Archives par étiquette : Samia Hammami

« Même si l’on est différents… »

COLLECTIF CITOYENS SOLIDAIRES DE NAMUR, Lignes de vie. Des migrants et des citoyens se rencontrent, Éditions namuroises, 2018, 120 p., 12€, ISBN : 978-2-87551-0884

Le Collectif « Citoyens Solidaires de Namur » est né d’une mort, confondante, celle du petit Aylan échoué sur une plage le 3 septembre 2015. « Tu as été le déclic de notre mobilisation : nous avons voulu transformer nos indignations stériles en énergie constructive… pour dire à ceux qui te suivraient sur cette route qu’ici ils trouveraient un accueil humain. » En parallèle de l’ouverture du Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile géré par la Croix-Rouge à Belgrade (commune namuroise), des mains et des cœurs se sont donc spontanément rassemblés pour créer du lien. Dans un joyeux bazar, cette « association de faits » bat aux pulsations de collectivité, de responsabilisation et d’humanité. Continuer la lecture

Dehors et dedans

Un coup de cœur du Carnet

Marine SCHNEIDER, Hiro, hiver et marshmallows, Versant Sud Jeunesse, coll. « Les Pétoches », 2018, 40 p., 15,90€, ISBN : 978-2-930358-97-0

L’hiver est à nos portes. Tandis que la nature se dépare de ses atours, au sein des tanières, on ressort duvets, chaussettes et lainages, on se réapprovisionne en chocolat, thé et cannelle, on vérifie bougies, bouillottes et bibliothèque. On se prépare au mieux à affronter les soirées obscures, les après-midis glacés et les matins givrés. Et puis, on fonctionne un peu au ralenti aussi, à cause des couches superposées qui empêchent et du froid qui engourdit, et on envie même ces animaux qui ont le loisir de dormir en paix des semaines entières. Sauf que, « [l’] hibernation, ça ne doit pas être fait pour tout le monde », comme le grogne Hiro qui ne parvient pas à trouver le sommeil « alors que ses frères se prélassent dans de doux rêves mielleux ». Continuer la lecture

Le pouvoir des sept cordes

Joseph NDWANIYE, Plus fort que la hyène, illustrations d’Anne-Marie Carthé, La Cheminante, coll. « La Cheminante Jeunesse », 2018, 61 p., 8€, ISBN : 978-2371271081

Savez-vous ce qu’est un inanga ? Ce mot aux syllabes bondissantes désigne « un instrument de musique qui ressemble à un bouclier sur lequel on aurait fixé des cordes », une sorte de cithare venue des terres rwandaises. Chaque note qui en émane s’inscrit sur la partition des temps passés, résonne dans la tradition des Anciens et diffuse des valeurs à maintenir. Un objet à ne toucher qu’avec respect et conscience. C’est aussi le cadeau que le grand-père mahanzi de Gato lui transmet à ses six ans, lors de son premier voyage au Pays des Mille Collines, et dont il lui révèle peu à peu les secrets. L’inanga devient alors le compagnon de fortune et d’infortune du petit bonhomme, un interlocuteur qui le soutient dans son quotidien : « Quand tu seras là-bas au pays des Blancs, il ne faudrait pas que tu arrêtes de jouer de ton inanga. Quand tu seras triste ou que tu auras mal, prends-le, fais-le vibrer et surtout parle-lui, il t’écoutera et te réconfortera. » Continuer la lecture

Ellos y Nosotros

Un coup de cœur du Carnet

Simon VANSTEENWINCKEL, Nosotros, Yellow Now, 2018, 176 p., 25€, ISBN : 9782873404376

Qui n’a jamais frémi au retour d’amis partis en famille, non pas de plaisir devant leur bouille (in)changée, mais bien d’appréhension à la perspective de la soirée photos-souvenirs-il-faut-qu’on-te-raconte qui peut s’ensuivre ? Un ennui attendri au mieux (un désintérêt patent au pire) point vite lors de ces déballages pelliculaires. Simon Vansteenwinckel, lui aussi, a voyagé ; lui aussi, avec sa tribu ; et, lui aussi, est revenu avec des clichés… Mais ici, on frissonne d’admiration et d’émotion face à ses prises argentiques réunies dans l’ouvrage Nosotros. Continuer la lecture

« Auprès de son arbre… »

Émilie SAITAS, L’arbre de mon père. Mémoire d’une famille grecque en Égypte (1948-1955), t. 1, Cambourakis, 2018, 93 p., 20€, ISBN : 978-2366243253

Bruxelles, 2013, une pièce peuplée de livres, de plantes et de photographies. Un homme aux cheveux gris souris, de petites lunettes juchées sur son nez, pointe du doigt un garçonnet au centre d’un cliché en noir et blanc : « Alors, là, c’est moi dans les bras de ma mère. Elle m’appelait Kostaki. Ça veut dire petit Kosta en grec. » Avec son autre index, sur une carte cette fois : « Et tu vois ce petit point-là ? C’est Mansourah, ma ville. » C’est ainsi que débute l’exploration de l’histoire familiale des Saitas, sous les crayons d’Émilie et à travers les mots de son père, un Grec ayant grandi dans l’Égypte nassérienne. Continuer la lecture

Le silence de la Poupée

Un coup de cœur du Carnet

Goele DEWANCKEL (images) et Caroline LAMARCHE (textes), La Poupée de Monsieur Silence, FRMK, 2018, 56 p., 19€, ISBN : 9782390220121

La Poupée de Monsieur Silence, c’est d’abord un objet que l’on découvre en l’examinant sous tous les angles. Le livre, superbement soigné, subjugue par sa conception. Sa jaquette est déjà une œuvre en soi : la palette intérieure se décline, de gauche à droite, à travers de gros nuages bordeaux, rouges, canard, marron, qui prennent peu à peu la teinte de différents bleus, électrique, clair et cyan. Ce mouvement d’éclaircissement et de refroidissement est en parfait accord avec la partie de la couverture en vis-à-vis : en première, des feuilles de chêne noires, verticales, sur fond violet ; en quatrième, ces mêmes feuilles, cette fois désordonnées, nervurées et ondulantes, oranges sur ocre. Et lorsque l’on revient en arrière – car pourquoi ne pas commencer par le commencement, lecteur empressé ? – c’est la jaquette extérieure densément colorée qui happe l’admiration. Elle recèle toute l’atmosphère du livre : de subtiles dissonances, alourdies par le poids d’une fausse gaité d’autant plus manifeste qu’elle s’inscrit dans une perspective ascensionnelle (soutenue par le format longiligne de la publication). L’on perçoit instinctivement un malaise, l’on est intrigué. Dire que l’on n’a même pas encore tourné la première page… Continuer la lecture