Archives par étiquette : Bruxelles

La raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure

Eléonore DEVILLEPOIX, Brussailes, illustrations Katerina Boudriot Bazantova, Hachette romans, 2022, 276 p., 18,10 € / ePub : 12,99 €, ISBN : 978-2-01-716016-8

devillepoix brussailesDans ce nouvel opus, Eléonore Devillepoix ancre son histoire dans le monde des oiseaux de la ville de Brussailes, où depuis quelque temps des vols d’œufs de toutes les espèces se multiplient et affectent les jeunes parents. Le fait divers devient politique lorsque le Parlement des Oiseaux s’empare de l’affaire pour identifier le réseau de criminels supposé à l’origine de ce drame.

Les parlementaires identifient rapidement un coupable idéal : les perruches, ces oiseaux étrangers amenés par les humains, non représentés au Parlement et accusés de tous les problèmes de la communauté. Par souci d’équité, les membres du Parlement décident de désigner trois oiseaux d’espèces différentes afin qu’ils mènent une mission de renseignements non pas pour connaître l’origine des rapts d’œufs, mais pour prouver directement la culpabilité des oiseaux exotiques. Continuer la lecture

Des lieux et des habitants

Pierre BLONDEL, Anderlecht-Molenbeek, L’un et l’autre suivi de Sur la route de Lennik, Préface de François Chaslin, Fourre-tout, coll. « Fonds de tiroirs », 2022, 150 p., 18 €, ISBN : 9782930525259

blondel anderlecht molenbeekArchitecte, ayant à son actif de nombreux logements sociaux à Bruxelles, enseignant à l’École d’Architecture de La Cambre, Pierre Blondel agence deux nouvelles qui, réunies sous le titre Anderlecht-Molenbeek, interrogent son métier, les intrications sociales qui nouent architecture, urbanisme, politique, économie, gestion de l’espace et poésie urbaine. Articulées autour de deux projets immobiliers réalisés par l’auteur et ses collaborateurs dans ces deux communes de Bruxelles (la maison communale à Molenbeek, le complexe de logements, de crèche, de restaurant social à Anderlecht), les nouvelles L’un et l’autre et Sur la route de Lennik interrogent l’imaginaire des lieux, l’évolution des paysages, des styles, des populations à travers le temps, l’arc-de-cercle qui relie l’architecture au passé, au présent et la donne visionnaire qui la projette dans l’avenir. Au travers de personnages que tout oppose — habitants des quartiers, acteurs des projets de construction, pouvoirs publics, spéculateurs immobiliers, comités de quartier…. —, Pierre Blondel retrace des trajectoires humaines et des trajectoires de pierres, des drames sociaux et les nouveaux visages que prend l’urbanisme. Des nouveaux visages architecturaux tantôt accueillis avec confiance, tantôt boudés par les habitants. Continuer la lecture

Splendeur et fragilité de la marge

Véronique BERGEN, Marolles. La cour des chats, CFC, coll. « La ville écrite », 2022, 178 p., 18 €, ISBN : 978-2-87572-054-2

bergen marollesAlbums pour la jeunesse, livres d’art ou d’histoire : le catalogue des éditions CFC regorge de volumes somptueux, richement illustrés. Sous sa mise plus modeste, l’élégante sobriété de Marolles. La cour des chats confirme le souci de la maison pour l’objet-livre. De sobriété, il n’est pourtant guère question dans le propos de Véronique Bergen. Les Marolles sont en effet pour elle surtout bigarrure, diversité de population…, bref : « bifurcations  » et « fantaisie ». 

