca­ble des camps, l’extrême dégra­da­tion vécue. Puis il y a eu, il y a encore, les livres de leurs enfants, cher­chant « à rompre l’absolu d’un silence » (Lydia Flem) dans lequel se sont emmurés de nom­breux par­ents revenus des camps de la mort, devenant les otages de leur secret, à leur corps et esprit défen­dant. Citons, par­mi les autri­ces belges, Lydia Flem, Chan­tal Aker­man (pour cer­tains de ses films aus­si), et plus récem­ment Myr­i­am Spi­ra et Mar­i­anne Lefeb­vre-Raep­saet, qui ont écrit pour « se délester du fardeau trau­ma­tique de [leurs] par­ents » (Myr­i­am Spi­ra), pour devenir les héri­tières actives de leur fil­i­a­tion (Lydia Flem). Pour trans­met­tre égale­ment : « Aujourd’hui il ne reste plus que quelques déportées. La généra­tion suiv­ante, la mienne, va bien­tôt dis­paraître. Qu’allons-nous laiss­er à nos enfants, nos petits-enfants, les généra­tions futures ? » (Mar­i­anne Lefeb­vre-Raep­saet). À cette ques­tion, on peut répon­dre que la trans­mis­sion va con­tin­uer – et con­tin­ue déjà – avec la troisième généra­tion, elle aus­si mar­quée. Con­tin­uer la lec­ture

Elke de Rijcke ou l’art de vivre un jour qui vaut un jour

Un coup de cœur du Car­net

Elke de Rijcke Paradisiaca Un Lake-Opera

Paradisiaca. Un Lac-Opéra

Autrice : Elke de Rijcke

Mai­son d’édition : MF

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 128

Prix : 10 €

Livre numérique : /

EAN : 9782378041076

Lire Par­a­disi­a­ca, le dernier livre en date d’Elke de Rijcke, c’est plonger dans un voy­age sen­si­ble la menant de Brux­elles à Bodan, au bord d’un lac, celui de Con­stance. Voy­age métic­uleuse­ment dense, gorgé de sen­sa­tions et d’inventions lan­gag­ières. De for­mules qui font mouche. Impactent notre lec­ture. Touchent nos cœurs et nos cordes sen­si­bles. Voy­age apaisant. Ren­con­tre apaisante avec le lac et ses berges. Avec ses ciels aus­si. Ses lumières. Ren­con­tre apaisante avec l’une des beautés du monde. Parce que, oui, il existe des beautés dans le monde. Les dire, les couch­er sur papi­er, les don­ner à sen­tir dans des poèmes splen­dide­ment can­dides, faisant comme si l’angoisse et les ter­reurs qui nous sai­sis­sent devant l’enfer que ça peut être, des fois, de vivre ici, dans l’ici-bas, n’existaient pas ou ne fai­saient que peu le poids devant la joie intérieure, l’émerveillement que l’on ressent, comme Elke de Rijcke, à fendre l’air en voiture, à pal­piter en rai­son d’un ciel radieux, à n’avoir d’yeux que pour le bel élan et ce qui nous le pro­cure : les fric­tions avec le ciel (soleil, nuages et petite lune), les doigts de l’amoureux, sa présence joyeuse à nos côtés, etc. Con­tin­uer la lec­ture

Avant (et juste un peu après) l’effondrement…

Un coup de cœur du Car­net

Christophe Levaux La fange

La fange

Auteur : Christophe Lev­aux

Mai­son d’édition : Do

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 150

Prix : 16 €

Livre numérique : /

EAN : 9791095434672

L’humus gras, la gadoue, la boue ou le « broûlie » comme on dit en wal­lon lié­geois… Le motif lit­téraire de cet abatardisse­ment entre terre et eau s’écoule souter­raine­ment ou à ciel ouvert dans les let­tres belges depuis Camille Lemon­nier, avec Ceux de la glèbe (1889) jusqu’à l’incipit des Plumes du coq (1975) de Con­rad Detrez, où des sémi­nar­istes punis patau­gent jusqu’à l’épuisement dans un cer­cle dan­tesque. Le nou­veau roman de Christophe Lev­aux, fidèle aux Édi­tions Do, s’inscrit dans ce sil­lon. Con­tin­uer la lec­ture

