Archives par étiquette : Bruxelles

Sabine mène l’enquête

Philippe BLASBAND,  Chocolat amer, Castor astral, 2022, 264 p., 20 € / ePub : 9,99 €, ISBN :
979-10-278-0330-9

blasband chocolat amerLe monde du polar est une galaxie complète, avec des ambiances allant du tragique à la comédie, des enquêteurs récurrents ou non, menées par des policières ou des amatrices…

Le polar peut être noir ou rouge sang, angoissant ou ironique, politique ou pas, historique que ce soit à la manière de Bernie Gunther ou du frère Cadfaël, mais toujours il démonte les ressorts de l’âme humaine ou les rouages de la société en mettant le doigt – et la lumière – là où ça fait mal. Continuer la lecture

La fièvre révolutionnaire

Philippe BRANDES,En ce qui concerne Alexandre, Accro, 2022, 361 p., 22 €, ISBN : 9782931137048

brandes en ce qui concerne alexandreAlexandre Moreau est un jeune homme qui désire effectuer des études d’architecture à l’académie de l’Ouvroir. Malgré la désapprobation de son père, inquiet de la réputation libertaire de l’école, le héros se lance à cœur perdu dans son cursus, porté par des professeurs passionnants et les manifestations estudiantines de gauche qui ont ponctué les années 1970 à Bruxelles.

Alexandre est un passionné : il met en place des projets avant-gardistes et provocateurs afin de lutter contre l’urbanisation inquiétante de la capitale dictée par les intérêts politiques et financiers. Il entre dans la vie active en devenant assistant à l’académie et en s’installant avec sa copine Véronique, mais il prend rapidement conscience de son malaise dans une vie rangée : l’amour libre marquera désormais sa vie affective, au point que le compte de ses conquêtes devient difficile. Continuer la lecture

De l’autre côté du miroir

Aliénor DEBROCQ, Maison miroir, Rouergue, coll. « La Brune », 2022, 304 p., 21 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782812623509

debrocq maison miroir« Rose passe la plupart de ses journées chez elle. Avant, elle y recevait aussi ses clients, mais elle a modifié ses habitudes depuis que la maison voisine est devenue une boîte à décibels. Elle n’ose plus accueillir personne, se sent prise en otage du vacarme, guette avec crainte le retour de la marmaille, comme la nomme son mari. Dès que la petite troupe bariolée passe le portail et s’engouffre à côté, Rose sait que le tintamarre va traverser les murs. Finie, la tranquillité. » Tel est le quotidien sonore de cette quadra bourgeoisement installée au creux d’un quartier vert de la banlieue bruxelloise. Avant, le calme régnait. Avant, Rose ne se claquemurait pas non plus chez elle. Elle menait une carrière d’architecte consciencieuse, d’épouse établie, de mère attentive à sa Boucles d’Or. Elle avançait sans se poser (trop) de questions, suivant le mouvement, interagissant parfaitement. Certains troubles la traversaient bien entendu ; ils demeuraient juste assez inoffensifs quant à la stabilité des fondements de son existence. Mais avant, Rose n’avait pas perdu son bébé ni subi de curetage, et n’était pas encore cette présence d’éther détachée du monde et pourtant douloureusement consciente de ses privilèges. Avant, tout était moins délicat, et plus silencieux. Continuer la lecture

Le cœur grenadin

Pierre ANDRÉ, Elle s’appelait Lucía, Grasset, coll. « Le courage », 2022, 174 p., 17 €, ISBN : 978-2-246-82797-9

andré elle s appelait lucia« Tout a déjà été dit, mais pas par moi » : tel aurait pu être le leitmotiv de Pierre André lorsqu’il écrivait son premier roman, Elle s’appelait Lucía. Le livre, qui parait aujourd’hui dans l’élégante collection « Le courage » (dirigée par Charles Dantzig) des éditions Grasset, raconte une histoire éternelle – celle d’un ravissement amoureux. Continuer la lecture

Subversion vs Subvention

Éric VAN ESSCHE (dir.), (R)évolutions du Street Art, CFC éditions, 2021, 288 p., 28 €, ISBN : 978-2-87572-071-9

van essche (r)evolutions du street artPhiladelphie, années 60, les premiers graffitis apparaissent sur les murs de la ville.

Février 2022, un musée bruxellois expose de nombreux artistes urbains issus de ses collections.

Entre les deux, que s’est-il passé ?

