Archives par étiquette : Vincent Tholomé

Écrire pour les oreilles et par l’oreille et pour les yeux

Leclercq Booker Little

Booker Little

Auteur : Pas­cal Lecler­cq

Mai­son d’édition : Angle mort

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 52

Prix : 12 €

Livre numérique : /

ISBN : 979–10-982925–0‑7

Que ce soit pour un réc­it ou pour une série de poèmes, Pas­cal Lecler­cq aime, comme les oulip­i­ens, écrire sous con­traintes, s’inventant des con­signes per­son­nelles, des pièges à rêves ou à mots conçus spé­ciale­ment pour et par l’écriture en cours. Book­er Lit­tle et autres poèmes n’échappe pas à ce plaisir jubi­la­toire d’écrire. Con­tin­uer la lec­ture

Elke de Rijcke ou l’art de vivre un jour qui vaut un jour

Un coup de cœur du Car­net

Elke de Rijcke Paradisiaca Un Lake-Opera

Paradisiaca. Un Lac-Opéra

Autrice : Elke de Rijcke

Mai­son d’édition : MF

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 128

Prix : 10 €

Livre numérique : /

EAN : 9782378041076

Lire Par­a­disi­a­ca, le dernier livre en date d’Elke de Rijcke, c’est plonger dans un voy­age sen­si­ble la menant de Brux­elles à Bodan, au bord d’un lac, celui de Con­stance. Voy­age métic­uleuse­ment dense, gorgé de sen­sa­tions et d’inventions lan­gag­ières. De for­mules qui font mouche. Impactent notre lec­ture. Touchent nos cœurs et nos cordes sen­si­bles. Voy­age apaisant. Ren­con­tre apaisante avec le lac et ses berges. Avec ses ciels aus­si. Ses lumières. Ren­con­tre apaisante avec l’une des beautés du monde. Parce que, oui, il existe des beautés dans le monde. Les dire, les couch­er sur papi­er, les don­ner à sen­tir dans des poèmes splen­dide­ment can­dides, faisant comme si l’angoisse et les ter­reurs qui nous sai­sis­sent devant l’enfer que ça peut être, des fois, de vivre ici, dans l’ici-bas, n’existaient pas ou ne fai­saient que peu le poids devant la joie intérieure, l’émerveillement que l’on ressent, comme Elke de Rijcke, à fendre l’air en voiture, à pal­piter en rai­son d’un ciel radieux, à n’avoir d’yeux que pour le bel élan et ce qui nous le pro­cure : les fric­tions avec le ciel (soleil, nuages et petite lune), les doigts de l’amoureux, sa présence joyeuse à nos côtés, etc. Con­tin­uer la lec­ture

Ravages : une maison d’édition
pour dire que les papillons dans nos ventres
sont des pâtes de supermarché

Drèze Pour mieux lécher les flammes

Pour mieux lécher les flammes

Auteur : Zéphyr Sey­naeve Drèze

Mai­son d’édition : Rav­ages

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 100

Prix : 14 €

Livre numérique : /

EAN : 9782960413700

Wasinski le couteau dans le geste

Le couteau dans le geste

Autrice : Alice Wasin­s­ki

Mai­son d’édition : Rav­ages

Col­lec­tion : Vacarme

Année d’édition : 2026

Nom­bre de pages : 64

Prix : 11 €

Livre numérique : /

ISBN : 9782960413717

Camille Coomans et Aurélien Dony aiment la poésie. Amoureuse­ment. Ne ménageant pas leur peine pour la défendre. En écrivant eux-mêmes. Mul­ti­pli­ant leurs pub­li­ca­tions. Pub­liant des fois dans la même mai­son, Abra­pal­abra. Par­tant des fois sur les routes, en rési­dence. Tra­ver­sant l’Atlantique pour porter leur voix ailleurs. Ani­mant partout des ate­liers d’écriture auprès de publics var­iés. Croisant joyeuse­ment le fer, sur scène, avec des artistes issus d’autres arts, la musique, notam­ment. Camille et Aurélien, ces infati­ga­bles, ont décidé, il y a plus ou moins un an, de pouss­er le bou­chon encore un peu plus loin, en créant, mais oui !, Rav­ages, une mai­son d’éditions entière­ment neuve, bien dans leur esprit, advi­enne que pour­ra. Une mai­son d’éditions aven­tureuse. Visant à combler plusieurs vides. Con­tin­uer la lec­ture

Marre de la vie morose ? Lisez Christophe Poot (ou inventez la grâce)