La remontée de la nuit

Un coup de cœur du Car­net

Hélène Zoler La nuit des cochons

La nuit des cochons

Autrice : Hélène Zol­er

Mai­son d’édition : Mur­mure des soirs

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 220

Prix : 22 €

Livre numérique : /

EAN : 9782931235362

Quel riche et sub­til roman que ce pre­mier roman d’Hélène Zol­er, La nuit des cochons, paru chez Mur­mure des soirs ! En une bonne trentaine d’an­nées, nous pou­vons suiv­re une famille démem­brée par la vio­lence du père et les silences mor­tifères de la mère. Une nuit, le père meurt près des cochons promis au sac­ri­fice annuel. Un fan­tôme famil­ial qu’un événe­ment va inter­rompre : Faus­tine, une des sœurs de Julien, l’appelle en lui annonçant que son autre sœur, Agnès, est en train de mourir et le réclame à son chevet. Le roman bas­cule alors en méan­dres funestes qui for­ment le marais de base de cette famille désar­tic­ulée. Julien qui a fui sa famille tox­ique hésite puis, finale­ment, accepte cette « con­vo­ca­tion » ultime. Lui, qui avait con­stru­it sa vie loin de sa famille, c’est à une longue remon­tée dans le temps qu’il s’engage, mais aus­si à une pro­fonde descente dans la con­science. Con­tin­uer la lec­ture

« La douleur en héritage »

Un coup de cœur du Car­net

Pieterke Mol Comme ta mère

Comme ta mère

Auteur : Pieterke Mol

Mai­son d’édition : Noir sur blanc

Col­lec­tion : Nota­bil­ia

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 268

Prix : 22,50 €

Livre numérique : 15,99 €

EAN : 9782889831890

Plus j’en dis sur ma famille, plus j’ai honte. Mon père détru­it avant la nais­sance. Ma grand-mère inca­pable de l’aimer. L’alcool à flots. Ma mère née colère. L’alcool à flots. Sa mort bru­tale. Et moi. Moi, la dépen­dante à tout. En manque de tout. Qui galère dans tout. 

Avec Comme ma mère, pub­lié chez Noir sur blanc dans la col­lec­tion « Nota­bil­ia », Pieterke Mol signe un texte âpre, nerveux, par­fois dérangeant, tra­ver­sé d’une énergie vitale qui en fait toute la sin­gu­lar­ité. Un roman qui racon­te, par frag­ments, par retours en arrière, dans une poly­phonie famil­iale, une blessure. Une dis­sec­tion de la con­struc­tion du soi au milieu du chaos et de l’insécurité affec­tive, une plongée dans les tré­fonds de la psy­ché d’une famille sur trois généra­tions, un explo­ration des failles et des héritages invis­i­bles. Con­tin­uer la lec­ture

American Death Trip 

Un coup de cœur du Car­net

Paul Couturiau Yonkers

Yonkers

Auteur : Paul Cou­turi­au

Mai­son d’édition : Onlit

Col­lec­tion : Onlit noir

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 535

Prix : 24,50 €

Livre numérique : /

ISBN : 978–2‑87560–182‑7

Dans un monde de l’édition belge fran­coph­o­ne en per­pétuelle mou­vance, l’arrivée du groupe Émo­tions génère beau­coup d’espoirs. Remise sur pied d’Onlit, inté­gra­tion des édi­tions de l’Herne ou Genèse, créa­tion d’une col­lec­tion noire con­fiée à une fig­ure emblé­ma­tique du genre, Patrick Delper­dan­ge. Et juste­ment… Le présent Yonkers livre, en com­pag­nie d’un roman d’Alfred Nor­ie­ga, un auteur équa­to­rien déjà adap­té au ciné­ma, la pre­mière salve d’Onlit Noir. Qui mar­que ain­si illi­co son ter­ri­toire et ses ambi­tions, en sig­nant deux poin­tures. Con­tin­uer la lec­ture