Dans le métro, sur les volets baissés, dans les zones grises, sur les murs des écoles, dans les galeries d’art, sur les tee-shirts, dans les toilettes, sur les paquets de biscuits, au musée, dans les gares… Les graffitis sont partout.  Continuer la lecture

Célestin de Méeûs donne le droit de foutre le camp

Un coup de cœur du Carnet

Célestin de MÉEÛS, Cavale russe, Cheyne, 2021, 80 p., 17 €, ISBN : 978-2-84116-309-0

de meeus cavale russeBruxelles, un « vieux vendredi d’avril », un vingt-quatre. Célestin de Méeûs prend la tangente pour une cavale russe qu’il effectue à rebours de Cendrars – s’expulsant du petit pays dont il « n’a jamais voulu rien savoir » pour se ficher, telle une épingle sur une carte, à Vladivostok. C’est des confins de la Russie, du plus extrême est, qu’il entreprend alors un retour vers Ostende et vers l’aimée. Gardien d’une photographie d’elle qu’il « criblera de doigts », c’est à elle qu’il s’adresse dans ce long poème démontrant que le souffle peut ne jamais mourir, déroulant implacablement des vers d’une exigeante soif de justesse. Continuer la lecture

Bagarre devant la discothèque

Patrick PARMENTIER, La trajectoire du papillon, Memory, 2021, 20 €, ISBN : 9782874133589

parmentier la trajectoire du papillonUne rixe à la sortie d’une boîte de nuit bruxelloise tourne mal. Une bande de jeunes a pris à partie un homme âgé mal fagoté qui passait par là. Bousculé malgré son air impassible qu’ils ont pris pour du dédain, l’homme s’est écroulé et il a été roué de coups de pieds. Il est laissé pour mort par la bande qui s’enfuit. Sergio, qui a donné le tempo de l’attaque, file vers son domicile et décide de disparaître. Véhiculé par un voisin, puis pris en charge par son oncle Alec, il trouve refuge dans une famille d’agriculteurs flamands qui le fait passer pour un neveu. Là, il attend de se faire oublier et apprend le travail de la ferme et le néerlandais. Continuer la lecture

Schuiten et Peeters : lettre à Bruxelles, la survivante

Un coup de cœur du Carnet

François SCHUITEN, Benoît PEETERS, Bruxelles. Un rêve capital, Casterman, 2021, 128 p., 29 €, ISBN : 978-2-203-22977-8

schuiten peeters bruxelles un reve capitalQuand l’hommage à une ville jaillit de l’imaginaire, de la sensibilité d’un duo de créateurs ayant marqué le neuvième art de leur empreinte, l’enchantement est au rendez-vous. Dans le somptueux ouvrage Bruxelles. Un rêve capital, François Schuiten et Benoît Peeters opèrent un glissando de Brüsel des Cités obscures à la capitale Bruxelles approchée sous la forme d’une balade architecturale, historique et onirique. Au fil d’une promenade résolument subjective, les auteurs nous entraînent dans un récit construit sur des portraits de lieux (la Grand-Place, le Palais de Justice, la Porte de Hal, le Palais Stoclet, le Musée Wiertz, la Maison Autrique…), de personnages (les architectes Joseph Poelaert, Victor Horta, Henry Van de Velde, l’archiviste Paul Otlet et son Mundaneum…) et d’événements (ponctuels et irréversibles : le voûtement de la Senne, la Jonction Nord-Midi, choix de Bruxelles comme capitale de l’Europe…). Continuer la lecture

La nef des bannis

Marc MEGANCK, Van Kroetsch 4 : Les faire taire à jamais, Lamiroy, 2021, 207 p., 20 €, ISBN : 978-2-87595-494-7

meganck van kroetsch les faire taire a jamaisImaginez un immeuble d’une dizaine d’étages dans lequel sont consignées des personnes mises au ban de la société pour des délits variables. Une formule intermédiaire entre la prison telle que nous la connaissons et une forme d’assignation à résidence, avec des contrôles de présence le matin et le soir, des possibilités de sorties nécessitant des démarches compliquées. C’est dans ce monde portant le doux nom de Cimetière des éléphants que nous entraîne ce roman placé sous le regard de Van Kroetsch, un détective lui-même résident, qui mène l’enquête suite au décès du veilleur de nuit et dont ce n’est pas la première apparition sous la plume de l’auteur. Continuer la lecture

Déplacements et floraison

Un coup de cœur du Carnet

Christine GUINARD, Autour de B., avec des photographies de France Dubois, Unicité, 2021, 13 €, ISBN : 978-2-37355-580-6

guinard autour de b« […] et rien ne pourrait rivaliser malgré le poids du ciel et le chaos des routes, avec l’aptitude singulière à creuser insensiblement le sillon du renouveau – la fraîcheur de l’eau du nord et l’entrebâillement des langues, des esprits et des corps traversés même loin des côtes par l’eau salée. »