Un tel objet échappe forcément à toute tentative de le circonvenir, et l’essayiste privilégie une approche par éclairages successifs. D’un chapitre à l’autre, elle évoque tour à tour le brusseleer, la zwanze, la toponymie, l’urbanisation, les artistes et habitants notables, l’hospitalité, la solidarité, les chats… Continuer la lecture

Le collectionneur d’expériences

Thomas LAVACHERY, Le Netsuke, Esperluète, 2022, 192 p., 22 €, ISBN : 9782359841572

lavachery le netsukeDans Le netsuke, le nouveau roman de Thomas Lavachery, le narrateur Jacques Mellery raconte avec une tendresse douce-amère la fin de son adolescence. À cette époque, il passe ses journées hors de sa maison, dénuée de présence maternelle (par la mort) et paternelle (par l’effacement). En-dehors de l’école, où il ne brille pas par son implication, il explore sa commune et fréquente aussi bien les esseulés que les familles de ses camarades au sein desquelles il se voit accueilli avec évidence. Encore maintenant, « [il] ignore ce qui plaisait en [lui] mais [il] ne devai[t] pas en faire beaucoup pour [s]e faire accepter ». Peut-être était-ce dû à sa plasticité sociale, sympathique petit caméléon lui qui « changeai[t] de manière d’être, de parler, en fonction des personnes avec qui [il] se trouvai[t] ». Continuer la lecture

Sabine mène l’enquête

Philippe BLASBAND,  Chocolat amer, Castor astral, 2022, 264 p., 20 € / ePub : 9,99 €, ISBN :
979-10-278-0330-9

blasband chocolat amerLe monde du polar est une galaxie complète, avec des ambiances allant du tragique à la comédie, des enquêteurs récurrents ou non, menées par des policières ou des amatrices…

Le polar peut être noir ou rouge sang, angoissant ou ironique, politique ou pas, historique que ce soit à la manière de Bernie Gunther ou du frère Cadfaël, mais toujours il démonte les ressorts de l’âme humaine ou les rouages de la société en mettant le doigt – et la lumière – là où ça fait mal. Continuer la lecture

La fièvre révolutionnaire

Philippe BRANDES,En ce qui concerne Alexandre, Accro, 2022, 361 p., 22 €, ISBN : 9782931137048

brandes en ce qui concerne alexandreAlexandre Moreau est un jeune homme qui désire effectuer des études d’architecture à l’académie de l’Ouvroir. Malgré la désapprobation de son père, inquiet de la réputation libertaire de l’école, le héros se lance à cœur perdu dans son cursus, porté par des professeurs passionnants et les manifestations estudiantines de gauche qui ont ponctué les années 1970 à Bruxelles.

Alexandre est un passionné : il met en place des projets avant-gardistes et provocateurs afin de lutter contre l’urbanisation inquiétante de la capitale dictée par les intérêts politiques et financiers. Il entre dans la vie active en devenant assistant à l’académie et en s’installant avec sa copine Véronique, mais il prend rapidement conscience de son malaise dans une vie rangée : l’amour libre marquera désormais sa vie affective, au point que le compte de ses conquêtes devient difficile. Continuer la lecture

De l’autre côté du miroir

Aliénor DEBROCQ, Maison miroir, Rouergue, coll. « La Brune », 2022, 304 p., 21 € / ePub : 15,99 €, ISBN : 9782812623509

debrocq maison miroir« Rose passe la plupart de ses journées chez elle. Avant, elle y recevait aussi ses clients, mais elle a modifié ses habitudes depuis que la maison voisine est devenue une boîte à décibels. Elle n’ose plus accueillir personne, se sent prise en otage du vacarme, guette avec crainte le retour de la marmaille, comme la nomme son mari. Dès que la petite troupe bariolée passe le portail et s’engouffre à côté, Rose sait que le tintamarre va traverser les murs. Finie, la tranquillité. » Tel est le quotidien sonore de cette quadra bourgeoisement installée au creux d’un quartier vert de la banlieue bruxelloise. Avant, le calme régnait. Avant, Rose ne se claquemurait pas non plus chez elle. Elle menait une carrière d’architecte consciencieuse, d’épouse établie, de mère attentive à sa Boucles d’Or. Elle avançait sans se poser (trop) de questions, suivant le mouvement, interagissant parfaitement. Certains troubles la traversaient bien entendu ; ils demeuraient juste assez inoffensifs quant à la stabilité des fondements de son existence. Mais avant, Rose n’avait pas perdu son bébé ni subi de curetage, et n’était pas encore cette présence d’éther détachée du monde et pourtant douloureusement consciente de ses privilèges. Avant, tout était moins délicat, et plus silencieux. Continuer la lecture