Voyage dans l’œuvre de Monet

Un coup de cœur du Car­net

Stéphane Lambert Claude Monet

Claude Monet

Auteur : Stéphane Lam­bert

Mai­son d’édition : Gal­li­mard

Col­lec­tion : Pop-Art

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 41

Prix : 8,90 €

Livre numérique : /

EAN : 9782073145574

Après son remar­quable Vin­cent Van Gogh paru dans la nou­velle col­lec­tion « Pop-Art » de Gal­li­mard, Stéphane Lam­bert nous plonge dans un étince­lant Mon­et, ce pein­tre auquel il a con­sacré deux livres majeurs, L’adieu au paysage et Mon­et, impres­sions de l’étang. La créa­tion choisie pour sur­gir après que le lecteur a replié les pages du livre trans­for­mé désor­mais en œuvre d’art est un tableau de la série des Nymphéas. Les jalons de l’existence d’un pein­tre qui trans­for­ma l’histoire de l’art, qui renou­vela l’espace du regard en frayant la voie de l’impressionnisme sont éclairés de l’intérieur. Stéphane Lam­bert a un tal­ent unique pour descen­dre dans l’imaginaire, la per­cep­tion, les com­bats esthé­tiques d’un artiste. Con­tin­uer la lec­ture

Ces voix qui ne nous appartiennent pas

Un coup de cœur du Car­net

Geneviève Damas Respire

Respire [Une question d’argent]

Autrice : Geneviève Damas

Mai­son d’édition : Lans­man

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 54

Prix : 10 €

Livre numérique : /

ISBN : 978–2‑8071–0464‑8

Respire est une pièce de théâtre rédigée par Geneviève Damas et des­tinée à être jouée par une seule comé­di­enne. Elle a été créée le 10 mars 2026 au Théâtre Les Tan­neurs à Brux­elles. Comme le texte le laisse présager, l’autrice évoque son pro­pre rap­port « para­dox­al, trau­ma­tique et con­tra­dic­toire à l’argent ». Ce dernier est en effet source d’angoisse pour elle ; prêter ou don­ner de l’argent lui est dif­fi­cile, man­i­fes­tant par là une peur vis­cérale de man­quer. Con­tin­uer la lec­ture

Ce que fait la postmigration aux lettres belges de langue française, et à la Belgique

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence PIEROPAN et Hubert ROLAND (sous la dir. de), Post­mi­gra­tion, Textyles n°68, Ker, 2025, 198 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87586–535‑9

textyles postmigrationQuelle force, quelle richesse, quelle util­ité bien-fondée, ce numéro 68 de Textyles, la revue des Let­tres belges de langue française ! Il offre à la fois un aperçu d’une lit­téra­ture encore trop mécon­nue, de ses auteurs et autri­ces (Nicole Mal­in­coni, Carmeli­na Car­racil­lo, Car­o­line De Mul­der, Leila Houari, Clé­men­tine Faik-Nzu­ji, Souad Fila, Zaïch Ham­di, Kenan Görgün, entre autres), de ses enjeux, ain­si que de la vie d’une par­tie de la pop­u­la­tion belge. De plus, ici et là, il perce d’un fais­ceau lumineux les ténèbres qui assom­bris­sent le présent, et nous engage vers un monde nou­veau, un monde en com­mun. Vrai­ment en com­mun. Con­tin­uer la lec­ture