Christophe POOT, FOVÉA, 5e couche, 2026, 220 p., 26 €, ISBN : 9782390081265

poot fovéaDans FOVÉA, Christophe Poot écrit, peint, des­sine, trace pour dire la grâce. Ne pas se mor­fon­dre, ne pas végéter dans ce qu’énigmatiquement Christophe Poot nomme la grande blessure et qu’en tant que lec­trice et lecteur, on devine liée au fait d’être là, les deux pieds sur terre, la vie dans le noir, dans le bour­bier où, des fois, on se traine. Sans autre point de repère que notre corps et son incroy­able capac­ité à capter. À s’élever, obstiné­ment, sans dieux, sans “voix de son maitre”, dans des instants de grâce, à dix mille lieues au-dessus de sa con­di­tion. Juste pour ça : se sen­tir en vie, énig­ma­tique­ment en vie. Tra­vail à faire et à refaire mille fois par jour. Tra­vail que fait et refait Poot mille fois par jour. Tra­vail de résis­tance que Poot effectue, obstiné­ment, mille fois par jour, dans des dessins urgents et de courts textes, énig­ma­tiques eux aus­si, que ses lecteurs et lec­tri­ces devi­nent rapi­de­ment tracés, comme impro­visés à la sauvage. Ces textes et ces dessins, Poot nous en livre tous les jours sur Face­book, comme si, au-delà de les trac­er, il impor­tait de les partager, dans l’urgence et la rapid­ité, en vue de je ne sais pas quoi. Nous inspir­er peut-être. Nous ren­voy­er à nos pro­pres instants de grâce. Ou quelque chose du genre. Con­tin­uer la lec­ture

Devenir encore, obstinément

Un coup de cœur du Car­net

Éric CLEMENS, La mort existe pas, col­lages et pho­tos de Christoph Bruneel, Âne qui butine, 2026, 160 p., 22 €, ISBN : 9782919712397

clémens la mort existe pasDans La mort existe pas, Éric Clé­mens per­siste et reste fidèle à lui-même : abor­dant la vieil­lesse, le corps qui décrépit, les proches qui dis­parais­sent, Éric Clé­mens aurait pu som­br­er dans le pathos, le ressasse­ment nat­u­ral­iste, la nos­tal­gie, la mélan­col­ie, la con­fes­sion, la ten­ta­tion tes­ta­men­taire, l’autofiction, etc.

Rien de tout ça. Tant mieux. Con­tin­uer la lec­ture

Le Top 2025 de Véronique Bergen

Le Car­net et les Instants revis­ite l’année lit­téraire 2025 avec le Top 3 de ses chroniqueurs et chroniqueuses. Aujourd’hui : la sélec­tion de Véronique Bergen. Con­tin­uer la lec­ture

Jouissive plongée dans une langue qui révolutionne

Un coup de cœur du Car­net

Véronique BERGEN, Saint-Just, roman, Tin­bad, 2025, 140 p., 17 €, ISBN : 9791096415793

bergen saint justÀ quoi recon­nait-on une époque révo­lu­tion­naire ? Peut-être à ceci : au fond des vivants quelque chose grince. Quelque chose n’en peut plus. Le joug est trop lourd. L’oppression com­prime les esprits et les corps. On désire bas­culer. Penser autrement. Agir autrement. Com­ment ? On ne sait pas. Pour aller vers quoi ? On ne sait pas. Tout est à inven­ter. C’est grisant. Nos corps ne veu­lent plus étouf­fer. Nos esprits ont besoin d’air neuf et d’air frais. Plaisir fou à ressen­tir ça. Con­tin­uer la lec­ture

Lire Laurence Skivée. Pour plonger sans réserve dans l’enfance de l’art

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence SKIVEE, Je trace, Let­tre volée, 2025, 157 p., 22 €, ISBN : 9782873176563

Skivée Je traceAvez-vous déjà vécu ça, cette sit­u­a­tion-là ? Vous êtes au télé­phone, un papi­er en main, un sty­lo à bille en main. Et, pen­dant la con­ver­sa­tion, machi­nale­ment, le sty­lo court, tire des traits abstraits, venant d’on ne sait où, ou des fig­ures comiques voire grotesques, ou la tasse ronde et jaune devant vous reprend corps et vie sur papi­er. Au fond, Je trace nous par­le de ça, de ces “choses” en nous, de ces présences qui ne deman­dent qu’à sor­tir et à voir le jour par­mi nous, sous nos doigts, parce que, par hasard, il y a un feu­tre en main, un cray­on ou un sty­lo à bille, et une feuille bien sûr, un papi­er à cou­vrir. Con­tin­uer la lec­ture

