Archives par étiquette : Vincent Tholomé

Où l’on entre avec plaisir dans les images d’une douce et discrète plasticienne

Anne LELOUP, Trouvé par terre (notes d’atelier), Esperluète, 2017, 64 p., 18 €, ISBN : 9782359840759

leloupVoilà belle lurette qu’Anne Leloup traîne discrètement ses guêtres dans le milieu littéraire. Une vingtaine d’années au moins. Esperluète, sa maison d’éditions, toute discrète qu’elle soit, affiche tout de même au moins cent cinquante auteurs. Ça n’est pas rien. Ça fait un fichu beau catalogue d’objets singuliers, mêlant souvent écriture poétique et sensible, à douce fleur de peau, et arts plastiques. Ça donne toujours des objets-livres hyper soignés, d’une grande beauté plastique, donnant envie de s’y perdre, de s’y plonger un peu beaucoup, d’y prendre son bain de calme et de tendre repos alors que ça s’agite partout autour de nous. Oui, les objets-livres qu’édite Anne Leloup ont cette force-là : ils offrent l’opportunité de poétiquement nous poser. Souffler un coup, comme on dit.

Oui mais.

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Où l’on déclare bien haut la guerre à la guerre

Coup de coeur du Carnet

Jean-Pierre VERHEGGEN, Ma petite poésie ne connaît pas la crise, Gallimard, 2017, 120 p., 14.50 €/ePub : 10.99 €, ISBN : 9782072729232

verheggenBon. Il suffit d’ouvrir la radio. D’écouter le journal. De lire un quotidien. Et cela nous tombe dessus : la rhétorique de l’époque, la rhétorique médiatique, est à la guerre. Avec son cortège de rodomontades. Et ses discours, a contrario, pacifistes et sirupeux. Comment l’ignorer ? C’est partout autour de nous. Partout. Comment lutter contre ? En tant que poète, je veux dire ? En tant qu’amoureux fou de la langue ? Comment ? En fourbissant ses armes de poète, pardi ! En fourbissant sa langue. Ses façons de faire bien à soi. Ses façons de faire incisives et bien pendues. N’hésitant pas à rentrer dans le lard franco. Ne tournant pas autour du pot. Jamais. Ses façons de dire qui moquent ou qui démontent, tournent en dérision tout esprit de sérieux – qui n’est, sans doute, tout au fond, qu’une façon de se poser là, qu’une façon d’occuper le terrain, de prendre le pouvoir. Continuer la lecture

Où, tout à coup, l’on comprend qu’on pourrait prendre plaisir à danser librement sur la Terre

Un coup de coeur du Carnet

Werner LAMBERSY, Sommet d’où jeter son pinceau, avec un frontispice de Brigitte Dusserre-Bresson, Taillis Pré, 2016, 150 p., 15 €, ISBN : 978-2-87450-109-8

lambersy.gifAutant le dire tout de suite : j’aime Werner Lambersy, le poète Werner Lambersy. J’aime le fait qu’il joue franco. Cartes sur table. J’aime la limpidité de ses recueils. La limpidité de chacun de ses « projets », comme on dit. Sommet d’où jeter son pinceau n’échappe pas à cette règle. Tant mieux pour nous, dirais-je. Continuer la lecture

Où l’on marque un temps d’arrêt juste avant de s’ébattre

Un coup de cœur du Carnet

Harry SZPILMANN, Liminaire l’ombre, Taillis Pré, 2017, 104 p., 12 €, ISBN :  978-2-87450-106-7