La guerre afghane d’un père… belge

Un coup de cœur du Car­net

Alain LALLEMAND, Ma plus belle déc­la­ra­tion de guerre, Weyrich, coll. « Plumes du coq », 2026, 420 p., 22,50 €, ISBN : 978–2‑39077–012‑1

lallemand ma plus belle declaration de guerreSi Ma plus belle déc­la­ra­tion de guerre a con­nu une pre­mière édi­tion en 2014 chez Luce Wilquin, cette reparu­tion chez Weyrich a gardé toute son actu­al­ité. La toile de fond en est l’Afghanistan en 2008–2009 sous tutelle des États-Unis et de leurs alliés à l’époque, mais la sit­u­a­tion de ce pays désor­mais sous régime tal­iban est cat­a­strophique, en par­ti­c­uli­er pour les Afghanes, totale­ment oubliées. De plus, l’Histoire bégaie et d’autres bour­biers human­i­taires se sont mul­ti­pliés depuis. Quant à la rela­tion intime entre un par­ent et son enfant, ici un père et son fils con­fron­tés à des choix cru­ci­aux, elle a cette uni­ver­sal­ité qui fait la qual­ité d’un grand roman. Con­tin­uer la lec­ture

Souffles et lueurs de la nuit

Un coup de cœur du Car­net

François EMMANUEL, Véronique GOOSSENS, Avant que nos corps s’illuminent, Chat polaire, 2026, 60 p., 16 €, ISBN : 978–2‑931028–42‑1

emmanuel avant que nos corps s'illuminentDans l’atelier de Véronique Goossens, dont il appré­cie depuis longtemps les gravures, François Emmanuel décou­vre un jour une série inti­t­ulée Errance et Aubade. Lui vient alors l’envie d’écrire à par­tir d’elle un réc­it poé­tique ; ayant choisi vingt-et-une planch­es, il les range dans un ordre pré­cis, pré­fig­u­rant ain­si le cours du texte dont il entre­prend la rédac­tion. Avec la vig­i­lante éditrice Marie Taffore­au, les images sont recadrées puis repro­duites, la mise en page ajustée, le for­mat accru, aboutis­sant aujourd’hui à ce livre mince et mag­nifique où la vie d’une femme aimante est saisie dans sa pure intéri­or­ité, de l’enfance jusqu’à l’approche de la fin… Les gravures ini­tiales, cepen­dant, n’ont rien de flat­teur ou de char­mant : en noir et blanc sur un fond légère­ment jaune-vert qui les réchauffe à peine, elles présen­tent une allure fan­toma­tique, par­fois même inquié­tante, telles des appari­tions dans la brume. Sauf une excep­tion, chaque image com­porte d’un à trois per­son­nages adultes ou enfants, ici immo­biles et là en mou­ve­ment, alter­na­tive­ment debout, assis ou couchés sur le sol. Par­fois nus, par­fois vêtus, le plus sou­vent mécon­naiss­ables, les corps peu sex­ués élu­dent toute forme de séduc­tion ou d’érotisme. Au con­traire, la fac­ture cré­pus­cu­laire, voire cauchemardesque, sem­blerait se prêter à un drame fan­tas­tique mieux qu’à une rêver­ie amoureuse. Con­tin­uer la lec­ture

Scènes de la vie de campagne et de la destinée humaine

Un coup de cœur du Car­net

Hubert KRAINS, Mes amis, Pré­face d’Éric Brog­ni­et, Académie royale de langue et de lit­téra­ture français­es de Bel­gique, 2026, 260 p., 20 €, ISBN : 9782803200955