Le cœur grenadin

Pierre ANDRÉ, Elle s’appelait Lucía, Grasset, coll. « Le courage », 2022, 174 p., 17 €, ISBN : 978-2-246-82797-9

andré elle s appelait lucia« Tout a déjà été dit, mais pas par moi » : tel aurait pu être le leitmotiv de Pierre André lorsqu’il écrivait son premier roman, Elle s’appelait Lucía. Le livre, qui parait aujourd’hui dans l’élégante collection « Le courage » (dirigée par Charles Dantzig) des éditions Grasset, raconte une histoire éternelle – celle d’un ravissement amoureux. Continuer la lecture

Le livre à la fête en mars

La Foire du livre est annulée, mais le mois de mars sera résolument littéraire. Plusieurs initiatives invitent le public à – enfin – se retrouver, à échanger et (s’)offrir des livres. Continuer la lecture

Subversion vs Subvention

Éric VAN ESSCHE (dir.), (R)évolutions du Street Art, CFC éditions, 2021, 288 p., 28 €, ISBN : 978-2-87572-071-9

van essche (r)evolutions du street artPhiladelphie, années 60, les premiers graffitis apparaissent sur les murs de la ville.

Février 2022, un musée bruxellois expose de nombreux artistes urbains issus de ses collections.

Entre les deux, que s’est-il passé ?

Dans le métro, sur les volets baissés, dans les zones grises, sur les murs des écoles, dans les galeries d’art, sur les tee-shirts, dans les toilettes, sur les paquets de biscuits, au musée, dans les gares… Les graffitis sont partout.  Continuer la lecture

Célestin de Méeûs donne le droit de foutre le camp

Un coup de cœur du Carnet

Célestin de MÉEÛS, Cavale russe, Cheyne, 2021, 80 p., 17 €, ISBN : 978-2-84116-309-0

de meeus cavale russeBruxelles, un « vieux vendredi d’avril », un vingt-quatre. Célestin de Méeûs prend la tangente pour une cavale russe qu’il effectue à rebours de Cendrars – s’expulsant du petit pays dont il « n’a jamais voulu rien savoir » pour se ficher, telle une épingle sur une carte, à Vladivostok. C’est des confins de la Russie, du plus extrême est, qu’il entreprend alors un retour vers Ostende et vers l’aimée. Gardien d’une photographie d’elle qu’il « criblera de doigts », c’est à elle qu’il s’adresse dans ce long poème démontrant que le souffle peut ne jamais mourir, déroulant implacablement des vers d’une exigeante soif de justesse. Continuer la lecture

Bagarre devant la discothèque

Patrick PARMENTIER, La trajectoire du papillon, Memory, 2021, 20 €, ISBN : 9782874133589

parmentier la trajectoire du papillonUne rixe à la sortie d’une boîte de nuit bruxelloise tourne mal. Une bande de jeunes a pris à partie un homme âgé mal fagoté qui passait par là. Bousculé malgré son air impassible qu’ils ont pris pour du dédain, l’homme s’est écroulé et il a été roué de coups de pieds. Il est laissé pour mort par la bande qui s’enfuit. Sergio, qui a donné le tempo de l’attaque, file vers son domicile et décide de disparaître. Véhiculé par un voisin, puis pris en charge par son oncle Alec, il trouve refuge dans une famille d’agriculteurs flamands qui le fait passer pour un neveu. Là, il attend de se faire oublier et apprend le travail de la ferme et le néerlandais. Continuer la lecture