L’urbexeur de la poésie

Un coup de cœur du Car­net

Vin­cent THOLOMÉ, L’existence, Dernier Télé­gramme, 2025, 211 p., 16 €, ISBN : 9791097146740

tholomé l'existenceUrbexeur de la poésie, Vin­cent Tholomé aurait trou­vé un flot de poèmes sur un site indus­triel aban­don­né, décou­vert un ciel de let­tres, d’aphorismes dis­posés au-dessus des lits du dor­toir. L’existence est une ques­tion de retours, de grav­i­ta­tions autour des mots et des choses, de voy­ages sur les ter­res de l’apparition et de la dis­pari­tion, de l’écrit qui est un fait et des faits qui sont des songes. Livre à nul autre pareil, enser­rant en ses pages « 882 poèmes expan­sion­nistes . écrits d’après les mots et les pro­pos d’Anton Nijkov . POUR DIRE QUE JE. ANTON NIJKOV . EN DÉPIT DES CIRCONSTANCES. EXISTE ENCORE », L’existence nous trans­porte dans une con­stel­la­tion poé­tique qui s’arpente en tous sens, par frag­ments, dans le con­tinu ou selon un ordre capricieux, comme dans Marelle de Julio Cor­tazar. Vin­cent Tholomé est et n’est pas Anton Nijkov qui est et n’est pas Nijin­s­ki et Artaud. Con­tin­uer la lec­ture

L’art de remettre le monde à neuf

Un coup de cœur du Car­net

Lau­rence VIELLE, Les vies de Jésus, Abra­pal­abra, 2025, 84 p., 8 €, ISBN : 9782931324127

vielle les vies de jésusBon­heur fou de retrou­ver Lau­rence Vielle. Son écri­t­ure pleine. Le monde plein et généreux sur lequel ses textes, ouverts et accueil­lant, s’appuient. Non que Lau­rence Vielle aurait “des choses à dire”. Une “vision du monde” ou un “avis autorisé” à partager. Lau­rence Vielle, en écrivant et en don­nant à lire ses ren­con­tres et péré­gri­na­tions, se fichant pas mal de Lau­rence Vielle. De la vie en vrai de Lau­rence Vielle. Comme si la vie per­so de Lau­rence Vielle, don­ner corps à cette vie per­so, n’était pas du tout le but pre­mier de Lau­rence Vielle. Con­tin­uer la lec­ture

Comment écrire par les oreilles autant que par la tête

Un coup de cœur du Car­net

David BESSCHOPS et Christoph BRUNEEL, En quête du p, Âne qui butine, coll. « Amphis­bène », 2025, 22 €, ISBN : 9782919712366

besschops bruneel en quete du pEn quête du p est le pre­mier livre d’Amphisbène, la nou­velle col­lec­tion de L’Âne qui Butine. Le “con­cept” de la col­lec­tion ? Très sim­ple. Un duo d’auteurs ou d’autrices écrit à qua­tre mains un livre de poèmes, de fic­tions, ou d’autres choses encore. Peu importe. Pourvu qu’il y ait l’ivresse. Le même duo four­nissant des œuvres plas­tiques ou visuelles, elles aus­si pro­duites à qua­tre mains. Con­tin­uer la lec­ture

Bons baisers de Koksijde, Oostende et Meli Park

Un coup de cœur du Car­net

François LIENARD, Regi­na Maris, Let­tre volée, 2025, 128 p., 18 €, ISBN : 978–2‑87317–655‑6

lienard regina marisLe voile de gras, de gris, de graf­fi­tis se déchire,
Vers Gand le ciel s’ouvre, des grains de sable
Tombent de l’émeri des nuages bleus, une odeur
De crêpe au sucre brin­que­bale vers Blanken­berge

Bon­heur fou de suiv­re François Lié­nard dans ses péré­gri­na­tions en tram tout du long de la côte belge ! C’est que François Lié­nard est généreux :  en dix-neuf poèmes de formes et de longueurs vari­ables, Regi­na Maris nous offre autant de cartes postales, ou de let­tres intimes, qu’un ami nous enver­rait d’Oostende ou du West­hoek. C’est jubi­la­toire et addic­tif. Con­tin­uer la lec­ture

Les quatre saisons d’Harry Szpilmann

Har­ry SZPILMANN, La vie frag­ile, Tail­lis Pré, 2025, 122 p., 18 €, ISBN :  9782874502422

szpilmann la vie fragileDes fois, les gens qui écrivent, ça peut être rad­i­cal. Très rad­i­cal. Déci­dant, par­fois con­sciem­ment, par­fois pas, de jouer avec les codes du genre. Repous­sant, ou met­tant en ques­tion, les lim­ites, par exem­ple, de la poésie, de ce qu’on pense générale­ment être la poésie. C’est sou­vent impres­sion­nant. Spec­tac­u­laire. Har­ry Szpil­mann est rad­i­cal mais ne joue pas du tout dans ces eaux-là. Sa rad­i­cal­ité, je la trou­ve, per­son­nelle­ment, dans ses par­tis-pris exis­ten­tiels. Har­ry Szpil­mann ne se préoc­cu­pant pas du tout de “révo­lu­tion­ner son art”. Ne cher­chant pas du tout à “séduire”. Pas d’allusion, chez lui, dans sa Vie frag­ile, aux grandes thé­ma­tiques du moment, poli­tiques, envi­ron­nemen­tales, etc. Pas de retour, non plus, aux sen­sa­tions du corps. Con­tin­uer la lec­ture