krains mes amisSi vous avez aimé Hors champ, le dernier et beau livre de Marie-Hélène Lafon, pré­cip­itez-vous sur la réédi­tion de Mes amis d’Hubert Krains (1862–1934), pub­lié ini­tiale­ment en 1921, salué en son temps par le prix tri­en­nal de lit­téra­ture française. Son Can­tal à elle tient lieu de sa Hes­baye à lui. Leur région affec­tion­née n’est pas un décor : elle est le suc et l’humus de leur écri­t­ure, l’air et la chair de leurs per­son­nages ordi­naires et inou­bli­ables. En rap­prochant ces deux livres, dis­ons-le sans ambages, nous cher­chons à appâter le lec­torat nom­breux de Marie-Hélène Lafon, lui don­ner envie de se plonger dans ce chef‑d’œuvre d’Hubert Krains, parce que, out­re leur pro­fonde human­ité, leur écri­t­ure apurée, les deux ouvrages se ressem­blent par leur organ­i­sa­tion : com­posés de textes indépen­dants, ils se dévorent, réc­it par réc­it, comme un recueil, ou, dans la foulée, comme un roman. Au final, ils sont comme les pan­neaux d’un polyp­tique rur­al où l’être humain est tout à sa place. Con­tin­uer la lec­ture

Les tremblements de la nomination

Un coup de cœur du Car­net

Yves NAMUR, Fig­ures de l’éphémère, Post­face de Daniel Laroche, Impres­sions nou­velles, coll. « Espace Nord », 2026, 274 p., 12 €, ISBN : 9782875687388

namur figures de l'éphémèreL’œuvre d’Yves Namur se tient sous le signe de la poésie pen­sante au sens où l’espace du poème se con­stru­it comme un lieu de médi­ta­tion et de réflex­ion méta­physique. Fig­ures de l’éphémère, mag­nifique­ment post­facé par Daniel Laroche, abrite des frag­ments de trois recueils poé­tiques des années 1990, Frag­ments de l’inachevée (1992), Une parole dans les failles (1997), Fig­ures du très obscur (2000). La matière lan­gag­ière, l’acte de la nom­i­na­tion sont au cœur de l’imaginaire du poète, médecin des corps-âmes et médecin des mots, qui plante son inter­ro­ga­tion dans la ques­tion tout à la fois philosophique, poé­tique, exis­ten­tielle et spir­ituelle du dire, de la rela­tion (pos­si­ble et impos­si­ble) entre les mots et les choses. Liée à la con­ci­sion, à une ligne orac­u­laire, à un mou­ve­ment heuris­tique, la pré­va­lence de la forme ques­tion­nante est exigée par la rad­i­cal­ité du geste namurien : remon­ter aux sources du pas-de-deux entre le réel et la parole. L’oreille col­lée aux écrits d’Héraclite d’Éphèse, des Pré­socra­tiques, aux mys­tères du nom (sacré et pro­fane), Yves Namur aus­culte les promess­es, mais aus­si les failles, les lim­ites, l’impuissance du verbe, les para­dox­es dans lesquels le souf­fle de la parole nous entraine. Con­tin­uer la lec­ture

Préparation magistrale

Un coup de cœur du Car­net

Pas­cal LECLERCQ, La phar­ma­cie, Do, 2026, 126 p., 14 €, ISBN : 9791095434665

leclercq la pharmacie« J’avais repris mon vélo pour ren­tr­er chez moi… » Un roman dont l’incipit est con­jugué au plus-que-par­fait ne peut être qu’une réus­site, car il s’inscrit d’emblée dans une tem­po­ral­ité irrémé­di­a­ble­ment engloutie, ren­due inac­ces­si­ble au lecteur comme à l’auteur, là où le réc­it devient for­cé­ment Lit­téra­ture.

Alors, voici Pas­cal Lecler­cq qui enfourche sa bécane en pleine nuit, quit­tant un sien ami archi­tecte à Oth­ée en Hes­baye pour regag­n­er son domi­cile, et qui fend la bise, et qui pédale, là comme un dératé, ici d’un train de Mon­sieur Hulot, et qui, mal­gré l’heure tar­dive, emprunte des chemins de tra­verse dans l’idée de taquin­er le som­meil. Et qui se retrou­ve, au fil des « chemins de remem­bre­ment » sil­lon­nés, à hau­teur du quarti­er de son enfance, le vil­lage d’Alleur. Comme le hasard fait donc bien les choses quand c’est nous qui lui dic­tons sa con­duite ! Con­tin­uer la lec­ture