szpilmann

À la lecture de Liminaire l’ombre, me revient en tête une image, elle inaugure la scène première d’un western fabuleux, La prisonnière du désert. L’écran est d’abord noir puis quelqu’un, une femme, ouvre une porte et l’on devine que l’on était dans une cabane, et l’on voit ce que la femme voit, le monde lumineux des prairies, des ciels bleus, des espaces ouverts battus par les vents, et l’action peut commencer. Liminaire l’ombre n’a rien d’un western, bien sûr, et Harry Szpilmann n’a que faire de « mettre en scène » un héros à la John Wayne. Mais comme cette femme ouvrant littéralement une porte sur le monde, Harry Szpilmann et son livre se tiennent comme qui dirait au bord, au seuil, juste avant la plongée dans le monde, juste avant le grouillement lumineux, aveuglant, des crapauds et des eaux qui miroitent, juste avant l’éblouissement. Dans cette espèce d’entre-deux que la langue poétique, une certaine langue poétique, entre ombre et lumière, tente, quelquefois, comme elle peut, de capter. Vous savez, cet élan qu’on ressent parfois, cette poussée, si peu dicible ou explicable, qui nous pousse à aller, pan !, de l’avant, à sauter dans le grand vide grisant et vogue la galère. Cette poussée qu’aucun mot, aucune parole, n’arrivent à dire vraiment. Cette espèce de petit bouillon, petit bouillonnement, qu’on ressent parfois au fond de soi et qui, allez savoir pourquoi, nous incite à franchir le pas. À passer le seuil. À franchir la clôture. À courir comme des fous, comme des folles, dans les prés. À enfin nous ébattre et nous réjouir. Continuer la lecture

Où l’on est doucement renvoyé à sa condition d’exilé

Daniel De BRUYCKER, Maximilien DAUBER, Exode, Les Carnets du dessert de lune, 2017, 80 p., 16 €, ISBN : 9782930607818

Le pays était froid
rude à voir et sauvage
à s’endurcir le cœur

Çà et là des clartés violentes
aveuglaient sans rien éclairer
qu’un ciel d’orage au cœur de soi

Des cris d’oiseaux passaient
stridents dans la tourmente –
eux-mêmes, on ne les vit jamais

de bruycker exodeLes livres, ça peut toujours se prendre au pied de la lettre. On louperait des choses, sûrement, en les lisant, ainsi, au ras de la moquette. N’empêche. Ça peut se faire. Rien ne nous empêche d’user ainsi de la lecture. On dirait alors d’Exode, dernier livre en date de Daniel De Bruycker et Maximilien Dauber, qu’il est le fruit de deux amoureux fous du désert. Dauber y revenant sans cesse depuis des années. Photographiant, filmant, obstinément, les sables, les roches éreintées, les ocres et les bleus. De Bruycker nous livrant de petits poèmes en tercet, suivant à la trace une troupe indéfinie de gaillards et de gaillardes, une troupe marchant dans le désert, on ne sait pas trop pourquoi, une troupe faisant route vers une oasis, y parvenant en bout de course. Continuer la lecture

Où l’on navigue avec plaisir au radar

Un coup de cœur du Carnet

Véronique WAUTIER, Godelieve VANDAMME, Cabaner Chavirer, Éranthis, 2017, 82 p., 16 €, ISBN : 978-2-874830-12-9

wautierJe lis Cabaner Chavirer puis je le relis puis je pense : les poèmes de Véronique Wautier sont des havres. Des haltes provisoires. Des façons de se construire une cabane où s’abriter. Provisoirement. De se mettre deux secondes quinze ou trois minutes à l’abri de la violence du monde. Des drames persos. Ou des grandes tragédies du siècle comme on dit. De tous ces événements qui emportent avec eux les voisins. Les amis. Les êtres chers. Les êtres tout court. Les poèmes de Véronique Wautier sont des cabanes de mots. Des territoires fragiles. Des petits totems faits de bric et de broc. Construits au petit bonheur. À l’aveugle. Sans qu’on sache où l’on va. En suivant son instinct. Continuer la lecture

Où l’on plonge vollegaz dans l’histoire millénaire d’une guerre larvée et actuelle

Alain ADRIAENS, Un millénaire de simplicité volontaire en Occident, Couleur livres, 2016, 184 p., 18 €, ISBN : 978-2-87003-694-5

adriaensCar bon. Ne nous leurrons pas. C’est bien d’une guerre dont parle Alain Adriaens, ce biochimiste, généticien, porte-parole du mouvement politique des objecteurs de croissance. C’est bien d’une guerre dont nous parle cet ancien écologue scientifique qui, tout à coup, fait dans l’histoire, dans l’essai historique de vulgarisation. D’une guerre larvée. Actuelle mais aussi vieille que le monde, comme on dit. D’une guerre qui a eu cours dans le passé mais a donc cours aujourd’hui. Sous nos yeux. Dans les médias. Dans nos esprits. Pas d’une guerre aux allures spectaculaires. Continuer la lecture