Après son dernier recueil poétique, le merveilleux Sténopé (éditions Unicité), Christine Guinard nous revient avec un autre tout aussi merveilleux (et très différent) recueil, Autour de B., paru aux mêmes éditions. La quatrième de couverture développe le contexte de l’écriture : « Autour de B. évoque le retrait inquiétant mais splendide dans Bruxelles au printemps 2020, entre déambulation intérieure et avènement d’une floraison luxuriante. » Si le recueil est donc pleinement contextualisé, il acquiert pourtant, comme toujours chez Christine Guinard, une dimension intemporelle. Continuer la lecture

La mémoire orageuse de James Ensor

Vincent DELANNOY, James Ensor à Bruxelles, Samsa, 2021, 146 p., 19 €, ISBN : 978-2875933102

delannoy james ensor a bruxellesMettre en lumière les rapports qui se sont tissés entre James Ensor (1860-1949) et Bruxelles, alors qu’on ancre volontiers le peintre à Ostende, c’est le propos du livre de Vincent Delannoy James Ensor à Bruxelles.

Orienté tout jeune vers la peinture par son père (ce qu’il gardera toujours par devers lui, professant une fois pour toutes qu’il ne doit rien à personne), formé à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, s’il travaille avec ardeur dans son atelier d’Ostende, c’est dans la capitale qu’il noue des contacts déterminants pour sa carrière artistique. Continuer la lecture

Des gouttes de poésie dans le métro bruxellois

image de métro

Image par Shutterbug75 de Pixabay

Le romancier Grégoire Polet, en partenariat avec la Stib et les AML, a imaginé une intervention poétique et bilingue, lancée ce vendredi 16 juillet dans les stations du métro bruxellois. Continuer la lecture

« Ceci n’est pas un Maigret »

Nadine MONFILS, Les folles enquêtes de Magritte et Georgette. Nom d’une pipe !, Robert Laffont, coll. « La bête noire », 2021, 296 p., 14,90 € / ePub : 9.99 €, ISBN : 978-2-221-25020-4

monfils les folles enquetes de magritte et georgetteAh ! comme il doit se réjouir René Magritte là-bas au milieu de ses ouates de nuages qui naviguent allègrement dans un ciel bleu, d’être devenu, le détective chargé (par lui-même) d’élucider une série de meurtres que Nadine Monfils nous raconte dans ce premier roman policier de la série « Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette ». On annonce déjà – pour juin – une deuxième enquête qui se déroulera à Knokke, Nom d’une pipe ! se déroulant pour l’essentiel à Bruxelles. Il y a fort à parier que notre Belge de Montmartre ne s’arrêtera pas en si bon chemin et que, Georgette et René, avec leur chien  Loulou reviendront dans de nouvelles aventures ! Continuer la lecture

Palimpsestes de pignonnistes

Michel LAUWERS, Kennedy et le dinosaure, Roman, Murmure des Soirs, 2021, 259 p., 20 €, ISBN : 9782930657653

lauwers kennedy et le dinosaureCe roman de Michel Lauwers, Kennedy et le dinosaure, entraîne lecteurs et lectrices dans une double enquête : familiale et criminelle, intime et historique, à partir d’un reportage sur le patrimoine bruxellois, ancêtre du street art : les publicités peintes à la main sur les murs des bâtiments de la ville au siècle précédent par des artistes méconnus, les pignonnistes. Continuer la lecture

« L’erreur d’une vie. La vie d’une erreur »

Pierre MERTENS, Les éblouissements, Seuil, coll. « Points », 2021, 475 p., 8,50 €, ISBN : 978-2-7578-8509-3

mertens les éblouissementsPour son cinquantième anniversaire, la collection « Points » propose la réédition de titres qui ont ponctué son histoire. Le roman de Pierre Mertens, Les éblouissements, y trouve sa place. Il s’est vu attribuer le prix Médicis en 1987.

Le roman met en scène le poète allemand Gottfried Benn, né en 1886 et mort en 1956. Considéré comme un des écrivains majeurs de la littérature allemande du 20e siècle, défendant à partir des années 1910 une esthétique expressionniste, il s’est cependant fourvoyé brièvement en 1936, affirmant si pas des sympathies du moins une tolérance à l’égard du régime nazi dont il est quelque temps « compagnon de route ». Bien vite il revient sur cette erreur, mais il sera renié autant par les autorités que par ceux de ses pairs en littérature qui, eux, ont choisi l’exil pour lutter contre la dictature nazie. Benn est donc censuré, voué au silence avant d’être reconsidéré après la Seconde Guerre par les jeunes écrivains de ce que l’on a appelé la génération de « l’année zéro » qui redécouvrent la pertinence et la fulgurance de son œuvre, mais le questionnent aussi sur les raisons de son aveuglement passager. Continuer la lecture