Schuiten et Peeters : lettre à Bruxelles, la survivante

Un coup de cœur du Carnet

François SCHUITEN, Benoît PEETERS, Bruxelles. Un rêve capital, Casterman, 2021, 128 p., 29 €, ISBN : 978-2-203-22977-8

schuiten peeters bruxelles un reve capitalQuand l’hommage à une ville jaillit de l’imaginaire, de la sensibilité d’un duo de créateurs ayant marqué le neuvième art de leur empreinte, l’enchantement est au rendez-vous. Dans le somptueux ouvrage Bruxelles. Un rêve capital, François Schuiten et Benoît Peeters opèrent un glissando de Brüsel des Cités obscures à la capitale Bruxelles approchée sous la forme d’une balade architecturale, historique et onirique. Au fil d’une promenade résolument subjective, les auteurs nous entraînent dans un récit construit sur des portraits de lieux (la Grand-Place, le Palais de Justice, la Porte de Hal, le Palais Stoclet, le Musée Wiertz, la Maison Autrique…), de personnages (les architectes Joseph Poelaert, Victor Horta, Henry Van de Velde, l’archiviste Paul Otlet et son Mundaneum…) et d’événements (ponctuels et irréversibles : le voûtement de la Senne, la Jonction Nord-Midi, choix de Bruxelles comme capitale de l’Europe…). Continuer la lecture

La nef des bannis

Marc MEGANCK, Van Kroetsch 4 : Les faire taire à jamais, Lamiroy, 2021, 207 p., 20 €, ISBN : 978-2-87595-494-7

meganck van kroetsch les faire taire a jamaisImaginez un immeuble d’une dizaine d’étages dans lequel sont consignées des personnes mises au ban de la société pour des délits variables. Une formule intermédiaire entre la prison telle que nous la connaissons et une forme d’assignation à résidence, avec des contrôles de présence le matin et le soir, des possibilités de sorties nécessitant des démarches compliquées. C’est dans ce monde portant le doux nom de Cimetière des éléphants que nous entraîne ce roman placé sous le regard de Van Kroetsch, un détective lui-même résident, qui mène l’enquête suite au décès du veilleur de nuit et dont ce n’est pas la première apparition sous la plume de l’auteur. Continuer la lecture

Déplacements et floraison

Un coup de cœur du Carnet

Christine GUINARD, Autour de B., avec des photographies de France Dubois, Unicité, 2021, 13 €, ISBN : 978-2-37355-580-6

guinard autour de b« […] et rien ne pourrait rivaliser malgré le poids du ciel et le chaos des routes, avec l’aptitude singulière à creuser insensiblement le sillon du renouveau – la fraîcheur de l’eau du nord et l’entrebâillement des langues, des esprits et des corps traversés même loin des côtes par l’eau salée. »

Après son dernier recueil poétique, le merveilleux Sténopé (éditions Unicité), Christine Guinard nous revient avec un autre tout aussi merveilleux (et très différent) recueil, Autour de B., paru aux mêmes éditions. La quatrième de couverture développe le contexte de l’écriture : « Autour de B. évoque le retrait inquiétant mais splendide dans Bruxelles au printemps 2020, entre déambulation intérieure et avènement d’une floraison luxuriante. » Si le recueil est donc pleinement contextualisé, il acquiert pourtant, comme toujours chez Christine Guinard, une dimension intemporelle. Continuer la lecture

La mémoire orageuse de James Ensor

Vincent DELANNOY, James Ensor à Bruxelles, Samsa, 2021, 146 p., 19 €, ISBN : 978-2875933102

delannoy james ensor a bruxellesMettre en lumière les rapports qui se sont tissés entre James Ensor (1860-1949) et Bruxelles, alors qu’on ancre volontiers le peintre à Ostende, c’est le propos du livre de Vincent Delannoy James Ensor à Bruxelles.

Orienté tout jeune vers la peinture par son père (ce qu’il gardera toujours par devers lui, professant une fois pour toutes qu’il ne doit rien à personne), formé à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, s’il travaille avec ardeur dans son atelier d’Ostende, c’est dans la capitale qu’il noue des contacts déterminants pour sa carrière artistique. Continuer la lecture