Rentrée littéraire 2025 : continuité et renouveau

rentree 2025

Immuable temps fort de l’année édi­to­ri­ale française, la « ren­trée lit­téraire d’automne » sus­cite beau­coup d’attention en Bel­gique aus­si.

De la part des libraires et des lecteurs, évidem­ment, puisque la lit­téra­ture pub­liée en France reste, de loin, la plus ven­due chez nous. Pour les auteurs et autri­ces belges pub­liés en France, cette ren­trée est pleine­ment la leur, et ils se mêleront, comme tous les romanciers hexag­o­naux, à l’effervescence du moment et notam­ment à la course aux prix. Les maisons d’édition belges, quant à elles, adoptent vis-à-vis de cette péri­ode des atti­tudes divers­es. Cer­taines en font un moment-phare de leur année. Elles optent alors pour un pro­gramme d’ampleur, et des dates de paru­tion qui rejoignent celles des voisins français (fin août), ou sont au con­traire plus tar­dives, pour éviter une con­cur­rence déséquili­brée. D’autres maisons, sans être inac­tives au cours du deux­ième semes­tre, pla­cent plutôt le cen­tre de grav­ité de leur année édi­to­ri­ale à la Foire du livre de Brux­elles, et présen­tent donc un pro­gramme plus léger pour l’automne.

Tour d’horizon des auteurs et autri­ces belges qui fer­ont la ren­trée 2025, en Bel­gique ou à l’étranger. Con­tin­uer la lec­ture

Où l’auteur produit, à tour de bras, une littérature splendidement utile et inutile

Un coup de cœur du Car­net

Antoine BOUTE, Siestes Pilotes, Back­land, 2025, 98 p., 17 €, ISBN : 9782959402753

boute siestes pilotesJ’ouvre Siestes pilotes et, d’emblée, deux évi­dences : 1) j’aime ce livre et, 2), j’aimerais que, là, à l’instant, Antoine Boute se matéri­alise devant moi et me lise des extraits de Siestes pilotes, réin­ven­tant, pour mes yeux, et surtout mes oreilles, son écrit, dans une lec­ture per­for­mance inou­bli­able et drôle.

Parce qu’Antoine Boute est un maitre. Un expert en écholalies et glos­so­lalies. Prenant grand soin de ne jamais nous per­dre. Prenant grand soin à nous tenir en haleine. C’est que, l’air de rien, la langue mon­strueuse et les façons de faire d’Antoine Boute tien­nent autant du jeu, de la blague, du plaisir qu’il y a à écrire, à laiss­er la langue et les jeux avec les mots dicter le réc­it, les his­toires mul­ti­ples à pleur­er de rire rap­portées dans le livre qu’à l’art du réc­it et de la racon­touze. Comme si la langue — et les jeux qu’elle per­met — créait elle-même, en per­son­ne, le texte que nous sommes en train de lire. Comme si la langue en était l’auteur ou l’autrice. Antoine Boute n’étant que l’instrument de la langue. Son bic ou son écran infor­ma­tique. La langue pas­sant à tra­vers le corps d’Antoine Boute pour enfin s’incarner. Pren­dre corps devant nous. Con­tin­uer la lec­ture

Écrire et lire pour qu’il y ait autre chose à vivre, sur cette terre, que le gel, le crachin, les malheurs et les dos qui se figent

Un coup de cœur du Car­net

Marc DUGARDIN, Per­son­ne dis-tu, Rougerie, 2025, 64 p., 12 €, ISBN : 978–2‑85668–427‑6

dugardin personne dis tuAvec Per­son­ne dis-tu, Marc Dugardin pour­suit son “boulot” de poète, ou la tâche qu’il s’assigne, en tout cas, en tant que poète : être un sis­mo­graphe, un enreg­istreur. Un passeur de vibra­tions, de sen­sa­tions et d’émotions. Ses poèmes vont droit au but. Ne s’embarrassant ni des faits, ni des lieux, ni des heures, ni des noms.

Dans Per­son­ne dis-tu, le pre­mier poème dit : Con­tin­uer la lec­ture